vendredi 25 mai 2018

Anciennes à Saint-Julien-de-Lampon

Motoconfort

Motoconfort

Motobécane

lundi 21 mai 2018

Deux moteurs au rassemblement du Motobécane Club de France

Y a des blasés qui croient avoir tout vu, des qui sont revenus de tout. J'en connais même, les pauvres, pour affirmer qu'il n'y a plus matière à l'enthousiasme, plus rien à découvrir, plus rien de neuf, que de l'ancien, du repassé, du rediffusé. Ces désabusés continuent à hanter les expositions de véhicules anciens juste pour le plaisir de dénigrer, de râler, de pester, de cracher dans la soupe. Ils en sont rendu à remarquer le boulon qui n'est pas d'origine, le cabochon de feu arrière qui n'est pas le bon modèle, l'anti-parasite anachronique ou la teinte qui n'est pas fidèle à l'identique. Ils ne jettent plus que des coups d'œil méprisants en tenant des propos acerbes et c'est tant pis pour eux.
À Saint-Julien-de-Lampon, certains de ceux-là étaient là et je les ai entendus se lamenter qu'il n'y ait pas de raretés jamais vues. Je ne sais pas s'ils sont pires que ceux qui disent n'importe quoi comme ce jeune qui s'enferrait en racontant à qui voulait l'entendre que Motobécane avait produit un trois cylindres à plat et qui, face à un Mobyx X7, affirmait qu'il était bien trop grand pour rouler là-dessus, lui qui devait bien me rendre 20cm. Son excuse, sans doute, c'est d'être un adolescent encore un peu con. Il y a toujours ceux qui, pour briller auprès de leur copine, expliquent que leur grand-père avait une moto comme celle-ci exactement et ces autres qui se souviennent avoir une épave de cyclomoteur pareil à celui-ci parfaitement restauré et qui veulent savoir combien ça coûte, histoire d'estimer la valeur de leur patrimoine.
Et alors, il y avait un engin qui attirait les plus indifférents et faisait fermer leur clapet aux plus prolixes (quoi que certains tout de même y allait de leur avis ou de leurs commentaires "halakon"). C'est une création de Bertrand Marchal et il s'agit d'un side-car magnifique attelé à une Mobylette bimoteur. Pour quelqu'un comme moi qui suis prompt à l'extase et à l'enthousiasme, pensez que j'étais aux anges ! J'ai attendu que la foule finisse de se désintéresser de l'objet pour en faire le tour et l'observer dans les moindres détails. C'est un super beau boulot, du grand-art ! C'est simplement beau et génial.

side-car Mobylette bimoteur
La force de cette réalisation exceptionnelle tient aussi aux détails et à l'humour instillé dans le projet. J'aime l'humour, je ne sais pas si je vous l'avais déjà dit. Je suis bien conscient que cela n'est pas toujours visible au premier coup d'œil mais je vous l'assure, j'aime rire, parfois. Ce que j'aime, dans l'humour, c'est quand il est teinté d'une certaine dose de subtilité, quand il se cache dans le détail. Et là, il y a eu un détail auquel j'ai été particulièrement sensible et qui, je le pense, a échappé à beaucoup.
Pour vous dire, j'ai été obligé de sortir de l'enceinte constituée par les barrières "Vauban" et d'en faire le tour pour aller le voir de plus près. Je vous ai fait une image.

Marque de fabrique
Je vous laisse goûter la chose. Pour ma part, je crie au génie encore une fois, j'applaudis, j'aurais embrassé le propriétaire et inventeur si je l'avais eu sous la main. Mieux qu'un test de QI, plus sûrement c'est sûr, voilà qui montre et prouve l'intelligence vive de ce constructeur ! Forcément, nous sommes là face à une personne intelligente, fine, éveillée, révélée. Un artiste, quoi. D'ailleurs, allez, je me lance, je proclame que cette Mobylette attelée bimoteur est une œuvre d'art. C'est sans appel.

