dimanche 11 août 2019

Regarder les morts bouger


J’aime regarder les morts bouger. J’aime cela depuis longtemps. Pas depuis toujours, il ne faut pas exagérer, mais depuis longtemps. Les premières fois où j’ai vu les morts bouger, je n’avais pas conscience de ce que je voyais, du côté fabuleux de l’expérience. Mais maintenant, je sais parfaitement ce qui bouge devant mes yeux. Je m’installe confortablement dans un fauteuil, un verre de cognac à mes côtés le cas échéant, et j’attends. Ils finissent toujours par arriver, ce n’est qu’une affaire de patience, il faut parfois savoir attendre un peu mais, immanquablement, ils viennent. Lorsque l’envie se fait trop pressante, je provoque l’apparition des morts.

Je vois ces morts bouger, des hommes, des femmes, des enfants, des animaux aussi. Ils me parlent, ils gesticulent, ils dansent, ils courent, marchent, bondissent, ils rient et pleurent, ils mangent et boivent, ils me racontent des vies, des fragments de vies, des histoires d’amour ou des drames intenses. Certaines fois, je ne parviens pas totalement à les croire. Je les soupçonne de mentir, ils ne sont pas toujours crédibles. Même leurs mouvements sont parfois trop étranges. Les corps peuvent mentir aussi, vous savez. D’ailleurs, les vivants mentent aussi.

Je ne suis pas un cas particulier. Nous sommes nombreux à regarder les morts bouger. Personnellement, j’en connais beaucoup qui passent du temps à cet exercice. Parmi celles et ceux qui ont la capacité de voir les morts se mettre en mouvement, il y en a même qui n’en ont pas conscience. Ils voient bien des personnes décédées en action mais ça ne leur saute pas aux yeux. Il est possible que ça leur soit tellement naturel qu’ils n’ont même jamais réfléchi à tout cela. Lorsque l’on leur explique la réalité de ce qu’ils voient, on peut lire de l’incrédulité ou de l’horreur mais, passé le temps du choc de la révélation, ils admettent que cela est vrai et que c’est agréable.

Regarder les morts bouger, ça peut être du plaisir, un plaisir qui s’accompagne d’une petite pointe de tristesse dans certains cas, d’une douce mélancolie, d’une nostalgie tendre. Si les morts qui nous apparaissent sont des personnes que l’on a connues vivantes, que l’on a aimé de leur vivant, on peut ressentir le dard de sa propre finitude. Je me souviens de la première fois où j’ai ressenti cela. C’était un mort qui réapparaissait pour la première fois devant mes yeux et j’avais ressenti, avec beaucoup d’intensité une sensation d’injustice, de l’incompréhension. Je prenais conscience que jamais je ne le verrais ou l’entendrais vivant. Le plaisir de le voir et l’entendre même mort ne parvenait pas à effacer la tristesse ressentie.

Tout à l’heure, je disais que nous étions plusieurs à voir les morts bouger. En vérité, nous sommes très nombreux à pouvoir le faire. Il n’en a pas toujours été ainsi. Autrefois, personne ne pouvait réaliser ceci et l’idée même que l’on pouvait le faire pouvait paraître totalement fou ou relever de la sorcellerie. Prétendre que l’on pourrait un jour assister à un tel spectacle vous aurait sans aucun doute mené au bûcher. J’ai lu que des personnes capables d’entrer dans des états de conscience différents avaient pu voir des morts les visiter en des temps très reculés. Il paraît que ces personnes, sorciers, chamanes, spirites ou nécromanciens, avaient le pouvoir de le faire. Je ne sais pas trop qu’en penser. Moi, je ne me prévaux pas d’un pouvoir mystérieux ou d’un état de conscience particulier. Je me contente de faire usage de techniques bien rodées et à la portée de presque tous. Rien de magique dans tout ça, je vous l’assure. Du coup, je ne voudrais pas que vous pensiez que je suis en train de vouloir me faire passer à vos yeux pour un mage ou un être doté d’un pouvoir miraculeux.

Et d’ailleurs, si magie il y avait derrière tout ça, ce serait de la magie avec des limitations conséquentes. Par exemple, je sais que jamais ni Louis XIV ni Victor Hugo ne viendront gesticuler devant moi. Il y a de grosses limites à cette technique. Et même, je ne verrai jamais mon arrière grand-père s’agiter. Au contraire, certaines personnes sont faciles à faire apparaître. C’est comme ça, on ne commande pas.

