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jeudi 27 juillet 2017

De l'outre espace

Pour moi, tout a commencé par une nuit sombre, le long d’une route solitaire de campagne, alors que je cherchais un raccourci que jamais je ne trouvai. Cela a commencé par une auberge abandonnée et par un homme devenu trop las pour continuer sa route.
Si la vie est apparue ou est en train d'apparaître sur une autre planète, quelque part dans le vaste univers, il n'y a pas de raison pour qu'elle ait choisi de se développer de la même manière que par chez nous. Il serait presque incroyable que la vie ne soit apparue que sur notre Terre à nous autres. Il n'empêche que ça nous plaît bien de penser que les extraterrestres sont assez différents de nous mais pas trop. On aime à penser qu'ils pourraient être petits mais avec un cerveau énorme, assez laids selon nos critères, assez repoussants, même. Ils pourraient n'avoir que trois doigts mais fort longs, des yeux exorbités, une peau visqueuse et un tout petit zizi. Ils viendraient tenter de nous coloniser ou nous exterminer mais à la fin, c'est nous qu'on gagnerait parce que, tout de même, l'Homme c'est pas la moitié d'un con.
Enfin ça, c'est dans le cas où ce seraient les ET qui viendraient nous visiter. Et si c'était nous qui réussissions à partir à la rencontre de ces êtres étranges sur leur petite exoplanète ridicule ? Ah ! Peut-être pas tout de suite là maintenant mais disons, soyons fous, dans deux ou trois ans ? On envoie un vaisseau spatial vachement moderne avec piscine à bulles, court de tennis, piste de danse et tout ce qu'il faut pour passer le temps parce que le voyage va tout de même prendre quelque temps. De la bouffe en quantité avec les boissons pour accompagner, une connexion à Internet pour pas perdre le contact avec la famille et aussi se tenir au courant des choses de l'actualité, une statue du président Macron pour protéger les voyageurs en marche vers l'ailleurs et quelques outils pour réparer en cas d'avarie.
Donc, paf, une sélection d'astronautes triés sur le volet part vers les espaces infinis de l'énormité interstellaire avec une carte Michelin, une boussole et un sextant bien réglé. Nos hommes et femmes divaguent un peu, sortent de la voie lactée, prennent la direction préconisée par d'éminents astronomes et les voilà en vue de la planète de destination. Ils se posent sans difficultés majeures et sortent du vaisseau spatial en combinaison étanche, on n'est jamais trop prudent. Il y en a un qui, avec précaution, soulève la visière et vérifie que l'atmosphère est bien respirable. Coup de bol, elle l'est. Du coup, ils peuvent s'habiller plus confortablement pour mener à bien leur expédition de recherche de la vie. Dans leurs bagages, ils ont amené tout un tas de véhicules avec le plein de carburant. Un quatre-quatre, des petites motos tous-terrains, un quad, une patinette, des vélos et un petit camion avec une cellule de camping-car. Comme la planète ne présente pas de reliefs accidentés et que la pesanteur est moins forte que sur Terre, ils peuvent parcourir des milliers de kilomètres en peu de temps. Ils vont du nord au sud, de l'est à l'ouest et, un jour, alors qu'ils ne s'y attendaient plus vraiment et qu'ils commençaient à trouver le temps un peu long, paf, au détour d'un virage ils se retrouvent nez à nez avec un enfant extraterrestre occupé à garder un troupeau de brebis-chèvres à poils longs. Nos voyageurs de l'espace vont à sa rencontre et avec beaucoup de gestes parviennent à expliquer leur planète d'origine, leur voyage et l'assurer de leurs bonnes intentions. L'enfant, peu farouche, les conduit jusqu'à son village où les astronautes peuvent rencontrer le chef pour un entretien particulier.
La barrière de la langue n'est pas bien difficile à abattre pour nos terriens choisis pour leur faculté à apprendre de nouvelles langues. En à peine une heure, ils parviennent déjà à baragouiner la langue indigène d'une manière tout à fait acceptable. Quant au chef du village, il est ravi d'avoir la primeur de la prise de contact avec ces étrangers qui viennent de loin, d'une galaxie lointaine et à eux inaccessible. Il accepte au nom de ses semblables les cadeaux et est visiblement émerveillé par le baromètre décoré d'un paysage alpin. Il explique que son peuple n'est pas bien riche et qu'il ne peut offrir en retour qu'une brouette de diamants d'une pureté inconnue sur Terre. Les voyageurs font mine d'accepter sans enthousiasme excessif, un peu par sens du protocole mais beaucoup parce qu'ils aimeraient en avoir plus qu'une brouette.
Le chef local écoute avec attention et intérêt les explications des envoyés plénipotentiaires sur les problèmes connus sur la planète Terre. Il est horrifié d'apprendre que la pollution a conduit à la disparition de tant et plus d'espèces animales et végétales et propose aussitôt, dans un geste de générosité indéniable d'accueillir les milliards de Terriens qui souhaiteraient venir vivre sur cette planète agréable où rien ne manque, ni eau ni oxygène, ni terre arable ni ressources minérales de toutes sortes. En effet, cette planète un poil plus petite que la Terre est riche d'un sous-sol bien garni en pétrole, métaux plus ou moins rares et même des trucs inconnus sur Terre. Pour le sol, il est tellement bon que l'on peut y faire pousser tout en un temps record. Parce que le climat est particulièrement adéquat en tous points, on peut espérer engranger récolte sur récolte toute l'année. En outre, on peut trouver à l'état naturel tout plein d'espèces de végétaux bien intéressants dont une sorte d'arbre qui donne des feuilles plaisantes à fumer et des fruits qui ont tout de la côte de bœuf. Des roches métamorphiques procurent à qui le souhaite une boisson délicieuse au goût et assez bien alcoolisée. Il suffit de creuser d'un coup de pioche et de puiser le liquide. La belle vie.
