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jeudi 14 juin 2018

Mystère King

Lorsque, dans la nuit, les yeux refusent de se fermer, il faut bien faire quelque chose. Je me lève, vais faire la vaisselle, range, fait le ménage, brique tout, nettoie, classe, inspecte, chasse la poussière… Euh… Non. Ça pourrait être une idée, dans le fond. Une drôle de bonne idée, même. Dommage qu'elle ne me vienne jamais à l'esprit.
Dans la nuit éveillée, je ne fais pas le ménage du tout, je bouquine. Cette nuit, j'ai refermé un gros bouquin de Stephen King, "Sac d'os", un peu plus de six cents pages. C'est un livre qui date de vingt ans.
Longtemps, j'ai eu un avis très partagé sur l'œuvre de Stephen King. J'avais lu et apprécié certains de ses romans — "Marche ou crève", "Cujo", "Dead zone" ou "Misery" — tout en refusant les histoires trop fantastiques que je pressentais trop faciles.
Selon moi, il est simple de bâtir une histoire dès lors que l'on se donne le droit de refuser toute vraisemblance. Ce qui est moins simple, c'est de le faire accepter au lecteur. Il s'agit de décrocher l'adhésion du lecteur, de l'amener à approuver la convention que l'auteur lui propose. C'est le ressort de toute histoire, vraie ou imaginaire, depuis le conte jusqu'au roman, depuis le théâtre jusqu'au cinéma. L'idée est de proposer un marché à celui qui va recevoir l'histoire : ce que je vais te raconter, tu dois accepter de l'avaler tel que j'ai envie de te le dire".
Peut-être bien que le procédé est "vieux comme le monde". Depuis l'Antiquité, du moins, c'est avéré. Durant le deuxième millénaire avant l'ère chrétienne, "l'Épopée de Gilgamesh" réjouissait déjà la Mésopotamie. Il est probable qu'avant d'avoir été écrites, les légendes et récits étaient de tradition orale. On peut imaginer que l'être humain a depuis longtemps aimé entrer dans le monde de l'histoire fantastique, qu'il aime l'incroyable et le légendaire. Toutes ces histoires ont pu servir le pouvoir, politique ou religieux, mais elles ont aussi certainement cherché à distraire, à amuser, à faire frissonner ou à instruire. On ne saura jamais ce que racontent les peintures et gravures des grottes préhistoriques, on ne percera jamais l'imaginaire de ces ancêtres. On ne saura jamais non plus à quel moment l'Homme a commencé à se raconter des histoires. On ne saura encore plus sûrement jamais si seul l'Homme est capable de se raconter ces histoires dans le monde animal, d'ailleurs.
On dit couramment que le roman moderne naît au XIXesiècle. Les plus grands romanciers français feuilletonnaient dans les journaux. Il s'agissait de tenir le lecteur en haleine, de lui donner l'envie d'attendre avec impatience le journal du lendemain et la suite de l'histoire. Dès lors, on peut parler de "mécanique de l'écriture". On a conçu des procédés, on a posé les bases de ce que l'on appelle aujourd'hui "cliffhanger" pour faire croire que l'on parle la langue anglaise. Le suspense a été bien utilisé en BD ou dans le cinéma. Le héros est blessé, il a perdu deux jambes, un œil, trois dents et ses cheveux, la jungle est la proie des flammes, un tigre aux dents de sabre montre les crocs et la falaise qui surplombe un précipice de plusieurs centaines de mètres menace de s'effondrer. Comment le héros va-t-il s'en sortir ? La suite au prochain épisode !
Le lecteur ou le spectateur doivent accepter l'histoire. Ils vont devoir faire semblant de croire, ne serait-ce qu'un instant, les mensonges que l'on leur raconte. C'est ça, la convention. Au théâtre, personne n'est dupe. On sait bien que ce qui se passe sur la scène n'est pas le vrai et qu'à la fin, même les morts seront là pour saluer le public. Dans un roman, une BD, un film, on doit même parfois faire l'effort de se rappeler que ce n'est pas la réalité. Le but de tout ça, c'est de faire naître l'émotion, le rire ou les pleurs, la joie ou la tristesse, l'amour ou la haine.
J'ai pu voir des enfants suspendus, la bouche ouverte et les yeux grands ouverts, aux mots d'une conteuse. L'enfant sait que l'histoire n'est pas vraie ou que, tout du moins, elle ne les atteindra pas vraiment. Le loup n'est pas dans la pièce, la sorcière ne les attend pas. Et pourtant, la peur est là, bien réelle, elle. Pour un instant peut-être mais pendant cet instant très forte.
Susciter le sentiment, c'est proposer à l'auditeur, au lecteur, au spectateur, de prendre la place de la personne du conte, de l'histoire. C'est faire appel à l'empathie, à cette capacité de ressentir ce que ressent l'autre. Se mettre à la place de l'autre, c'est lui prendre quelque chose, se construire à travers lui. On parle de neurones miroir. Ça fait un peu débat d'après ce que j'ai pu lire à ce propos. Je suis bien incapable de dire et comprendre ce qu'il en est réellement mais l'idée me plaît.

