mardi 26 juillet 2016

Un lion pour tester un truc

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mardi 4 août 2015

Si j'avais un marteau

Si j'avais un marteau, si j'avais le goût à cela aussi, je passerais volontiers mon temps à faire éclater la boîte crânienne de mes congénères, sans distinction de sexe, d'origine sociale ou géographique ou d'âge. Il y en aurait pour tout le monde. J'essaierais de faire cela proprement, de casser l'os d'un bon coup bien précis et j'éviterais de faire trop souffrir. Je m'arrangerais à ce que les dégâts ne soient pas trop importants, toutefois, histoire que les familles puissent se recueillir sans trop de pleurs sur le corps sans vie de la dépouille. Dans la mesure du possible, je travaillerais gracieusement, juste pour le plaisir et pour passer le temps. J'accepterais certainement les travaux sur commande. On pourrait m'amener les personnes sur qui opérer mes talents d'éclateur d'os pariétal. J'agirais avec professionnalisme dans les règles de l'art. J'aurais la satisfaction du travail bien fait et celle de la reconnaissance de mon savoir-faire.
En fait, le marteau, je l'ai. J'en ai plusieurs, des petits et des déjà assez gros. J'ai même une masse qui est une sorte de gros marteau mais avec un manche plus long qui pèse trois kilogrammes, il me semble. C'est un outil très efficace mais qui manque de précision. Par exemple, on n'utilise pas une masse pour enfoncer un petit clou ou une fine pointe dans un matériaux délicat. Ce n'est pas que ce soit vraiment impossible de le faire. En s'appliquant, je suis même certain que j'arriverais à enfoncer une aiguille dans un œuf cru avec une telle masse sans briser la coquille. Il faudrait que je tente l'expérience, pour vérifier.
Des marteaux, j'en ai au moins cinq. Si je voulais me lancer dans le métier d'éclateur de boîte crânienne, je ne sais pas lequel j'utiliserais. Il me semble qu'il en faudrait un suffisamment lourd. Je n'ai jamais eu l'occasion de m'essayer à cet exercice et la chose semble être assez mal documentée sur Internet. Je n'ose pas aller dans un magasin de bricolage pour demander son avis à un vendeur. Je pressens qu'il y aurait incompréhension et sourire gêné. Et même, si j'insistais un peu trop pour obtenir ce renseignement qu'il me semble légitime de rechercher dès lors que l'on veut épouser ce métier, il est à craindre que l'on m'inviterait à m'expliquer longuement et péniblement dans un bureau aux murs lépreux dans un commissariat ou une gendarmerie.
C'est que, de la même manière que je ne sais quel marteau conviendrait au mieux, je ne suis pas certain que ce métier qu'il me plairait d'épouser existe vraiment et soit répertorié en tant que tel dans une classification officielle des métiers d'arts ou, plus simplement, artisanaux. Estourbisseur de bovin, d'ovin ou de porcin au sein d'un abattoir dûment enregistré, ça oui, ça existe mais éclateur de crâne appartenant à un être humain vivant, c'est moins certain. Pourtant, je suis sûr qu'il y a une demande pour cela et qu'il existe de vrais débouchés pour qui voudrait se lancer dans cette activité qui, en plus de ne pas demander d'investissements trop lourds, ne nécessitent a priori pas de compétences particulières. C'est tout juste s'il convient de reconnaître une tête d'un autre organe ou élément du corps humain. Pas besoin d'avoir fait sa médecine pour ça !
Non, le seul point délicat que j'entrevois, c'est qu'il ne doit pas être gagné par avance de trouver des clients volontairement volontaires pour se faire casser le gros os de la tête. En fait, ça revient un peu à trouver des personnes qui acceptent de se faire tuer, si on y réfléchit bien. C'est bizarre combien les gens semblent attachés à leur vie. Pourtant, hein, souvent, ces gens ont une vraie vie de merde. Qu'est-ce qu'ils peuvent encore espérer ? Quel que soit leur âge, il est prévisible qu'il continueront encore à vieillir durant quelque temps et que ça finira par s'arrêter, d'une façon plus ou moins désagréable. Je reconnais que certaines personnes peuvent s'illusionner et penser que leur vie vaut le coup d'être vécue. Je ne peux rien pour elles.
Je suppose parce que la mort est la dernière grande inconnue de toute vie qui se respecte, la toute dernière aventure à vivre, celle qui viendra mettre un terme à tout ce qui nous est connu, qu'elle nous fait peur ou nous inquiète ou nous fascine ou nous questionne. L'autre jour, sur Internet, je suis tombé sur une vidéo que je n'ai pas pu regarder jusqu'au bout tellement je l'ai trouvée bête et agaçante. C'est une vidéo faite par un jeune homme, d'une vingtaine d'années, je dirais, qui disais combien il croyait à l'histoire de la vie après la vie. Et ça m'a rappelé un bouquin que j'ai lu il y a longtemps, d'un certain docteur Raymond Moody, dans lequel l'auteur raconte des expériences de, comme on dit, mort imminente. Ce bouquin a dû bien se vendre. Ça raconte des témoignages de personnes qui disent presque toujours la même chose. Vous savez, la lumière blanche au bout du tunnel, l'impression de voler au-dessus de son corps, de voir les médecins ou les soignants, d'entendre leurs conversations et toutes ces sortes de choses. J'étais jeune adolescent lorsque j'ai lu ça et, je l'avoue, ça m'avait bien plu. Je trouvais cela assez fantastique. Pour autant, ça ne m'a pas fait croire à une forme de vie qui surviendrait après la mort. Du moins, je ne me souviens pas de cela. J'avais lu cela un peu comme on lit un bouquin de science-fiction, un roman.
Que l'on croit à un retour dans un autre monde, dans un univers parallèle ou que l'on croit à une réincarnation sous une autre forme et dans un avenir plus ou moins proche dans notre monde connu, ce que je trouve très amusant c'est bien qu'il y a la certitude qu'il y a une réelle promesse pour que la vie suivante soit meilleure, follement plus passionnante et exaltante. Jamais personne ne va penser qu'il pourrait revenir dans une vraie vie de merde encore pire que celle qu'il a quittée. Et puis, il y a un biais auquel ne semble pas avoir réfléchi les gens qui croient à une réincarnation dans notre monde, sur notre planète. C'est que l'on sait que ni notre planète ni notre soleil ne sont éternels. Il arrivera forcément un moment où ces personnes reviendront dans une immensité vide de vie. Enfin bon, c'est leur problème.
Pour d'autres, la solution est de croire en l'existence d'un dieu et d'un paradis qui va avec. Et aussi d'un enfer, oui, mais que pour les très méchants, bien sûr. Là, la promesse n'est pas de revenir vivant mais de "vivre" comme un esprit sain et passablement désincarné, sous la forme d'un "esprit". Pour faire quoi ? Mystère. Pour longtemps, par contre. Jamais je n'ai entendu dire que ces esprits envoyés au paradis disparaissaient. C'est assez plaisant de se dire que l'on pourrait rencontrer l'esprit de ses ancêtres et des ancêtres de ses ancêtres. Si l'esprit des animaux n'est pas accepté et si tant est que les animaux ont bien un esprit, je me demande bien quels seront les plus lointains ancêtres que l'on pourra rencontrer. Peut-être bien que ce seront Adam et Eve ! Là, ça niquerait bien les Darwin et autres rigolos !
Après, penser qu'il n'y a rien après la mort, que ça serait comme un interrupteur qui bascule, c'est sûr que ce n'est pas très séduisant. On peut légitimement se demander à quoi ça peut bien servir que les générations se succèdent, comme ça, sans réel but, sans que l'on puisse connaître la suite du feuilleton, sans aucun chance d'avoir le fin mot de l'histoire. Sans doute faut-il juste accepter qu'il n'y a justement aucun but. Si l'on admet que l'apparition de la vie sur la Terre et l'évolution qui a conduit à ce que nous connaissons actuellement, le long cheminement qui fait que nous sommes en 2015 de notre calendrier avec la vie actuellement en cours sur la planète, n'est qu'un heureux hasard sans but spécial, on pourrait justement s'en réjouir. Ça nous indique bien que rien n'a d'importance pour nous que l'instant présent et que c'est tant mieux si l'on peut y trouver de l'intérêt et du plaisir. Vivre le moment présent sans s'occuper de demain et de la fin, tant que c'est possible, je pense que c'est la bonne attitude à choisir. Il est sûr que dès lors que la vie n'apporte rien en terme de plaisir, c'est plus difficile à avaler.
Hum. Je me suis encore égaré. Qu'est-ce que je racontais, déjà ? Ah oui. Le marteau. Je ne sais pas pourquoi je me suis mis à parler de ça. Je vous assure que je n'ai pas écouté de Claude François. Je n'ai pas non plus utilisé de marteau dans la journée. En fait, j'étais en train d'essayer de dessiner et je me rendais compte que je n'arrivais à rien et que c'était foutu. Alors, j'ai eu comme un accès de dépression. Je me suis dit que plus jamais je n'arriverai à dessiner, que je ne suis qu'un gros nul et que, dans le fond, autant l'accepter, bien baisser les bras et passer à autre chose, changer d'orientation professionnelle, devenir éclateur de tête, par exemple.