Ni une ni deux, un accord est conclu entre les représentants terriens et les autochtones et un banquet est organisé pour saluer le rapprochement entre les deux peuples. Il est décidé que quelques Terriens resteront sur place en gage de confiance et que le même nombre d'extraterrestres feront le voyage jusqu'à la Terre afin qu'ils puissent présenter leur chouette planète aux autorités terriennes. Tope-là ! Le temps de faire les pleins de l'engin spatial, de vérifier les bougies, de faire une rapide vidange et de remplir le réservoir de liquide de lave-glace et c'est déjà l'heure du départ. L'émotion fait bien couler quelques larmes mais l'assurance d'un prochain retour et la joie de revoir bientôt les nouveaux amis réchauffent les cœurs. La manette de starter est tirée, le bouton d'allumage des réacteurs est pressé et c'est le décollage. L'esprit joyeux, les voyageurs de l'espace parcourent les dizaines de milliers d'années lumière à la vitesse de... la lumière. Pour que le temps passe plus vite, on apprend aux êtres de la petite planète à jouer à la belote et les parties de carte se succèdent tout le temps du trajet avec toujours plus de franches rigolades.
Peu de temps après, c'est déjà l'atterrissage. Une foule immense est là pour accueillir les héros. Les dirigeants de tous les pays se battent pour avoir l'honneur de les recevoir chez eux et pour en apprendre plus. Les extraterrestres font les gros titres des journaux, quelques scientifiques proposent que l'on les dissèquent illico, les curés prétendent qu'ils sont création divine. Mais déjà, on œuvre à bride abattue pour construire les fusées nécessaires à la grande migration. On bâtit des sortes d'arches de Noé pour amener tous les animaux utiles, on fabrique des fusées-silo pour embarquer les graines et noyaux, les spores et tubercules du monde végétal ou cryptogame. Les ingénieurs redoublent d'ardeur, les ouvriers travaillent en sifflant. On commence à faire ses bagages, ses cartons.
En quelques mois, tout est fin prêt. On embarque tout et le reste, on verse une petite larme pour la planète Terre et c'est le grand départ. Les scientifiques ont optimisé la puissance des vaisseaux et calculé l'itinéraire afin qu'il soit le plus rapide possible et en à peine deux semaines et demi, les Terriens arrivent à destination. Ils sont accueillis sous les vivas de la foule venue souhaiter la bienvenue à leurs nouveaux amis. Ici, on n'a pas chômé et les villes sont toutes déjà bâties sous les directives de l'architecte resté sur place. Les immeubles sont en marbre rose, les escaliers en bois précieux, les vitrages en diamant pur et les boutons de porte en or surchoix. Afin de ne pas reproduire les erreurs commises sur Terre, on a décidé de ne pas créer de frontières ou de pays. La géographie des lieux ne permet d'ailleurs pas vraiment de définir des frontières naturelles et on ne peut trouver un morceau du territoire préférable à un autre. Tout a été dessiné méthodiquement et intelligemment de manière à ce que les espaces verts soient nombreux et accessibles à tous. On a bien sûr réservé des espaces pour les terrains de football et les piscines olympiques. Les routes sont tracées rationnellement et permettent de rejoindre quelque point du globe en un minimum de temps. D'ailleurs, on a su s'inspirer des technologies locales pour créer des véhicules qui n'utilisent pas de source d'énergie pour se déplacer à une vitesse ahurissante en toute sécurité. Les réseaux de communications aussi ont bénéficié de la technologie extraterrestre et on n'est pas bien loin de la transmission de pensée avec des débits affolants. Grâce aux ressources naturelles et au savoir des sorciers du cru, tous auront accès à une médecine à la fois douce et particulièrement efficace. Du reste, l'atmosphère environnante semble protéger de la maladie et, peut-être même, de la mort. Les sommités scientifiques se déclarent très intéressées par ce fait et ont déjà sorti microscopes et tubes à essai pour tenter d'en apprendre plus.
Le temps que tout un chacun gagne ses nouvelles pénates et un immense banquet est organisé. Les Terriens font découvrir les produits de leur ancienne planète et découvrent ceux de leur nouvelle. Les extraterrestres se montrent impressionnés par les fromages français si puissants et odorants et assez dubitatifs face aux plats venus de Grande-Bretagne. Aussi, ils tombent amoureux des chats qu'ils ne connaissaient pas ainsi que de la truffe blanche d'Italie. Au cours du festin, les grands de la Terre décident d'un commun accord qu'ils démissionnent ou abdiquent tous et qu'ils acceptent d'adopter le régime politique en cours sur la planète, une forme d'anarchie éclairée et bienveillante. On lève les verres pour cela et on s'embrasse.
Peu de temps après, le temps que la glace soit totalement rompue et que les plus solides timidités soient vaincues, on s'aperçoit non sans surprise de l'inter-fécondité entre les humains et les extraterrestres. Les premiers enfants naissent bientôt et ils sont tous particulièrement beaux et déjà bien avancés intellectuellement pour leur âge. C'est une ère de bonheur et de prospérité qui débute là et personne ne trouve à s'en plaindre.
Les religieux qui, dans un premier temps demandaient à voir, campés sur leurs croyances qu'ils étaient, envoient valdinguer soutanes, turbans, fanfreluches, croix et croissants, kippa et gris-gris, livres saints et idoles païennes pour participer au grand élan d'amour et de paix. Les cultures anciennes sont remisées au rôle de curiosités pour les musées présents un peu partout dans les villes. Bien entendu, l'argent est éradiqué et les échanges se font sur le principe de la bonne foi et de la générosité. Les professions intellectuelles, les artistes, les penseurs, écrivains, musiciens, réalisateurs et autres philosophes sont respectés au même titre que les cultivateurs, ouvriers et manœuvres. Les industries sont dirigées afin de répondre aux besoins de la population et d'une manière démocratique dans le sens d'un respect du bien-être de la planète et de l'environnement.

