Je ne sais pas encore exactement ce que je ferai dimanche. J'hésite vraiment entre abstention et vote blanc. Les deux ont, à mes yeux, leurs bons côtés. Si je m'abstiens, il n'y aura aucun doute que je n'aurai donné ma voix ni à l'un ni à l'autre. Si je vote blanc, ma position sera comptabilisée, j'aurai fait la démarche de me rendre au bureau de vote, ce ne sera pas seulement que j'étais absent ou indisposé ou à la pêche.
Si, vaguement, j'accepte du bout des lèvres de reconnaître que, malgré tout, l'un est un poil plus respectueux des règles républicaines que l'autre, on ne m'enlèvera pas de la tête que des Darmanin, Castaner ou Lallement (entre autres) ne sont pas loin des méthodes autoritaires qui ne dépareraient pas au RN. Il m'est très difficile de me résoudre à voter Macron.

Les responsabilités

la macronie

Il est possible (mais je n'en ai aucune preuve) que la stratégie de la macronie aura été d'œuvrer afin d'avoir un deuxième tour tel que l'on l'a vu en 2017 et tel que l'on le voit aujourd'hui. Le pari pourrait avoir été que la peur de l'extrême droite, son rejet viscéral, amène naturellement à ce front républicain qui ferait élire Macron. Afin de réussir ceci, il pouvait être intéressant de favoriser la candidature de Zemmour, de refuser la confrontation avec les candidats et de laisser monter le populisme capable d'attirer les foules. La macronie misait sans aucun doute sur le morcellement des propositions du côté de la gauche et allait clairement puiser des voix à droite. Ainsi, le risque de voir la gauche se hisser au deuxième tour écarté, la droite (LR), ne trouvant pas dans leur candidate naturelle ce qu'elle attendait, allait rejoindre Macron.

la gauche

En ne parvenant pas à s'unir, en cultivant et exacerbant des différences de point de vue et d'idée, en cultivant des ambigüités aussi, la gauche s'assurait de ne pas parvenir à ce deuxième tour. Si l'on peut comprendre et entendre cette position dans les premiers temps, la déroute annoncée tant pour le PCF et le PS que pour EELV et le ralliement à Mélenchon de nombreux électeurs de gauche au nom du "vote utile" auraient pu conduire des candidats et candidates à jeter l'éponge à temps.

Les irresponsabilités

Les cons de tous bords

Qu'ils soient issus des rangs des Gilets jaunes ou des Antivax - anti pass - pro Didier Raoult, ils se sont reconnus dans les discours venus de l'extrême droite ou, tout du moins, dans la partie des discours qu'ils écoutaient. Le populisme n'est certainement pas l'apanage de l'extrême droite mais il est néanmoins consubstantiel de l'extrême droite.
Ils sont opposés à Macron et ils ne se sentent pas entendus ou reconnus par la gauche la plus à droite. Ils ont été déçus, ils estiment avoir été trahis, par le quinquennat de Hollande, ils sont effrayés par Mélenchon ou ils n'aiment pas le personnage ou ils ne comprennent pas la politique promue, ils sont rebutés par ces écolos qui peuvent sembler ne chercher qu'à pourrir encore un peu plus la vie des plus pauvres, des ruraux, des habitants des banlieues ou des "zones périphériques", ils lisent que le programme écologiste favorise ce que l'on peut appeler la "bourgeoisie bohème", cette frange de population assez aisée pour vivre dans les grandes villes avec un pouvoir d'achat suffisant pour se bien nourrir, se bien vêtir éthiquement, se bien déplacer écologiquement.
Parce qu'ils sont cons, ils sont assez irresponsables pour se laisser aller à voter pour les partis qui vont les brosser dans le sens du poil.

Les lâches

Le premier tour montre que Macron a réalisé un meilleur score qu'en 2017. Les macron-compatibles de gauche qui ont vite compris que ni Hidalgo ni Jadot obtiendraient un nombre de voix suffisant pour se présenter à un éventuel second tour n'ont pas longtemps hésité pour se ranger du côté de Macron. Pour les grandes idées, ils se disent de gauche. Oui, ils sont contre la peine de mort et pour le mariage pour tous, ils sont libéraux pour les questions sociétales, ils ne partagent peut-être pas l'évident penchant pour une position droitière de Macron mais ils parviennent bien à s'en accommoder. Ils peuvent même se montrer un peu critiques pour la forme, comme ça, pour tenter de se convaincre qu'ils sont de gauche. Ils ne diront pas clairement qu'ils sont pour le capitalisme et qu'ils voient de bons côtés dans le libéralisme économique mais ils diront que les idées trop socialistes ou communistes, c'est dépassé, c'est vieux, que le monde a changé et qu'il faut faire avec cette économie mondialisée qui dirige (c'est bien malheureux) le monde. Ah, là, là ! Qu'est-ce qu'on peut y faire ?

Les gens de gauche

Comment peut-on demander à quelqu'un qui pense sincèrement qu'il faut en finir avec ce capitalisme débridé, ces injustices, la casse du service public, la privatisation de ce qui a été construit et payé par le citoyen français depuis des décennies, les inégalités toujours plus marquées, les délocalisations et j'en passe ; à quelqu'un qui pense que plus de solidarité, plus d'entraide, plus de justice, plus de services publics accessibles et disponibles, plus de liberté sont souhaitables ; de voter pour Macron afin de faire barrage à l'extrême droite ? On entend bien, par exemple sur France Inter, les appels apitoyés à construire ce barrage, à refuser la barbarie, à refuser de laisser sa chance au risque. Je l'entends bien aussi mais non, c'est trop difficile de choisir entre ces deux saloperies.
Si jamais le pire advenait, sans minimiser ma responsabilité mais aussi sans la surestimer, je demanderai juste que la responsabilité de celles et ceux qui sont, objectivement, à l'origine de cette catastrophe soit reconnue à sa valeur juste, à mon avis plus importante que la mienne.