dimanche 17 mai 2015

Qui a bu rébus

Pour passer le temps et parce que je n'ai rien d'autre à vous offrir aujourd'hui, une petite histoire inspirée par des propos entendus aujourd'hui qui m'ont bien amusé.

Louis avait poussé la grille rouillée restée trop longtemps fermée. Elle avait grincé sur ses gonds et il s'inquiétait du fait qu'un voisin aurait pu l'entendre. Il n'était pas venu ici depuis plusieurs années, depuis la mort de son père, en fait. S'il avait pris la précaution de se munir d'une lampe torche, il n'en avait pas encore besoin. Dans sa main droite fermée, il tenait la grosse clé qu'il avait précieusement conservée dans le tiroir de sa table de chevet. Sans jeter le moindre regard au petit pavillon aux volets clos, Louis se dirigea jusqu'au petit atelier planté au fond du jardin. Il se retourna pour s'assurer d'être seul et il fit jouer la serrure. Il pesa sur le bec de cane et pénétra dans le local poussiéreux. Les odeurs de sciure et de vieille huile mêlées réveillèrent des souvenirs qu'il aurait préféré restés endormis. Il voyait son père occupé à couper ou à poncer du bois, à assembler des pièces taillées et polies mais, par dessus tout, il se voyait lui, pleurant, le pantalon baissé sur les chevilles, il entendait le râle de son père et il attendait déjà la gifle qui n'allait pas tarder à arriver.

Il avait tu tout cela par crainte, par honte et par amour pour sa mère. Ce n'est qu'au décès de celle-ci qu'il avait parlé. Il était déjà adulte, sa vie avait déjà pris le chemin de l'échec total. Son père l'avait détruit et il avait décidé de parler après avoir regardé une émission à la télévision. L'histoire avait intéressé les policiers puis les juges. Son père était parti en prison et il était mort. Louis avait hérité de la maison et il n'avait pu se résoudre ni à l'habiter ni à la vendre. Elle était là, présente, avec ses souvenirs.

S'il venait ici à la manière d'un mauvais cambrioleur, c'est qu'il ne voulait pas croiser les voisins qu'il suspectait d'avoir toujours tout su de son histoire et qui avaient témoignés en faveur du père au procès. Il savait ce qu'il venait chercher. Il contourna la dégauchisseuse et se dirigea vers ce que son père appelait "la malle des vis". Une caisse en bois pourvu de puissantes ferrures qui abritait une collection disparate de vis de toutes tailles et aussi quelques clous, quelques pointes et autres crochets. Il souleva la lourde caisse par les poignées latérales et ressortit de l'atelier. Il ferma la porte, rangea la clé dans la poche de son pantalon et agrippa de nouveau la malle. Il rejoignit sa voiture garée plus bas dans la rue.