Pendant ce temps, la planète Terre, libérée des humains se reconstitue doucement, comme une convalescente. Le travail de la sélection naturelle et de l'évolution des espèces poursuit son œuvre et, de temps à autres, elle voit débarquer des touristes venus d'une lointaine planète venus là comme on va au parc d'attraction. Ces touristes sont très respectueux et ne laissent pas de papier gras après leur départ. Bref et pour faire court, tout est de nouveau en ordre dans l'univers.

Tintin et Milou d'une lointaine planète

mercredi 15 mars 2017

Peut-on penser comme on veut ?

Ma maison est bâtie sur les fondations d'un ancien château et sur un nœud tellurique particulièrement fort qui ouvre sur la porte des enfers. D'ailleurs, cette porte est gardée par des esprits que l'on ne peut pas voir parce qu'ils sont en dehors du spectre lumineux visible par l'homme. Certains animaux comme le poulpe les verraient mais il n'y en a pas dans mon garage et cette absence est bien la preuve qu'ils ne sont pas présents parce qu'ils sont effrayés par ces esprits. En outre, dans les ruines des bases de ce château, si on creuse un peu, on trouve l'entrée d'un souterrain secret qui doit conduire, si j'en crois mes recherches, juste à l'endroit où se dressaient les tours jumelles de New-York. Et c'est assez logique si l'on considère qu'en numérologie, ma maison est strictement égal à "Twin Towers" ! C'est d'ailleurs assez fou, quand on y pense. Déjà, rien que le fait que j'habite exactement là, hein ? D'abord, j'ai pensé, naïvement, que c'était dû au hasard, que j'habitais à Azerat, juste dans cette petite maison, parce que, bon, cette maison était à vendre et qu'elle était dans mes prix. Mais pas du tout ! D'une longue discussion que j'ai pu avoir avec un ancien habitant des lieux, au tournant des XVIe et XVIIe siècle de notre ère, il appert qu'un célèbre alchimiste menait là des expériences assez incroyables et qu'il avait prévu mon arrivée. D'ailleurs, un parchemin que l'on m'a malheureusement dérobé (mais il n'y a pas hasard) annonçait ma venue à Azerat peu après le début du troisième millénaire ! Evidemment, je reçois des pressions du FBI et des états à la botte des puissances supérieures. L'autre jour, on m'a même coupé l'électricité pendant dix minutes. Et ils sont malins ! Pour que je ne puisse pas prétendre être particulièrement visé, ils ont tenté de me faire croire que l'électricité avait été coupée dans tout le village. Les autres habitants d'Azerat, tous de mèche, ont bien joué le jeu en affectant un air étonné. Je sais qu'ils sont tous payés pour me surveiller. L'autre jour, je sors de chez moi et, comme par hasard, la voisine arrivait en voiture. Alors que je ne l'avais pas vue partir !
On m'a enseigné l'art et la technique du voyage astral. Grâce à ce savoir ancestral, j'ai été en mesure de voyager dans le temps et l'espace et de connaître ma vie d'avant mon arrivée dans cette dimension. J'ai alors pu comprendre que l'on m'avait effacé la mémoire à la maternité comme on le fait à tous les nouveaux nés depuis que les Puissants ont pris le pouvoir sur la planète. Je sais de source sûre — parce que je l'ai vu de mes yeux — que nous autres, les vrais hommes, venons d'une autre galaxie d'un univers lointain et que nous sommes les enfants du Vrai Dieu (et pas de celui que l'on essaie de nous imposer). C'est dingue tout ce que l'on cherche à nous incruster dans notre tête pour masquer la vérité. Ces représentations de notre planète qui serait une sorte de boule flottant dans rien et tournant autour d'une autre boule ! Ridicule ! Et tout cela juste pour nous dissuader de reprendre notre voyage dans les univers multiples comme nous l'avons fait durant des milliards d'années auparavant. Nous sommes devenus les serviteurs des Maîtres qui nous ont asservis en nous implantant des fausses idées et en effaçant nos données à la naissance. Et ça, je le sais vrai parce que ça ne peut pas s'inventer.
J'ai réussi après un gros travail sur moi à rétablir la connexion avec mes cellules originelles. Les univers sont à notre image et nos cellules sont comme des galaxies. Et chacune de nos cellule à la taille de chacune des galaxies ! C'est juste une question de point de vue et c'est parce que, mais j'ai conscience que c'est contre-intuitif, les galaxies sont plus proches de nous que le sont nos cellules propres que l'on a l'impression qu'elles sont plus grande. Mais en fait, pas du tout ! C'est juste que nous nous voyons de l'extérieur et de plus loin. D'ailleurs, je ne suis pas le seul à le savoir. Nous sommes même des millions à avoir recouvré le savoir. Mais comme toujours, on nous dénigre et on veut nous faire taire. Cette illusion d'optique est maintenue pour que nous ne rendions pas compte que nous sommes beaucoup plus grands et forts que les Maîtres qui nous ont réduits à l'esclavage. Il y a un champ d'ondes gravitationnelles électro-magnétiques qui nous brouille la vision de qui nous sommes vraiment et sous couvert de techniques de communication on a mis des antennes relais partout. Avant, on utilisait les moulins à vent ou à eau pour perturber nos connexions neuronales mais quand ils se sont aperçus que l'on avait trouvé la parade, ils ont inventé la TSF et les avions à réaction et le téléphone portable en plus des sous-marins et des sonars. Du coup, on n'entend plus la voix de la mer quand on plonge la tête dans l'eau.