Et donc, j'ai terminé la lecture de ce bouquin de Stephen King. Comme je le disais un peu plus haut, je ne suis pas un fan inconditionnel de cet auteur. Il me semble simple de susciter la peur et, plus simple encore, de conduire le lecteur à baisser les bras et à gober tout et n'importe quoi. Stephen King est considéré comme un maître de l'épouvante. C'est sans doute — et sans conteste — un brillant technicien. Il sait faire, il a compris comment faire. J'ai cherché à comprendre cette technique.
"Sac d'os" est un roman de six cents pages. C'est un peu long. Les premières centaines de pages m'ont un peu ennuyé. Il ne s'y passe finalement pas grand chose d'autre que de l'anecdotique. Le personnage principal est un auteur à succès (il y a une pointe d'autobiographie) heureux en ménage. Soudainement sa femme meurt. Il perd le goût à l'écriture, pense que c'est l'effet de la dépression, décide de partir dans sa maison du bord du lac. Cette maison est hantée. Il rencontre une jeune femme, veuve mère d'une charmante petite fille. Il tombe amoureux mais alors il se rend compte qu'un lourd secret pèse sur la petite communauté de ce petit patelin isolé du Maine. Un siècle plus tôt, un horrible crime raciste a eu lieu ici. Une femme noire a été violée et assassinée par un groupe d'hommes du cru qui ont aussi tué le jeune fils de la pauvre victime. Son fantôme va leur faire payer en exigeant que les descendants des criminels meurent aussi. Le héros comprend tout ça et parvient, au péril de sa vie, à sauver la charmante petite fille de la belle femme blonde dont il est tombé amoureux mais qui, malheureusement, sera assassinée.
L'histoire ne casse pas trois pattes à un canard. Bon d'accord, je ne raconte pas vraiment tout non plus, c'est un peu plus complexe que ça. Selon moi, la simplicité est de faire appel au surnaturel. A partir de là, on peut bien dire et faire tout ce que l'on veut. On est en dehors du rationnel, on ne peut pas contrer l'auteur en lui disant : "Eh ! Ho ! Tu racontes quoi, là ? Tu te moques de nous ?".
Mais pour que ça marche, il faut amener le lecteur à plonger dans le récit peu à peu. Il faut qu'il s'y enfonce, qu'il lâche prise, qu'il s'y noie. C'est là une des techniques bien rodées de Stephen King. Il conduit son lecteur dans son histoire et l'empêche d'en sortir avant la fin. C'est tout un art. Il faut y aller progressivement et susciter l'envie d'aller au bout. Au début, on baille presque à lire les affres de cet auteur qui ne parvient plus à écrire après le décès de sa femme. On accepte qu'il se rende dans sa maison du bord du lac dans l'idée que ça lui changera les idées. Puisqu'à ce stade il ne se passe toujours pas grand chose, on est heureux de voir surgir des fantômes. A partir de là (si on est resté jusque là), on a envie de voir où tout cela va nous mener.
Les ficelles peuvent être grosses, l'auteur sait bien comment mener son lecteur par le bout du nez. Vers la fin du roman, Stephen King utilise son personnage d'écrivain à succès (lui donc) pour se questionner sur le droit que l'auteur a à décrire l'horreur, l'horreur des crimes racistes, du viol, pour faire frissonner le lecteur. Parce que le lecteur est complice. Il prend un plaisir malsain à lire tout ça. Même s'il condamne les crimes et les viols, il est dans la position du voyeur immobile. Le lecteur est aussi coupable que l'auteur. C'est assez malin de clore le roman de la sorte, je trouve.
La technique de Stephen King, c'est de fatiguer son lecteur, de l'hypnotiser mollement. Le lecteur ne s'appartient plus tout à fait, il est sous la coupe du romancier, envoûté, sous le charme d'un esprit malin. Je ne pense pas que Stephen King soit un grand écrivain de par son style. Je ne le lis pas en anglais, je n'ai accès qu'à la traduction française, mais quoi qu'il en soit je ne pense pas que ce soit la qualité littéraire du texte qui fait son succès populaire. Il n'y a pas beaucoup de transmission d'idées fortes qui feront réfléchir le lecteur, les idées philosophiques sont peu nombreuses. C'est du divertissement efficace parfois un peu trop délayé.
Ce que je reproche un peu à ce genre littéraire, c'est que tout est trop facilement permis. Dans un roman policier, il faut que l'intrigue tienne un peu la route, il faut faire gaffe à ne pas laisser trop d'incohérences. Dans le fantastique, on peut s'affranchir de presque tout. Je suis persuadé que c'est le genre idéal pour de l'écriture automatique. Quoi qu'il se passe, on pourra toujours retomber sur ses pieds d'une manière ou d'une autre. Vous pouvez réveiller les morts et faire repousser les cheveux, faire entrer en scène des êtres chimériques et faire parler des objets. Aucune limite. Tout ça pour susciter les émotions contradictoires, le plaisir et la peur.

Je persiste à ne pas être un inconditionnel des romans de Stephen King mais je reconnais son talent et son imagination efficaces. Faut-il lire "Sac d'os" ? Je ne sais pas. Je suppose que l'on faire l'impasse sur ce roman mais il faut reconnaître que sa lecture n'est pas désagréable et que ça fait passer les nuits blanches un peu plus rapidement.

