lundi 18 juin 2018

Motocyclettes à Antonne-et-Trigonant

Vous ne connaissez pas la commune d'Antonne-et-Trigonant ? Ah ! C'est sans doute que vous n'y résidez pas alors. A votre décharge, je reconnais que ce n'est pas la commune la plus courue de Dordogne. Ce n'est ni Sarlat ni Périgueux, ni Escoire ni Bergerac, c'est une réalité. Il n'empêche que l'on y vit et que l'on y a organisé une petite exposition de motocyclettes, anciennes et récentes puisque l'on pouvait même voir là des Royal Enfield neuves amenées se faire admirer par le concessionnaire local, Absolut' Moto.
De fait, on trouvait là des motocyclettes de toutes sortes, différentes les unes des autres par leur âge et leur style mais réunies par le plaisir que les propriétaires et pilotes ressentent certainement à les conduire, le nez au vent et le sourire aux lèvres. Il était réjouissant de constater qu'il n'y avait pas place pour l'esprit de chapelle. Ainsi, une ancienne des années 30 côtoyait une japonaise des années 80 sans quelle semble ressentir quelque désagrément qui soit. De là à suggérer que les motocyclettes sont plus intelligentes et plus tolérantes que les femmes et les hommes qui se placent à leur guidon, il n'y a qu'un pas.
Soudain, je vois une Ratier C6S. Parce que je suis équipé d'un appareil photo, je la photographie. Arrive son propriétaire. Un bonhomme à l'allure sympathique qui me demande si je viens de photographier sa moto. Je reconnais l'avoir fait et lui explique avoir un frère en possédant une presque semblable à quelques détails près. S'ensuit une discussion au cours de laquelle notre bonhomme explique qu'il est également propriétaires des deux BMW Série 2 avoisinantes, deux belles représentantes de la marque dont une attelée à un side-car Précision. J'ai droit à l'historique de la restauration de cette BMW. Cette moto était présentée comme une machine en bon état mais les déconvenues sont vite arrivées. Des pots d'échappement pourris au moteur qui nécessitera un remplacement du vilebrequin, des culasses et pistons, la promesse était loin d'être tenue. Après bien des heures passées à la restauration et des poignées d'euros jetées dans l'opération, voilà un attelage qui sait faire des envieux.

BMW 600 série 2 et side-car Précision
Nous retournons à la Ratier et le bonhomme explique qu'il est policier en retraite, qu'il a eu à conduire ces Ratier C6S mais aussi L7 dans ses premières années de service. Ça me fait un peu drôle de parler ainsi à un motard de la police moi qui ai d'habitude plutôt envie de les éviter. Selon cette ancienne force de l'ordre, la Ratier était bien supérieure à la BMW Série 2 et, même, à la Série 5. Il reconnaît juste que le freinage de la française n'était pas des plus fameux.

Ratier C6S 1962
Ce qui suit risque de choquer les âmes sensibles. Celles-ci ne sont pas obligées de prendre ce risque. Je les aurai prévenues.

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Mais avant de voir ces Ratier et BMW, j'étais passé devant le stand de Absolut' Moto et j'avais vu une machine qui avait attiré mon œil. Il s'agissait d'une Yamaha 850XS mise au goût de son propriétaire. Et cette modification est une belle réussite. D'une moto routière à l'apparence quelque peu pataude, on a fait un café-racer tout à fait convaincant. La fourche a été remplacée par un modèle aux tubes plus gros, beaucoup d'accessoires ont été enlevés pour mieux mettre en valeur le beau trois cylindres et gagner plus de légèreté, le réservoir provient d'une 125 RDX de la même marque mais a été rallongé de quelques centimètres pour mieux s'adapter à la ligne voulue par le concepteur. De la belle ouvrage pour une machine qui, outre sa fiabilité, fait le bonheur et la fierté de son pilote. Que demander de mieux ?

Yamaha 850 XS

dimanche 22 mai 2016

Quand la France voulait des motocyclettes pour ses administrations

Fin 1944, la France presque libérée cherche à remettre son administration sur les routes. L'occupation allemande a laissé des ateliers relevant diverses pièces permettant dans un premier temps de monter des BMW et autres machines. Le CMR est créée pour s'occuper de ce stock et reconstruire des motos. Le CMR, c'est le Centre de Montage et de Réparation. Il remonte des R12, des R71 et quelques R75 de chez BMW jusqu'au moment où les pièces viennent à manquer pour monter des motos selon les types officiels de chez BMW. Qu'à cela ne tienne, on adapte et on crée une BMW qui n'a jamais existé, la R73, un bricolage de pièces hétéroclites qui affichera un écusson BMW modifié, respectant l'hélice mais plaçant du bleu et du rouge et sur lequel s'inscrit le nom du CMR en plus de celui de BMW.
Cette moto, j'en avais entendu parler mais ne l'avais jamais vue. C'est désormais chose faite puisqu'il s'en trouvait une à Limoges, au salon de la moto organisé par la FFMC locale.

BMW R73 CMR
Parce que la pénurie de pièces menace, le CMR n'a bientôt plus raison d'être et en 1945 c'est la création du CEMEC, le Centre d'Étude des Moteurs à Explosion et à Combustion. Ses ingénieurs s'inspirent des BMW et autres Zündapp pour imaginer une nouvelle moto mais tout est de l'ordre de la création originale. C'est à dire qu'il n'y a aucune pièce interchangeable avec une moto allemande de l'époque. La première moto sera la L7 pour Latérales et 750cc. Le moteur est donc un 750cc à soupapes latérales délivrant ses bons et loyaux 18cv. C'est peu sur le papier mais ces chevaux sont de braves percherons qui sont endurants. Dans la première version, il n'y a qu'un carburateur réchauffé par deux tubulures conduisant de l'air chaud capté directement en sortie d'échappement. La L7 connaîtra quelques améliorations au long de sa carrière. Celle présente à Limoges n'est pas une CEMEC mais une Ratier. Le réservoir n'est pas le même et cette Ratier est équipée de deux carburateurs.

Ratier L7
Ratier L7 et C6S
En 1954, Ratier rachète les activités de CEMEC, l'entreprise spécialisée dans la production d'hélices pour l'aviation conçoit une version largement améliorée de la L7 en rendant le moteur culbuté, ce sera la C8. Est-ce que cette moto a existé en dehors de quelques modèles de pré-série, je l'ignore. Je n'en ai jamais vu. Mais Ratier a de l'ambition et planche sur un modèle plus moderne. On abandonne le moteur à soupapes latérales et la suspension coulissante pour une distribution culbutée et un bras oscillant. La moto est donnée pour 35cv et 160km/h. Mais il semble qu'il faille attendre le rachat de Ratier par Thomson CSF pour que la production débute réellement en 1960. Ces motos ont équipé les CRS et la garde républicaine qui, paraît-il, étaient satisfaits.

Ratier C6S
Micro Ratier C6S
Pour conclure, on notera que ni les motos du CMR ni celles du CEMEC ou de Ratier n'ont été pensées pour le grand public. Toutes celles qui ont connu une seconde vie dans le "civil" ont été achetées au domaines. C'est dommage que ni CEMEC ni Ratier n'aient fait l'effort de s'intéresser à cette clientèle potentielle. La Ratier C6S avait bien des atouts à faire valoir face à son principal concurrent qu'était BMW à l'époque. Cela aura été une occasion ratée de plus dans l'histoire de la moto française. Avec la disparition des 600cc Ratier en 1962 débutera une très longue période de vaches maigres pour la production de moto française de grosse cylindrée.

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