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Être trop crédule peut être un défaut qui confine à la bêtise. Certes. Nous nous sommes tous amusés à faire croire des énormités à une personne un peu bête ou à un jeune enfant. Il y a une malice un peu méchante à cela mais bon, on n'a pas une occasion de rire tous les jours. Et puis, ça peut avoir un rôle éducatif. En racontant des bêtises, on enseigne justement qu'il ne faut pas tout prendre pour argent comptant, qu'il faut recouper les informations, qu'il faut réfléchir un peu. Le problème, c'est que certaines personnes poussent cette idée jusqu'à des sommets. Je ne sais pas bien comment ça fonctionne mais il y a des personnes qui pensent qu'elles ne doivent rien croire du tout de tout ce qui peut être avancé par la "parole officielle" et qui préfèrent échafauder des histoires issues de leur imagination et souvent dans une direction qui mène vers la thèse complotiste. Et là, c'est grave. Croire en la présence sur Terre d'extra-terrestres cachés par l'armée, le FBI, une secte étrange ou des gourvenements unis dans un but pas très précis, après tout, bon, ce n'est pas si grave. Il y a des timbrés et il faut faire avec. Ce qui m'étonne, c'est que ces personnes parviennent à s'agréger en des groupes et à partager leurs délires. Comment peut-on en arriver à mettre en commun des délires ? Si je suis persuadé qu'il y a un être jaune à points roses posé sur mon épaule et qu'il me susurre des conseils à l'oreille, c'est peut-être pathologique à un niveau personnel mais je suppose que je vais avoir du mal à faire voir cet être aux autres.
Il y a beaucoup de choses que je ne suis pas en mesure de comprendre au sujet de ces délires de masse. Des histoires extraordinaires, ça doit exister depuis des temps très anciens. Depuis l'invention de l'imagination, si ça se trouve. La naissance de la science-fiction date peut-être de cette époque lointaine où quelqu'un a cherché à expliquer le tonnerre ou le feu ou la mort. Je ne sais pas si l'imagination existe ailleurs dans le monde animal ou végétal. Je ne sais pas si les autres animaux sont capables d'inventer des histoires. Mais le fait est que nous, nous sommes pourvus de ce don. Pas tous au même niveau, c'est sûr, mais dans l'ensemble, je pense que tout le monde est capable d'inventer des histoires et que tout le monde invente des histoires. A commencer par le rêve. Et donc, il y a très longtemps, l'Homme a commencé à raconter des histoires. Il a inventé des cosmogonies, la littérature, le cinéma et est arrivé l'Internet.
Je ne pense pas qu'il y ait eu des personnes pour croire les histoires de Jules Verne. Auparavant, on pouvait croire celles de l'Église mais alors, celle-ci avait une autorité et le peuple était sciemment gardé dans une ignorance des choses. Ceci dit, tous ne croyaient pas les gens d'église. Dans les fictions revendiquées, en littérature, en théâtre, au cinéma ou dans les contes, un marché est passé avec les personnes qui reçoivent l'histoire. Elles doivent être d'accord pour jouer le jeu, pour éteindre leur esprit critique, pour mettre de côté ce qu'elles savent, ce qu'elles ont appris. C'est une convention. Pareil pour la magie. On sait qu'il y a un truc, on sait que l'on est trompé, mais on l'accepte en connaissance de cause. Une fois le spectacle terminé, on reprend sa raison et l'on ne croira pas que l'on pourra être coupé en deux dans la boîte du prestidigitateur.
Avec Internet, il est devenu très aisé de raconter n'importe quoi, de colporter n'importe quelle idée, de prétendre, de partager. Avant Internet, il y a eu un journal qui s'appelait "Infos du Monde". J'ai connu des personnes qui pensaient que l'enfant chauve-souris existait. Elles n'étaient pas dupe de tout mais pensaient sincèrement qu'il y avait des faits avérés dans cette publication à caractère humoristique. Mais là, sur la toile, ce n'est pas de l'humour. On y trouve les "preuves" de tous les complots ourdis par d'obscures organisations aux buts pas très bien définis. Un coup, ce sont les extra-terrestres, un autre ce sont les francs-maçons ou les communistes ou les Juifs ou les riches ou le cartel des industries pharmaceutiques ou l'ordre des médecins ou encore la corporation des charcutiers-zingueurs. A chaque chose pouvant se passer ici ou ailleurs voire plus loin encore, il y a le complot qu'il faut. C'en est presque rassurant, finalement.