S'il était là, assis derrière son volant à attendre d'avoir repris souffle, c'était à cause de Jean-Pierre, son collègue aux services techniques communaux. A eux deux, ils réparaient tout ce qui méritait de l'être dans la commune. Ils remplaçaient les plateaux des pupitres de l'école, ils changeaient les clapets de robinetterie de la mairie, ils bricolaient l'électricité du programmateur des cloches de l'église. Un petit boulot tranquille qui ne demandait que des rudiments d'aptitude à bricoler un peu tout et n'importe quoi. Ça laissait pas mal de temps pour ne rien faire ou pour discuter. Et discuter, ils aimaient ça autant l'un que l'autre, Louis et Jean-Pierre. Il faut cependant reconnaître que c'était plutôt Jean-Pierre qui avait de la discussion. Louis aimait l'écouter, il avait l'impression d'apprendre, de s'instruire. S'il était là, assis derrière son volant à conduire pour rejoindre son appartement, c'était la faute à Jean-Pierre et à ce qu'il lui avait raconté la veille.

Plus tôt dans la journée, Louis était allé acheter une laisse et un collier pour chien. Il avait aussi mis une bouteille de pastis dans son caddie. Et puis des cacahuètes, en plus des courses habituelles. De quoi manger, du liquide vaisselle, du dentifrice, du PQ. Rien que du bien banal. Sauf le collier et la laisse, bien sûr ! Demain soir, Jean-Pierre viendrait prendre l'apéritif et il verrait ce qu'il verrait. Jean-Pierre habitait à l'autre bout du village sur la même route, la route qui traverse le village de bout en bout, de la ferme des Colas jusqu'au cimetière à tout le monde. Louis habitait juste à côté du cimetière.

Jean-Pierre était un bon copain pour Louis. Le seul copain, en fait. C'était son bon copain mais tout de même, des fois, il l'emmerdait avec son air un peu supérieur et condescendant. Le gros défaut de Jean-Pierre, aux yeux de Louis, c'était qu'il ne pouvait pas s'empêcher de se croire plus intelligent, plus instruit, que les autres. Louis ne se pensait pas plus intelligent que Jean-Pierre mais il ne pensait pas pour autant que Jean-Pierre, lui, fut plus intelligent que lui. Jean-Pierre aimait, c'est vrai, étaler son savoir acquis la veille à la télé et, avec quelques approximations, sur un ton péremptoire, tenter d'épater Louis. Ce que l'on ne pouvait pas enlever à Jean-Pierre, c'est bien qu'il avait la parole facile. Un vrai moulin à parole. Il était capable de parler toute la journée de tout et de n'importe quoi. De la chasse au canard comme du programme commun de la gauche uni. Il était intarissable sur le problème du cours du pétrole et savait tout ce qu'il fallait savoir sur la géo-politique au proche-orient. Un érudit, en quelque sorte. S'il lui arrivait de se mélanger les pinceaux, il refusait de le reconnaître et, si on lui faisait remarquer une erreur, il était habile à faire bifurquer la conversation vers d'autres horizons. Mais là, cette fois, Louis allait lui clouer le bec. Il avait bien tout calculé et Jean-Pierre allait être bien attrapé. Louis en riait déjà.

Il ouvrit la porte d'entrée du petit immeuble et la bloqua avec une cale de bois laissée là à cet usage le temps d'aller chercher la malle et les courses qu'il déposa sur le palier. Il laissa la porte se fermer et il gravit les marches jusqu'à sa porte. Il l'ouvrit, bascula l'interrupteur et alla poser ses sacs et la malle dans la cuisine. Il rangea les courses dans le buffet et dans le réfrigérateur sauf le collier et la laisse qu'il posa sur la table. Il jeta un regard amusé vers le chauffe-eau à gaz qui trônait au-dessus de l'évier. Demain soir, il rirait bien !

Après un rapide repas léger pris en regardant le journal télévisé, il alla faire une petite vaisselle. Il régla la puissance du chauffe-eau et fila prendre une douche. Il revint dans le séjour et commença à regarder un téléfilm policier qui l'ennuya vite. Il éteignit la télé avant la fin et alla se coucher. Il lut quelques pages du roman qu'il avait entrepris quelques jours auparavant et s'endormit rapidement sitôt la lumière coupée. Il passa une nuit épatante peuplée de rêves joyeux. Au matin, en pleine forme, il lui sembla s'être réveillé plusieurs fois pris d'un fou rire. Ça allait être une super journée !

Il se fit chauffer de l'eau pour préparer le café, se coupa quelques tartines et sortit la confiture du réfrigérateur. Après un bon petit-déjeuner, il alla se préparer et s'habilla pour aller au boulot. Il y allait à pieds sauf s'il pleuvait trop fort. Le soleil était au rendez-vous.

Il arriva avant Jean-Pierre et l'attendit avec impatience. Lorsque celui-ci entra dans l'atelier, il eut droit à un joyeux accueil. Ça allait être une belle journée. Il y avait juste assez de travail pour ne pas s'ennuyer. On commença par faire couler du café et Jean-Pierre commença à parler en tentant d'expliquer la tectonique des plaques et la genèse du système solaire. Louis affichait un sourire ravi. Tout au long de la journée, il rappela son invitation à venir prendre l'apéritif le soir même. Il dit et redit qu'il avait acheté de l'apéritif et des cacahuètes et que l'on allait passer une bonne soirée. Il laissa aussi entendre qu'il y aurait une surprise.

Une super journée très agréable. Le cantonnier était passé en fin de matinée pour une affaire de manche de pioche cassé. On discuta de choses et d'autres jusqu'à la pause de midi. A partir de 16 heures, Louis insista pour que Jean-Pierre n'oublie pas l'apéritif. Il lui rappela qu'il pouvait venir à partir de 18h30. Jean-Pierre lui répliqua qu'il le lui avait déjà donné les consignes à plusieurs reprises.

Louis accrocha sa veste de travail à la patère et ne put s'empêcher de rappeler l'invitation à Jean-Pierre qui se contenta de hausser les épaules. Sans se presser outre mesure, Louis rentra chez lui. Il avait largement le temps pour préparer sa surprise. Il prit une douche et commença gentiment à mettre en place les éléments de sa petite mise en scène.