dimanche 27 mai 2018

La serpe

Au soir du vendredi 24 octobre 1941, à Escoire, à quelques kilomètres de Périgueux, quatre personnes vivantes sont dans le château fermé de l'intérieur. Au matin du samedi 25 octobre 1941, trois de ces personnes sont mortes, assassinées à coups de serpe. L'hypothèse du suicide collectif est écartée, on penche vers celle du triple crime, une enquête est diligentée.
En 1941, Escoire est encore en zone libre. L'année précédente, la France a perdu la guerre contre l'Allemagne, le Maréchal Pétain a fait don de sa personne à la France et est parti avec son gouvernement à Vichy. Des trois morts d'Escoire, l'un est haut fonctionnaire à Vichy. Les autres sont la sœur du fonctionnaire et la domestique du château. Ce château est entré dans la famille à la fin du XIXe siècle. Cette famille, c'est celle de l'unique survivant du massacre, Henri Girard, fils de Georges Girard et neveu d'Amélie Girard, deux des assassinés de la nuit. Marie Soudeix, la bonne, n'a semble-t-il aucun lien de parenté avec les autres victimes.
De Georges Girard, j'avais entendu dire qu'il était haut fonctionnaire à Vichy et, de ce fait, pétainiste. De cela, certains m'avaient affirmé qu'il ne fallait pas aller chercher plus loin la raison de ce crime. Soit que Henri, le fils, s'opposait à son père collabo, soit que la Résistance voulait supprimer un collaborateur.
L'enquête est menée rondement, Henri Girard est inculpé. Dans les esprits, le fils est le coupable. D'ailleurs, ne dit-on pas qu'il est violent, instable, dépensier, en but avec l'autorité, pour tout dire un peu "dérangé" ? Henri est emprisonné dans la prison de Périgueux pour dix-neuf mois dans l'attente du procès. Son principal avocat est le célèbre Maurice Garçon — ami de Georges Girard — et ce dernier parvient, on ne sait comment, à sauver la tête d'Henri Girard en 1943 alors que toute la France est sous occupation allemande.
La suite, on la connaît. Henri Girard part pour l'Amérique du Sud, en revient, écrit, sous le pseudonyme de Georges Arnaud, le "Salaire de la peur". Ce livre est un beau succès populaire, il est adapté au cinéma par Henri-Georges Clouzot. Le sulfureux Henri Girard disparaît derrière sa nouvelle identité. Dans les esprits de ceux qui n'ont pas oublié l'affaire d'Escoire, ça ne fait pas beaucoup de doute, Henri Girard est le coupable. Henri meurt en 1987 sans rien avouer. Mais il n'est pas impossible qu'il fût innocent.

Moi, le crime d'Escoire, j'en avais entendu parler à quelques occasions. En 2002, Guy Penaud, ancien commissaire de police, écrit un livre sur le sujet. Pour lui, la culpabilité d'Henri Girard est presque certaine. J'avais lu et entendu quelques bricoles à propos de cette sale affaire. Je n'avais pas creusé le sujet et, il me semble, je me foutais un peu de savoir si Henri Girard était coupable ou pas. J'étais passé devant le château d'Escoire sans le trouver très intéressant d'un point de vue architectural et pas beaucoup plus intéressant en sa qualité de lieu de crime.
A l'occasion d'un salon de l'Humour organisé à Escoire[1] auquel j'étais invité, j'ai commencé à m'intéresser un peu à l'affaire. Pour en rire, pour la traiter sous l'angle de l'humour, de l'ironie, de la dérision. Cela ne m'intéressait toujours pas des masses, il faut être honnête.
Et puis, voilà que Philippe Jaenada sort un livre sur le sujet. Un gros livre de plus de six-cents pages apparemment très documenté. Au départ, j'hésite. Les éloges tombent, le livre décroche le prix Fémina, j'entends l'auteur à la radio parler de son livre, je le trouve sympathique et je finis pas acheter le livre. Je commence la lecture.
Philippe Jaenada explique qu'il part pour l'hostile province au volant d'une automobile de location. Premier bon point, ça croustille de notes humoristiques légèrement provocatrices. C'est une mise en condition, histoire que le lecteur comprenne qu'il va y avoir de la digression, de l'avis personnel, du subjectif assumé. Le contexte est posé dès les premières pages. Philippe Jaenada a, par hasard, rencontré le petit fils d'Henri Girard. Les deux hommes parlent de l'œuvre de Georges Arnaud et, inévitablement, du crime d'Escoire. L'idée de l'enquête naît de cette rencontre.
Voyage vers la Dordogne, donc. Hôtel à deux pas de la place Francheville, whiskies[2] dans un bar proche, repas dans divers restaurants de la ville. Philippe Jaenada brosse un tableau honnête de Périgueux. L'enquête se passe principalement aux archives départementales où, depuis peu, on peut avoir accès au dossier de l'affaire d'Escoire. Les dépositions, les courriers, les rapports d'enquête sont à disposition de l'écrivain-enquêteur.
Dans la première partie du bouquin, Philippe Jaenada se prête au jeu consistant à écrire à charge en s'appuyant sur le travail des gendarmes, policiers, juge d'instruction et procureur de l'époque. Dans cette première partie, il est difficile de douter de la culpabilité de Henri Girard.
Qui est ce Henri Girard au juste ? Il est dépeint comme un jeune bourgeois dépensier et désœuvré qui ne pense qu'à faire la fête, boire, dilapider l'argent de son père, ennuyer les honnêtes gens. Un sale gars. Selon certains témoignages, il s'entend mal avec son père et est odieux avec sa tante. A Escoire où la famille se rend de temps en temps, il n'est guère apprécié. On l'accuse d'être violent et colérique, irrévérencieux et méprisant.
Pour beaucoup, il a tué père, tante et bonne pour une question d'argent. Il n'y a pas à aller chercher plus loin, c'est lui le coupable, il faut lui couper le cou[3].