Mais voilà, ce que je ne peux pas concevoir, c'est bien que ces conneries complotistes soient virales. Qu'est-ce qui peut bien se passer dans l'esprit de toutes ces personnes pour les conduire à adhérer aux explications alambiquées des abrutis qui fourmillent sur Internet ? Il vient d'où, ce besoin de croire à l'improbable plus qu'à la banalité évidente ? C'est peut-être un besoin de merveilleux ? Possible. Voir un visage ou un animal dans les nuages ou dans les motifs d'un vieux mur, ça s'appelle la paréidolie. C'est normal, il ne faut pas s'en inquiéter. Il paraît même que c'est lié au darwinisme, que ce serait une aptitude conservée à travers les âges. En gros, c'est l'histoire que l'on aurait plus de chance de survivre en se méfiant des signes les plus anodins qu'en faisant une confiance aveugle à sa bonne étoile en toute situation. Penser voir un tigre aux dents de sabre dans un roncier et s'enfuir, c'est mieux pour sa survie que penser à une illusion d'optique sans importance lorsque l'on voit un troupeau de mammouths se diriger au pas de course vers soi.
Le besoin de merveilleux, d'explications magiques, c'est plus excitant que de s'arrêter au plus possible, au plus probable, au plus facilement explicable. Une soucoupe volante, ça a un peu plus de gueule qu'un vulgaire avion ou qu'un phénomène naturel. Penser que si l'on n'a rien vu à tel endroit, c'est juste que les traces ont été effacées, ça vous plonge dans le monde délicieux du merveilleux fantastique ! Cette imagination est un bienfait lorsqu'elle sert la création artistique du peintre, de l'écrivain, du conteur ou du cinéaste. Elle est un vrai problème lorsqu'elle tombe dans la tête d'un détraqué manipulateur paranoïaque. Je pense qu'une légère dose de paranoïa, comme pour la paréidolie, entraîne une certaine dose de méfiance souveraine mais là, c'est autre chose. Je ne suis même pas certain que toutes les affaires colportées sur Internet aient pour origine une personne souffrant d'une pathologie mentale. Je pense qu'il y a des manipulateurs qui agissent pour de troubles raisons. Et du coup, voilà que je suis atteint par l'idée du complot. Mince.
Je ne fréquente pas ces sites Internet. Parfois, je tombe dessus. Il y en a beaucoup. Souvent, pas toujours mais souvent, ces sites sont richement pourvus en annonces publicitaires. Certains de ces sites engrangent vraiment beaucoup de visites et, donc, génèrent pas mal de revenus grâce aux publicités. Le but serait alors de créer le buzz et d'attirer un maximum de gogos en recherche de merveilleux. Je ne fréquente pas ces sites Internet, donc, mais au hasard de mon butinage il m'arrive de tomber sur l'un ou l'autre d'entre eux. Ainsi, j'ai pu apprendre que les pyramides égyptiennes et la plupart des monuments anciens ont des extra-terrestres comme architectes, que l'on peut soigner toutes les maladies (créées en laboratoire d'ailleurs) par le jeûne ou par des thérapies simples à base d'imposition des mains ou de bains de pieds dans une solution à diluer dans dix litres d'eau (en vente sur le site), que notre planète abrite toute une population d'êtres mystérieux dans ses entrailles, que les attentats de Charlie Hebdo ou du Bataclan tout comme la prétendue guerre en Syrie n'ont jamais existé. Et encore, je ne dis rien de ce que j'ai appris à propos de l'histoire montée de toute pièce à propos de la Shoah ou des inepties concernant l'âge de l'Univers et de la falsification de son histoire avec l'invention des divers fossiles (soi-disant trouvés par des archéologues). D'ici à ce que j'apprenne que l'on nous a remplacé notre soleil dans la nuit ou que ce que l'on voit du ciel n'est rien d'autre qu'une grande toile tendue là...
J'ai rencontré diverses personnes gagnées à ces idées. J'ai même tenté de les raisonner un peu, de leur faire prendre conscience de l'absurdité de leurs croyances. Je ne suis pas assez doué pour ça, c'est peine perdue. Il arrive toujours un moment où c'est à moi d'apporter la preuve de la non-existence de l'être de Roswell ou que ce n'est pas le gouvernement qui a tué Cabu... C'est usant.