Il vérifia que les bacs à glaçons étaient pleins, il posa les verres et la bouteille de pastis sur la table basse, il rangea les deux ou trois bricoles qui traînaient, il était satisfait et commençait déjà à se faire le film de son petit effet dans sa tête. Tout allait se passer à merveille. Il retourna dans la cuisine pour terminer. Jean-Pierre devait arriver d'ici une demi-heure. Il installa la malle sur l'évier et accrocha la laisse au collier lui-même fixé au chauffe-eau. Tout était fin prêt et Louis n'était pas peu fier de lui.

A 18h30 très précises, Jean-Pierre toqua à la porte. Louis inspecta rapidement une dernière fois son installation, ferma la porte de la cuisine et ouvrit celle d'entrée. Jean-Pierre avait pensé à amener deux pizzas achetées au camion qui était là tous les vendredis. Il expliqua qu'il avait pensé que ça serait peut-être bien de manger quelque chose en buvant, pour éponger. Louis le félicita pour son initiative bien venue. Il invita Jean-Pierre à s'installer dans le canapé et alla déposer les boîtes en carton contenant les pizzas dans la cuisine.

Il revint avec un bol emplit de cacahuètes salées et le posa sur la table basse. Il proposa un premier apéritif qui fut accepté de bon cœur. Jean-Pierre commença à parler et à tenter des notions compliquées en lien avec la thermodynamique à moins que ce ne fut en rapport avec la physique nucléaire. Il en était à expliquer que Einstein s'était peut-être trompé dans sa théorie générale de la relativité lorsque Louis servit un deuxième pastis bien tassé. Lui l'aimait frais avec des glaçons quand Jean-Pierre le préférait sans trop d'eau et à température ambiante.

Vers 19h30, après déjà pas mal de verres, Louis proposa que l'on commence à manger. L'idée fut accueillie avec enthousiasme. Jean-Pierre proposa de réchauffer les pizzas dans le four. Louis acquiesça et se leva pour aller dans la cuisine. Jean-Pierre allait se lever pour l'accompagner mais Louis l'en dissuada en lui expliquant qu'il n'y en aurait pas pour longtemps avec le four à micro ondes et que Louis pouvait se servir un nouveau verre sans oublier le sien.

La première pizza, coupée en huit, fut servie à même le fond du carton. Jean-Pierre pensa qu'il était opportun d'expliquer les origines de la pizza et comment ce plat est devenu mondialement connu et partagé. On but encore quelques verres et les têtes commençaient à tourner un peu. Louis décida qu'il était temps de présenter sa surprise maintenant. Il avait peur de ne plus en être capable d'ici quelques minutes.

Avec un grand sourire, il demanda à Jean-Pierre de le suivre dans la cuisine. Jean-Pierre se leva en titubant un peu et le suivit d'un pas mal assuré. Dans la cuisine, Louis se mit un peu à l'écart pour laisser Jean-Pierre découvrir l'installation. Ce dernier n'eut d'autre réaction que d'afficher un air étonné d'incompréhension. Pour une fois, il ne trouvait rien à dire.

— Je te mets sur la voie, annonça Louis.

— Hum ?

— Tu vois quoi ?

— Bah... une caisse pleine de clous et de vis sur un évier ?

— Oui mais c'est une malle, pas une caisse. Et quoi d'autre ?

— Euh ? Une laisse et un collier pour chien ?

— Oui ! Et alors ?

— Alors quoi ?

— Et alors ? Par rapport à ce que tu me disais hier après-midi ?

— Je disais quoi ?

— A propos d'un film que tu as vu et que tu m'expliquais ?

— Je vois pas bien ?

— Mais si voyons !

— Non, je vois pas. Désolé.

— Bon. Ça c'est quoi ?

— Une caisse ?

— Une malle !

— D'accord, si tu veux. Une malle. Et ?

— Il y a quoi dedans ?

— Des vis ?

- Oui ! Et alors ?

— Je vois pas...

— Héhéhé ! Louis était au comble du bonheur. Et là, c'est quoi ?

— Je l'ai dit. Un collier et une laisse pour chien.

— Je te le fais pas dire. Et c'est accroché où ?

— Sur le chauffe-eau ?

— Parfaitement ! Oui !

— Et alors ?

— On reprend. Là ?

— Laisse ?

— Et là ?

— Collier ?

— Et là ?

— Chauffe-eau ?

— D'accord. Et ça donne quoi ?

— J'en sais rien, moi !

— Laisse, collier, chauffe-eau...

— Hein ?

— Et là ?

— Une caisse de vis ?

— Une malle !

— Une malle de vis ?

— Oui ! Oui ! Oui ! Et alors ?

— Ah non, franchement, je vois pas.

— Je t'ai coincé, hein ? Avoue !

— Je le reconnais, je sèche, j'y comprends que dalle dans ton truc. C'est un rébus ?

— Vouais ! Une sorte de rébus, c'est ça !

— J'ai dû trop boire, j'arrive pas à recoller les morceaux. Allez. Je donne ma langue au chat. Donne la solution qu'on en finisse et qu'on aille fêter ta victoire avec un bon verre.

Louis savourait sa victoire déjà gagnée. Il fit durer le suspense et, sentencieux, donna l'explication de l'énigme.

— Alors, j'y vais. Bon. Là, on a une laisse, un collier et un chauffe-eau, on est bien d'accord ?

— Ouais, ouais !

— Et là, une malle avec des vis ?

— Ouais, si tu veux.

— Alors, ça nous donne, attention ! Roulement de tambour ! Ta, ta, ta ! Attention, attention ! Laisse - collier - chauffe-eau - malle des vis !

— Hein ? Rien compris !

— Laisse, collier pour le chauffe eau, malle des vis. L'escalier pour l'échaffaud, Miles Davis ! T'as compris maintenant ?

— ...

— Alors ? Hein ? T'en dis quoi, champion ?

— C'est un ascenseur, pas un escalier !

Jean-Pierre fut pris d'un fou rire et Louis se sentit très bête.

dimanche 4 août 2013

Zoom dans la glycine

Zoom dans la glycine

vendredi 2 août 2013

Truc à trois roues

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jeudi 18 juillet 2013

Peinture fraîche

Je me suis amusé à tenter une peinture numérique. Le gros avantage de la peinture numérique sur la peinture à l'huile, c'est qu'elle est propre, qu'elle ne tache pas les doigts, qu'elle est bien plus facile, aussi.
Ce qui serait très amusant, ce serait de tenter de la refaire "pour de la vraie", avec des pinceaux et des brosses sur une toile avec des tubes de belle peinture et les bonnes odeurs de térébenthine et d'huile de lin.