La serpe - Philippe Jaenada
Dans une deuxième partie, Philippe Jaenada bat tout ça en brèche. D'abord, les divergences entre père et fils ne résistent pas à la lecture des courriers. Ils ne s'entendent pas ? Tout au contraire, ils ont l'un pour l'autre une estime et un amour qui ne fait aucun doute. La tante ? On accuse Henri de lui soutirer de l'argent constamment alors que l'on peut lire que, tout au contraire, c'est la tante Amélie qui insiste pour aider financièrement son neveu. On dit que Henri maltraitait Marie Soudeix, la bonne. Faux !
On accuse Henri d'avoir monté une histoire d'enlèvement par la Gestapo pour obtenir de sa tante le versement d'une rançon de 100000 francs. L'affaire n'est pas des plus claires mais il est difficile de dire avec certitude que cette histoire a été inventée par Henri. D'ailleurs, rien ne vient faire penser qu'il aurait eu plus d'argent à dépenser après cet enlèvement "fictif".
On dit que Henri aurait emprunté la serpe — l'arme des crimes — deux jours auparavant aux gardiens du château. Selon la femme du gardien, cette serpe était sale et ne coupait pas. Celle que l'on retrouve après le massacre est (presque) propre et est affûtée. On accuse alors Henri de l'avoir limée et meulée pour lui faire retrouver un tranchant de bon aloi. On accuse Henri d'avoir choisi, comme par hasard, une chambre située à l'étage de l'aile gauche du château lorsque son père, sa tante et la bonne résidaient dans l'aile droite. On trouve ça pour le moins bizarre. En fait, ça n'a rien de si bizarre que ça. La chambre qu'Henri occupait habituellement, à l'étage de l'aile droite, a été vidée de tout meuble. Il faut dire que le château a été réquisitionné après la débâcle de 1940 pour, dans un premier temps, héberger les réfugiés alsaciens puis les malades d'un sanatorium.
Ce que les enquêteurs ne voient pas ou, plutôt, ne veulent pas trop voir, c'est que la tante a probablement été violée, qu'il était assez simple pour une personne extérieure de pénétrer dans le château, qu'une somme d'argent a disparu. On instruit à charge contre Henri, on fait tout pour prouver sa culpabilité. Pourtant, Philippe Jaenada trouve des motifs de douter de cette culpabilité. Et pas qu'un peu !
Parmi les étrangetés de cette affaire, il y a le procès et son issue. Comment Maître Garçon s'est-il débrouillé pour sauver la tête de son client ? Comment se fait-il que les jurés ont pu innocentéer Henri au bout d'une dizaine de minutes de délibération ? Philippe Jaenada a sa petite idée sur la question. Le juge aurait cru que Maurice Garçon allait pouvoir l'aider à se faire muter à Paris. Il y aurait donc eu un arrangement entre l'avocat et le juge. Quoi qu'il en soit, en 1943 Henri Girard est libre.

Philippe Jaenada poursuit sa contre-enquête et se risque à poser des hypothèses. Pour lui, à présent, dans la dernière partie de ce livre, l'innocence d'Henri ne fait plus de doute. Mais alors qui ? Nous sommes en Dordogne, c'est la guerre, les châtelains sont propriétaires de nombreuses terres sur lesquelles travaillent des métayers. Ces métayers ont l'obligation de fournir des denrées aux maîtres. C'est la guerre, ce n'est facile pour personne. Les métayers renâclent à remplir leurs obligations. Ils ne livrent pas tous les œufs, tous les poulets. Il ne payent que lorsque l'on les y invite avec insistance. Les châtelains, ce sont encore les seigneurs. On ne semble pas en tenir compte dans l'enquête des années 1941 à 1943 mais il semble bien exister une forme de haine larvée contre les châtelains. Peut-être pas de nature à commettre les crimes, certes, mais suffisante pour qu'un esprit faible s'en empare et passe à l'action.
Et justement, le 22 octobre 1941, le fils des gardiens du château revient des Chantiers de jeunesse[4]. Nous sommes deux jours avant le crime. Une bonne partie de l'accusation est basée sur le témoignage de ce fils. Le soir des crimes, il est allé chez des voisins. Il n'est pas impossible qu'ils aient bu quelques coups et discuté du paiement des fermages de la veille. Les esprits se seront peut-être échauffés. Peut-être le jeune est-il passé par le château pour rentrer chez ses parents ? Peut-être a-t-il vu la serpe laissée dehors par Henri[5] ? Peut-être savait-il comment pénétrer dans ce château laissé inhabité la majeure partie de l'année ? Peut-être voulait-il faire payer la morgue[6] des châtelains ? Peut-être sera-t-il entré dans le château et massacré les personnes présentes là ? Sauf Henri ? Sauf Henri, oui.
Les mystères ne sont pas tous effacés. Ce ne sont que des suppositions. En refermant le livre, on ne sait pas avec certitude si Henri est innocent mais on peine à le penser coupable. La piste du fils des gardiens semble tenir plus ou moins la route mais, là aussi, aucune certitude. S'il apparaît que les témoignages des gardiens et de leur fils sont, pour le moins, douteux, rien ne permet d'affirmer qu'ils sont pour quelque chose dans ces crimes. Faute de mieux et parce que l'on cherche à prouver l'innocence d'Henri Girard[7] Philippe Jaenada referme son enquête sur cette proposition.
Aujourd'hui, soixante-dix sept ans après les faits, il ne reste plus grand monde pour témoigner. Peut-être un secret est-il encore conservé dans une famille et peut-être même éclatera-t-il un jour. En attendant[8], on peut se plonger dans ce livre riche, étonnant, épatant, palpitant, amusant, distrayant. C'est à mon avis un très bon bouquin que l'on a du mal à lâcher et dans lequel on se promet de revenir dans un avenir plus ou moins proche. Je le conseille donc !

