Et si je vous disais qu'il existe des coïncidences étonnantes, de celles auxquelles on ne s'attend pas sauf à être tireuse de tarot, mage extra-lucide, voyageur de la quatrième dimension ou bien dérangé du ciboulot. Une coïncidence de la sorte, j'en ai croisé une pas plus tard que l'autre jour et c'était un vendredi. Il y des témoins[1].
Alors que j'avais commencé la lecture du livre de Cavanna dont je vous causais samedi[2], voilà qu'un type s'amène[3] à la boutique de l'association Ha! Ha! Ha! Éditions[4] avec une pile de vieux papiers composée de Charlie Hebdo et de Hara Kiri des années 70 (du moins pour les Charlie Hebdo[5]). C'est pas un peu fou, ça ? Sur 10, combien de chances que ça arrive pile ce jour là que j'avais Cavanna dans la tête qui m'occupait le neurone ?
J'aime bien les vieux papiers même si, je le confesse, je ne conserve pas religieusement, pour plus tard, celui qui a servi à emballer ma tranche de jambon hebdomadaire. J'ai commencé à m'intéresser aux couvertures de ces reliques vieilles de plus de 50 ans. J'ai reconnu les dessins de Gébé, Wolinski, Cabu, Reiser, j'ai reconnu la caricature de Pompidou, gros sourcils et clope au bec et celle de Giscard ; moins celle de Messmer[6] et pas du tout de Nixon mais elle n'est peut-être pas terrible.
Ces Charlie Hebdo datent de 1973 et 1975. Le plus récent est du 11 septembre 1975. La collection n'est pas complète, elle se limite à quinze numéros ce qui pour un hebdomadaire et pour plus de deux ans est peu. Ceci dit, j'ai lu quelques trucs. Il y avait la rubrique de Cavanna, Je l'ai pas lu, je l'ai pas vu mais j'en ai entendu causer dans laquelle il fait sur quasi deux pages un tour d'horizon de l'actualité. Forcément, ça ne l'est plus, d'actualité. Bien que je sois tombé sur des textes, on les publierai aujourd'hui sans changer une virgule que ça passerait crème[7]. Bien sûr, il y a aussi les chroniques de Delfeil de Ton, Paule et d'autres comme Isabelle, à l'époque compagne de Cabu[8]. Ses textes sont vraiment bons. J'avais oublié son existence, sa participation à Charlie Hebdo et tout ça.
Ces Charlie Hebdo, il est bien possible[9] que je les ai feuilletés ou parcourus chez mon tonton à l'époque. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a des dessins qui me sont remonté à la mémoire qui ont réveillé des souvenirs.
Mais foin de nostalgie. Il faut le reconnaître, tout ça a bien vieilli.
Dans le numéro du 11 septembre 1975, on apprend que Coluche fait salle pleine au Café de la gare et que Patrick Abrial donne un récital de ses nouvelles chansons au Théâtre Campagne Première. On donne aussi le programme de la fête de l'Huma avec bien des vedettes dont Higelin, Béranger, Tangerine Dream, Colette Magny. Cabu nous fait un reportage dessiné de la manif écolo de Fontevraud.
Et Hara Kiri ?
Alors là, oui, on peut dire que ça a pris un sacré coup de vieux. En 1977, on trouve Cavanna qui feuilletonne Les ritals. Delfeil de Ton écrit des nouvelles et puis, il y a des photos détournées, du roman photo, de la bande dessinée avec Copi, Reiser, Gébé ou Hugot, de la publicité détournée, du cul, du sexe, du mauvais goût, du sale, du crade, du scato. Il y a du bon mais ça n'atteint pas, à mon avis, la qualité de Charlie Hebdo. Bien sûr, les photo-montages de Chenz sont bons et il y a de bonnes choses mais dans l'ensemble je reste un peu sur ma faim.
Pour autant, ça arrive à me faire rire tout de même et c'est déjà bien.
Au fait…
Si vous n'avez pas l'envie de vous faire assassiner par les flics pour n'importe quelle raison (par rapport parce que vous avez une sale gueule), pensez à signer la pétition contre ce projet de loi.
Notes
[1] mais il n'est pas sûr qu'ils accepteront de témoigner
[2] soit le lendemain de la coïncidence
[3] je le sais puisque j'étais là
[4] 2 rue Émile Zola 24210 Thenon
[5] Les Hara Kiri sont au nombre de cinq et sont datés de 1977 à 1982
[6] que j'avais oublié de me souvenir de lui
[7] qui est une expression plus récente que le texte mais qui a un côté argotique qui n'est pas pour me déplaire
[8] morte en 2012
[9] mais pas certain du tout
1 De Jeannot lou Paysan -
Bête et méchant Le lecteur est prévenu.
Quelque part, j'en ai quelques uns.
