mercredi 6 novembre 2019

La triste fin de la motocyclette à commandes vocales

Oscar Burant ne voulait pas rester à la traîne de la révolution numérique et, comme il était un brillant ingénieur sorti major d'une prestigieuse école, il s'était engagé à réaliser une machine propre à concilier ses deux passions, la motocyclette et la robotique. Il souhaitait ni plus ni moins concevoir la moto 2.0, la motocyclette connectée à commande vocale équipée des technologies Bluetooth 6.1ß et GPS à retour haptique kinesthésique. Le calculateur central à suprématie quantique de son invention avait la charge de piloter les éléments mécaniques de la machine d'une manière prédictive et aléatoire.
Soucieux du réchauffement climatique et de l'érosion des côtes continentales, il avait un temps envisagé une motorisation électrique triphasée à diode de Zener incorporée mais il devait faire avec son amour de la belle mécanique, de ses soupapes et piston, engrenages et ressorts. Alors, il plancha sur un système de traitement des gaz d'échappement révolutionnaire basé sur les propriétés remarquables de Pleurococcus vulgaris capables de verdir tous les polluants générés par le fonctionnement de la machine. Agissant à la manière d'un filtre bio-végétal recyclable à l'infini, ce dispositif qu'il convenait d'améliorer encore du point de vue de l'esthétique, Oscar en était conscient, donnait toute satisfaction si ce n'était la légère pestilence résiduelle qui pouvait agresser l'olfaction de certains.
Sur le papier, tout concourait à l'espoir d'une réussite totale et sans concession mais il fallut un jour passer à la mise en pratique. Un cadre fut réalisé en fibre de titane pour la beauté du geste et aussi pour contenir la masse de l'ensemble dans les limites du raisonnable. La fonte ductile fut privilégiée pour la réalisation du cylindre et un acier surchoix fut sélectionné pour le vilebrequin tournant sur des paliers en bronze coulé par derrière. La culasse en magnésium trempé à guides de soupapes humides fut imaginée pour offrir le maximum de satisfaction à tout un chacun et fit l'objet d'une étude de marché sévère et exigeante. Le réservoir, la fourche, les roues et le phare furent simplement prélevés sur des épaves trouvées dans l'arrière cour d'un motociste du coin, à l'angle des rues Albert 1eret Berthe Bérurier.
La presse fut convoquée pour la présentation publique sur le circuit du cru. Oscar présenta sa motocyclette quantique, expliqua quelques détails précis, répondit au déferlement de questions et s'installa aux commandes pour un premier tour de piste. Du pouce droit, il pressa l'interrupteur de l'ordinateur principal et dès que le voyant vert s'illumina, il aboya d'une voix claire et nette un ordre en direction du microphone cardioïde. Le moteur démarra immédiatement dans un ronflement étouffé. Si certains se bouchèrent le nez dès les premiers effluves parvenus à leurs narines trop sensibles, les autres se montrèrent aussitôt enthousiastes. Oscar donna l'ordre adéquat et la motocyclette commença à rouler. Le système de transmission intégrale à variateur commuté montra toute son efficacité en gommant tout à-coup intempestif.
La motocyclette roulait. Il aurait fallu être d'une mauvaise foi consommé pour affirmer le contraire. Cependant, elle ne roulait pas bien vite. Même, disons-le, elle se traînait lamentablement. A peine à l'allure d'un homme au pas flâneur d'un oisif progressant sous les frondaisons d'une allée linéaire sous le soleil d'un été accablant. Ça n'allait pas vite. Derrière son guidon, Oscar donnait ses ordres. "Plus vite !", "accélération !", "on y va maintenant !". Rien n'y fit, la machine refusa de presser le pas. L'enthousiasme connut un coup de mou dans les rangs serrés des journalistes. On commença à émettre des réserves, à proposer de prudentes critiques, à rigoler sous cape. A une vingtaine de mètres de là, Oscar s'époumonait encore à brailler des ordres qui ne paraissaient pas être entendus ou compris par l'ordinateur quantique. Oscar était rouge de s'époumoner et aussi, un peu, de honte. Et c'est là que l'affaire prit un tout autre tournant.
Justement, Oscar arrivait au premier virage. Un célèbre plumitif de la PQR réputé pour son amour immodéré du ballon de côtes du Rhône autant que pour son organe de stentor eut le malheur de, pour amuser l'assemblée, crier un retentissant "Gaz !" qui fut entendu jusque dans les tribunes où monsieur Alfred passait un coup de balai dans les travées afin de justifier son salaire d'employé aux tâches ingrates et répétitives. Son témoignage fut décisif à l'heure où les équipes de police scientifique arrivèrent avec la ferme intention de faire toute la lumière sur l'affaire. Au moment où Roger Tralut, le journaliste tonitruant, cria son ordre cocasse, l'ordinateur de la motocyclette sembla sortir de sa léthargie et comprendre une injonction à agir en conséquence. Alors, à la vitesse de la lumière ou presque, il procéda de telle sorte que le piston se mit à monter et descendre de plus en plus vite à mesure que le carburant était injecté à grands flots dans la chambre de combustion chauffée à blanc. La motocyclette partit réellement à la vitesse d'un boulet de canon hypersonique mais tout droit, survolant l'herbe et finissant sa course en s'écrasant contre le mur nord du bâtiment des commissaires de course. Oscar ne survécut pas à ses blessures.