Coquelicot

samedi 23 mars 2013

Relevé de compteur

C'est très bête mais c'est comme ça. Ce billet est le deux-millième billet de ce blog. Ce qui est bête, c'est de le noter, de le fêter. Il n'a rien de plus qu'un autre billet hormis celui de tomber, par hasard, sur ce numéro d'ordre là.

Deux mille. Et après ? Périodiquement, je me dis que je devrais arrêter ce blog. Je me dis qu'il ne sert à rien, que ça me fait perdre du temps, que j'ai dit ce que j'avais à dire. Et puis, il arrive que j'ai un dessin, un texte, une photo, que j'ai envie de partager. Alors, je me dis que c'est bien que ce blog existe. L'erreur a été de tenter de faire un blog quotidien. Il faut admettre que l'on n'a pas nécessairement quelque chose à dire. Il y a des jours où il ne se passe rien, où on ne fait rien de notable. C'est comme ça. Aujourd'hui, par exemple, si je ne m'étais pas aperçu par hasard que j'allais faire le deux-millième billet, j'aurais été bien en peine de trouver un sujet. Alors là, j'ai même fait un dessin pour fêter dignement l'événement.

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Si j'en crois les statistiques données par Google, vous seriez environ 2000 visiteurs uniques à vous connecter mensuellement sur ce blog. Parmi vous, il y a les gens qui publient ou tentent de publier des commentaires publicitaires. Je reste tout de même très étonné et légèrement dubitatif par cette audience. Il est possible que je ne sache pas interpréter les statistiques.
Si celles-ci sont exactes et si je ne me trompe pas dans leur lecture, ça signifie qu'il y a beaucoup de personnes que je ne connais pas et qui ne se font pas connaître qui passent par là. Apparemment, du moins pour ce que l'on peut en savoir, vous êtes assez nombreux à avoir une adresse IP fixe pour que l'on puisse déterminer que vous êtes assez nombreux à venir et revenir avec une belle régularité. Ça me donne à penser qu'il y a une sorte d'intérêt à visiter ce blog.
L'intérêt à tenir ce blog, par contre, m'échappe un peu plus jour après jour. Je sens que je me détache du dessin. J'essaie la photo mais j'ai conscience du fait que je ne suis pas prêt à faire un blog photo. J'aime bien m'amuser à photographier des trucs et des machins, ceci dit. Mais il y a un fait qui me poussera sans doute à arrêter ce blog d'ici quelques mois ou quelques années. C'est le fait que dotclear a annoncé à l'occasion de la sortie officielle de la version 2.5 de ce moteur de blog son désir d'abandonner le support des versions trop vieilles de php. Cela veut dire concrètement que si Free ne passe pas la version de php à une version plus récente pour son service des pages perso, il ne sera plus possible d'utiliser dotclear dans les prochaines versions.
L'idée sera alors de passer par un autre hébergement et par l'achat d'un nom de domaine. J'y pense depuis des années mais je me dis que ça n'a aucun vrai intérêt de dépenser quelques dizaines d'euros pour une affaire de blog perso comme celui-là. Enfin, nous n'en sommes pas encore là.

dimanche 17 mars 2013

Musée, bière, dessin et autres choses

Si j'étais Irlandais, je fêterais la saint Patrick en buvant des pintes de bière noire. Il se trouve que je n'en ai pas et que je n'ai pas l'intention de sortir de chez moi.

C'est l'une des choses que j'aimerais faire avant de mourir. Aller en Irlande pour la saint Patrick et boire plein de pintes de Guinness (ou de Murphy's ou d'autre chose). J'ai comme l'impression que je ne le ferai jamais. Jamais avant mon trépas et, encore plus sûrement, jamais après. Pourquoi ? Pour plein de raisons idiotes. La première est que je suis très casanier. Tant que l'Irlande ne fera pas le premier pas en venant à moi, je resterai campé sur mes positions. A la rigueur, je suis d'accord pour prévoir la date du 17 mars et acheter quelques bières pour les consommer chez moi. Cette année, j'ai été pris de court. Je me suis rendu compte que nous étions le 17 mars vers le milieu du 17 mars. Tant pis. Une autre raison est que je ne maîtrise pas du tout la langue anglaise parlée. La langue anglaise écrite pas beaucoup mieux, il faut dire. Une autre raison encore est que je suis radin et que je répugne à l'idée de dépenser une somme conséquente d'euros pour aller sur une lointaine île juste pour boire de la bière. La dernière raison est que j'ai un peu peur de fêter une saint Patrick en Irlande. Peur de trop boire, peur d'être bourré et de ne plus retrouver le chemin de l'hôtel. Je n'irai sans doute jamais en Irlande et je le regrette.
Hier, avec ma mère et l'un de mes frères, nous sommes allés visiter le Musée d'Art et d'Archéologie du Périgord, à Périgueux. C'est que depuis le 25 janvier et jusqu'au 31 mars, sept artistes du collectif périgourdin des Mauvaises Graines ont pris possession des lieux pour présenter son cabinet des curiosités. Ces sept artistes jouent avec les codes du musée, avec les collections présentées. Ce n'était pas mal mais pas vraiment au niveau de mes attentes. Reste que la visite du musée est assez intéressante. Après, nous sommes allés faire des courses à l'hypermarché. C'est autre chose mais c'est pas mal non plus (quoi que plus cher).
Hier, j'ai eu l'idée que je pourrais me faire des lasagnes. Alors, j'ai acheté de quoi me préparer des lasagnes. Je savais que j'avais des lasagnes (les feuilles de pâte, quoi) chez moi mais j'avais un petit doute quant à leur fraîcheur. Alors, j'en ai acheté d'autres. Et j'ai bien fait ! S'il est exact que j'avais des feuilles de lasagnes, j'ai été surpris de lire sur l'emballage qu'elles étaient vieilles, pour certaines, de plus de dix ans et que, c'est intéressant, elles avaient été bouffées par quelque chose que j'imagine être des mites alimentaires. J'ai fait une photo de la chose pour l'immortaliser. Je suppose qu'il n'y a pas de risque particulier à les manger mais je vais tout de même m'abstenir de le faire.