On l'oublierait presque, il faut avoir de solides compétences en mécanique pour réaliser pareille machine. Ce n'est pas de l'improvisation à la va-vite. J'ai déjà vu des bricolages sur ce thème. Deux méchants bouts de ferrailles qui peinent à tenir un semblant de panier mal arrimé. Une troisième roue mollement attachée à un châssis en pâte à mâcher fixée à un Solex. Si c'est pour le gag, pour rire un peu, ma foi, pourquoi pas. Mais là, c'est tout autre chose ! C'est du pensé, du pesé, du réfléchi. Ça tient la route, c'est viable, ça fonctionne.

De la belle ouvrage

dimanche 20 mai 2018

Rassemblement du Motobécane Club de France à Saint-Julien-de-Lampon

Hier comme aujourd'hui et inversement, la petite commune de Saint-Julien-de-Lampon vibre au rythme des vrombissements des engins du Motobécane Club de France qui tient là son 23e rassemblement national.
Des cyclomoteurs en pagaille, des "Mobylettes" bleues ou vertes, jaunes ou orange, des populaires 125 à soupapes latérales ou culbutées mais aussi des 125 plus "sportives" avec des cylindres à trous et puis, tout de même, quelques belles anciennes des années 30 en 350 ou 500cc. Un beau plateau de motocyclettes mais surtout une belle ambiance bien servie par un soleil resplendissant. Au programme, deux balades. Une le samedi après-midi et une autre ce dimanche matin pour aller à la découverte de cette partie orientale limitrophe du Lot du Périgord Noir.
C'est un hasard heureux qui a conduit le club BFG de choisir, lui aussi, ce Périgord pour son rassemblement annuel. Parce qu'il y a un lien (un peu ténu) entre MBK et BFG, ces motos françaises à moteur de GS Citroën ont fait une halte.
L'organisation du rassemblement Motobécane était confiée aux Pétaroux à la noix de la Cassagne que l'on connaît bien et qui donne rendez-vous aux amateurs de cyclomoteurs (et pas que de la marque de Pantin) le 19 août prochain.
Et donc, il y avait de la Mobylette, de la 125cc et d'autres représentantes de la marque mais c'est une Peugeot qui retenait particulièrement mon attention. Il s'agissait d'une magnifique P515 rutilante et je vous la montre sans plus tarder.

La plus belle des Motobécane était une Peugeot !
J'ai bien conscience que tout cela est quelque peu désobligeant pour le club Motobécane et pour les organisateurs mais ce n'est pas de ma faute si une belle moto était présente, hein ? D'ailleurs, je n'ai rien contre Motobécane et pas grand chose de plus pour Peugeot. Je ne suis pas de parti pris, c'est juste qu'en tant qu'esthète exigeant, je sais reconnaître ce qui est et faire fi des clivages et autres esprits de chapelle qui sont autant de positions nocives à l'expression d'un jugement impartial et honnête. Pour vous prouver que cette Peugeot était bien la plus belle des motocyclettes en présence, je vous la montre une nouvelle fois, rien que pour le plaisir des yeux. C'est dommage, vous n'avez pas le son.

Splendide Peugeot P515
Une prochaine fois, je vous montrerai d'autres photographies faites à l'occasion de ce rassemblement. En attendant, profitez de ce beau dimanche ensoleillé et soyez sages.

mercredi 9 mai 2018

De nouveau rien de nouveau

Simplement heureux

lundi 30 avril 2018

Dernière moto du mois

Dernière moto d'avril

jeudi 26 avril 2018

Relecture et moto de boucher

A la fin de l'année 65, San-Antonio s'est vu attribuer le Prix Gaulois pour son livre "Le Standinge". Nous nous plaisons à publier ici le discours que Pierre Dac, le lauréat de l'année précédente, prononça à cette occasion.

Mes chers amis, Mon cher récipiendaire,

Mordicus d'Athènes, l'illustre philosophe ivrogne grec — 219-137 bis au fond de la cour, à droite av. J.-C. — a dit, un soir qu'il en tenait, il faut bien le reconnaître, un sérieux coup dans la chlamyde : " Dans le domaine du discours, l'improvisation prend force et valeur que dans la mesure de sa minutieuse préparation".