Heureusement, pour contrer ces idées il existe des personnes compétentes et motivées. La tâche est énorme et sans doute malheureusement vouée à l'échec. Depuis quelque temps par exemple, il y a une communauté de sceptiques et de zététiciens qui tentent de casser toutes ces croyances, de combattre le paranormal, de lutter contre les idées nauséabondes ou contraires à la vérité scientifique. Leur arme, justement, c'est la science. Elle n'est pas sans failles, elle ne peut pas tout expliquer (mais ce n'est pas son but), elle a le caractère de vérité... jusqu'à ce qu'elle soit réfutée. Et alors, bien sûr, c'est là la brèche où s'engagent ceux qui sont contre la science. Si la science peut être réfutée, c'est qu'elle n'est pas vraie. On ne peut pas réfuter l'existence de dieu, par exemple. Donc dieu est vrai. CQFD.
Il y a des gens qui pensent que la Lune a une influence sur les naissances ou sur la croissance des carottes ou sur la pousse des cheveux. La science s'est intéressé à cela, a démontré qu'il n'y avait aucun impact sur rien et pourtant, ces gens persistent dans leurs croyances. D'autres pensent que l'eau a une mémoire et se soignent avec des granules de sucre D'autres encore estiment que les astres influent sur leur destinée. Il en est aussi pour croire qu'une voiture rouge roule plus vite qu'une automobile grise ou jaune, que l'industrie motocyclettiste européenne a été tuée par un complot mené par les francs-maçons juifs et nazis du Japon. Finalement, tout cela n'est pas bien grave. Celui qui a besoin de croire croira. On n'y peut rien. Des fois, je me demande en quoi je crois. Il y a forcément des trucs qui traînent dans mon ciboulot et qui ne sont pas très rationnels. Je crois qu'un Macintosh est mieux qu'un PC-Windows, par exemple. En fait, c'est plus que j'ai une expérience plus grande de l'environnement de chez Apple. Je ne suis pas si con que ça non plus. Je ne crois pas que Canon soit meilleur que Nikon. Il se trouve juste que la vie a fait que j'aie eu des objectifs pour Canon au moment où j'ai eu l'idée d'acheter un appareil photo reflex numérique et que je suis reparti sur cette marque par économie et par confort. En quoi je crois, moi ? Je crois que le vin de Bergerac est assez bon pour moi mais je sais que des vins bien meilleurs sont produits ailleurs. Je crois que la vie ne dure qu'un temps. Je crois que la mort n'est rien d'autre que l'arrêt de la vie et qu'il n'y a rien après. Je crois que l'on est un peu dans la merde et que ce n'est rien par rapport à plus tard mais qu'il va nous rester de bons moments à vivre. Je crois que la vie s'arrêtera sur la Terre et que le soleil s'arrêtera de briller et que notre galaxie finira absorbée par un trou noir (enfin peut-être et sans doute pas tout de suite). Je crois qu'il y a tout un tas de mystères inexpliqués qui le resteront pour moi. Je crois qu'il y a une quantité de choses que je ne pourrai jamais comprendre parce que je ne suis pas assez intelligent ou compétent. Je crois qu'il y aura assez peu de personnes pour lire ce billet jusqu'au bout.