Bloc de lasagnes bouffées aux mites

Ce matin, j'ai lu le prochain épisode du feuilleton fourni par notre ami Liaan qui semble désirer que le feuilleton continue encore. Je m'étais imaginé qu'après mon épisode dernier, les bonnes volontés allaient s'être éteintes. J'avais donc commencé à songer à un épisode de fin. Je peux remiser mes idées. Conformément à mes règles du jeu, il y aura donc, au minimum, encore deux épisodes.

En cherchant ce que j'allais pouvoir faire pour le blog aujourd'hui, j'ai attrapé une feuille de papier A4 que j'ai pliée en deux. J'ai commencé à dessiner quelque chose et puis je me suis pris au jeu. A un moment, j'ai posé le crayon et me suis dit que ça irait bien pour aujourd'hui. Maintenant, en attendant d'aller cuisiner mes lasagnes, je vais bouquiner un peu et je vous souhaite une bonne saint Patrick.

Engin bizarre

lundi 14 janvier 2013

Jetables

Je sais que vous attendez tous la suite du feuilleton qui va paraître demain. Comme je n'ai pas eu le temps de faire quelque chose pour le blog aujourd'hui, comme demain sera un grand jour avec une admirable surprise, je me contente de vous proposer une photo faite juste pour expérimenter un petit quelque chose. Le résultat n'est pas bon, le principe demande à être amélioré mais il y a une idée que je vais peut-être travailler.

Briquets Bic

mercredi 7 novembre 2012

Une illustration

On m'a demandé de faire une illustration pour expliquer comment mettre des trucs dans des machins qui se placeraient idéalement dans un chose. Complexe, non ?

Des quelques logiciels que je peux être amené à utiliser, Illustrator est celui que je connais le moins et avec lequel je suis le moins à l'aise. Pourtant, je le pratique depuis bien longtemps ! Version après version, le logiciel est devenu de plus en plus puissant mais aussi de plus en plus complexe. Tant et si bien que j'en arriverais presque à démarrer un vieux Mac pour utiliser une ancienne version du logiciel. Pour dire les choses telles qu'elles sont, je ne sais pas utiliser Illustrator et me bloque sur des petits problèmes alors qu'il serait si simple de choisir la facilité et de travailler comme un cochon.
Parce que mon blocage vis à vis de ce logiciel remonte à un temps où l'on n'avait pas d'ordinateurs très puissants, que les flasheuses ne supportaient pas trop les embrouilles vectorielles et pouvaient planter au moindre bout de vecteur mal placé. Alors, j'ai pris peur et j'ai fait très attention à produire des fichiers très propres. Je me suis contraint à fournir des fichiers qui s'approchaient de la perfection dans leur structure... mais qui restaient bien pourris dans leur contenu.

Toujours est-il que l'on m'a demandé de faire un document et que j'ai considéré que Illustrator serait le plus à même de m'aider à le réaliser. Et bien mes amis, contre toute attente, j'y suis parvenu sans grande difficulté et en y prenant un certain plaisir. Il faut dire que j'étais en pleine crise de désœuvrement et que cela me tapait un peu sur le moral. J'aime à ne rien faire mais il ne faut pas que ça dure trop longtemps et je déteste que ce soit une inactivité subie.

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mercredi 29 août 2012

Pourquoi Hulk ?

De toutes les questions qui taraudent l'homme, il en est une qu'aucun esprit éveillé ne peut laisser passer. Je vais aujourd'hui vous entretenir de ce sujet d'importance s'il en est.

Comment et pourquoi le physicien Bruce Banner devient ce personnage de bandes dessinées imaginé par Stan Lee et Jack Kirby en 1962 n'a aucune importance. On sait que ce physicien mettait au point une bombe G qui explosa et l'irradia alors qu'il tentait de sauver un adolescent qui se trouvait dans les parages lors d'un essai. Si on ne le savait pas, c'est à présent chose faite et si l'on souhaite en apprendre davantage, on peut se reporter à wikipedia qui a plein de choses à dire à ce sujet.
La vraie question que l'on est en droit de se poser dès lors que l'on s'intéresse au cas de ce super-héros[1] c'est de savoir pourquoi il semble avoir si mauvais caractère. C'est vrai, après tout ! Fort comme il est, puissant, presque invulnérable, il pourrait être très heureux ! Rien ne semble pouvoir l'arrêter et il pourrait faire de grandes choses, pour l'humanité ou, s'il n'a pas la fibre philanthropique et altruiste, pour lui-même en personne. Déjà, dans la vie de tous les jours, il pourrait faire fortune en se produisant sur scène ou sous des chapiteaux. Ce ne serait même pas vraiment fatigant. Il pourrait rendre bien des services, aussi. Déplacer des meubles, par exemple. Avec un minimum de publicité, quelques prospectus glissés dans les boîtes aux lettres, il est certain que sa petite entreprise ne connaîtrait pas la crise de sitôt. Au lieu de cela, il se contente de faire la gueule et de tout casser sur son passage. Même pas sûr qu'il soit bien assuré. Je n'ai pas de conseils à lui donner mais je serais lui, je ferais gaffe. D'ici à ce que l'on vienne lui réclamer des dommages et intérêts, il n'y a qu'un pas.
Contrairement à une tripotée d'autres personnages tous aussi fantastiques et parfois sympathiques que lui tels que, par exemple, pour ne citer qu'eux, Superman, Spiderman, le Surfer d'Argent ou le Sergent Garcia, Hulk n'a pas de "s" pour initiale patronymique ou pseudonymique. Dans le petit monde des super-héros, on aime bien le manichéisme, en règle générale. D'un côté les mauvais qui sont méchants ; de l'autre les bons qui sont gentils. Hulk a un peu le cul entre deux chaises. On ne sait jamais bien sur quel pied danser, avec lui. Tantôt, il va aider le genre humain, tantôt il va se révéler être un horrible misanthrope qui cherche à vivre en ermite quelque part au fin fond d'un désert quelconque, sans Internet et sans tout le confort moderne. Je pense que notre Bruce Banner-Hulk est un peu dérangé et qu'une bonne séance de psychanalyse pourrait le remettre d'aplomb en deux coups de cuillères à pot.
Plus jeune, j'ai lu pas mal de bandes dessinées d'origine américaines avec des vrais morceaux de supers[2] dedans. Je n'ai jamais trop accroché au personnage qui m'intéresse aujourd'hui. D'ailleurs, j'en viens à me demander ce qui peut me pousser à écrire sur un personnage fictif qui m'est indifférent. Une autre fois, je vous parlerai de Heidi[3] En attendant ce jour béni, je termine d'écouter le dernier album en date de Dead Can Dance qui vaut largement tous les Hulkeries du monde. Foi de mélomane !

