Hier matin, en pleine crise de désœuvrement, alors que je faisais un méritoire travail d'introspection en consultant des billets de mon ancien blog datant d'une quinzaine d'années, je me sentais plonger dans les affres du désarroi et du désespoir. Je déprimais à qui mieux mieux.
Par quel maléfice pouvais-je écrire et proposer de si bons textes et dessins et par quel sortilège en suis-je aujourd'hui incapable ? Évidemment, j'ai vieilli. Bien sûr, ça joue. Certainement, j'ai changé, ma vie a changé, le monde n'est plus le même, les sujets d'actualité d'hier ne sont pas ceux d'aujourd'hui. Et aussi, mon public n'est plus tout à fait le même. Il reste quelques fidèles qui sont là depuis presque le début mais un certain nombre de lecteurs et visiteurs ne sont plus là. Certains sont morts, d'autres se sont lassés, sont passés à autre chose.
Dans les billets que j'ai lu ou parcouru, je parlais beaucoup plus de moi, de ma vie quotidienne. J'écrivais à propos de ma voiture ou de ce que je mangeais, je faisais des dessins peut-être un poil plus rigolos, j'écrivais des textes qui me semblent plus amusants que ceux d'aujourd'hui. Mais tout cela est très subjectif. Tous ces dessins, tous ces textes qui m'épatent aujourd'hui, je les avais oubliés et je les redécouvre comme s'ils étaient neufs et d'un auteur que je ne connais pas, un autre qui serait le moi d'autrefois qui n'est pas encore le moi d'aujourd'hui.
Et alors, ce qui m'étonne le plus, c'est comment je n'arrêtais pas de parler de moi et de mon quotidien. Ce n'était pas passionnant[] mais ça m'amuse de lire ces histoires. Je crains que si je revenais à cette habitude de parler de moi et de ma vie, ce serait ennuyeux à mourir et il me semble que, pour le bien de l'humanité, il convient de m'abstenir de le faire. Et puis, surtout, il y a tellement de sujets de grand intérêt dans l'actualité .
D'ailleurs, en parlant d'actualité.
J'en ai marre qu'on nous mente. On nous raconte tellement de mensonge qu'on en arrive à baisser les bras et à ne même plus nous insurger. Je ne sais pas si vous avez remarqué. Moi, si. Tenez, un exemple que l'on ne peut pas plus d'actualité. C'est le jour parfait pour dénoncer un beau et gros mensonge.
Je ne suis pas né de la dernière pluie et j'ai quelques années au compteur. Des années, j'en ai connu des dizaines, des bissextiles et des normales, des palindromiques, des pluvieuses, des fastes, des chiantes. Tout un panel d'années qui se sont toutes suivies les unes les autres à un rythme immuable. Alors certes, à l'échelle de l'Univers, je n'en ai pas connu tant que ça mais, tout de même, on reconnaîtra que j'en ai connu plus qu'un vulgaire morveux qui en est encore à baver en remplissant sa couche et qui ne sait rien de la marche du monde, qui n'a pas de mémoire, pas d'histoire et, allez savoir, si ça se trouve même pas d'avenir. Moi, sans me vanter, je peux dire en levant le menton[] : J'ai vécu !
Même si je n'ai pas un souvenir précis de cette époque, je suis tout de même né sous de Gaulle. Ça claque. Si je disais ça à un jeune d'aujourd'hui, sûr qu'il me regarderait avec des yeux ronds en se demandant ce qu'il raconte, le vioque[]. Je peux dire que j'ai connu la guerre du Vietnam, les premiers pas de l'homme sur la Lune, Sacha Distel, le petit Grégory, Jacques Chirac et Léon Zitrone[]
Je sais qu'il y a plus vieux que moi encore mais je considère que celles et ceux qui sont concernés ne sont plus vraiment en mesure de comprendre quoi que ce soit à ce que je m'efforce à expliquer avec, pourtant, beaucoup de clarté. Je n'ai rien contre les vieux. D'abord, ce n'est pas complètement de leur faute s'il en sont réduits à ce qu'ils et elles sont. Qu'on se le dise, je ne fais pas dans le jeunisme et ne suis pas méprisants envers nos anciens. Je les aime, les ancêtres. Ils savent tellement de choses que celles et ceux de mon âge n'ont jamais connu. Ce sont des puits de savoir. Ce n'est pas de leur faute si ce savoir n'intéresse plus grand monde à part, peut-être, les archéologues.
Je vous disais un peu plus haut que nous sommes le jour idéal pour parler de ce gros mensonge que l'on nous serine chaque année que dieu fait[]. Ce n'est pas la futile polémique actuelle qui voudrait que l'on travaille un jour férié. Ce n'est pas un mensonge, on le veut vraiment. Enfin pas moi mais si les autres le font, j'avoue que ça me serait bien utile s'il arrivait que je ressente le besoin d'acheter du tabac, du café, du pain ou des pâtes. Je supporte mal qu'en ce jour, on m'empêche d'accéder aux produits de première nécessité. Et aussi, faudrait prendre conscience qu'on a une économie nationale à redresser et que la situation n'est pas brillante. Faut se retrousser les manches et aller au turbin.
Non, ça, ça n'est pas important. Pas plus que la vente du muguet qui fait de la concurrence déloyale pour les vrais fleuristes qui n'ont plus que je jour des chrysanthèmes à se mettre sous la dent avec les yeux pour pleurer. Et pas non plus le défilé des syndicats et leur cortège de gauchistes fauteurs de trouble.
Ce qui me hérisse le poil, qui me rend fou, qui m'irrite au plus haut point, cette affaire qui ne semble pas ennuyer le bas peuple, les gens d'en bas, les sans-dents, trop occupés qu'ils sont à s'aviner devant CNews, c'est tout simplement cette fable du premier mai.

Je l'ai dit tout à l'heure, bien qu'exceptionnellement jeune pour mon âge, j'ai déjà la mémoire de plusieurs années passées. Et chaque année c'est la même chose, on nous raconte que c'est le premier mai ! Mais nom d'une pipe ! Réveillez-vous ! Révoltez-vous ! Ne laissez pas les puissants vous raconter n'importe quoi ! Que diable ! Dans l'histoire, des mois de mai il y en a eu des milliards de milliards dans la galaxie[]. Ce ne peut donc être le premier à apparaître sur Terre. On nous ment, on nous ment, on nous ment ! J'enrage !
Par la présente, je m'engage à ne pas réitérer ce genre de texte pour les mois et années à venir et je tiens à vous présenter mes excuses. Sur ce, je vais aller acheter du pain.