L'arithmétique de la bonne fortune

On parle beaucoup des milliardaires depuis quelques années. Autrefois, le millionnaire représentait le summum de la richesse insolente. Pas les millionnaires en anciens francs, hein ! J'ai connu l'époque à laquelle, à partir d'une certaine somme, on avait tendance à causer en anciens francs. Pour parler du prix d'une maison ou d'une automobile, on discutait en millions de centimes de nouveaux francs. « Roger, il s'est payé une DS à plus de 2 briques mais Mathilde a acheté une bicoque à vingt millions. »
Avec le passage à l'euro, on s'est aperçu que ces riches ne l'étaient pas tant que ça. On a compris que la brique ne représentait guère plus que 1524 euros. Ça claque moins. En quelques années, on pouvait gagner l'équivalent d'une brique par mois et ça n'épatait plus grand monde. La fin d'une époque.

Un million de francs (ceux d'après 1960) ne représentaient plus que 152449 euros et il fallait faire avec. Mais rassurons-nous, il restait de vrais millionnaires en euros et c'est heureux parce qu'il nous faut lutter contre la haine du riche et, au contraire, glorifier la réussite.
Millionnaire, c'est bien mais milliardaire, c'est mieux. Et d'ailleurs, Emmanuel Macron ne disait-il pas son amour de l'argent dès 2015 avec sa petite phrase devenue célèbre : «  Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires » Ce cri du cœur a été entendu et, s'il est vrai que les nouveaux milliardaires ne sont pas tous de prime jeunesse (mais ils l'ont sans doute été), la France peut s'enorgueillir d'avoir élargi son cheptel de très riches sous le règne de Macron. Rien que dans les différents gouvernements qui se sont succédé on compte plusieurs dizaines de très hauts patrimoines et s'est une excellente chose tant on sait que ce sont les plus riches qui savent ce qu'il convient de faire en matière d'économie. Car ne nous voilons pas la face. Donnez de l'argent aux pauvres et vous verrez que ces gens de peu le dépenseront sans vergogne dans des achats vulgaires et alimentaires. C'est donner de la confiture aux cochons, finalement.

Pour le bien du pays, il faut donc un accroissement conséquent du nombre de milliardaires. Nous en sommes tous convaincus, je l'espère. Mais une question se pose. Eh oui ! On peut avoir le désir bien légitime de devenir milliardaire et ne pas savoir comment s'y prendre pour y parvenir. Tout est question de volonté. Quand on veut, on peut. Une question de volonté, bien sûr, mais aussi une question de temps.
Tenez, un petit exercice simple à la portée de tous·tes. Imaginons que vous receviez une somme de 10000 euros par mois et que, d'une manière ou d'une autre, vous parveniez à ne pas dépenser un centime de cette manne financière. En combien de mois ou d'années aurez-vous le bonheur d'entrer dans le club très select des milliardaires ?

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