Notes

[1] par l'association HEC et son président Patrick François

[2] l'auteur semble apprécier le Oban

[3] ce qui entraîne presque à tous coups, une mort certaine

[4] qui remplacent le service militaire, l'armée française n'existant plus

[5] serpe empruntée pour couper des sapins à l'arrière du château et de la vigne vierge à l'avant

[6] supposée ou pas

[7] grand-père de l'ami de l'auteur, écrivain célèbre…

[8] ou pas

lundi 14 mai 2018

Noir d'Islande

Je ne me souviens pas avoir déjà lu un roman islandais avant celui-ci. Celui-ci, c'est "La femme en vert" de Arnaldur Indridason. C'est un roman noir, un polar mettant en scène le commissaire Erlendur Sveinsson, personnage complexe, déprimé, père d'une fille toxicomane, blessé jusqu'au plus profond de son être par la disparition de son jeune frère dans son enfance.
"Il remarqua qu'il s'agissait d'un os humain dès qu'il l'enleva des mains de l'enfant qui le mâchouillait, assis par terre." Le roman débute par cette phrase. Elle met dans l'ambiance, un peu faussement toutefois. L'histoire implique des événements datant des années 40 et une enquête menée dans les années 2000. Par hasard, un os humain est découvert dans les fondations d'une construction nouvelle. Assisté de deux autres policiers, le commissaire va mener l'enquête et tenter de comprendre ce qui s'est passé là, qui est enterré et comment la personne est morte. Cela va conduire les enquêteurs à plonger dans le passé, à remonter des pistes, à faire remonter des souvenirs bien enfouis.
L'histoire est prenante et bien construite, il est difficile d'abandonner la lecture tant le désir d'en savoir plus est présent. L'auteur sait dépeindre la partie la plus sombre de l'Islande et de sa capitale ainsi que la psychologie des différents personnages.
Je ne vais pas vous raconter l'histoire, je préfère que vous la découvriez par vous-même parce que, oui, je vous encourage à découvrir cet auteur dont, pour le moment, je ne connais que ce roman. Il n'est pas impossible que je parte à la découverte du reste de ses bouquins et, du moins, de ceux de la série du commissaire Erlendur Sveinsson.

Arnaldur Indridason

vendredi 27 avril 2018

Une nouvelle vision sur le crime d'Escoire

Nous sommes en 1941 et c'est l'automne. A Escoire, un drame va survenir dans le château de ce village paisible du Périgord Blanc. Henri Girard qui n'est pas encore l'auteur du "Salaire de la peur", Georges Arnaud, est le seul survivant d'un crime horrible effectué à coups de serpe sur son père, sa tante et la servante. Trois morts, un château fermé de l'intérieur, tous les soupçons se dirigent vers le jeune Henri Girard.

Récemment, Philippe Jaenada revient sur l'affaire dans un beau et grand livre au contenu très intéressant, "La serpe", édité par Julliard, qui a obtenu le prix Femina en 2017. C'est mérité.

De leur côté, avec un soupçon d'opportunisme, Marc Balland, Patrick François et Michel Loiseau reviennent sur l'histoire en la traitant avec humour et en s'attardant non pas sur le crime lui-même mais plutôt sur l'arme du crime et sa vie à travers les siècles.

Les auteurs seront présents à la deuxième édition du Festival de l'Humour d'Escoire ce dimanche 29 avril.

Vous pouvez (et devez) acheter ce livre remarquable sur la boutique de Ha!Ha!Ha! Éditions (5 euros)

jeudi 26 avril 2018

Relecture et moto de boucher

A la fin de l'année 65, San-Antonio s'est vu attribuer le Prix Gaulois pour son livre "Le Standinge". Nous nous plaisons à publier ici le discours que Pierre Dac, le lauréat de l'année précédente, prononça à cette occasion.

Mes chers amis, Mon cher récipiendaire,

Mordicus d'Athènes, l'illustre philosophe ivrogne grec — 219-137 bis au fond de la cour, à droite av. J.-C. — a dit, un soir qu'il en tenait, il faut bien le reconnaître, un sérieux coup dans la chlamyde : " Dans le domaine du discours, l'improvisation prend force et valeur que dans la mesure de sa minutieuse préparation".

C'est donc en fonction de ce remarquable apophtegme que m'est donnée, aujourd'hui, la joie d'accueillir au sein de cette noble et joyeuse compagnie académique, le lauréat du Prix Gaulois 1965, notre ami Frédéric Dard, alias commissaire San-antonio.

Que dire de Frédéric Dard qui n'ait été dit et redit ? La renommée qui entoure sa légitime célébrité me dispense de tout panégyrique et de tout éloge qui ne rendraient qu'imparfaitement l'affectueuse estime en laquelle nous le tenons.

Qu'il me soit donc simplement permis, avant de transmettre le glorieux flambeau gaulois à mon éminent successeur, de saluer en lui, l'incontestable champion de la littérature contemporaine de choc, et qui, par la seule force de son talent et de ses ancestrales vertus, œuvre inlassablement, jour après jour, à longueur de plume ou de machine à écrire, pour forger, dans le silence, le jeûne, l'abstinence et la méditation, le fier levain qui, demain, ou après-demain au plus tard, fera germer le grain fécond du ciment victorieux, au sein duquel, enfin, sera ficelée, entre les deux mamelles de l'harmonie universelle, la prestigieuse clé de voûte qui ouvrira, à deux battants, la porte cochère d'un avenir meilleur sur le péristyle d'un monde nouveau.


