Beau beurre

A l'origine, le bobber désigne une motocyclette modifiée avec l'ambition de la rendre plus performante. Il s'agit déjà de l'alléger, de la débarrasser de tout ce qui n'est pas utile. Adieu garde-boue, au-revoir selle biplace, divers caches latéraux et accessoires trop lourds. On choisit des éléments légers qui feront gagner quelques mètres/heure.
La mode est passée par les oreilles des constructeurs qui se sont emparés du "phénomène" et proposent des bobbers clé en main. Cette pratique va à l'encontre de l'idée originale.

Bobber
Triumph Bonneville

Racisme et pauvre con

C'est le maire d'Augignac, commune du nord du département de la Dordogne, au nord de Nontron, qui a eu les faveurs de la presse régionale et nationale. Ça se passe sur facebook. Ce maire socialiste[1], Bernard Bazinet puisqu'il faut bien le nommer, réagit à l'autorisation donnée à Israël de participer au concours[2] de l'Eurovision en ces termes : « Oui au boycott ! La France est trop youpine pour boycotter ! ».

Pour se défendre, l'édile tente d'expliquer qu'il ne connaissait même pas la signification du terme "youpine". Ainsi, on peut très bien être socialiste et maire et utiliser des mots que l'on ne connaît pas, des mots que l'on ne soupçonnait même pas exister. Cela semble légèrement curieux qu'un mot dont on ignore l'existence soit placé justement dans son contexte. Enfin moi, je trouve ça étrange.
Heureusement (on a eu peur le temps d'un instant) le personnage assure n'être pas antisémite. Imaginez ce qu'il aurait pu lâcher comme insanité s'il l'avait été. On a échappé au pire. Il arrive un peu à tout le monde, je pense, de dire un mot pour un autre en raison d'une ressemblance, d'une homophonie relative. Il arrive de mal employer un mot parce que tout le monde le fait. Par exemple, "achalander" pour parler d'un commerce riche en produits divers quand cela signifie qu'il enregistre beaucoup de chalands qui passent, beaucoup de clients potentiels. Je ne vois pas dans mon registre lexical de mot qui pourrait correspondre à celui utilisé par le maire d'Augignac. Ce ne sont pas les mots en -pine qui manquent mais je ne trouve pas. Lapine ? Alpine ? Aggripine ? Diazépine ? Non. Soyons sérieux. Il ne faut rien voir d'autre que l'expression du racisme du monsieur. On ne peut pas ne pas savoir à quoi renvoie le mot "youpin".

Notes

[1] désormais exclu

[2] de merde

La chasse aux voix est ouverte

C'est le corollaire de la démocratie. À la faveur de l'approche des élections, nous sommes appelés à choisir entre les candidat·e·s, les listes proposées. L'année prochaine, nous aurons les élections municipales, dans deux ans, l'élection présidentielle. Entre temps, on ne peut pas écarter l'éventualité de législatives anticipées.
Pour les municipales, il y a un changement pour les petites communes. Il ne sera plus possible de jouer au panachage des listes et il faudra que les listes se tiennent à la parité. D'après ce que mes informateurs m'ont rapporté, à Azerat l'actuelle maire ne repartira pas pour un nouveau mandat. Il paraît qu'elle sera remplacée en tête de liste par mon grand-frère. Selon les mêmes informateurs, il semblerait qu'une deuxième liste serait constituée. Pour cette liste alternative, on me dit que le programme serait articulé autour de deux idées fortes : premièrement, préserver et sauvegarder le petit patrimoine, deuxièmement mettre en place le programme "Voisins vigilants". Dans un premier temps, d'autres informateurs faisaient état de deux autres idées : ouvrir l'église plus souvent (dans l'idée que l'on puisse y pratiquer le culte catholique) et de créer une police municipale.

Si l'idée de préserver et protéger le petit patrimoine (quoi que cela veuille dire) ne me choque pas outre mesure, celle de cette affaire de "Voisins vigilants" me fait hausser un sourcil réprobateur. Déjà, il faut avoir en tête que cette chose est gérée par une société privée qui propose à celles et ceux qui souhaitent rejoindre le programme de télécharger une application (pour dénoncer et avertir) et que cette entreprise privée se réserve le droit de faire ce qu'elle souhaite des données personnelles de ces voisins vigilants. Hormis le fait que ce procédé est réalisé en dehors de toute déclaration à la CNIL et que l'entreprise fait payer une cotisation à la commune qui y adhère, il me semble que tout cela fait un peu trop de droite pour moi.
Je n'aime pas du tout l'idée de donner le pouvoir à des citoyens de laisser libre cours à leurs pulsions de délateur en herbe. Et puis, si l'on admet qu'il peut être bon de procéder à une certaine forme de surveillance, il me semble qu'il serait préférable à tout prendre de confier cette tâche aux gendarmes et policiers.