Le célèbre inventeur peu avant son trépas

dimanche 14 avril 2019

Par delà la mort reste la pomme de terre

Ce matin, tandis qu'un rhume scélérat m'accablait jusqu'au plus profond de mon être, je réfléchissais d'une humeur badine à la mort, à la maladie, à la souffrance et à la décrépitude. Je me disais que l'idée même de la mort, bien qu'attirante et séduisante, était tout de même un peu trop entourée de mystères divers pour une personne qui, comme moi, se pique de refuser, justement, le mystère et tout ce qu'il entraîne de charlatanisme et de croyances.
Malgré le nez qui coulait, je décidais donc d'essayer de ne pas mourir dans l'immédiat. Bien sûr, la mort aurait pu être la solution. A-t-on seulement jamais vu un mort éternuer ? Il ne me semble pas. Et quand je parle d'éternuements, je sais de quoi il en retourne. Ce matin, j'ai arrêté de compter après le huitième. J'avais la main pleine de morve, c'était dégueulasse, et je me suis traîné accompagné des explosions morveuses jusqu'au lavabo pour nettoyer les dégâts. J'avais perdu de ma superbe, je vous l'assure. M'auriez-vous vu à cet instant que vous eussiez sans doute considéré qu'il en était fini de l'insolent ascendant sur le reste du genre humain, que le phare de la pensée que je me targue d'être avait bien du plomb dans l'aile. Fort opportunément, je me cachais pour expulser des fosses nasales ces malheureuses sécrétions peu appétissantes. Cela me fait mal de devoir le reconnaître mais je n'étais pas très fier de moi et de mon corps défaillant.
Puisque j'avais écarté pour un temps l'idée de mourir, je continuais à vivre. Mais alors, il me fallait trouver une autre raison de penser. Je ne peux vivre sans penser. C'est un besoin vital, une condition sine qua non de mon existence. C'est que j'ai un cerveau bouillonnant qui est déjà réservé par la faculté qui tient à pouvoir le montrer aux jeunes étudiants pour les édifier. Ce cerveau est parfois pesant et, en ces rares moments d'effondrement que je peux connaître, je me prends à rêver d'en avoir un plus commun. Hélas, on ne commande pas à l'heure de la distribution de l'intelligence et ce n'est pas ma faute d'avoir eu droit à du rab lors de l'opération de dotation en neurones de qualité supérieure. Il est probable que d'autres aient pu s'en sentir spoliés mais qu'ils ne m'en veuillent pas, je ne suis en rien responsable de cet état de fait. Je suis désolé.
Penser à autre chose, c'était envisageable. Justement, un filet de pommes de terre était là. On ne réfléchit jamais assez au sujet de la pomme de terre, humble tubercule sans forme réelle, sans noblesse aucune. Et pourtant ! La pomme de terre est un miracle. J'illustre mon propos avec ce filet de pommes de terre photographié avec amour et déférence.


