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Il se trame quelque chose

Lorsque Jean-Albert sort sa motocyclette et qu'il l'a démarre, c'est qu'il a l'intention d'aller quelque part, à une distance qu'il serait trop long et fatiguant d'envisager abattre à pied. Puisque Jean-Albert n'est pas un fainéant et qu'il n'a pas les pieds plats, puisque, d'autre part, il affectionne l'exercice physique et les randonnées pédestres, on ne peut le soupçonner de prendre sa vibrante machine sans qu'une raison impérieuse l'exige. Il ne part pas chercher son pain (il lui en reste), il ne va pas retrouver ses copains au bar-tabac du village (il est fermé), il ne va pas plus à l'église pour confesser ses péchés (il n'en commet jamais). Mais alors ? Où peut bien se rendre Jean-Albert ?
Déjà, son large sourire nous permet de penser qu'il ne va pas en un lieu pour s'acquitter d'une pesante obligation administrative ou pour se faire taper sur les doigts de pied par un tortionnaire sadique et cruel. Non plus on ne peut supposer que Jean-Albert est saisi par le pinceau de notre enquêteur alors qu'il part en vacances. Il n'aurait sans doute pas oublié de se munir d'un bagage aussi minime fût-il. Pas plus est-il sur la route du boulot. Déjà, il peut aisément s'y rendre en prenant le car qui s'arrête tout près de chez lui et, quoi qu'il en soit, il ne travaille pas aujourd'hui.
Jean-Albert a refusé de nous dire où il allait et, après tout, c'est bien son droit. Non ?

La vie de Jean-Jean

Jean-Jean est nonagénaire. Fils d'immigrés italiens, il a vécu à Nogent-sur-Marne où il a connu François Cavanna. Ils furent amis, ils connurent les mêmes rues, les mêmes quartiers, les mêmes histoires. Un jour, Jean-Jean achète un magnétophone et il entreprend de raconter ses souvenirs, sa vie, ses amours, ses drames. A l'origine de tous ces récits de vie, il y a sa femme malade dont il doit s'occuper. Il ne peut plus trop sortir de chez lui et voilà, il a l'idée d'enregistrer ses souvenirs. C'est arrivé aux oreilles de Denis Robert qui décide d'en faire un podcast pour Blast. Les épisodes vont être diffusés sur la durée de l'été et je vous encourage à découvrir cela. C'est émouvant, drôle, poignant, triste, vrai. C'est la vie d'un homme qui glisse vers la fin et qui ne veut pas partir sans laisser un témoignage. C'est beau.


lien du podcast : https://www.blast-info.fr/podcasts/la-vie-de-jean-jean-9uFSogFMT4OsC32JZw-LwQ

J'arrête définitivement le dessin pour me consacrer à l'étude de la génération spontanée de cailloux dans les lentilles vertes du Puy (et à d'autres sujet de moindre importance)

C'est un grand soulagement pour les membres éminents des Amis du Bon Goût et pour l'Amicale Mondiale des Esthètes. Aujourd'hui, je suis enfin en mesure d'annoncer au monde entier et aux générations futures que j'en ai terminé avec le dessin. Sourd depuis trop longtemps aux incessantes demandes et supplications, je me range enfin aux arguments avancés et cesse toute activité picturale. Je me dois de reconnaître avoir fait fausse route durant de trop nombreuses années, d'avoir gâché trop d'encre et de papier et, surtout, de n'avoir jamais réussi à produire quoi que ce soit s'approchant un tant soit peu des sans aucun doute trop prétentieux et ambitieux buts que j'avais pu me fixer en me lançant dans cette quête du bon dessin d'humour. Je n'ai ni le talent ni l'esprit suffisants pour pratiquer cet art de belle façon, il faut en convenir.

Le négatif de l'auto


C'est une vieille photographie. Le négatif est en piteux état et au format 6x9. Si je ne me trompe pas, il pourrait s'agir d'une Citroën C4 coupé-cabriolet et elle pourrait avoir été produite quelque part entre la toute fin des années 20 et le début des années 30.

Le problème, avec la majorité des automobiles de ces années là, c'est qu'elles ont un peu tendance à toutes se ressembler. S'il s'agit bien d'une Citroën, ce ne peut pas être une B14 qui a encore le radiateur à deux pans mais ça ne peut pas non plus être la Rosalie présentée en 1932. Il ne reste pas grand choix. Ou c'est une C4 ou c'est une C6. Je ne pense pas que ce soit une C6 alors j'avance que ça peut être une C4.
Ces automobiles, pour celles qui ont réchappé de la guerre, on été utilisées jusque dans les années 50, principalement dans les campagnes, parfois transformées en utilitaires. Comment dater la photographie elle-même ? On ne peut pas compter sur les arbres qui ne vont pas vraiment nous renseigner. Si encore nous connaissions le lieu de la prise de vue, on pourrait imaginer aller voir comment sont les arbres et en déduire un âge approximatif. Non, ce n'est pas une méthode envisageable.
On peut imaginer que la photographie a été faite alors que cette automobile n'était pas encore devenue un banal outil du quotidien. Alors, peut-être était-ce quelques jours après son achat. On a voulu la mettre en valeur dans un environnement que l'on devait trouver charmant et bucolique. A côté, il y avait un bois, on l'a prise en photo là. Le ou la photographe était sans doute seul·e. Personne pour poser à ses côtés. Il devait faire beau, nous étions peut-être en été.
S'il s'agit bien d'une C4, nous sommes entre 1928 et 1932. On acceptera l'idée que le négatif a 90 ans. L'appareil utilisé ne devait pas être d'une grande qualité. L'image n'est nette en aucun point. Le cliché a été mal exposé et les champignons, aidés par l'humidité, ont bouffé une partie de l'émulsion. Pour autant, il reste quelque chose, un témoignage. Il est très probable que l'automobile et le photographe aient cessé d'exister.