Pour l'autre liste qui serait une émanation remaniée de l'actuelle, je n'ai pas l'intention de lui donner ma voix non plus. Pour l'heure, je ne sais rien d'officiel quant à la composition de cette liste. Ce que je me dis, c'est que je me dirige vers une petite abstention.

Prime à la médiocrité
Les campagnes électorales sont lancées

S'il ne devait en rester qu'une

Lotus Seven Caterham
Propulsé par un moteur Suzuki turbo


De toutes les automobiles que je préfère, la Lotus Seven tient une place particulière. Selon moi, elle représente l'archétype de la voiture sportive qui n'a aucun intérêt autre que de rouler. Elle n'est pas confortable, elle ne peut rien transporter d'autre que deux passagers, elle ne protège pas de la pluie. En quelque sorte, on pourrait aller jusqu'à dire que ce serait une automobile qui se rapproche de la motocyclette sportive dans l'esprit.

C'est marqué dessus

Motard de longue date, Raymond pestait de n'avoir jamais trouvé la motocyclette idéale, la monture répondant à toutes ses attentes. Au fil des années, après avoir épuisé la presque totalité des productions mondiales de l'industrie motocycliste de tous les continents, Raymond se retrousse les manches et se met au travail. Il va s'agir de concevoir la moto parfaite. S'il pioche dans des éléments existants pour les pneumatiques, le cuvelage de phare et les ampoules, tout sera de la fabrication artisanale. Malgré les apparences, sa motocyclette regorge de solutions techniques innovantes comme, pour n'en citer que quelques unes, le moteur à six cylindres de forte cylindrée contenu dans un seul et unique cylindre multiplexé ou le réservoir hyperbare de compression intense qui permet, dans un volume réduit, de contenir plus de deux cents litres de carburant. Grâce à l'utilisation de matériaux novateurs, Raymond propose une machine n'excédant pas les quatre-vingts kilogrammes (hors pilote) qui peut rouler à plus de trois cents kilomètres dans l'heure (sur circuit). Une attention particulière a été portée à l'étude du système d'échappement garantissant une émission négative de gaz à effet de serre ainsi qu'un panache parfumé des plus agréables. Ni le confort ni la tenue de route n'ont été ignorés et c'est, selon les essayeurs, un réel plaisir de rouler durant des dizaines d'heures sans ressentir ni fatigue ni mal au fessier. Une prouesse s'il en est !


A quelques jours de la mise sur le marché, Raymond réfléchissait encore à l'appellation qu'il allait choisir pour sa motocyclette révolutionnaire. Finalement, il choisit de faire simple et, puisque sa moto est super, ce sera "Super" qui sera choisi. Une bonne idée de plus au crédit de Raymond qui n'a pas fini de nous étonner puisque, déjà, une nouvelle idée a germé dans son esprit fécond. Nous avons promis de garder le secret mais soyez-en certain, vous allez être surpris !

La moto Super, c'est super !
chez les meilleurs concessionnaires !

L'anti-fascisme ne passera pas !

On a beau être du genre à vouloir trouver des excuses aux pires provocateurs, il faut bien reconnaître qu'il en est pour pousser le bouchon un peu trop loin. Pour exemple, la dessinatrice italienne Elena Mistrello. Si je ne suis pas choqué par le fait qu'une femme puisse se permettre de dessiner et si je reconnais que l'Italie est à l'origine de quelques magnifiques choses (les pâtes, le mascarpone, la pizza, le tiramisú…), il faut reconnaître que cette dessinatrice dépasse les bornes. Je vous explique.