Si l'on considère trop souvent la pomme de terre comme l'aliment des masses laborieuses et populaires, si l'on ne lui prête ni qualité particulière ni intérêt notable, considérant bien à tort qu'elle est juste bonne à nourrir, à remplir la panse et à rassasier à bon compte, il ne faut pas oublier que tant de grands hommes on su l'accueillir à leur table. Nous ne citerons ici que le Général de Gaulle, Albert Einstein, Marie Curie, Pablo Picasso et Sylvie Vartan. Tous ont mangé de la pomme de terre, qui en purée, qui en frites, qui à l'eau.
La pomme de terre est frappée d'ostracisation. Les auto-proclamées élites que sont les thuriféraires de la culture biologique ne daignent pas s'abaisser à parler de la cause de la pomme de terre. Parle-t-on seulement, dans les salons, de la pomme de terre issue de la culture naturelle ? Non ! La carotte, la tomate, l'échalote ou la courgette ont droit de cité aux étals du maraîchage pour bobo écolo, pas la pomme de terre sinon à la marge, en tordant le nez et sans s'en vanter en société.
Connaissez-vous seulement une personne de ces CSP+ qui chante les louanges de la pomme de terre ? Je n'en connais pas. Ces personnes sont intarissables pour vous assommer de leurs propos débilitants à propos des "petites verrines affolantes" de Solange ou du "petit maraîcher bio" qui leur procure des fruizélégumes bios de toute beauté à la saveur incomparable ou du "petit vin" tiré d'une "petite vigne" sans intrants chimiques. Mais pour parler, en bien ou en mal, de la pomme de terre, il n'y a plus personne. C'est lamentable, c'est regrettable, c'est sot.
Est-ce que vous croyez que Macron et ses sbires s'intéressent à la pomme de terre ? Rien ne peut seulement le laisser penser et cela en dit long du mépris que ces nuisibles peuvent cultiver à l'encontre du bas peuple. La pomme de terre, ça ne fait pas assez "premier de cordée", ça ne fait que Gilet jaune, pue-la-sueur, chômeur. La start-up nation voulue par ce président de pacotille n'a que faire de la pomme de terre qu'elle ne croit pas assez moderne. Snober la pomme de terre, c'est snober le peuple de France.
Qui saura construire un programme politique autour de la question de la pomme de terre aura le soutien du peuple et c'est à cette condition que le peuple pourra prendre le pouvoir et prendre en mains son avenir.

lundi 23 juillet 2018

Moto de guerre

mardi 12 juin 2018

GIF sur Yvette

jeudi 7 juin 2018

Retour des corbillards hippomobiles

La lutte contre le réchauffement climatique, la protection de la planète aussi, sont dans l'air du temps. Les injonctions à faire attention à nos actes et à changer nos habitudes néfastes pour d'autres plus respectueuses de l'environnement et des écosystèmes sont nombreuses. Le Blog qui nuit (très) grave ! s'inscrit dans cette démarche citoyenne et réfléchit à des solutions à apporter à ces graves problèmes de la vie quotidienne.
Autrefois, c'était un cortège de marcheurs qui accompagnait le défunt en sa dernière demeure. Aujourd'hui, ce ne sont qu'automobiles malodorantes et bruyantes qui encombrent la voie publique pour, le plus rapidement possible, conduire le trépassé en son trou. On dirait que l'on souhaite que ce corps privé de vie, de souffle vital, disparaisse le plus vite possible de la surface de la Terre pour ses profondeurs. Encore y aurait-il un bus pour conduire les veuf et veuve, les parents et amis. Mais non, chacun et chacune monte dans son automobile et suit le corbillard. Est-ce bien raisonnable ? Bien sûr que non.
C'est pourquoi il nous faut revenir au corbillard hippomobile de toute urgence. A la voiture hippomobile et au cortège de personnes à pied, la mine grave, la figure affligée, le pas traînant, la larme à l'œil. Réhabilitons le glas et les tentures noires, faisons en sorte que mourir redevienne un honneur que l'on mérite. Cessons de crever dans la précipitation et redécouvrons les valeurs vraies, nom d'une pipe qu'on casse !

2cv Corbillard

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