En panne de lecture, je me mets en chasse de bouquins. Je sais pouvoir trouver dans le garage un ou deux cartons de livres déjà lus. Je fouille, j'en extirpe certains, en écarte d'autres. Je m'étonne de la présence de certains ouvrages oubliés et me demande comment j'ai pu lire certains autres. Parmi les livres retenus, deux San-Antonio.

Je n'ai pas lu de San-Antonio depuis la mort de Frédéric Dard survenue en 2000. Si je me souviens avoir lu pratiquement tous les San-Antonio, je me demande si le souvenir que j'en ai peut être confronté à celui que je suis devenu près de vingt ans après la dernière lecture d'une aventure du commissaire et de ses acolytes. On va le savoir rapidement.

Des deux San-Antonio trouvés, j'ai choisi "Salut mon pope". Il date de 1966. Je commence la lecture. Je retrouve les digressions de l'auteur, la langue inventive, les personnages. Bérurier est absent (il est fait allusion à lui dès les premières pages) mais nous retrouvons Pinaud.

La trame est constituée par la disparition de la Victoire de Samothrace. La célèbre sculpture a été prêtée à la Grèce par la France, elle a voyagé en camion escorté depuis le Louvre jusqu'à Marseille puis dans les cales d'un cargo grec de Marseille au Pirée pour une courte escale avant de rejoindre l'île de Samothrace. Stupeur, à l'ouverture de la caisse, la statue a disparu, remplacée par un bloc de fonte.

Dès les premières pages du roman, on découvre un Pinaud qui s'est pris de passion pour Sherlock Holmes et ses méthodes. Il parvient à étonner San-Antonio en déduisant avant qu'il ne lui en parle la disparition de la Victoire de Samothrace et le départ pour la Grèce.

J'en suis là au bout des cinquante premières pages. Ça se lit vite. Ces premières pages ne parviennent pas à me convaincre. Je n'y ai pas retrouvé ce que je me souviens de l'écriture de Frédéric Dard. Pour tout dire, cela ne parvient pas à me faire rire. C'est même un peu lourd, par moment. Les allusions à l'homosexualité des Grecs, bon, pourquoi pas mais fallait-il insister autant ?

Tous les San-Antonio ne se valent pas. Il y en a d'excellents et des mineurs. Le hasard a peut-être fait que j'en ai choisi un parmi les moins bons ? Il reste environ deux-cents pages pour me faire un avis définitif sur ce roman.

Il paraît que Frédéric Dard se serait fait aider par son fils, Patrice Dard, pour les derniers romans de la série. Après la mort de Frédéric Dard, je n'ai pas jugé utile de lire les nouveaux. Il faudrait que je le fasse à l'occasion. Hier, une idée stupide m'a traversé l'esprit, celle de relire l'intégralité des San-Antonio. Il se trouve que j'ai un frère qui a la collection complète. Dans mon souvenir, les premiers et les derniers m'ennuyaient un peu. Selon moi, les meilleurs sont ceux qui sont aussi les plus humoristiques, ceux qui laissent une grande place aux énormités de Bérurier. Durant un temps, je lisais un San-Antonio entre deux livres plus "sérieux". Je les consommais juste pour le plaisir de me fendre la poire et ce plaisir était bien réel. J'aimais retrouver ces personnages et rire comme, je le suppose, l'auteur riait en écrivant.


Mais la question que je me pose est de savoir si, en vieillissant, les années passant, l'humour évoluant aussi, on ne change pas dans ses goûts. Par exemple, le discours de Pierre Dac cité en tête de billet fait-il autant rire aujourd'hui qu'il pouvait faire rire en 1965 ? Si jamais il faisait rire, bien entendu. L'humour est aussi affaire de convention, de référence, d'époque. Si je ris encore en revoyant "La Grande vadrouille", c'est peut-être parce que je l'ai vu dans ma jeunesse, que je me souviens avoir ri à l'époque, que j'ai l'âge de comprendre les références. Possible que ça ne fasse plus rire les jeunes d'aujourd'hui. Peut-être aussi ce qui fait rire les jeunes de nos temps modernes ne parvient pas à me faire pleurer de rire.

Récemment, France Inter fêtait Pierre Desproges à l'occasion du trentième anniversaire de la fin de son cancer. Il y avait une émission spéciale le soir. J'ai écouté pendant deux heures et j'ai abandonné pour aller bouquiner. Difficile de marcher dans les pas de Pierre Desproges sans se prendre les pieds dans le tapis. J'ai apprécié Pierre Desproges mais je me demande ce qu'il en reste réellement. Quelques sketches particulièrement bons, sans doute, quelques écrits savoureux, sûrement, mais certainement pas tout.

Bref, je me pose des questions bien stupides ce matin. C'est dû à cette petite déception rencontrée alors que je ne m'y attendais pas. Je pensais retomber comme si de rien n'était dans San-Antonio, parvenir à rire dès les premières pages et ça n'a pas fonctionné. Alors, ça suscite un sentiment d'angoisse bien légitime, je prends conscience du temps qui passe, de la fin qui se rapproche, de l'inconstance des choses et ça ne me fait pas rire. C'est ballot, non ?


Une vraie boucherie

mardi 6 mars 2018

Deux livres, deux guerres

Il se trouve que, sans le chercher, j’ai lu deux livres très différents qui, à leur façon, traitent de guerre. La Grande, pour l’un, la seconde pour l’autre.