Imaginez que cette donzelle a eu le culot de vouloir participer au salon de la bande dessinée de Colomiers, commune de Haute-Garonne comptant 40916 habitants au recensement de 2022. L'outrecuidance est déjà patente. Mais attendez ! Ce n'est pas tout ! Cette jeune personne, une jeune personne qui n'est sans doute en possession de toutes ses facultés intellectuelles, une personne quelque peu diminuée à l'intellect défaillant, se permet de dessiner et d'avoir (ce qui est encore pire) des idées peu compatibles avec les idées fascistes. Elle reconnaît d'ailleurs militer pour la cause des migrants vivant en Italie dans son dernier album intitule « Sindrome Italia ».
De pire en pire, Elena Mistrello avoue ne pas apprécier ce qu'elle nomme « la dérive autoritaire et répressive des États européens à l'encontre des militants et des activistes politiques ». Pour enfoncer le clou, elle s'autorise de parler de « dérive arbitraire croissante de la part des forces de police ». N'en jetez plus ! C'en est trop, c'en est plus que l'on peut supporter. Alors, fort justement, le ministère de l'Intérieur[1] est intervenu pour faire arrêter cette gabegie. Les policiers ont attendu la jeune dessinatrice à l'aéroport de Toulouse pour lui intimer l'ordre de retourner chez elle par le premier avion et au plus vite. Et ce n'est que justice.

Et moi, je me dis que la Macronie est bien une belle et bonne chose. Un temps, il me semble avoir entendu des discours effrayants de Macron qui affirmait vouloir constituer un rempart contre l'extrême droite. Fort heureusement, il a su recouvrer sa raison et combattre comme il se doit la lutte contre l'anti-fascisme. Et dire que certaines personnes prétendent encore que Macron et sa clique ne sont pas d'extrême droite… Delà à dire que nous sommes entrés dans une forme de fascisme en France, il n'y a qu'un pas. Ceci dit, je sais que ça plaît à beaucoup pour qui on ne va pas encore assez loin dans l'abject.


À lire sur le site de Révolution permanente

Elena Mistrello dangereuse militante et dessinatrice
Lutte contre l'anti-fascisme

Note

[1] dirigé par l'exceptionnel Laurent Nuñez, proche de Castaner, de l'infâme préfet Lallement et de Macron, aka "l'éborgneur de Gilets jaunes, le Manchoteur fou". Récemment, a porté plainte contre un humoriste, Pierre-Emmanuel Barré.

Loiseau (c'est moi) retrouve une plume

Hier matin, parce qu'il ne faisait pas aussi chaud qu'en août et que j'en remettais une couche[1], après que j'avais avalé du café qui peinait à rester chaud bien que j'aie pris soin de lui mettre une écharpe, je me suis dit que l'époque était on ne peut pas plus propice pour tester une plume retrouvée récemment. Je l'ai fichée au bout d'un porte-plume et j'ai ouvert le flacon d'encre de chine. Dans un premier temps, j'ai encré un dessin qui traînait là et j'ai été assez satisfait. J'ai continué par un autre dessin puis un autre déjà plus ambitieux. Tout cela me satisfaisait. Alors, j'ai pris le crayonné du dessin que vous pouvez voir ici et j'ai laissé courir la plume sur le papier.
Si je suis plutôt adepte du pinceau, je trouve au moins un avantage à la plume : il n'y a pas besoin de passer les mains sous l'eau pour la nettoyer et moi, quand il ne fait pas chaud[2], je n'aime pas avoir les mains dans l'eau. La plume est paradoxale ou du moins différente au pinceau. D'un côté, elle peut être plus précise et plus prévisible que le pinceau, de l'autre elle me semble moins à l'aise pour les tracés longs. Elle accroche plus que le pinceau et est plus susceptible de produire des traits indésirables. Cependant, le pinceau est capable du pire lui aussi.
Vous me direz que je pourrais utiliser les deux solutions pour les opérations qui leur conviennent et je vous répondrai que vous avez raison. Nonobstant, parce que je déteste avoir tort, je rétorque que je fais bien comme je veux.