Mais je sens poindre un sentiment mêlé d’incrédulité et d’inquiétude. Ce pourrait-il que je sois si gravement atteint que la médecine elle-même ne pourrait rien pour moi ? Aurais-je des visions peu recommandables ? Serais-je victime de quelque trouble qui sauraient retenir toute l’attention d’un rassemblement de psychiatres chevronnés ? Je vous assure que non. Tout va bien. Autant que je peux en juger, toutefois. On n’est jamais à l’abri d’une défaillance délétère. Si je vous dis que je vois remuer des morts, vous pouvez me croire et lorsque je vous dis que c’est à votre portée, que, même, cela vous est déjà arrivé, vous pouvez me croire. Je dis la vérité. Ou alors, c’est que vous n’avez jamais vu de film un tant soit peu ancien. Je n’ose le croire.

samedi 10 août 2019

La consommation d'alcool peut provoquer l'ivresse

dimanche 7 juillet 2019

La part des anges

C'est un copain qui m'a donné l'information. Dans la nuit du 2 au 3 juillet, dans le Kentucky, un entrepôt de Jim Beam a été victime d'un incendie causé par la foudre. Ce sont 45000 tonneaux de bourbon qui sont partis en fumée, 9 millions de litres du spiritueux envolés directement vers les nuages. Les anges ont dû bien en profiter.

jeudi 28 juin 2018

Droits de douane

Dans le premier épisode, Donald Trump imposait des droits de douane sur l'acier et l'aluminium. Dans le deuxième épisode, l'Union Européenne réplique en augmentant des taxes douanières sur quelques produits comme le beurre de cacahuète, les jeans, les motocyclettes et les alcools. Je me suis demandé ce que j'achète comme marchandises étatsuniennes. Des Harley-Davidson, je m'en passe assez bien. Sur le beurre de cacahuète, je fais l'impasse sans aucun souci. Les jeans, je n'en achète pas bien souvent (il n'est qu'à voir l'état de ceux que je porte) et je ne suis plus d'accord pour acheter les Levi's au prix que l'on nous impose en France. Le bourbon, je n'en achète pas. Le Jack Daniel's, oui, parfois j'en achète.
Si l'on s'en arrête là, on peut se dire qu'il n'y a pas péril en la demeure. On peut librement acheter des motos, des alcools, des fringues et des produits de bouche autres qu'américains des USA. Au sujet des jeans Levi's, j'ai appris il y a maintenant plusieurs années que la marque n'en produisait plus sur le territoire des USA. Elle a découvert qu'elle pouvait les faire fabriquer dans des pays à "bas coût". Un pays à "bas coût". C'est sans doute un euphémisme. En vérité, on devrait les appeler des pays à "haute plus-value". L'idée est de réussir à vendre des produits fabriqués à moindre prix à des tarifs exorbitants. Le bon consommateur met ses œillères pour ne pas voir que ce qu'il achète est potentiellement manufacturé par des quasi esclaves des temps modernes. Il se dit que c'est déjà bien assez cher comme ça et que si ça l'était encore plus ce serait vraiment trop. S'il est plein de compassion pour son semblable qui, faute à pas de chance, est né en Chine ou au Bangladesh ou au Mexique plutôt qu'aux USA ou en France, il est encore bien plus sensible à la question de la bonne santé de son porte-monnaie.
Le Jack Daniel's va augmenter. C'est dramatique mais il faut bien reconnaître aussi que depuis que c'est devenu un poison à la mode, son prix est déjà devenu un peu prohibitif. Le Jack Daniel's, ce n'est tout de même pas un alcool exceptionnel. Et puis, on peut le remplacer aisément par tout un tas d'autres boissons aussi intéressantes. De plus, il me semble que l'on peut aller jusqu'à affirmer que ces alcools forts ne sont même pas nécessaires. La France est un assez grand producteur d'alcool pour que l'on puisse s'enivrer sans avoir recours à ces alcools de grain. Le vin, tout de même, c'est un poil plus noble et intéressant que les whiskies et autres vodka, tequila, gin… Avant les années 50 et l'américanisation des esprits, on buvait de la fine à l'eau et du vin rouge. On savait boire français nom de dieu !

