Dans ce milieu des années 30, le choc de la crise de 1929 s'estompe et c'est la reprise économique. Certains recommencent à engranger de gras bénéfices tandis que le peuple tire la langue et se prépare à se lancer dans le Front populaire avec son cortège de grèves et de revendications. En Allemagne, un moustachu est au pouvoir et on refuse d'entendre la menace, les signes de l'approche de la guerre qui se profile à l'horizon. On ne veut pas voir l'avenir, on a plus peur du communiste à couteau entre le dents que du nazi. La Rhénanie est remilitarisée, Franco prend le pouvoir de l'autre côté des Pyrénées. En 1936, les Jeux olympiques d'été se déroulent à Berlin sous le signe du nazisme.
Et cette même année, quelqu'un achète une Delage D6. Pour réaliser cet achat, il faut avoir des finances. Beaucoup. Sans doute un peu moins que pour acheter une Bugatti mais tout de même. Les automobiles Delage ont failli disparaître l'année précédente. Avec la crise de 29, la situation commerciale des marques de luxe est au plus bas. La marque est rachetée par Delahaye qui va produire les Delage sur des bases de productions maison. Le grand luxe est ce qui va caractériser les nouvelles Delage. De cette période naîtront peut-être les plus belles Delage.
La marque renaîtra après guerre mais les temps ont changé. Les acheteurs se font rares, on n'a pas les finances pour penser de vraies nouvelles automobiles, on reste sur les bases des années 30 en modernisant les carrosseries. Les Delage, Delahaye, Bugatti, Voisin[1] ou Hispano-Suiza vont disparaître les unes après les autres. L'ultime tentative[2] dans le domaine du luxe automobile à la française sera Facel Vega qui fermera ses portes un an après Bugatti.

Notes
[1] qui réussissait le tour de force de (mal) vendre ses automobiles à un tarif encore plus élevé que Bugatti.
[2] Il faut tout de même noter que quelques marques tentent à une échelle plus ou moins artisanale de perpétuer l'idée de l'automobile de grand luxe et de prestige, parfois avec des automobiles sportive comme chez Bugatti ou chez Delage. Et il paraît, selon les communicants de chez Stellantis, que la marque DS est ce que l'on fait de mieux aujourd'hui dans domaine de la voiture de luxe et de prestige. Je reste très très sceptique.
1 De Jeannot lou Paysan -
Nous autres, une simple DS 21, avec sa classe unique, ses gros sièges rembourrés, sa manière incroyable de se soulever en souplesse avant de s'élancer, son silence, sa douceur de fonctionnement, on trouvait que comme image du luxe, ce n'était pas si mal.
Et même que les autres pouvaient aller se rhabiller. Et là, on n'évoque même pas ses qualités dynamiques.
2 De Jeannot lou Paysan -
Mais bon, nous n'étions que de simples paysans, hein. Qu'est ce qu'on y connaît, au luxe?
3 De Tournesol -
Jeannot Lou paysan : ah mais prenez n’importe quel chef d’entreprise à bord de son yatch et dites lui qu’il vit dans le luxe et vous le verrez avec frénésie vous expliquer que le luxe,c’est pas ce qu’il vit,qu’il n’a pas de piste d’atterrissage pour hélicoptère sur sa barcasse et que son château lui coûte un max en restauration.
Le luxe,c’est d’avoir ce que n’ont pas les autres…sauf dans le cas d’Ebola.
Quoi que… » j’ai pas mal au foie,personne fait plus ça ,j’ai un ulcère,c’est moins banal et plus cher » B.Vian, J’suis snob.
Pour DS,il semblerait que la marque soit en difficulté,perde son autonomie et revienne sous la direction de Citroën.Les dirigeants avaient oublié que pour exhiber sa voiture luxueuse,il faut quand même qu’elle roule.
4 De Tournesol -
Nous sommes aux environs de Monaco,un Play Boy rate un virage,se retrouve avec sa Porsche au tas et se lamente,il vient de perdre une semaine de salaire.Un chef d’entreprise se plante au même endroit avec sa Bentley : malheur,un mois de salaire foutu en l’air.Un touriste vit la même mésaventure avec sa Dacia.Il s’extrait de l’épave en criant : un an de salaire bousillé et j’ai même pas fini de payer les traites.