chargement à l'usine
Dessin pour tester une plume

Notes

[1] je veux dire par là que j'ai enfilé un pull par-dessus le pull

[2] je n'ai pas osé regarder le thermomètre

Trois chevaux fiscaux

A la fin des années 50, la gamme des automobiles Citroën se limitait à la DS et à la 2cv. Si la DS n'avait aucune difficulté à concurrencer la Frégate de chez Renault, la 2cv ne parvenait pas tout à fait à convaincre celles et ceux qui lorgnaient sur la 4cv et et la Dauphine. Il est alors décidé de produire un modèle qui prendrait une place dans le milieu de gamme. Par souci d'économie, on part sur la plate-forme de la 2cv et on gonfle le moteur pour plus de puissance. Il faut au moins cela pour permettre au nouveau projet d'atteindre des vitesses décentes. C'est que l'AMI est bien plus lourde que la 2cv, bien mieux équipée aussi. Cette nouvelle automobile atteint alors la barre des 100 km/h et rivalise avec les Renault. Elle sort en 1961, l'année de la sortie de la Renault 4 qui se révèlera être la vraie concurrente. C'est la ligne particulière de l'AMI, l'inclinaison de la lunette arrière en premier, qui sera le gros sujet. L'équipe de marketing parviendra à faire remarquer que cette lunette arrière a pour principal avantage de ne pas se couvrir de neige… lorsqu'il neige.
Dès lors, on se demande si la présence des skis sur la galerie du modèle présenté lors des Vintage Days est un rappel discret à cet avantage indéniable.

Citroën AMI 6
Une ligne qui ne laisse pas indifférent

Machine à générer de l'intelligence

J'ai été informé de la chose hier. J'écoutais David Dufresne qui s'entretenait avec Olivier Ertzscheld, chercheur français en sciences de l'information et de la communication, à propos des IA, des risques qu'elles peuvent engendrer, des défis qu'elles portent pour l'Humanité.

L'entretien était bien intéressant et au détour d'une phrase durant la conversation a été évoquée une bourde de Patricia Miralles, Ministre déléguée chargée de la Mémoire et des Anciens Combattants du gouvernement Bayrou. Pour rendre hommage aux combattants de la guerre de 14-18 et appuyer son propos, elle (ou son équipe) a choisi de faire appel à une IA pour illustrer son intervention sur X. Patatras ! Boulette ! L'IA en question représente une France joliment bordée de petits cœurs trop mignons et riche de deux péninsules bretonnes.

Sobrement, le mot « HOMMAGE » s'affiche en bas de l'illustration accompagné de bleuets. Et là, même si nous savons nous montrer indulgent, compréhensif et bienveillant, ça tique un peu au moment où l'on s'aperçoit que le soldat représenté, la tête tournée vers l'est, est allemand. Un Allemand, si l'on en croit le casque, de la Seconde Guerre mondiale.

Apparemment, ni la ministre ni son équipe n'ont vu les problèmes et c'est comme ça que la Macronie parvient toujours à nous étonner.



Changement de régime

Ne faut-il retenir de tout cela que le régime alimentaire ? La presse[1] n'a parlé que des yaourts et du thon à l'huile dont l'ancien président se nourrissait à l'exclusion de tout autre aliment alors que, disons-le, ce n'est sans doute pas l'information la plus importante de toute l'affaire. Qu'un ancien président de la République soit envoyé en prison, ce n'est pas rien.
Sarkozy a été remis en liberté en attente de son jugement en appel. Cela prouve que l'état de droit a encore un sens en France. Cette remise en liberté est assujettie à certaines conditions et elle n'est pas la preuve de l'innocence de Sarkozy.

Les produits laitiers sont vos amis pour la vie
Le yaourt, c'est la santé

Note

[1] du moins une grosse partie

Les meurtres du prêtre

C'est un livre dont je tiens à vous parler depuis assez longtemps sans trouver la manière de le faire. Il s'agit d'un roman publié pour la première fois en 1966 chez Buchet-Chastel, un livre qui est tombé dans l'oubli avant d'être redécouvert et réédité par Les éditions du Chemin de fer cette année. L'ouvrage en question a été écrit par Hubert Gonnet et il est très probable que vous ne connaissiez pas cet auteur. Le grand scandale est son titre.

De cette nouvelle édition, on peut déjà dire que c'est une belle réussite. Une belle typographie, un beau papier, une mise en pages impeccable. Pour entrer dans le roman, il faut accepter l'idée de l'auteur qui conduit à couper le livre en deux parties qu'il faudrait parvenir à lire dans un même temps. Nous avons le récit qui se lit sur les pages paires et l'intime du "héros" qui occupe les pages impaires, les pages paires et impaires se faisant écho les unes aux autres.