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Notes

[1] Et d'ailleurs, est-il seulement un super-héros ?

[2] héros ou méchants

[3] Bien que je craigne d'en avoir encore moins à dire, à la vérité.

lundi 9 juillet 2012

Etes-vous zombie ?

Un truc auquel il faut vraiment faire gaffe, dans la vie, c'est de ne pas devenir un zombie.

Ce n'était pas la première fois qu'il se réveillait. De mémoire, il ne se souvenait pas s'être souvent réveillé en si petite grande forme. Il y avait un truc. Ça n'allait pas fort. Il n'aurait pas pu dire qu'il avait froid lorsqu'il avait ouvert les yeux, non. Il n'avait pas froid, il était froid. Nuance. Il voyait flou. Trouble. Il n'avait plus une vision très nette des couleurs et de la lumière. C'était comme regarder dans un brouillard épais. Péniblement, il se redressa et il avait faim. Ce n'était pas une sensation de faim habituelle, il n'avait pas faim de pain beurré couvert de confiture et trempé dans un bol de café noir sans sucre, il avait faim de cervelle. Humaine.
Il était mort et était devenu un zombie. Une nouvelle vie commençait pour lui, si l'on peut dire. Traînant les pieds, il avait commencé à déambuler au hasard, guidé par la seule envie de cervelle fraîche qui le pressait de plus en plus. Il s'aperçut qu'il parvenait à distinguer les vivants à la teinte rouge qu'ils prenaient. Plus ils étaient proches et plus le rouge devenait éclatant. Il était attiré par ces vivants qui possédaient forcément une bonne cervelle bien juteuse.
Mort-vivant flambant neuf, il n'avait pas encore tout à fait acquis les réflexes et les techniques de chasse des zombies expérimentés. Il se contentait de répondre à son instinct, à se laisser attirer par les cervelles et à suivre les troupeaux des morts-vivants qui se concentraient en colonnes convergeant vers le rouge des cerveaux à manger. Il ne lui fallut pas très longtemps pour apprendre. La stratégie mise en place était de fait assez sommaire mais aussi relativement efficace. Elle consistait à isoler un vivant et à l'encercler. Les plus chanceux se chargeaient de broyer la boîte crânienne et faisaient un festin. Les autres n'avaient plus qu'à chercher une nouvelle proie. En fin de matinée, il avait pu manger une bonne première ration de cervelle mais cela n'avait en rien calmé sa faim. Il repartit traquer le vivant avec les autres.
Malgré ce que l'on avait pu en écrire, malgré ce que l'on avait dit à la télévision, la vie des zombies n'étaient pas si terrible que cela. Certes, il serait sans doute un peu précipité de prétendre que les morts-vivants étaient heureux. Ils ne l'étaient pas, c'était chose possible, mais peut-être bien que cette notion, l'idée même du bonheur ou du malheur, n'avait plus aucun sens pour eux. Du reste, il était permis de se demander ce qui pouvait avoir sens de leur point de vue. Semble-t-il, ils ne se souciaient pas plus de l'âge de leur pourvoyeur de cervelle que de leur sexe, de l'éventuel lien de parenté qu'ils pouvaient avoir auparavant, de l'apparence physique ou vestimentaire. Ils agissaient simplement comme si plus rien n'avait vraiment d'importance hormis la cervelle. A ce sujet, et je précise cela afin de clarifier ce point, les zombies n'étaient pas gastronomes du tout. Ils mangeaient sans user de beaucoup de raffinement dans la préparation de leurs repas. Ici, pas de petites sauces raffinées, de cuisine élaborée ou d'épices précieuses sélectionnées avec amour. Ça bouffait plus que ça mangeait, avec les doigts, à pleines mains, cru.
On ne savait pas vraiment comment étaient nés ces morts-vivants. Ça avait été comme une rapide épidémie qui avait gagné la planète entière en quelques jours. On n'avait pas trouvé de cause probante. Pas plus de virus que de contamination due à une centrale nucléaire défaillante ; pas l'ombre d'un laboratoire secret qui aurait laissé échapper une néfaste substance ; aucune trace de savant fou ; pas le moindre écho d'un complot ourdi par quelque obscure organisation clandestine. Rien de rien. On n'était même pas en mesure de dire avec exactitude où cela avait commencé. Ça avait été comme si un signal avait été donné et que partout le phénomène avait éclos. On savait que pour devenir mort-vivant, il n'y avait pas besoin de se faire manger la cervelle. Du reste, c'était même le meilleur moyen pour ne pas le devenir. Les morts ne se réveillaient pas pour devenir zombies comme les mauvaises séries Z avaient cherché à nous le faire croire durant des décennies. On devenait zombie sans prévenir ou presque. On ressentait une fatigue, on s'asseyait sur un banc, dans un fauteuil, dans un lit ou dans un pré et on se réveillait transformé. Aucun signe avant coureur, aucune typologie. Si l'on ne savait pas comment naissaient les morts-vivants, on avait rapidement compris comment les tuer. La méthode était bête et brutale mais efficace. Il s'agissait ni plus ni moins que de faire exploser la tête. Tout les moyens étaient bons et se valaient. Du coup de pioche au tir de char d'assaut, le résultat se révélait tout aussi concluant.
Le gros problème résidait dans la détection des morts-vivants nouveaux nés et dans la promiscuité avec les gens "normaux" dont on ne se méfiait pas assez, également dans un cas comme dans l'autre. Les histoires de collègue dévorant la secrétaire devant la machine à café ou de la ministre décapsulant la tête du chef de cabinet n'étaient pas rares. Il n'était raisonnablement plus possible de faire confiance à qui que ce soit et cela contribuait beaucoup au désordre ambiant. On s'était mis à tuer à tort et à travers. On tuait celui qui s'allongeait pour dormir après une dure journée de travail, la grand-mère qui entendait faire une sieste dans son fauteuil, l'enfant qui se laissait aller au sommeil après la tétée. Disons-le, la panique gagnait vite. Etant donné que l'on trouvait autant de zombie chez les policiers que chez les militaires ou le reste de la population, les peuples n'accordaient plus leur confiance à grand monde. La désorganisation totale avait gagné lorsque les chefs d'Etat avaient été atteints par le mal à leur tour et malgré les précautions qui avaient été prises. On avait bien tenté ici ou là de se retourner vers la religion pour éradiquer le mal qui devait forcément être l'œuvre du diable, du malin, d'un dieu en colère. Les curés, les rabbins, les moines bouddhistes n'avaient pas tardé à bouffer leurs ouailles dès que leur cervelle était à portée de mâchoire. Des illuminés crurent un instant qu'il devait exister un lieu préservé quelque part sur Terre. Les navires partirent, les avions décollèrent. Peu arrivèrent à bon port et ceux qui eurent cette chance déchantèrent vite. Ceux qui avaient choisi des terres vierges de vie humaine étaient contaminés, ceux qui avaient cru à l'innocence d'une peuplade éloignée furent bouffés.
Il ne fallut pas plus d'un an pour que le nombre de zombies dépasse celui des vivants. On avait noté depuis longtemps que les animaux avaient été totalement épargnés et certains avaient vu là la preuve de l'existence de l'âme, de l'esprit humain qui faisait de l'homme un être supérieur et éloigné du monde animal. Le plus grand nombre avait vite regretté de ne pas être un peu plus animal. Le nombre grandissant de zombies provoquait une hausse exponentielle de la fuite des cerveaux[1]. Comme ces temps troublés ne s'y prêtaient guère, on ne procréait plus beaucoup. Le spectacle de la mère dévorant le cerveau de son enfant à peine né avait fini par dégoûter les plus solides, il faut dire. Une fois le pic passé, les zombies commencèrent à avoir du mal à trouver pitance. Ils étaient les plus nombreux et ils erraient de plus en plus en se livrant une concurrence de plus en plus acharnée.
Au terme de la deuxième année, nous n'étions plus nombreux sur terre. Je suis bien en mal de pouvoir dire combien nous sommes à l'heure où j'écris ces lignes. Il y a bien longtemps qu'il n'y a plus aucun moyen de savoir ce qu'il se passe à plus ou moins grande distance. J'ai eu la chance de pouvoir faire assez de provisions pour tenir le siège en haut de ma petite montagne. J'ai des munitions pour longtemps encore. Je ne laisse personne approcher. Zombie ou pas, ça m'est égal. Je tire. Je suis replié là depuis près de six mois. Il y a bien quinze jours que je n'ai pas vu qui que ce soit arriver. Je sais que je risque de me réveiller zombie à mon tour un de ces jours mais je n'y pense pas trop. Je ne pense pas beaucoup à l'avenir, je ne pense plus à rien sauf à sauver ma peau le plus longtemps possible. Encore un an ? Un mois ? Une semaine ? Un jour ? Une heure ? Qui sait.