mercredi 8 février 2017

L'humanité libérée de l'homme

Alors que l'intelligence artificielle nous émerveille chaque jour un peu plus, que l'on apprend qu'un ordinateur est désormais capable de bluff et de battre les meilleurs joueurs de poker, on entend aussi que des chercheurs réfléchissent à la mise au point d'un utérus artificiel à même d'accueillir un embryon, de le faire croître et grandir, à lui donner la vie, en libérant le corps de la femme de cette tâche pesante et envahissante.
Convient-il de se réjouir de tout cela ? Oui, sans aucun doute ! Libéré de l'obligation qui lui est faite de devoir réfléchir un peu et baiser beaucoup pour perpétuer son espèce, l'homme et la femme pourraont s'adonner à ce qu'ils savent le mieux faire. Vautrés dans leurs canapés et fauteuils, l'œil rivé à l'écran qui leur délivrera un flot continu de programmes de télé-réalité et de fictions affligeantes, ils pourront s'empiffrer de pop-corn et de soda sans plus se poser la moindre question. Accessoirement, ils pourront également faire la guerre ou l'amour grâce à leurs casque et combinaison de réalité virtuelle aptes à reproduire les sensations les plus folles.
Déjà, le genre humain n'a plus que faire de sa mémoire, tout écrite qu'elle est à travers Internet. Plus besoin d'avoir lu les poussiéreux bouquins des temps passés tant il suffit de faire une recherche dans cette mémoire collective pour en connaître l'essentiel. Qui aujourd'hui s'inquiète de l'orthographe à l'heure des correcteurs autographiques ? Bientôt, l'ordinateur sera en mesure de choisir au mieux les phrases adéquates lors de la rédaction d'un sms et les philosophes seront remisés sur les étagères oubliées des bibliothèques enfouies au profit de la pensée numérique omnisciente.
Mais dès lors, me demanderez-vous, à quoi bon préserver l'existence charnelle et biologique de ce genre humain si la machine fait mieux ? On peut bien se poser la question faute de pouvoir y apporter une réponse. Et si l'on ne peut pas répondre, c'est qu'il n'y a pas de réponse. Un fait est certain, l'espèce humaine ne sera pas présente sur cette planète jusqu'à la fin des temps. Cette planète a connu son lot d'extinctions de masse, il est plus que probable que la tectonique des plaques, la dérive des continents, ne s'arrêtera pas de sitôt, il est certain qu'un cataclysme violent finira par provoquer une nouvelle extinction de masse. Alors, adieu veau, vache, cochon, couvée ! Quelques bestioles subsisteront et la logique de l'évolution des espèces poursuivra son petit bonhomme de chemin. Jusqu'à la fois ultime où rien ne subsistera, pas même la plus ridicule bactérie mono cellulaire. La Terre sera déclarée morte et elle pourra attendre l'esprit tranquille l'explosion de son étoile pour disparaître tout à fait.
Le scenario est clairement établi, nous mourrons tous et tous nos enfants pareils. Alors à quoi bon continuer alors que la fin est écrite ? Pourquoi ne pas déléguer tout ce pataquès sans queue ni tête à des machines informatiques robotisées ? Laissons-les jouer aux cartes sans nous, laissons-les créer des chimères sans plus nous occuper de ces questions et quittons cette énorme blague sur la pointe des pieds sans sembler nous soucier de l'avenir plein de larmes et de sang.
On peut bien se cacher les yeux et faire mine de ne rien voir ou comprendre mais l'avenir tiendra ses promesses. Et il ne sera pas rose. Il semble assez certain que l'on va au devant de conflits importants, de crises majeures. Il y a d'un côté les problèmes d'ordre écologique qui vont entraîner d'autres problèmes bien plus graves. L'interdiction à la circulation des véhicules polluants dans les villes des pays riches paraîtra bien ridicule à l'heure où nous ne pourrons plus nous nourrir et que nous serons plus de huit milliards d'individus à vouloir goûter une miette du gâteau restant. Avec la Révolution Industrielle, nous nous sommes rendus dépendants de l'énergie. Aujourd'hui, sans énergie nous ne sommes plus en mesure de vivre. J'imagine assez mal des armées d'ouvriers agricoles armées de bêches et de houes partir à l'assaut des grandes terres pour faire pousser du blé en remplaçant tout le machinisme agricole. D'autant plus que, "veganisme" aidant, il sera inconcevable d'en revenir à la traction animale.
Bien entendu, la science et la technique seront là pour nous aider. Il n'est pas totalement illusoire de penser que le génie humain trouvera le moyen de créer des nutriments standardisés à partir de molécules puisées dans la nature et que ceux-ci pourront être distribués à toutes et tous sur la planète. Des unités de production alimentées en énergie renouvelable et inépuisable permettront à faire disparaître la faim dans le monde et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Sauf que si ça va trop bien, la population augmentera encore. Peut-être faudra-t-il limiter la population ? Il faudra définir des critères précis pour savoir qui a le droit de procréer. Quoi que non. On sait désormais que la procréation passera par des machines qui auront une base de gamètes et qui combineront tout ça selon un programme très élaboré visant à perpétuer l'espèce tout en la gérant en temps réel. Une petite modification génétique simple à faire assurera bien sûr que ces êtres d'un nouveau genre seront stériles. L'avenir est plein de promesses folles.
Et à quoi bon ? Si les machines peuvent jouer au poker entre-elles sans intervention humaine, pourquoi perpétuer le genre humain ? Pour appuyer sur les boutons et corriger des bugs informatiques ? Peut-être. Nous serions alors au services de l'ordinateur. Ça n'a aucun sens. L'ordinateur sera en mesure depuis belle lurette de programmer lui-même ce qu'il lui faudra de lignes de code. Non. L'avenir de l'humanité est de disparaître. Point.
Quoique l'on cause d'essaimage. L'homme irait conquérir de nouveaux territoires au-delà des galaxies. Je vous rassure, ni vous ni moi ne serons là pour vivre cette aventure palpitante. Par contre, et l'on peinera à y trouver matière à réjouissance, il n'est pas impossible que nous soyons encore là lorsque les peuples entreront dans une guerre colossale pour la survie. Combien de temps nous reste-t-il avant le grand chaos ? Une dizaine ? Une vingtaine d'années ? Cultivons notre jardin, qu'il disait...

Procréation déléguée

jeudi 10 novembre 2016

Expérience en cours

Je vais avoir besoin de vous. Je suis en train de réaliser une expérience d'importance qui vise à faire transiter les calories par les tuyaux de l'Internet. Pour mener à bien ce projet qui risque de révolutionner nos vies, j'ai fait une photo numérique d'un feu. Grâce à un programme informatique de mon invention, programme auquel je me suis consacré durant de nombreuses heures, sacrifiant ma santé et mon sommeil, je pense être parvenu à transformer de simples pixels en véritables sources de chaleur.
Pour mener à bien cette expérience, vous devez, avec précaution tout de même, approcher vos mains de votre écran sur lequel s'affiche la photo. Normalement, si tout va bien et si vos navigateur et système d'exploitation sont à jour, vous devriez ressentir une vive chaleur. Merci de me faire part de votre retour dans les commentaires.