Mais si c'est la guerre économique qui est déclarée entre les USA et l'Europe, alors il y a peut-être du souci à se faire. Mine de rien, les États-Unis d'Amérique sont bien plus puissants que notre Europe. Les Américains sont en mesure de couper Internet, par exemple. Ils peuvent aussi couper le GPS et, ne l'oublions pas, ils ont la monnaie de référence. En gros, ils font la pluie et le beau temps à l'échelle mondiale. Ce n'est pas juste une question d'augmentation du prix des bourbons ou des jeans, ça peut aller bien plus loin. Je suppose que, dans notre économie globalisée, les USA dépendent aussi de l'Europe, ne serait-ce que comme débouché pour leurs productions. L'Europe est un marché important. En nombre d'habitants, l'Europe est devant les USA. L'Europe ce n'est pas tout à fait rien. Mine de rien, nous produisons aussi des marchandises qui intéressent les Américains. Le vin rouge, les Porsche, le tourisme. Pour le reste, je ne sais pas. Il me semble que la dépendance est plus en faveur des USA. Ne serait-ce que dans le domaine du numérique. Les GAFA(M) sont américains, nos ordinateurs et terminaux mobiles fonctionnent presque complètement sur des systèmes d'exploitation développés aux USA.
Pour le moment, la riposte des européens face aux décisions trumpesques sont teintées d'humour. On n'impose des taxes que sur des marchandises "icôniques". On dit à Trump que nous pouvons, nous aussi, jouer au con. A ce jeu, ce n'est pas sûr que nous soyons en mesure de gagner.
Mais il y a un truc que je ne parviens pas bien à comprendre. Je suis plutôt contre le libéralisme, pas trop pour le capitalisme non plus, et il me semble que l'on nous a vendu la libre circulation des marchandises comme la solution à tout. Cela devait permettre d'industrialiser les pays émergents et à les faire gagner un niveau de vie comparable au nôtre. La croissance devait apporter le bonheur partout sur le monde (bon sauf pour l'Afrique dont on se fout). Et là, j'ai l'impression que les pays sont en train de se refermer sur eux, de remettre des couches de protectionnisme un peu partout. Je ne vais pas m'essayer à me lancer d'une manière par trop hasardeuse dans une analyse géo-politique mais tout de même. Je sais que le libre échange ne concerne pas les personnes et que la mondialisation ne signifie pas que tous les hommes sont libres de circuler à la surface de la planète. En Europe comme aux USA (et ailleurs bien sûr), on ferme le frontières et on refuse les pauvres. Ça va forcément péter à un moment ou à un autre. Il ne va pas être possible très longtemps de contenir les mouvements de population générés par les guerres, les problèmes liés au réchauffement climatique, au désir légitime de survie. Il est possible que nous dirigions vers une grave crise mondiale et la chute de tout un système. J'ai du mal à être très optimiste à l'horizon d'une dizaine d'années.
Et le pire du pire, c'est que, si ça se trouve, avec le Brexit on ne pourra même plus acheter du whisky écossais. Et ça, si ça arrive, je ne m'en remettrai pas !

mercredi 27 juin 2018

Médecine dure

jeudi 24 mai 2018

Pour faire tomber les dents et exploser les globes oculaires

Les hostilités sont lancées, la course à l'armement non conventionnelle ouverte, la poudre va parler. C'est écrit en petit et en anglais : "Don't drink neat". Je ne parle pas anglais mais ça doit bien vouloir dire un truc du genre "ne pas boire pur". Qu'est-ce que c'est ? Du rhum jamaïquain. Ce rhum de mélasse doit être réservé à la préparation de cocktails et, de préférence, des tiki. Ne me demandez pas ce qu'est un cocktail tiki, si vous êtes là c'est que vous avez un accès à Internet et que, en conséquence, vous pouvez faire une recherche vous-même. Je ne vais pas vous mâcher le boulot et ne souhaite pas un instant que l'on puisse me suspecter de vous pousser à la consommation de boissons alcooliques.
Ce rhum jamaïquain titre 75,5°. Faites-moi confiance, c'est beaucoup. Pour vous faire une idée, l'eau du robinet titre aux alentours immédiats de 0° d'alcool. C'est fort peu. 75,5°, ça sert à quoi ? On peut se le demander. Je n'ai pas de réponse satisfaisante. Pour ne rien arranger, il se trouve que je n'ai pas goûté ce rhum et n'ai donc pas d'avis sur sa qualité.
On peut voir la question de l'utilité sous plusieurs angles. Par exemple, on peut se dire que c'est un bon rhum pour jouer à celui qui est le plus fort, qui a la plus grosse, qui a le gosier en acier zingué. Après tout, j'en connais qui choisissent leur vin en fonction de sa teneur en alcool. Un 13 ou 14°, c'est meilleur que du 11 ou 12°. On peut aussi estimer que, pour peu que ce rhum soit fort en goût, il permet d'alcooliser un cocktail en laissant une grande place aux jus de fruit et autres ingrédients, alcoolisés ou non. Enfin, on peut prétendre que ce rhum est bon pour la planète puisqu'il permet de faire voyager autour de la planète plus d'alcool dans moins de place. Après tout, pourquoi ne pas laisser l'utilisateur final se charger de rectifier le degré alcoolique avec son eau à lui ?
S'il est question de s'enivrer complètement, voire d'atteindre le comas éthylique rapidement, il est bien certain que ce rhum est une solution envisageable. Alors, on peut supposer que les qualités gustatives et organoleptiques du produit importent peu et que l'on pourrait avantageusement se procurer de l'alcool à 90° chez le pharmacien du coin. Mais on peut aussi supposer que ce rhum est excellent, riche en goût et complexe en bouche. On va lui attribuer le bénéfice du doute et penser que les arômes et saveurs sont plus importantes que la puissance.

Soixante-quinze virgule cing degrés

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