Réaction des deux précédents: vous êtes fou d’acheter des voitures aussi chères.
5 De Michel Loiseau -
@Tournesol : En fait, pour un multi milliardaire, l'idée est de ne rien posséder en nom propre. Il se contente de profiter de tout ce que l'on met à sa disposition selon son propre désir. Le vrai luxe, c'est d'avoir le pouvoir de voir
exaucéexaucés ou exaucer (comme vous préférez) tous ses vœux.6 De Jeannot lou Paysan -
... exaucés tous ses vœux, ou exaucer tous ses vœux ?
7 De Michel Loiseau -
L'un des deux au choigt.
8 De Tournesol -
En 1973 j’ai eu mon bac,et,comme récompense,le droit de passer une semaine à Paris avec un ami dont la tante,mariée à un pilote de ligne,pouvait nous loger.
Arrivé chez elle je suis surpris par sa cuisine : un évier,une table,quelques chaises.pas de cuisinière,pas de batterie de cuisine,rien.Comme je m’en étonne auprès d’elle elle me répond: il faut savoir vivre simplement.Wow! Je suis tombé chez une disciple de Diogenes et j’en suis surpris.Vers midi,elle nous demande ce que l’on souhaite manger.Puis,munie d’un téléphone elle passe commande chez son traiteur.
Finalement,la simplicité coûte cher.
9 De Michel Loiseau -
C'est une solution mais ça me peinerait un peu de ne pas pouvoir manger les dimanches et jours fériés. Aussi, ça me ferait carrément chier de ne rien avoir pour me préparer un café.
J'ai eu une copine qui n'avait qu'un four à micro ondes pour préparer ses repas. Elle l'utilisait pour faire chauffer l'eau pour le café, pour faire cuire ses pâtes ou réchauffer des plats préparés ou des conserves. Elle était étudiante et faisait avec ce qu'elle avait à sa disposition.
10 De Tournesol -
Étudiant,j’avais un camping gaz.Et les repas au restau U.
11 De Waldo7624 -
Il n'y a pas si longtemps (une vingtaine d'années) je vivais la semaine dans un petit studio à Montrouge, dans un immeuble très vétuste et
navet(non, ça c'est pour le pot-au-feu) qu'un four micro-ondes pour préparer les repas ou faire chauffer l'eau. C'est pour cela que j'allais les prendre à la créperie du RdC, chez Jojo, dit le Crépeux.Cela dit, cette auto est superbe ! Entre ça et la FV, mon cœur balance...
12 De Michel Loiseau -
Si c'est pour une utilisation "normale", je pense que la Facel Vega est le bon choix. J'allais dire que toutes les automobiles d'après Seconde Guerre mondiale sont utilisables facilement pour les vieux que nous sommes mais il y a la Traction avant qui entre dans le lot à disposition. Ceci dit, je suppose qu'une Juvaquatre doit convenir également.
Je n'ai jamais eu l'occasion de conduire d'automobiles d'avant les années 50. J'ai essayé quelques motocyclettes de la fin des années 30 et des années 40. Ce n'est pas forcément très simple.
13 De Jeannot lou Paysan -
Cette Delage n'est pas sans évoquer une Rolls contemporaine par sa ligne.
Le luxe c'est d'avoir un oignon blanc, du sel et du lard pour son casse-dalle...et surtout une douche avec l'eau chaude.
14 De Jeannot lou Paysan -
...et du café.
15 De Michel Loiseau -
Le café, ce n'est pas un luxe, c'est l'élément chimiquement pur à l'origine de toute vie.
16 De Jeannot lou Paysan -
@ Michel : cette définition me plaît tout a fait.
17 De Waldo7624 -
Le choigt reste cependant symbolique au vu des prix pratiqués pour l'acquisition de tels engins... Sauf à faire un braquage, mais un qui vaille le coup. Le Louvre, ça a été fait, je pensais aller dérober la tapisserie de Bayeux, actuellement gardée par des anglais, faciles à duper. Quelqu'un aurait-il une camionnette à me prêter ?...
18 De Michel Loiseau -
Vous pourriez faire un casse dans le musée municipal de Thenon, non ?