C'est donc en fonction de ce remarquable apophtegme que m'est donnée, aujourd'hui, la joie d'accueillir au sein de cette noble et joyeuse compagnie académique, le lauréat du Prix Gaulois 1965, notre ami Frédéric Dard, alias commissaire San-antonio.

Que dire de Frédéric Dard qui n'ait été dit et redit ? La renommée qui entoure sa légitime célébrité me dispense de tout panégyrique et de tout éloge qui ne rendraient qu'imparfaitement l'affectueuse estime en laquelle nous le tenons.

Qu'il me soit donc simplement permis, avant de transmettre le glorieux flambeau gaulois à mon éminent successeur, de saluer en lui, l'incontestable champion de la littérature contemporaine de choc, et qui, par la seule force de son talent et de ses ancestrales vertus, œuvre inlassablement, jour après jour, à longueur de plume ou de machine à écrire, pour forger, dans le silence, le jeûne, l'abstinence et la méditation, le fier levain qui, demain, ou après-demain au plus tard, fera germer le grain fécond du ciment victorieux, au sein duquel, enfin, sera ficelée, entre les deux mamelles de l'harmonie universelle, la prestigieuse clé de voûte qui ouvrira, à deux battants, la porte cochère d'un avenir meilleur sur le péristyle d'un monde nouveau.


En panne de lecture, je me mets en chasse de bouquins. Je sais pouvoir trouver dans le garage un ou deux cartons de livres déjà lus. Je fouille, j'en extirpe certains, en écarte d'autres. Je m'étonne de la présence de certains ouvrages oubliés et me demande comment j'ai pu lire certains autres. Parmi les livres retenus, deux San-Antonio.

Je n'ai pas lu de San-Antonio depuis la mort de Frédéric Dard survenue en 2000. Si je me souviens avoir lu pratiquement tous les San-Antonio, je me demande si le souvenir que j'en ai peut être confronté à celui que je suis devenu près de vingt ans après la dernière lecture d'une aventure du commissaire et de ses acolytes. On va le savoir rapidement.

Des deux San-Antonio trouvés, j'ai choisi "Salut mon pope". Il date de 1966. Je commence la lecture. Je retrouve les digressions de l'auteur, la langue inventive, les personnages. Bérurier est absent (il est fait allusion à lui dès les premières pages) mais nous retrouvons Pinaud.

La trame est constituée par la disparition de la Victoire de Samothrace. La célèbre sculpture a été prêtée à la Grèce par la France, elle a voyagé en camion escorté depuis le Louvre jusqu'à Marseille puis dans les cales d'un cargo grec de Marseille au Pirée pour une courte escale avant de rejoindre l'île de Samothrace. Stupeur, à l'ouverture de la caisse, la statue a disparu, remplacée par un bloc de fonte.

Dès les premières pages du roman, on découvre un Pinaud qui s'est pris de passion pour Sherlock Holmes et ses méthodes. Il parvient à étonner San-Antonio en déduisant avant qu'il ne lui en parle la disparition de la Victoire de Samothrace et le départ pour la Grèce.

J'en suis là au bout des cinquante premières pages. Ça se lit vite. Ces premières pages ne parviennent pas à me convaincre. Je n'y ai pas retrouvé ce que je me souviens de l'écriture de Frédéric Dard. Pour tout dire, cela ne parvient pas à me faire rire. C'est même un peu lourd, par moment. Les allusions à l'homosexualité des Grecs, bon, pourquoi pas mais fallait-il insister autant ?

Tous les San-Antonio ne se valent pas. Il y en a d'excellents et des mineurs. Le hasard a peut-être fait que j'en ai choisi un parmi les moins bons ? Il reste environ deux-cents pages pour me faire un avis définitif sur ce roman.

Il paraît que Frédéric Dard se serait fait aider par son fils, Patrice Dard, pour les derniers romans de la série. Après la mort de Frédéric Dard, je n'ai pas jugé utile de lire les nouveaux. Il faudrait que je le fasse à l'occasion. Hier, une idée stupide m'a traversé l'esprit, celle de relire l'intégralité des San-Antonio. Il se trouve que j'ai un frère qui a la collection complète. Dans mon souvenir, les premiers et les derniers m'ennuyaient un peu. Selon moi, les meilleurs sont ceux qui sont aussi les plus humoristiques, ceux qui laissent une grande place aux énormités de Bérurier. Durant un temps, je lisais un San-Antonio entre deux livres plus "sérieux". Je les consommais juste pour le plaisir de me fendre la poire et ce plaisir était bien réel. J'aimais retrouver ces personnages et rire comme, je le suppose, l'auteur riait en écrivant.