Le premier livre, je l’avais commencé et abandonné. J’ai retrouvé un marque-page glissé dans le premier quart du bouquin. Cette fois-ci, je l’ai repris et lu jusqu’au bout. Je comprends pourquoi je l’avais reposé. Je n’aime pas le style mais je dois reconnaître que ce que j’ai lu est une traduction. Qu’en est-il pour le texte original ? Je ne peux pas le savoir. Je ne lis pas la langue allemande.
Ce dont j’ai compris, c’est que je ne devais absolument avoir rien compris du fond de l’histoire lors de ma première tentative de lecture. Du coup, je le sais aujourd’hui, j’avais loupé une histoire intéressante, pas subjugante, pas impérissable, mais honnête et intéressante.
L’histoire se déroule après la seconde guerre mondiale quelque part en Allemagne. Un jeune garçon (un jeune homme ?) d’une quinzaine d’années rencontre une femme de peut-être vingt ans son aînée. Il va tomber amoureux de cette femme, ils vont faire l’amour de façon répétée sur une période que j’estime à quelques années, peut-être deux ou trois.
Plus tard, le jeune homme suit des études de droit alors que la femme a disparu. Il la retrouve au banc des accusés d’un tribunal jugeant des faits s’étant déroulés dans l’Allemagne nazie. Il comprend alors que cette femme dont il était amoureux était gardienne d’un camp d’extermination et qu’elle a causé la mort de plusieurs dizaines de femmes déportées en refusant d’ouvrir la porte d’une église en flammes où elles étaient tenues captives lors de la débâcle de 1945.
Ceci, la femme l’avait gardé secret à son jeune amant mais ce n’est pas son seul secret. Elle est analphabète. Ça, il en avait eu l’intuition. Durant leur vie amoureuse, le jeune homme lisait des ouvrages à la femme qui prenait plaisir à l’écouter.
Honteuse de ne pas savoir lire, la femme ne se défend pas suffisamment face à ses juges. Elle pourrait se disculper d’une partie des accusations en le faisant mais elle préfère son honneur à la vérité. Elle est condamnée à 18 ans de prison.
Vers la fin du roman, le jeune homme se décide enfin à aller revoir son amour de jeunesse à la prison. Depuis des années, il lui a envoyé des cassettes audio de lectures de livres. Elle a fini par apprendre à lire et écrire en détention. Ils se retrouvent, elle a vieilli. Le jour de sa libération, elle se pend dans sa cellule. L’histoire se termine là.

De l’amour et du drame sur fond de culpabilité du peuple allemand après la barbarie nazie, l’auteur avait en mains les cartes pour un roman prenant. Pour moi, c’est raté. Je n’ai pas conçu d’amitié particulière ni pour le garçon ni pour la femme, je n’ai été triste ou ému ni par elle ni par lui. L’auteur a apparemment choisi de rester dans le récit factuel de la vie de ses deux personnages. J’ai été un peu agacé par quelques invraisemblances et par le manque de profondeur des personnages. Sans doute veut-on nous dire là que rien n’est simple, que les coupables peuvent aussi être des victimes, que l’Allemagne a été enfermée dans l’indicible, qu’il a fallu reconstruire le pays avec les bourreaux d’hier et leurs victimes ou opposants. Je n’ai pas trouvé d’élan, je n’ai pas plus trouvé de leçon à tirer de tout cela. Ce n’est pas un « mauvais » livre mais ce n’est pas, pour moi, un chef-d’œuvre.
Bernhard Schlink — Le Liseur


C’est un rat. C’est la guerre de 14. Pas encore de 14-18 parce que l’on ne peut décemment pas savoir alors qu’elle va durer si longtemps. C’est un rat qui vit du côté français dans les tranchées sur le front. Ce nuisible va être « incorporé » dans l’armée française et se faire baptiser Ferdinand par son maître, le soldat Juvenet.
Le livre est donc le livre de la Grande Guerre vue par ce rat Ferdinand. Il s’agit, bien évidemment, d’une dénonciation de la guerre, d’une description de la vie dans les tranchées, de la bêtises des gradés et de la peur des soldats. Mais c’est aussi un livre plein d’humour.
L’auteur, le vrai auteur, ce n’est pas un rat mais un écrivain du nom de Pierre Chaine. Un rapide passage par wikipedia m’informe que Chaine Pierre Marie Jean-Baptiste est né en 1882 à Tenay dans l’Ain et est mort à Lyon en 1963. Il était dramaturge.
« Les Mémoires d’un Rat » sont écrites à partir de 1915 par le lieutenant Chaine. Elles paraissent en feuilleton dans l’Œuvre en 1916. Avec beaucoup d’ironie et d’humour, le lieutenant parvient à brosser une peinture joyeuse de l’horreur de cette guerre. Il dit l’incompréhension de ceux de l’arrière et l’impossibilité pour ceux du front à le raconter.
On apprend beaucoup sur le quotidien du soldat des tranchées, on apprend et on comprend sans jamais se départir de son sourire.
Je ne peux pas le cacher, j’ai eu du plaisir à lire ce livre dans une belle édition augmentée d’une notice et de notes explicatives. Ce n’est sans doute pas le livre qui explique le mieux la guerre et les conditions de vie dans les tranchées. On pourra reprocher à l’auteur de ne pas mettre assez en avant les horreurs, les blessés, les morts. D’un autre côté, ce n’est pas le but et, il faut en tenir compte, il a été écrit dans l’instant. On peut imaginer une certaine censure si ce n’est une auto-censure certaine.
Pierre Chaine — Les Mémoires d’un Rat