Ce roman s'inspire d'un fait divers survenu en 1956 que l'on appelle "affaire du curé d'Uruffe". Elle met en scène un curé, Guy Desnoyers, qui assassine sa jeune maîtresse enceinte de lui avant de l'éventrer et de tuer à coups de couteau l'enfant qui, l'autopsie le démontrera, était viable. Il prendra tout de même le temps de baptiser la petite fille pour lui garantir une place au paradis.

Le roman ne s'attarde pas à décrire l'horreur des crimes. Ce n'est pas un roman d'épouvante. L'intention de l'auteur n'est pas de faire frissonner, de jouer avec la peur ou le dégoût. Les crimes ont lieu, les gendarmes et les policiers enquêtent, le curé est accusé, le juge d'instruction interroge l'accusé et à la fin, le curé avoue et reconnaît ses crimes. Tout ça est réservé aux pages paires. C'est formel, ça tente tant bien que mal d'expliquer, de comprendre.
Les pages impaires répondent aux pages paires. Dans celles-ci, on entre dans la tête du curé (qui, comme le dit l'auteur, n'est pas celui d'Uruffe pour la simple raison qu'il n'est pas, lui l'auteur, ce curé d'Uruffe). Ici, dans cette moitié de livre, tout n'est donc que spéculations. Hubert Gonnet essaie de se mettre dans la tête d'un curé qui tue sa maîtresse et sa fille pour… Pour quoi ? Pour sauver les apparences ? Par peur du scandale ? Par crainte du déshonneur ? Par folie ? On ne peut pas être dans la tête du vrai curé d'Uruffe. Toujours est-il que les crimes ont eu lieu et que l'on peut comprendre que l'affaire ait marqué Hubert Gonnet jusqu'à le conduire à écrire ce roman en 1966.

Il reste que si c'est bien le curé qui a tiré sur sa jeune maîtresse et a usé d'un couteau pour tuer l'enfant extrait du ventre de sa mère, il est intéressant de se poser la question de la responsabilité de l'Église et de la société de l'époque. Et c'est justement le vrai sujet du roman. Sans prétendre qu'un pareil fait divers serait impossible aujourd'hui, il me semble qu'une histoire de curé qui aurait un enfant ne choquerait pas notre société en dehors des cercles religieux fanatiques. Maintenant, juger le poids de la société d'il y a bientôt soixante-dix ans n'est pas chose facile. Ça devait l'être un peu plus juste dix ans après les faits. Les crimes sont là et ce n'est pas réparable. Si on ne peut pas excuser ces crimes, on peut toujours tenter de comprendre ce qui a conduit à leur commission. Et là, il faut bien tenter d'entrer dans la tête du coupable et d'imaginer les conflits internes et leur caractère inextricable. Parce que, dans le fond, quels étaient les choix possibles pour ce curé ? Croyant convaincu, il savait vivre dans le péché et devait déjà composer avec cela. On dira que croire en un dieu comme celui de la Bible impose, normalement et sauf cas particuliers, de ne pas tuer. Le Vatican, lui, ne voit pas d'un très bon œil l'idée qu'un curé puisse avoir des rapports sexuels et encore moins qu'un curé puisse être papa. Il y a bien la solution de devenir un curé défroqué mais, apparemment, elle est écartée rapidement. Le curé aurait pu partir, fuir. Il ne peut pas se suicider parce que sa religion ne l'autorise pas.

Aujourd'hui, je suppose que l'on excuserait encore moins les crimes d'un curé qu'autrefois. Lors du procès, le jury lui a trouvé des circonstances atténuantes (lesquelles ?) et lui a évité la peine capitale. Je suppose que nous serions nombreux à accepter (ou à s'en foutre) qu'un curé baise et donne naissance à un gosse mais que nous condamnerions les crimes.

Pour l'heure, je me demande encore quelle est la conclusion réelle de ce roman. Hubert Gonnet cherche-t-il à absoudre le curé d'une partie de ses crimes en faisant porter la faute au système du catholicisme ou cherche-t-il à montrer que la société a conduit à devenir curé un homme incapable de ne pas vivre sa vie d'homme et poussé à la folie meurtrière ? Il me semble que derrière tout cela il y a un procès de l'institution religieuse malgré tout. Ceci étant écrit, j'ai pris un plaisir réel à lire ce roman étonnant dans sa forme et très intéressant dans son fond.

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