Mais la question que je me pose est de savoir si, en vieillissant, les années passant, l'humour évoluant aussi, on ne change pas dans ses goûts. Par exemple, le discours de Pierre Dac cité en tête de billet fait-il autant rire aujourd'hui qu'il pouvait faire rire en 1965 ? Si jamais il faisait rire, bien entendu. L'humour est aussi affaire de convention, de référence, d'époque. Si je ris encore en revoyant "La Grande vadrouille", c'est peut-être parce que je l'ai vu dans ma jeunesse, que je me souviens avoir ri à l'époque, que j'ai l'âge de comprendre les références. Possible que ça ne fasse plus rire les jeunes d'aujourd'hui. Peut-être aussi ce qui fait rire les jeunes de nos temps modernes ne parvient pas à me faire pleurer de rire.

Récemment, France Inter fêtait Pierre Desproges à l'occasion du trentième anniversaire de la fin de son cancer. Il y avait une émission spéciale le soir. J'ai écouté pendant deux heures et j'ai abandonné pour aller bouquiner. Difficile de marcher dans les pas de Pierre Desproges sans se prendre les pieds dans le tapis. J'ai apprécié Pierre Desproges mais je me demande ce qu'il en reste réellement. Quelques sketches particulièrement bons, sans doute, quelques écrits savoureux, sûrement, mais certainement pas tout.

Bref, je me pose des questions bien stupides ce matin. C'est dû à cette petite déception rencontrée alors que je ne m'y attendais pas. Je pensais retomber comme si de rien n'était dans San-Antonio, parvenir à rire dès les premières pages et ça n'a pas fonctionné. Alors, ça suscite un sentiment d'angoisse bien légitime, je prends conscience du temps qui passe, de la fin qui se rapproche, de l'inconstance des choses et ça ne me fait pas rire. C'est ballot, non ?


Une vraie boucherie

vendredi 20 avril 2018

Une bien belle motocyclette

Gronda

lundi 16 avril 2018

La Sanglas 500 S2

Sanglas 500 S2 à Pascal

jeudi 12 avril 2018

Six et sa moitié

Kawasaki Z1300

Yamaha 750XS

samedi 7 avril 2018

Ne pas passer inaperçu

Automobile Honda
Simca 1000 Rallye 2
Moto Honda

mercredi 28 mars 2018

Quelques motocyclettes

Triumph Rocket III

Suzuki et Harley Davidson

lundi 26 mars 2018

Harley Davidson mythique

C'est une moto que l'on ne voit pas tous les jours. Pour beaucoup, ce moteur est le plus beau de tous ceux conçus par Harley Davidson. Je partage cet avis. Chaque moteur a son petit surnom. Il y a les Shovelhead, les Panhead, celui-ci est le Knucklehead. Il date des années 30 et a existé en 1000 et 1200cc (61 et 74ci). Sa carrière prend fin en 1947. C'est un moteur à soupapes culbutées assez puissant pour l'époque. Ces motos ont durablement marqué l'imaginaire lié au petit monde qui gravite autour de cette marque américaine et marquent clairement la fin de la lutte entre Harley Davidson et Indian.
Cette moto est photographiée à Boulazac lors des rencontres des "Cabossés". En arrière plan, on voit une moto équipée du moteur Panhead qui succèdera à ce Knucklehead. D'autres images sont à venir.

