(26)

Grand reporter à moto

Si l'on devait s'en tenir à la vérité il nous faudrait nommer notre grand reporter par son vrai prénom mais celui-ci préfère que l'on utilise cet autre prénom qu'il a choisi pour son étymologie grecque qui le définit si bien. Nous l'appellerons donc Grégoire.
Grégoire, donc, est grand photo-reporter pour le petit quotidien de Bazels-sur-Vourre qui peine à écouler son tirage de 100 exemplaires. Chaque jour de l'année, il enfourche sa terrible machine pour couvrir les événements qui ne manque pas de survenir dans la petite commune. S'il est sans doute le meilleur photographe du journal (il en est aussi l'unique), il peut se targuer d'avoir ce que l'on appelle une « belle plume » et de maîtriser à la perfection et ceci presque sans fautes d'orthographe la langue française. Du reste, les quelques lecteurs de ses papiers ne manquent pas de le féliciter.
Ce matin là, Grégoire est "sur le coup" d'une grosse affaire. Au petit matin, le père Jobard a renversé la remorque de son tracteur en plein centre-bourg et le chargement est allé jusque dans les locaux de la charcuterie Jobard et fils. Comme tous les Jobard de la commune, tous de la même famille à un degré ou à un autre. Et ce n'est pas un hasard si Grégoire est le cousin de Lucien Jobard, le célèbre charcutier de Bazels-sur-Vourre réputé pour sa terrine au cochon et aux herbes du jardin.
Sur la place de l'église, Bernard Jobard et Lucienne Jobard, respectivement maire et adjointe au maire de la belle commune de Bazels-sur-Vourre et frère et sœur l'un de l'autre et inversement, sont déjà sur les lieux. Déjà, les badauds se réunissent et donnent leur point de vue sur la meilleure façon de sortir par le haut de cet état de crise qui ne manquerait pas de perturber la circulation si jamais quelqu'un d'étranger à la commune venait à s'aventurer là.
Madeleine Jobard, après avoir salué Henri Jobard, son demi-frère par alliance, pressa la pas en claudiquant pour prendre dans ses bras sa cousine germaine Germaine effondrée de voir tant de malheur de telle sorte que l' « on en avait pas vu de semblable depuis la dernière guerre ». Baptiste, le fils aîné de son père Jobard grimpe sur le tas de betteraves à vache et s'acharne à jeter les tubercules dans la remorque renversée sans comprendre que sa tâche désespérée est vouée à l'échec. La tension est palpable.
D'un coup, le ronflement de la motocyclette se fait entendre et pour tous, c'est bien le signe que Grégoire va bientôt arriver. Tout un chacun s'arrange pour la photo qui sera dans une prochaine édition spéciale du journal local. En moins de cinq minutes, le reporter est déjà là et réalise quelques photographies dont il a le secret. Après que tout cela a été consigné sur la pellicule, le maire, sa sœur, ses cousines, cousins, tantes et oncles, enfants et ancêtres se dirigent vers la salle communale où vont être servies quelques boissons réconfortantes et désaltérantes.
Après ces libations, il est décidé que l'on laissera là les betteraves fourragères et que l'on mènera vaches et cochons sur place pour qu'ils se régalent. Et comme on le dit souvent à Razels-sur-Vourre : Tout est bien qui finit bien !

Grégoire et sa fidèle motocyclette

Plein Fahr

Wir fahr'n fahr'n fahr'n auf der Autobahn
Tracteur à conduire



Je ne connais pas suffisamment cette marque, rachetée par Deutz, qui n'est pas si courante en France. C'est un petit tracteur qui permet de se promener en famille sur les boulevards de Périgueux mais gageons que ce n'est pas là sa destination première. Ce tracteur doit dater des débuts des années 60 et devait permettre la modernisation et la mécanisation des petites exploitations agricoles.

And the winner is…

N'importe qui peut gouverner les USA
Echangeriez-vous un baril de Macron contre deux de Trump ?



Je suis si loin des États-Unis d'Amérique. Je n'y ai jamais mis les pieds, je ne compte pas le faire, je ne pense pas en avoir vraiment envie. Parfois, je me dis qu'il doit y avoir de beaux paysages à voir, des villes étonnantes à découvrir. Je connais les USA par son histoire, par sa place dans l'Histoire, par le débarquement de Normandie. Je connais les USA par la musique née là-bas. Le Blues, le Gospel, le Folk, le Jazz, le Rock et d'autres encore. Je connais les USA pour son cinéma, pour ses réalisateurs, ses acteurs et actrices. Je connais les USA pour ses véhicules, ses motocyclettes, ses automobiles, ses camions. Je connais beaucoup moins bien les USA pour sa gastronomie.

Je ne suis pas citoyen américain et je ne le regrette pas. Je ne regrette pas non plus d'être un citoyen français mais je n'en tire pas de fierté particulière non plus. Ceci dit, ne parlant (assez mal) que la langue française, ça m'arrange un peu d'être né et de vivre en France plutôt qu'ailleurs.
Si j'avais été américain, sans doute aurais-je voté Kamala Harris. Certainement, sûrement, à coup sûr, je n'aurais pas voté Trump. Seulement, je ne suis pas américain. A chacun ses cons. Nous, on en a plein qui sont aussi pires que Trump. Macron, Ciotti, le Pen, Retailleau, Le Maire, Attal, Wauquiez (je ne vais pas faire la liste). Et même pour ces crétins finis bien français, dans le fond, je m'en fous. Parfois, oui, ils arrivent à me mettre en colère mais ça passe. Si je me laisse à l'occasion aller à espérer l'élection de politiques de gauche extrême, si je continue à penser que les idées de gauche sont meilleures, je suis assez pessimiste pour être convaincu qu'il ne fait rien attendre de rien et de personne.