Choron, avec son gode en plastoc qui sortait de la braguette ne faisait pas dans la dentelle. Je me souviens de l'inauguration du TGV. Ça m'a marqué. Un type sur un quai de gare, à côté d'un TGV, le froc sur les chevilles et un rouleau de PQ à la main, avec la légende façon gros titre: "Le TGV, il va si vite qu'on a le temps de chier, mais pas de s'essuyer !"
Et pourtant, nous l'achetions, rions gras et nous tapions sur le ventre.
C'était le bon temps, y a pas photo.
2 De Tournesol -
Les souvenirs n’ont le goût des souvenirs que dans notre imagination.Lorsqu’on les rencontre dans la réalité on est souvent surpris,rarement agréablement.
3 De Michel Loiseau -
@Jeannot lou Paysan : Je l'ai aussi celui-là. C'était déjà à l'époque où Hara Kiri devenait un peu moins bon malgré l'arrivée de pointures comme Vuillemin. A cette époque, il y avait Gourio que j'aimais beaucoup aussi. Wolinski me faisait un peu chier.
@Tournesol : Vous niez donc la madeleine de Proust ? Il faut oser.
4 De Jeannot lou Paysan -
@Tournesol: Ça arrive souvent. Mais nous mêmes avons changés. Avec le temps nous pouvons avoir relevé notre niveau d'exigence.
C'est souvent ce qui arrive.
De là à renier Cavana et Choron, c'est une chose impossible pour moi.
5 De Michel Loiseau -
Voué mais moi, j'ai été très fâché contre Cavanna au triste moment de la renaissance de Charlie Hebdo. J'ai aussi été fâché contre Cabu mais c'est moins grave.
6 De Jeannot lou Paysan -
Le pauvre Cabu, tellement cool ;-((
Ne nous voilons pas la face: comme nous autres, Cavanna pouvait être extrêmement énervant.
7 De Michel Loiseau -
Oui, il le pouvait. Du reste, je peux l'être également et ça m'amène à un peu d'indulgence vis-à-vis de Cavanna.
C'est à cause de lui que j'ai refusé de lire du Céline jusqu'au jour ou mon tonton m'a dit sans ménagement que j'étais con. Parce que j'aimais bien ce tonton (qui pouvait être très très énervant aussi), j'ai acheté et lu Voyage au bout de la nuit. Ça a été un choc, une révélation et une modération quant aux dires de Cavanna. Il y a à prendre et à laisser.
Dans le Charlie Hebdo de Val, là, souvent, Cavanna était très agaçant mais moins que Val tout de même.
8 De A. Naunime, corbeau en free lance -
Comme quoi il sen passe à cette boutique ! Des clients, rarement (pour ne pas dire jamais), mais des coïncidences, alors là...
Maintenant, DES témoins... je ne sais pas si les locaux peuvent accueillir plus de 3 personnes à la fois.
9 De Tournesol -
Céline,j’ai pas tout lu .j’ai bien aimé rigodon,bagatelle pour un massacre,moins voyage au bout de la nuit,et je me suis arrêté là.
Michel: il y a des rituels qui évoquent des souvenirs,ce sont des évocations plaisantes,mais ce sont des évocations.On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve.Dommage.
10 De Michel Loiseau -
Je me suis contenté de Voyage et Mort à crédit. Je ne lirai pas les pamphlets antisémites. Il y a bien D'un château l'autre qui me tente un peu.
Oui oui. Il n'empêche que les souvenirs ne sont pas toujours des déceptions. C'est sûr (et ça m'est arrivé) que lorsque je rencontre une fille dont j'ai été un peu amoureux quarante ans après, ça calme. Il y a des lieux qui ne changent pas beaucoup qui réveillent des souvenirs pas déplaisants. Lorsque je vais à Paris ou dans des lieux que j'ai connus enfant, il y a souvent une forme d'émerveillement.
11 De Jeannot lou Paysan -
Souvent aussi, à force de se frotter la couenne aux malheurs inévitables dans toute existence et la perte de ses illusions, l'homme, ou la femme, devient désabusé et cynique. Mais je cultive une grande nostalgie de mon enfance, bien qu'elle n'aie pas été toute rose.
Moi non plus, je n'ai pas pu aller au bout du Voyage.
12 De fifi -
Hara Kiri : Je me souviens qu'à l'infirmerie où j'ai malheureusement fait mon sévice mirlitaire, avec mon infirmier préféré, nous avions collé sur la porte du dentiste aspirant, la une d'un Hara Kiri où une immense tête d'un trisomique et dans la bulle était écrit " Han han è r'en au 'ents *"
* Maman, maman, je n'ai rien aux dents ! Votre fils peut il en dire autant.
Ça avait fait grand bruit, le même que lorsque d'une revue de casernement, les rampouilles avaient trouvé un Astérix Légionnaire.
Pour l'Astérix, je me marre en y repensant, pour le mongolien, c'est un souvenir que j'aimerai oublier, mais bon ! Je mets ça sur le compte de l'école du crime où tu apprends aussi à te saouler la gueule à pas cher et à fumer du foin gratos ... heureusement qu'il y avait le shit.