Harley Davidson Knucklehead

vendredi 16 mars 2018

Moto de fin de semaine

Peugeot, Terrot, Dé-Dé, Koehler Escoffier, la France n'a pas été en manque de marques de motocyclettes et a longtemps été une patrie importante sur l'échiquier de la production mondiale de deux roues motorisés. Parmi tous ces constructeurs, nous nous arrêtons aujourd'hui sur le cas de l'un d'eux qui n'a, malheureusement, pas eu le succès commercial qu'il méritait. Vous l'aurez reconnue, nous parlons ici de la marque «Régine» qui avait ses usines à Louvois sur Guidonne (Seine & Loire).
Une mécanique complexe au service de la simplicité

Des solutions techniques à la pointe

Le credo d'Albert Trébla, le créateur de la marque, était de construire "compliqué" pour une utilisation simple à la portée de tout un chacun. Rapidement, il opte pour la solution du moteur multicylindre et, particulièrement, du quatre cylindres calé à 90° à distribution culbutée et soupapes à longueur variable. Ce choix impose, on le comprend sans peine, la nécessité d'un refroidissement sans faille et c'est un classique système à thermosiphon qui sera retenu. Après quelques errements, le radiateur sera placé à l'avant et servira de support à la colonne de direction. Un choix audacieux et intelligent s'il en est.
L'allumage est confié à un classique système batterie-bobine adjoint à un allumeur à rotation planétaire orbitale breveté dès 1923. On l'aura compris, le principal intérêt du système est de pouvoir s'affranchir de la présence de bougies d'allumage à l'époque trop souvent à l'origine de pannes diverses et ennuyeuses. Ici, les étincelles sont quasi permanentes et constantes. Elles garantissent une bonne inflammation du mélange gazeux dans toutes les circonstances quelle que soit la pression barométrique !

La santé du motocycliste

Trébla connaît, pour en souffrir lui-même, les ennuis de santé les plus répandus en ces années d'après-guerre chez les motocyclistes. Hypertension artérielle et hémorroïdes. C'est pourquoi il fait le choix de l'abandon de la selle. Que n'aurons-nous pas entendu de la part des détracteurs ! On accusa Trébla de vouloir faire des économies de bouts de chandelle, de chercher à porter un coup fatal à l'industrie de la selle de moto française, de sacrifier le confort au bénéfice d'une poignée d'inconséquents maladifs.
Les critiques pleuvent tant et plus qu'elles parviennent à fragiliser l'industriel qui finit, fin 1943, par proposer en option une selle monoplace à la clientèle. Hélas, l'époque n'est pas propice au commerce, l'approvisionnement en matières premières est soumis aux forces d'occupations allemandes et le carburant ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval.
Albert Trébla ira jusqu'à s'entretenir avec le Maréchal qui lui prêtera une oreille attentive plutôt que la somme d'argent nécessaire à l'achat de ces matières premières au marché noir. Amer, déçu par la politique, devenu acariâtre sur le tard, Trébla liquidera son affaire dans l'attente de jours meilleurs.
Ces jours n'arrivèrent pas. En 1945, c'est la purge et Albert Trébla est suspecté d'avoir collaboré avec l'ennemi et le régime de Vichy. Cela lui sera longtemps reproché et on peut aujourd'hui regretter que la France libérée n'ait pas jugé bon de soutenir cet industriel visionnaire à rebondir au moment de l'établissement de la Nouvelle Société des Motocyclettes Régine. Pourtant les archives parlent et ce ne sont pas les idées ingénieuses qui manquaient dans les cartons de ce génie de la mécanique ! Ne parlons, pour l'exemple, que du système de suspension en fibre de noix de coco qui ne demandait plus qu'à être expérimenté ou de la très intéressante injection de carburant à air pulsé à commande numérique qui n'attendait que l'apparition du PC de chez IBM pour voir le jour.

