De loin, on ne peut pas dire que c'est beau. De près, on sait que c'est laid. La curiosité prenant le dessus sur mon envie de déguster une banana split à la terrasse de ce glacier à la mode des beaux quartier de la capitale, je me suis approché de ce qu'il convient malgré tout d'appeler une motocyclette. Je n'en avais encore jamais croisé de semblable. Au tout début, j'ai pensé à une Harley-Davidson bricolée par un malade mental qui aurait trouvé un marteau et une paire de pinces. Un psychopathe qui aurait dépecé une vache pour en faire une parure de carrosserie. Mais non, ce n'était pas une Harley-Davidson du tout. La présence d'un arbre de transmission sur le côté gauche de la machine me le fit comprendre sans coup fénir.
Il restait à déterminer quel pauvre engin avait été mis à contribution pour la création d'une pareille saloperie merveille mécanique. Mes connaissances en la matière se résumant à peu voire à pas grand chose, je me décidais, sous le regard médusé des passants hagards, à me pencher pour zieuter les entrailles de la bête. Je pus lire que le moteur (et par extension une partie conséquente des organes) provenait d'une Suzuki. Probablement d'une Intruder (qui, traduit de l'anglais vers le français, nous instruit un peu mieux de l'incongruité de la chose). Bref, j'étais comme deux ronds de flan à regarder la bécane de cuir et d'acier lorsqu'un quidam tout ce qu'il y a de plus quelconque entreprit de tailler une bavette sur le thème de "kècessaicètemoto". Allez savoir, j'étais peut-être dans un bon jour, je lui répondis ce que je vous dis un peu avant. Il me rétorque que, tout de même, ça copie pas mal une Harley. Je réponds que c'est une inspiration certaine. Et là, deux pingouins avec des piercings partout sur la tronche débarquent et l'un d'eux (celui encore en état de causer) avance qu'à son avis à lui, c'est bien une Harley. Moi, je m'en bats les couilles, en fait. Mais bon, j'aime pas laisser les gens dans l'erreur. Je dis une fois de plus que non, que c'est une moto japonaise de marque Suzuki. Là, il m'est répondu par lui que, lui donc, a eu une Aprilia 125. Je dis que ce doit être pas mal et j'espère vraiment que l'on va en rester là. Mais non ! Pensez-vous ! Il embraye avec une demande d'un peu de monnaie pour se payer quelque chose à manger. Bon. Je fouille mes poches, je n'ai pas envie de donner l'un des billets de 500 euros qui traînent au fond et gratte les pièces qui gisent encore plus profondément. J'en prends une petite poignée et je donne tout en disant que je n'ai plus rien pour ma banana split, à présent.