Chaud devant

mardi 16 août 2016

Chacun cherche son chat

Quand tique la science

mardi 31 mai 2016

L'attrape-poussière

Les ménagères ne me démentiront pas, l'ennemi, c'est la poussière. Déjà dans les grottes et abris-sous-roche, des peintures pariétales aujourd'hui effacées l'attestent, Madame préhistorique faisait la chasse à la poussière et aux moutons pendant que Monsieur son époux chassait le phoque et le mammouth pour le barbecue organisé à l'occasion de la fête des voisins. Dans son ouvrage traitant de la question, Platon explique combien la poussière était à l'époque un problème insoluble dans le vin en plus de provoquer des allergies dues aux acariens. Plus près de nous, les archives nous enseignent que Louis Padelle avait déjà déposé un brevet d'avaleur à poussières imaginé autour de poumons de bovins actionnés par un puissant ressort que l'on remontait à l'aide d'une manivelle de bois de palissandre. En 1901, et wikipedia vous le confirmera, un ingénieur britannique du nom de Hubert Cecil Booth invente l'aspirateur motorisé. Dès lors, les savants n'ont de cesse de perfectionner l'appareil afin de toujours mieux aider la ménagère à faire place nette et aujourd'hui, après l'aspirateur sans sac, elle peut se reposer sur le robot autonome qui se promène seul à la recherche de la moindre particule poussiéreuse avant de revenir à sa base pour faire le plein de bonne électricité nourricière. La modernité fait rage et on se demande bien où s'arrêtera le progrès.
Je ne sais pas si vous avez déjà entendu parler de la notion de sérendipité. Vous n'êtes pas idiots, je suppose que oui. Enfin on ne sait jamais, il faut être prudent. La sérendipité, c'est la joie du fainéant et de l'incompétent, du fumiste et du traîne-savate. Dans la vie, vous n'avez pas l'intention de vous en faire ? Optez pour la sérendipité ! La sérendipité, c'est découvrir quelque chose d'intéressant sans rien faire d'autre que d'attendre que ça survienne. Vous voulez découvrir un bon antibiotique ? Vous vous abstenez de faire la vaisselle, vous partez en vacances et au retour, vous découvrez la pénicilline[1]. Vous voulez aller à un endroit précis et connu ? Vous partez en sens inverse et vous découvrez l'Amérique. La sérendipité, c'est la chance de l'incapable, du néfaste, du parasite, de l'inutile, de l'ignorant et de l'idiot. Dans la culture populaire, nous pouvons noter le personnage de Gaston Lagaffe qui, bien trop souvent, "trouve" un explosif puissant ou un produit chimique corrosif en cherchant à ouvrir une boîte de sardine ou un endroit où faire la sieste. Gaston Lagaffe est un mauvais exemple pour la jeunesse.
Moi qui ne suis pas la moitié d'un imbécile, j'ai récemment fait appel à la sérendipité pour venir à bout de ce problème insoluble lié à la présence persistante de poussières de toutes natures chez moi. D'où vient-elle ? Qui l'amène ? Pourquoi de préférence chez moi ? Je n'en sais rien. Le fait est qu'il y a beaucoup plus de poussière chez moi que chez les autres. Je l'ai remarqué à maintes reprises lors de mes études sur le sujet. J'estime à 1,5kg de poussière au mètre carré chez moi quand on atteint à peine les 5g pour la même surface chez tant d'autres. Avouez que tout de même, hein !
Le fait que mon logis soit dépourvu de ménagère n'est peut-être pas totalement étranger à cet état de fait. Lorsque, aux débuts des années 2000, j'ai acheté un aspirateur que l'on m'a vendu pour performant, je me suis bien assuré auprès du vendeur femelle auquel j'avais eu à faire que l'appareil fonctionnerait sans ménagère. J'ai été clair et insistant sur cette question. Je me suis fait avoir comme un bleu. Bientôt quinze ans que cet aspirateur est là et la poussière aussi. Cet aspirateur ne vaut rien[2] et refuse d'effectuer le travail pour lequel il a pourtant été conçu. Je suis déçu.
Là où la sérendipité est entrée en jeu, c'est lorsque j'ai voulu boire de l'alcool pour oublier ma misérable condition de célibataire envahi par la poussière envahissante. Je me suis aperçu qu'une bouteille avait attiré la poussière à elle. Là où je ne suis pas qu'un peu fier d'être intelligent[3] c'est que j'ai compris que les bouteilles pouvaient jouer un rôle d'aspirateur à poussière. Je l'ai vérifié sur d'autres flacons disposés ci et là chez moi. Les preuves se suffisent à elles-mêmes et une photo prouve mes dires en image. Je songe à faire une communication scientifique pour une parution dans une revue à comité de lecture d'ici peu. Ma découverte va révolutionner la notion même de ménage. Songez un instant un sol constitué de bouteilles à boire[4]. Vous marchez sur votre cave, vous prélevez une bouteille dont vous buvez le contenu en prenant bien garde de ne pas faire tomber la poussière. Une fois la bouteille vidée, vous allez la porter au conteneur à verre à recycler avec la poussière ! Ainsi, vous avez le bonheur de faire le ménage en vous bourrant la gueule et personne ne pourra plus jamais vous reprocher d'être porté sur la bouteille. Elle est pas belle, la vie ?

Bouteilles aspirateur à poussière

Notes

[1] sorte de moisissure que ressemblerait à un pinceau (pencil)

[2] je l'ai pourtant payé son prix

[3] et ce n'est pas donné à tous !

[4] j'ignore pour l'heure si le principe fonctionne avec des bouteilles vides

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