La fin des haricots

1953. Albert Trébla a 84 ans et entretient seul la flamme des motos Régine dans son petit atelier au fond de la cour à droite de son modeste pavillon de banlieue. Il sait que l'époque des mécaniques d'exception est passé. Le peuple rêve de 4cv et de 203. Les confrères de Trébla, Bugatti, Delahaye ou Talbot vont mal, l'heure n'est plus au luxe et au raffinement mécanique. Dans un dernier élan, Albert Trébla encourage son gendre à s'engager pour le rallye Vesoul-Besançon dans la catégorie des plus de 500cc. Trébla pense que la victoire attendue nourrira la promotion de la marque et la relancera sûrement. Cette victoire est a priori acquise dans la mesure ou la "Régine" est la seule motocyclette engagée dans la catégorie. Mais quand ça veut pas, ça veut pas. A la veille du départ, Noël Léon, le gendre, ne sent pas trop cette course. Il n'est jamais monté sur la machine préparée pour l'événement — il n'a même pas de permis de conduire — et il n'est pas certain d'avoir compris comment au juste elle fonctionnait. Dans la salle de restaurant de l'hôtel modeste mais bien tenu, on tente de lui donner du courage en le faisant boire et bien manger. Le matin du départ, il est barbouillé. Quelque chose qui ne sera pas passé, sans doute. Un coup bas des concurrents ? Certainement pas puisque concurrence, en l'occurrence, il n'y a pas. Harnaché comme il le faut, bottes aux pieds et casque en tête, Noël approche de la grille de départ en poussant la Régine de course. Il a mal au bide, ça tambourine dans la tête, il la sent pas, cette course. On l'aide à démarrer la machine, on lui fait les dernières recommandations, la commissaire brandit le drapeau du départ, le drapeau s'abaisse… et rien ne bouge. Noël Léon est comme tétanisé, incapable. On diagnostiquera à l'hôpital de Vesoul où il est conduit en toute hâte un rare cas de liquéfaction partielle du cerveau avec épanchement auriculaire. Irrémédiable et incurable. Le malheureux n'aura d'autre solution que de rejoindre le corps de la Gendarmerie Nationale et d'attendre la retraite.
Albert Trébla est abattu. C'en est trop pour le vieil homme. Dans un dernier sursaut d'énergie désespérée, il empoigne une masse pour détruire la moto de course sous les yeux effarés du public. Après quoi, posément, il meurt d'un arrêt cardiaque sous les applaudissements nourris de la population vésulienne.

L'héritage

La fille d'Albert Trébla, effondrée par la perte du père et la décrépitude de l'époux va à l'atelier, au fond de la cour à droite. Elle se saisit de la clé, ferme la porte et se dirige vers le vieux puits en pneus usagés. Elle se penche au-dessus de la margelle et laisse tomber cette clé au fond du puits. On pourrait croire l'histoire de cette marque française terminée avec cette ultime action. Que nenni !

2018. A Louvois sur Guidonne, en ce mois de mars, M. Nathanaël Dubosquet, amateur et collectionneur de motocyclettes anciennes voit une roue dépasser du bric-à-brac d'un brocanteur ayant déballé quelques saloperies et rossignols pour le vide-greniers organisé par l'Association des Anciens de la commune. D'un doigt prudent, il écarte la théière ébréchée et le slip imprimé imitation panthère pour mieux découvrir ce qui est rattaché à cette roue. Il entrevoit d'abord une fourche puis un radiateur en laiton et enfin un moteur, un semblant de cadre, un réservoir à carburant. Son cœur fait trois tours et demi sur lui-même.
— Combien ?
— Beuh ? Trois-cents ?
— Tope là !
On finit par mettre la motocyclette à jour, c'est bien elle, celle que l'on pensait perdue à tout jamais, la dernière des dernières, la Régine dernière version. Elle semble complète, rien ne manque, la selle est bien absente. Pour trois cent mille euros, il a fait l'affaire du siècle. Un petit coup de chiffon, un peu d'air dans les chambres à air, peut-être du lubrifiant par ci par là et du carburant et ce sera reparti ! M. Dubosquet exulte !
Bien sûr, il se fait copieusement engueuler par Mme Dubosquet à son retour. Il a oublié le pain. Le ouiquinde est occupé à la remise en route. Les réglages, faute de documentation fiable, sont délicats mais en fin de journée, ce dimanche, la bécane démarre ! Elle cafouille encore légèrement, les montées en régime ne sont pas d'une franchise rassurante, mais elle tourne dans une pétarade réjouissante.
La Régine Grand Luxe sera le joyau de l'exposition du club de motos anciennes de Louvois sur Guidonne qui se tiendra début avril.

Lutte contre l'hypertension artérielle

jeudi 15 mars 2018

Dessin douteux

Moto improbable

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