Haïssons les objets

Nous connaissons tous des objets qui ne méritent que haine et mépris. Je vous en présente un.

De la gondole vénitienne qui trônait[1] sur le poste de réception de télévision, au charmant présentoir à huile-vinaigre-sel-poivre-moutarde qui enjolivait si délicatement les tables en passant par l'ignoble service à café de la tata Ginette, on a tous connu des objets maléfiques et ignominieux qui semblaient capable de vous arracher les yeux tellement ils étaient laids, moches et inutiles. Ces objets néfastes qui étaient autant d'atteintes au bon goût. Ces objets que l'on pouvait feindre d'avoir "malencontreusement" cassés pour, qu'enfin, on n'est plus à les subir.
J'en ai quelques uns, de ces objets. Parfois, ils se veulent décoratifs ; d'autres fois, ils prétendent être utiles. Dans tous les cas, ce ne sont pas tant les objets par eux-mêmes que leur(s) concepteur(s) qu'il faudrait vouer aux gémonies et exposer en place publique au pilori où ils seraient livrés aux crachats d'une foule exaspérée et aux quolibets d'une horde d'enfants[2]. Malheureusement, ces personnes nauséabondes se cachent, se terrent en quelque lieu tenu secret. On ne connaît jamais précisément le nom de ces inventeurs de malheur.
Il arrive que l'on sache le nom de celui qui, sinon a conçu le produit délétère, a permis sa diffusion. J'en sais quelque chose ! Je travaille dans une entreprise qui semble mener une guerre sans merci contre tout ce qui peut se rappr ocher de ce que l'on peut appeler le "bon goût". Je n'ose imaginer les malheurs endurés par mon employeur dans son enfance, les traumatismes forcenés auxquels il a dû être confronté, les problèmes psychiatriques qu'il a à combattre jour après jour, les rancœurs tenaces qui le tiraillent et le conduisent à semblables extrémités. Toujours est-il qu'en terme de "mochetés suprêmes", de "mochitude", serais-je tenté d'écrire, il en connaît un rayon. Et le pire, c'est qu'il en est pour acheter ces objets excrémentiels ! En plus des tares partagées avec mon patron s'ajoute une bonne dose de masochisme. C'est vilain et ça ne donne pas envie. Pouah ! Bêrk !

L'objet en question

La chose qui me préoccupe aujourd'hui est intéressante à plus d'un titre. Sous des dehors somme toute assez convenables se cachent la perfidie. De prime abord, on peut ne pas se méfier. A quoi semblons-nous avoir affaire ? A une tasse[3] qui peut servir à contenir quelque boisson comestible. Jusque là, il n'y a pas de quoi fouetter un chat.
chose ignoble
En y regardant de plus près, on s'aperçoit tout de suite que l'ustensile n'est pas imaginé pour les francophones. On se réjouit de ce que, pour les étrangers, la France[4] soit considérée comme impénétrable aux objets de mauvais goût. Mais passons. On remarque que l'engin n'est semble-t-il prévu que pour accueillir du "coffee"[5]. J'ai tenté une expérience. J'ai versé de l'eau dans le machin. Il ne me semble pas que ça l'ait détérioré. J'ai versé du thé dans le bidule. Il ne s'est pas désintégré. J'ai eu l'idée d'y verser de l'urine. Je n'avais pas envie de pisser. Imposture, donc ! Combien pariez-vous que le truc est décliné en plusieurs modèles portant chacun mention de la boisson qui lui est réservé ? Les salopards de marketeux ont plus d'un tour dans leur sac.

chose ignoble


On remarquera que ce que l'on est bien obligé d'appeler "tasse" est accompagnée d'une "cuillère". A sa tasse sa cuillère. Est-ce que l'on ne se fout pas de notre gueule ? Et si l'on perd la cuillère, on jette la tasse ? Non mais je vous le demande ! Jusqu'où ira la perversité de l'homme à l'encontre de l'homme ? De plus, cette "cuillère"[6] n'est pas en métal mais en quelque chose d'autre qui ressemble à la matière dont est constituée la "tasse". C'est très désagréable. Pour moi, un couvert se doit d'être en métal. En bois dans certains cas[7], en matière plastique en cas d'extrême nécessité. Jamais en céramique, en terre cuite, en porcelaine ! Jamais !
Mais je vous ai gardé le meilleur pour la fin. Imaginez qu'il y a eu un service "research and development" qui est à l'origine de l'horribilité présente. Ce service s'est réuni et à cogiter des jours entiers pour élaborer la chose. Et qu'a-t-il trouver ? Je vous le donne en mille : un ingénieux système qui permet de placer la "cuillère" dans l'anse de la "tasse". Si. La preuve que je ne vous mens pas en photo.
chose ignoble
N'est-ce pas là une ignominie savoureuse ? J'en ai la nausée.

Notes

[1] Au passé parce que avec les écrans plats, la mode a cessé.

[2] Qui auraient pourtant leur place au pilori eux aussi

[3] Un mug disent les fâcheux

[4] et ses anciennes colonies

[5] du café, quoi

[6] ou cuiller, je sais

[7] pour servir le caviar, par exemple

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