Les lois fondamentales de la stupidité humaine

C'est un petit livre de 72 pages de Carlo Maria Cipolla, historien de l'économie de nationalité italienne qu'il convient de lire avant de mourir. Sous les aspects d'une analyse scientifique des plus sérieuses, l'auteur nous explique bien des choses et, graphiques à l'appui, nous démontre le caractère nocif de la stupidité dans nos sociétés. Ce petit livre est édité aux PUF (où l'on peut se procurer l'ouvrage), maison d'édition des plus sérieuses puisque l'on pourra constater que je n'y suis pas publié.

L'Humanité, selon Carlo M. Cipolla, se divise en quatre parties plus ou moins égales. Il y aurait, si l'on divisait une feuille de format carré en quatre parties et que l'on traçait à l'horizontale et à la verticale deux lignes qui se croiseraient au centre de la feuille de papier, il y aurait, donc, disais-je, les crétins qui occuperaient la partie supérieure gauche. Sous eux, en partie basse à gauche, on placerait les stupides. Juste à côté, à droite en bas, on pourrait placer les bandits. Enfin, pour compléter notre graphique, nous placerions les intelligents en haut et à droite. Ceci ne serait en rien dû aux caprices du hasard. Il est bien entendu et compris de tous que les personnes les plus intelligentes se situent toujours en haut (de la société) et à droite (sur l'échiquier politique).


A droite, nous avons donc les deux représentations de la population la moins touchée par la bêtise et, à l'opposé, à gauche donc, les moins bien lotis en terme d'intelligence. L'auteur précise que l'on peut (et doit) tracer deux nouvelles lignes (dans une couleur autre bien sûr) mais dans les diagonales cette fois pour avoir une vision plus claire de la question. Nous pouvons dès à présent considérer que certains stupides sont enclins à se laisser attirer par les côtés soit crétins soit (mais c'est plus rare) intelligents. De la même manière, un bandits peut avoir une certaine tendance pour l'intelligence ou la crétinerie ou, encore un autre exemple, un intelligent pourrait (parfois) se révéler stupide ou bandit.
On peut d'ores et déjà faire le constat que celles et ceux qui restent le plus proche des diagonales sont des personnes très équilibrées dans leur spécificité. Plus on s'approche des coins de la feuille, plus on est extrême dans l'un des quatre aspects de l'étude. A contrario, plus on est proche du centre et moins on est défini. Un peu comme si l'on choisissait, excusez le terme, d'être le cul entre deux chaises.

L'intelligent est celui qui œuvre à accroître son intérêt tout en améliorant le bien général. Le crétin, lui, aura des actions qui lui nuiront mais qui ne feront de mal à personne d'autre. Le bandit est celui pour qui l'action profite au détriment de la communauté. Le stupide s'ingénie à se nuire à tout le monde, lui y compris bien entendu.
Sans entrer dans les détails, on voit que le groupe le plus nocif reste celui des stupides. L'auteur décrit tout cela et tire les conclusions qui s'imposent dans un langage clair empreint d'un humour de bon aloi qui ne gâche rien. Il vous invite à vous plier à l'exercice et à placer les personnes que vous pouvez côtoyer dans les sphères intimes, privées ou professionnelles dans les zones du graphique. Il me semble cependant délicat de se placer soi-même dans l'une ou l'autre des catégories.

Je me dis, après avoir lu ce petit livre, qu'il serait amusant de proposer un jeu lors de réunions entre amis. On distribuerait des petits graphiques vierge et chacun marquerait le prénom des autres dans les secteurs disponibles. Après, chacun devrait expliquer les raisons de ses choix. Ça mettrait sans doute une bonne ambiance pour terminer une soirée qui s'étire un peu trop en longueur.
Je dois vous avouer que depuis la lecture de ce livre, je m'amuse à jouer dans ma tête avec les personnes que je croise ou avec celles que j'ai en mémoire. Je tiens des comptes et je suis étonné par le nombre de ces personnes à se situer dans les parties gauche du graphique. En fait, la zone qui se remplit le moins rapidement est celle dévolue aux bandits purs. Je connais quelques bandits mais ils penchent tout de même sérieusement vers la stupidité. Quant aux personnes intelligentes, je reste médusé par le peu de représentants à inscrire.


Les lois fondamentales de la stupidité humaine — Carlo M. Cipolla — PUF — 7€