19 De Jeannot lou Paysan -
Hier, j'ai visité une expo dédiée au fringues avec des œuvres d'art contemporain sur le thème, dans un espace réservé à l'art moderne, tout neuf, réhabilité par la ville de Limoges, et baptisé Frac-Arthothèque, sur les ruines dun grand magasin autrefois florissant. Eurodif je crois. Un chouette endroit Art-déco à préserver.
Pas question d'y faire un casse sur l'expo du jour, sauf peut-être un casse-toi de là!
20 De Jeannot lou Paysan -
Même pas Art-déco d'ailleurs. Plutôt Gustave Eiffel ;-))
21 De Waldo7624 -
@M. Il faudrait déjà situer ledit musée. Bien caché afin de le préserver de toute tentative d'effraction, il ne figure sur aucun plan, aucun site, rien ! Pas une info sur ce monument !... Ah, ils sont malins à Thenon, c'est pas demain la vieille qu'on pourra cambrioler le musée ! D'ailleurs, même la boutique du livre qui n'est même pas dissimulée, personne ne la trouve ! Finalement, je me demande s'ils sont aussi malins que ça, à Thenon ?...
22 De Michel Loiseau -
Il est vrai que le musée est mal indiqué. Je ne vais pas jeter la pierre à l'ancienne équipe municipale qui devait avoir bien d'autres chats à fouetter mais, tout de même, puisqu'il était question de dynamiser le village, ils auraient pu trouver un peu de temps pour faire réaliser et installer un panneau indicateur.
L'équipe actuelle aura-t-elle la volonté de prendre en compte ce dossier ?
23 De Tournesol -
Pour une municipalité désireuse d’obtenir un musée à peu de frais je suggère de rebaptiser la maison de retraite en Musée du Temps Libre.
Pour une somme modique le visiteur contemplerait les nombreuses façons de gérer la vacuité d’une part,d’autre part les résidents seraient heureux de recevoir des visites,tout le monde y gagnerait.
24 De Tournesol -
Le luxe c’est d’avoir trois essuie glaces.
Aucun hérisson n’a été blessé dans le sillage de cette superbe auto.
25 De G.Lukubre, qui aime le luxe de détails -
Souvenirs d'enfance
Nous habitions, pendant l'entre-deux guerres, près de la demeure d'un riche homme d'affaires, monsieur Delage, qui roulait carrosse dans une superbe Voisin.
La maîtresse de ce riche voisin , madame Delahaye, une croqueuse de diamants quadragénaire aux formes opulentes, lui rendait visite deux fois la semaine au volant de sa Rosengart pour de tumultueux cinq à sept, durant lesquels nous entendions les gémissements de plaisir de la volcanique et sculpturale odalisque depuis notre logement, ce qui ennuyait beaucoup mes parents qui jugeaient cette présence sonore bi-hebdomadaire peu en rapport avec l'éducation stricte qu'ils entendaient nous inculquer. Ceci d'autant plus que nous ne manquions pas, avec la vivacité et la curiosité propre aux enfants de notre âge, de poser d'innombrables questions au sujet de ces charivaris vespéraux.
Aussi bien, un jour où la séance avait été plus mémorable que d'habitude, n'y tenant plus, ma mère demanda au voisin libidineux, sans y mettre les formes, de bien vouloir mettre un bémol aux épanchements sonores de ses séances physico-sensorielles avec sa "nymphomane hystérique"!
Dès lors, deux fois par semaine, monsieur Delage, le voisin, emmena mme Delahaye dans sa Voisin pour des ébats délocalisés dans un hôtel de passe de Limoges, où les cris de plaisir entendus depuis la rue constituaient une publicité des plus suggestive pour les passants honnêtes.
26 De Waldo7624 -
Très jolis souvenirs et si bien racontés* !... En avez-vous d'autres avec le couple Panhard, leurs voisins Levassor, ou encore de la famille Citroën ?...
*Et je suis sincère (ce qui est rare).
27 De André Castelvin, historien de Meydeu (Bourgogne) -
@GL : Pour raconter une anecdote de l'entre deux guerres, il fallait avoir au moins 6 à 8 ans, cela vous rangerait donc dans la respectable catégorie des centenaires ou presque ayant échappés à Alzheimer, redoutable piège à souvenirs. Bravo, vous êtes de constitution robuste ! Bonne fin de vie.