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Compteurs éclectiques

C'est bien la question qui alimente les débats depuis mardi. Combien étaient les manifestants contre la réforme des retraites à Paris. Pour la CGT, c'est 500000. Pour la préfecture, c'est 87000. Pour le cabinet Occurrence (CABINET D'ÉTUDES ET CONSEIL EN COMMUNICATION), on n'en comptait que 55000.

Derrière cette bataille[1] de chiffres on reste pantois. Pour moi qui n'ai pas fait arithmétique première langue et qui suis bien incapable de compter sur mes doigts[2], je ne peux me baser sur ma vision des choses, d'autant moins, il est vrai, que je n'étais pas à Paris ce jour là. La querelle du nombre de manifestants n'est pas nouvelle. Déjà, en 134 avant John Carpenter, une réunion de personnes sur la place d'un petit village du nord de l'Ariège avait mis le feu au poudre. Selon les personnes se déclarant avoir été effectivement et consciemment réunies, elles étaient quatre. Selon le garde champêtre envoyé sur les lieux par le conseil municipal soucieux de savoir combien étaient ces gens qui faisaient tant de bruit à l'heure de la sieste, elles étaient cinq. Il s'était compté lui-même et ceci dénote d'un grand sérieux et d'ure rare honnêteté. Passant par là à l'improviste et sans intention de nuire, un obscur journaliste de la ville s'arrêta, attiré qu'il était par l'opportunité de faire un bon papier à moindre frais. S'approchant du groupe, il vit qu'ils étaient à présent six. Quelques villageois, étonnés de voir un tel attroupement alors que nous n'étions ni jour de marché ni jour de foire, s'approchèrent et l'on put dénombrer désormais rien de moins que vingt-trois personnes. La foule ne fit qu'enfler jusqu'à ce que tous, comprenant que l'heure de la soupe allait bientôt sonner, se rentrèrent chez eux, laissant finalement une place vide ne laissant, vous l'aurez compris, que zéro quidam à comptabiliser et, du reste, aucune âme pour le faire s'il avait fallu s'atteler à la tâche.
Selon les personnes ayant eu à jouer un rôle, le plus minime qui soit, dans cette aventure, les chiffres étaient chaque fois différents et on ne put jamais démêler l'affaire. Chacun avait son avis sur la question, bien sûr, mais, ne trouvant jamais qui que ce soit pour être de son avis, on préféra enfouir la polémique et de n'en jamais plus parler. Aujourd'hui encore, malgré les avancées des sciences et de la recherche scientifique, nous ne savons pas donner une réponse précise et définitive à la question "combien étaient-ils donc ?". C'est un drame doublé d'un échec.

Mais, bon, foin de ces considérations d'un autre temps et revenons à ce qui nous préoccupe au premier chef, au présent, aux temps modernes. Que ce soit la CGT qui mente ou la police qui dise n'importe quoi, peu importe. C'est du commun, de l'habituel, du simple sujet de rigolade. Ce qui nous intéresse aujourd'hui, c'est ce cabinet créé en 1995 et entré dans le giron de l'IFOP en 2022[3]. Il y a eu des voix pour s'élever et mettre en doute le chiffrage de ce cabinet. A la France Insoumise, on a dit que c'était un organisme proche de la Macronie, quelques chercheurs et journalistes remettent en cause la méthodologie employée et les résultats obtenus, les marges d'erreur conséquentes et plein d'autres trucs qui ne m'intéressent pas du tout.

Ce qui m'a réellement étonné et passionné dans toute cette histoire, c'est déjà d'apprendre l'existence de ce cabinet et de constater, non sans surprise, que l'on pouvait exercer une profession essentielle (celle de compter des gens) et savoir laisser une place substantielle à l'humour le plus fin qui soit, une véritable délectation !
Je ne sais pas si je vous ai déjà dit, mais l'humour et moi, ça fait deux. Ce n'est pas tant que je n'aime pas l'humour[4], mais c'est surtout que c'est comme avec la musique, la peinture à l'huile, la course à pied, la physique des particules, la culture du chou chinois, la lithothérapie, les sciences occultes, la mode vestimentaire, les mœurs des peuples autochtones de Zambie avant la découverte de l'Amérique par Cristóbal Colón, la prestidigitation, l'orthographe, la syntaxe, la grammaire et j'en passe, le percement d'un tunnel ferroviaire, la réalisation d'un repas copieux et sain pour quinze convives, la photographie sous-marine[5], l'étymologie des mots oubliés, le programme commun de la gauche, le Puy du fou, la construction des pyramides égyptiennes, la construction d'une phrase concise, le démarrage d'un tracteur à boule chaude, l'arrêt d'une centrale nucléaire, le nucléaire, et tutti quanti, je n'y entrave que dalle.
Pour faire bref, l'humour, je ne maîtrise pas et ceux qui souhaiteraient me contredire doivent avoir à l'esprit qu'ils en connaissent encore moins que moi sur le sujet. Cependant, et bien que j'aie une pleine conscience des enjeux de notre société et de la place qu'a l'humour dans le quotidien de tous les Français qui sont, finalement, des gens comme vous et moi, je ne baisse pas les bras et cherche activement à apprendre. A cet effet, je consulte parfois des ouvrages traitant du sujet sous un aspect léger et bon enfant, je me laisse aller à regarder une comédie, à me laisser glisser par autrui une blague, un contrepet, un jeu de mots, une saillie obscène, un bon mot, un mot d'esprit, un calembour ou encore un soupçon d'ironie bien amené. A force d'apprendre, croyez-le ou non, j'apprends. Et cela me permet de déceler l'humour là où il se cache et là où on l'attend le moins. Et j'en arrive au sujet que je souhaitais aborder avec vous.
Vulnerant omnes, ultima necat disait l'ancien en son temps. En d'autres termes et sans aucun rapport, l'humour ça va bien un moment mais il y a bien un temps où il faut revenir aux choses sérieuses. L'humour, pourquoi pas mais avec une parcimonie mesurée, presque radine. Je me suis demandé, avec sérieux, ce qui se trouvait derrière ce cabinet Occurrence. J'ai longuement travaillé, persuadé de trouver le sens caché de tout cela, de percer les mystères. Et mon acharnement a été récompensé au-delà de mes espérances. Ce qui m'a mis sur la piste, c'est la mention de "cabinet". C'eût pu être un institut, une agence, une société, un office, un bureau… Ce fut "cabinet". Chacun est libre de ses choix, il me semble l'avoir déjà dit. Je suis tolérant.
Mais là, ça saute aux yeux ! Cabinet Occurrence. Ah ça, quand on comprend, ça éclaire tout d'une lumière quasi divine. Cabinet Occurrence : cabinet aux culs rances. Vous croyez vraiment encore que ça n'a été mûrement réfléchi, vous ? Vous croyez encore que ce ne sont pas les Illuminati qui gouvernent le monde ? Foutaises ! La preuve est là, sous vos yeux !

Notes

[1] pas plus stupide que celle d'Hernani

[2] ni, souvent, sur ceux des autres

[3] et ça, franchement, je m'en fous

[4] quoique

[5] jamais je ne photographierai Marine sous elle, promis