Trump est le quarante septième président des USA et ça ne va pas empêcher la Terre de tourner.

L'art du pinceau sur une Ford

Pinstriping qui souligne la ligne de cette Ford
Pinstriping sur cabriolet Ford des années 40


Parmi toutes ces choses que je regrette ne pas être capable de faire, il y a le pinstriping ou pin striping. Cet art est apparu aux États-Unis d'Amérique dans les années 50 avec l'émergence du mouvement de la kustom Kulture. Il s'agissait de tout mettre en œuvre pour embellir les voitures anciennes et de construire des Hot Rods qui soient efficaces et esthétiques.
Si le traçage de filets, notamment sur le réservoir, les éventuelles boîtes à outils et garde-boue des motocyclettes date de bien avant et n'est pas spécifique aux USA, l'apport des artistes américains a été de sublimer la technique pour créer des motifs complexes et symétriques. Pour réaliser ces filets, il est nécessaire d'utiliser des pinceaux spéciaux appelés "pinceaux épée" qui permettent une bonne charge de la laque et une bonne aptitude à créer des pleins et des déliés superbes… pourvu que l'on sache le faire. On peut rapprocher cet art de celui des peintres en lettres même si la finalité n'est pas la même.
Face à la difficulté de la technique et du long apprentissage qui peut rebuter le plus grand nombre, on peut avoir la tentation de réaliser ces filets soit avec des "pinceaux" à roulette qui permettent de déposer la peinture d'une façon régulière soit d'utiliser du ruban adhésif pour masquer les endroits où l'on ne souhaite pas avoir ces filets. Avec cette dernière technique, on peut utiliser l'aérographe et ainsi obtenir des résultats intéressants. Cependant, à mon avis, rien ne vaut le vrai filet réalisé au pinceau.

Il y a des années, j'ai fait l'acquisition d'un pinceau Mack spécialement conçu pour réaliser ces filets. A l'époque, je me suis juste dit qu'il n'était pas nécessaire d'acheter la peinture émail recommandée. Cette peinture est très riche en pigments et est assez fluide. Les quelques rares essais que j'ai fait avec de la peinture quelconque n'ont pas été concluants et j'ai abandonné. Je me suis souvent promis de tenter de nouveau sans jamais tenir parole.

Van life de pacotille

A côté d'une splendide Peugeot 404 coupé, une bizarrerie carrossée par Heuliez sur une base de Renault 5. Ça sent bon (?) ces années qui s'étalent de la fin des années 70 jusqu'à la fin des années 80. La France découvre alors la mode "custom" venue des États-Unis d'Amérique et on se met à transformer de la 203, de la Juvaquatre, de la 4cv, de la coccinelle, de la 2cv et même des automobiles d'avant guerre. Il y aura de tout, du pire et du meilleur, du jaune, du bleu, du rouge, du beau travail et du grand n'importe quoi. A cette époque, point de contrôle technique et tant que l'on ne touche pas trop à la mécanique, on considère que l'on est dans les clous.
En 1979, conquis par la pureté esthétique des fourgons aménagés d'outre-Atlantique qui font grand cas du velours rouge, du vinyl, des peintures alambiquées, des jantes larges et des chromes étincelants, la carrosserie Heuliez propose une transformation qui va dans ce sens sur une base de la célèbre citadine qu'est la Renault 5. Reconnaissons qu'il faut être culotté pour imaginer de transposer sur une si petite automobile ce qui fait tout le sel de ces "vans" américains. Reconnaissons de même qu'il faut tout autant être culotté pour acheter pareil véhicule.
Au départ, il y a l'idée d'utiliser le nom donnée à la Renault 5 pour le marché des USA, "Le Car". Le travail de carrosserie consiste principalement dans l'occultation des vitres arrières remplacées par deux hublots cerclés de métal et de remplacer la vitre arrière par un modèle de petite taille. On affuble la hayon d'un dispositif permettant de maintenir la roue de secours protégée par une housse. Au passage, on supprime la banquette arrière et on tend l'intérieur de tissu rouge.
Si l'on estime dans les milieux autorisés que les "vans" du même tonneau étaient avant tout des baisodromes sur roues, on peut légitimement se demander à quoi servait cette Renault 5 Le Car Van. Je ne doute pas qu'il y ait dans le kamasutra quelques positions adéquates et acrobatiques qui rendent le véhicule tout à fait pertinent mais je me dis dès lors que l'on visait alors un marché de niche.
Il y a tout de même un petit truc qui me chagrine. Dans l'idée, le "custom" (comme après lui le "tuning") consiste à se fabriquer un moyen de locomotion qui va épater le monde par son audace et qui ne ressemblera à rien qui existe déjà. C'est de la personnalisation de bon aloi qui fait que, même fin saoul, on reconnaîtra sa bagnole. Bon. Moi, c'est ce que j'ai compris de la chose. Je ne suis pas spécialiste. Mais alors, pourquoi irait-on acheter du "custom" déjà fait ? Il faut dire que la diffusion de ce modèle n'a pas été si conséquent et que, à la fin des fins, on ne risquait pas de trop croiser une même voiture que la sienne. C'est sans doute vrai.
Pour tout dire, je me demande si celle vue à Périgueux lors des Vintage Days ne serait pas la première que j'ai pu voir autrement qu'en photographie reproduite dans telle ou telle publication. Me fait-elle envie ? Non. Préfèrerais-je éventuellement le coupé 404 ? Certainement. Pour autant, cette Renault 5 est un marqueur d'une époque et c'est amusant d'avoir à la croiser alors que l'on s'était efforcé de l'effacer de sa mémoire.

Le Car Van et Peugeot 404 coupé
La classe des années 60 contre le chic des années 80

Haut de page