Jean-Régis a la moto dans la peau à l'instar du macadam qui recouvre la chaussée avec son cortège de petits cailloux pointus qui aiment à se glisser dans la peau et qui font si mal au corps et à l'ego du brave motocycliste. Disons-le sans ambages, Jean-Régis est ce que l'on appelle dans le jargon un poireau, un bien piètre pilote de véhicule à deux roues motorisé. Souvent, trop souvent, ses escapades se terminent par une chute douloureuse et malvenue.
Jean-Régis tient néanmoins et contre tout à circuler sur une motocyclette parce que, en vrai rebelle, il refuse de faire comme tout le monde. Il aime le rock, il veut faire jeune, il veut épater les filles, il fait de la moto. Or, on l'a dit, il est très mauvais pilote. Si, en son temps, il a réussi à se procurer un permis de conduire les motocyclettes dans d'obscures circonstances et en échange d'une somme d'argent assez conséquente, force est de constater que le carton rose[1] n'est pas la garantie d'une maîtrise adéquate d'un véhicule conçu pour ne pas tenir sur ses roues sans intervention humaine. Il faut un certain sens de l'équilibre et, surtout, un minimum d'intelligence pour avoir conscience de ses limites et ne pas chercher à tutoyer des angles qui, les lois de la physique l'affirment, ne manqueront pas d'assurer la gamelle superbe et manifeste. Jean-Régis n'a que trop expérimenté la théorie, il l'a mise en pratique, il peut en témoigner, passé une certaine limite, on se râpe le cuir immanquablement.
Alors, Jean-Régis est passé à l'action avec son marteau, sa scie à métaux, son poste à souder et beaucoup de détermination. Il allait dans le secret de son garage construire de ses mains une machine à même de lui donner satisfaction. Après presque autant d'heures passées à s'acharner sur son projet que de canettes de mauvaise bière, il lui était enfin offert de faire les premiers tours de roue autour de chez lui. Sur l'illustration que nous avons été en mesure de nous procurer auprès de témoins de la scène, la "moto" de Jean-Régis a bel et bien roulé. Certes, pas très longtemps, certes pas très loin, certes pas très bien mais elle s'est déplacée. L'image nous montre Jean-Régis qui affiche une tête montrant le mécontentement ressenti au moment où il se rend compte que les espoirs fous ne sont pas au rendez-vous et que la machine ne donne pas entière satisfaction. Quelques secondes après ce moment de vie pris sur le vif, Jean-Régis va percuter le mur de la boucherie Lebœuf et perdre la majorité de ses dents.
Nous nous associons aux proches de Jean-Régis en ces moments difficiles et souhaitons qu'il puisse à l'horizon des mois à venir se remettre à l'ouvrage pour une fois encore bien nous faire rire avec ses bricolages. Longue vie à lui !

Note
[1] c'est là le nom que l'on utilisait pour désigner le permis de conduire en une lointaine époque
1 De Jeannot lou Paysan -
Purée! Les fautes sont corrigées avant qu'on ait eu le temps de les signaler.
2 De Michel Loiseau -
Il est bien possible qu'il y ait des fautes. N'hésitez pas à les signaler.
3 De Jeannot lou Paysan -
Je l'aime bien ce Jean-Régis. La solidarité entre poireaux. À noter qu'on peut aussi qualifier un piètre motocycliste de "pince".
Sa moto, avec des pneus tout-terrain, pourrait trouver un débouché sur le marché des jouets inutiles pour grands dadets alimentant le service des urgences. Il pourrait (par exemple) l'appeler "Quad".
4 De Jeannot lou Paysan -
De Dion-Bouton, dans les années 1902, produisait des tricycles et des quadricycles de même frêle allure. Le moteur étant fixé derrière le brave conducteur.
5 De Waldo7624 -
Il y a juste une petite erreur : si Jean-Régis a bel et bien percuté le mur de la boucherie, il s'agit en fait de la boucherie Leveau, et non Lebœuf, Jean-Marie Lebœuf ayant pris sa retraite en octobre 2025, c'est son neveu Kévin Leveau qui a repris l'affaire. Il s'agit d'ailleurs d'une boucherie Végan, la seule dans un rayon de 370 kms. On ne peut pas tout savoir...
6 De Michel Loiseau -
C'est vrai. Je n'ai pas "investigué" suffisamment et me suis contenté de noter ce que la population locale disait. Pour les habitués du lieu, peu enclins à changer leurs habitudes, la boucherie est toujours celle de Lebœuf alors que, vous avez raison, c'est désormais son neveu qui a repris l'affaire (et qui ne fait pas que des heureux parmi sa clientèle).
7 De Waldo7624 -
Mais ce n'est pas grave... Je connais très bien la famille, c'est là que ma grand-mère venait chercher du mou pour son chat. Je comprends que la clientèle, habituée de longue date, soit peut-être un peu désorientée par le choigt du nouveau propriétaire, Kévin n'ayant pas la maîtrise du métier comme son oncle l'avait ! Ah, la jeunesse...
8 De Tournesol -
Grands dadais. Harley fait des tricycles. J’aimais bien la mode des trikes qui laissait à voir des engins surdécorés avec un mauvais gout très sur. Hélas on en voit moins.
9 De Jeannot lou Paysan -
Dadais, et pas dadet? Yé mé souis trompé.
J'espérais la double orthographe, mais rien ne vient me rasséréner.
Les trikes Harley, dit Servi-Car, qui coûtent un bras, sont bien tentants. Les trikes éléphantesques à moteur de Cox ou de Renault Mégane sont d'absolues mochetés.