Note

[1] de leur place légitime s'entend.

mercredi 27 juin 2012

Crime de lèse-majesté

Zenit E graphiste dordogne

mardi 22 mai 2012

Professeur Fanta !

Il y a bien des années de cela, j'ai commencé une collection de publicités de charlatans. Aujourd'hui, j'ai eu la chance d'en trouver une placée sous un essuie-glace de ma voiture, en sortant du boulot.

Sans l'ordinateur, je suis presque certain que ces publicités n'existeraient pas. Je peux me tromper et ce ne serait ni la première ni la dernière fois, mais je suis persuadé qu'elles n'existaient pas avant que le logiciel de traitement de texte ou de mise en page apparaisse. Je n'ai aucun souvenir d'en avoir vu simplement tapées à la machine. Maintenant, il est possible qu'il y en ait eu fait en imprimerie. C'est possible. Je ne sais pas de quand datent les plus anciens spécimens en ma possession.
Ce dont je me souviens, c'est que les plus vieux étaient bien plus amusants que ceux d'aujourd'hui. Ils étaient bourrés de fautes d'orthographe et d'approximations syntaxiques. Il y avait aussi une forte et nette propension à faire usage des "wingdings" offerts par Microsoft à l'époque. C'était joli, joyeux, distrayant.
Aujourd'hui, le moindre outil de traitement de texte le plus sommaire est pourvu d'une sorte de correcteur orthographique qui a enlevé beaucoup de poésie à tout cela. Du coup, la collection a moins d'intérêt. Du reste, je ne sais pas où sont passées les publicités les plus anciennes. Sans doute sont-elles au fond d'un carton qui n'a toujours pas été ouvert depuis le dernier déménagement, il y a une dizaine d'années. Je ne pense pas qu'elles soient perdues.
Ce qui reste, ce sont les promesses incroyables de guérison et de résolution de problèmes. Le Professeur Fanta qui nous occupe aujourd'hui promets de résoudre "même les cas désespérés". Je me suis souvent demandé si ces petits papiers ramenaient suffisamment de clients crédules et désespérés pour couvrir les frais d'impression et de distribution. Je suppose que oui même si j'ai remarqué que jamais on ne retrouvait à deux reprises le même mage ou marabout ou autre sorcier. J'adore la mention "IPNS[1]. Ne pas jeter sur la voie publique". On sent le désir d'être dans la plus stricte légalité.
Si jamais vous tombez sur ces petits papiers, ne les jetez pas ! Gardez-les moi.

Professeur Fanta

Note

[1] Imprimé par nos soins

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