vendredi 29 décembre 2017

La Vie devant soi

Il m'est arrivé de dire qu'un livre lu ne méritait pas d'être conservé. Je parle d'un roman. J'ai remarqué qu'il était assez rare que je relise un roman. J'ai déjà relu des biographies ou autobiographies, j'ai déjà rouvert un recueil de poésie, j'ai plusieurs fois consulté un dictionnaire, le Bescherelle ou l'annuaire téléphonique. Très souvent, je me suis replongé dans un album de BD. Mais relire un roman, pour ma part, ça ne m'est pas arrivé si souvent.
En partie parce qu'il est dans l'actualité cinématographique (La Promesse de l'aube - wikipedia) et en partie par une sorte de hasard peut-être dirigé, j'ai dévoré un bouquin que j'avais lu il y a peut-être une trentaine d'années. C'est un bouquin de Émile Ajar (Romain Gary) et il est titré "La Vie devant soi". Dans mon souvenir c'était un bouquin excellent.
Je cherchais quelque chose à lire. Pourquoi et comment ce livre est-il réapparu ? Je cherchais un livre parmi ceux qui étaient là sur l'étagère. Je n'ai pas hésité, ma main s'est lancée vers la tranche de celui de Ajar. Pourtant, ce n'est pas une tranche particulièrement affriolante. Je me saisis du livre et je me dis que, tiens, après tout, pourquoi pas ?
Si j'hésite un court instant, c'est juste parce qu'il me semble trop me souvenir de l'histoire. Ce n'est qu'une impression parce qu'en fait, si je me souvenais bien de la trame, je ne me souvenais ni du style ni de l'émotion. Je me suis allongé, j'ai ouvert le bouquin et j'ai commencé à le lire. Il m'a été difficile d'arrêter, de conserver quelques chapitres pour les soirs suivants. Si je n'ai pas retrouvé la surprise de la première lecture, j'ai pris un vrai plaisir à relire ce texte et, peut-être, ai-je eu encore plus d'émotion.
Je me souviens de qui m'a donné ce livre. C'était il y a bien plus de trente ans en fait. Le temps passe vite. Romain Gary s'était suicidé deux ou trois ans auparavant et je n'avais rien lu de Ajar hormis un court extrait de "Gros Câlin" dans un livre de Français au collège. On m'a donné ce livre en me conseillant très vivement de le lire. Je l'ai lu et l'ai trouvé très bon mais je me demande si je n'étais pas passé un peu à côté, à la réflexion. C'est un truc qui peut arriver ça. On vous presse de lire un livre, de voir un film, d'écouter un disque et il y a à la fois trop d'attente et un petit sentiment de devoir le faire pour faire plaisir, pour ne pas décevoir. Je pense qu'il faut être libre pour bien profiter de quelque chose. Par exemple, si on me donne un truc à manger ou à boire en me disant que c'est exceptionnel, je vais chercher à comparer, à juger. Ainsi, si ça se trouve, le jour où l'on me fera goûter une Romanée-Conti, je serai tellement impressionné par le prestige de l'appellation que je serai incapable de l'apprécier. Alors que si l'on me propose un verre de pinard et que celui-ci est, par exemple, un Petrus, il est possible que je le trouve excellent. Allez savoir.
Et donc, j'ai lu le livre avec un réel plaisir. J'ai ri et j'ai été ému mais surtout, j'ai été extrêmement désolé de le terminer. C'est un conseil de lecture !

samedi 1 juillet 2017

Bande annonce

Il va vous falloir attendre quelques jours pour voir le film dans sa totalité mais déjà vous pouvez regarder cette petite bande annonce avec Pierre Bellemare. Et si vous n'êtes pas trop loin, rendez-vous à Escoire pour le 1er salon du livre "Humours" le 23 juillet prochain

 

 

dimanche 4 juin 2017

Des auteurs à Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac

C'est dans la salle des fêtes de la commune, derrière la mairie, que se tenait la première édition du Salon du livre Régional de Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac et, déjà, on peut considérer que ce nom de commune est bien long à écrire.
Dans cette salle des fêtes, donc, une salle des fêtes comme il y en a tant, construite en longueur avec sa scène en hauteur et dans le fond, des tables avaient été disposées en épi et, à raison de deux auteurs ou auteures par table, ceux-ci étaient dans l'attente du visiteur curieux de découvrir ce que l'on pouvait éditer comme livres, ouvrages et monographies sur l'épineuse question des Périgords.
En bout de salle, en bas de la scène, juste au milieu, l'invité d'honneur trônait. Et cet invité d'honneur n'était autre que M. Pierre Bellemare lui-même en personne. Affable et aimable, il répondait avec gentillesse et bienveillance à tous. A deux pas, une autre personnalité était présente en la personne de Alain Bernard, ancien journaliste de Sud-Ouest et écrivain prolifique. Il était naturel que ces deux hôtes de marque se rejoignent et c'est le journaliste de la presse écrite qui fit le premier pas vers l'homme de la petite lucarne. Ce qu'ils se sont dit n'est pas connu mais nous ne pouvons douter un instant que ces propos relevait de la plus haute importance et étaient d'une haute qualité. Comment cela aurait-il pu être autrement ? Sur la photo que nous vous présentons et qui apporte une preuve par l'image de cette rencontre, nous pouvons voir M. Pierre Bellemare assis sur sa chaise et M. Alain Bernard debout sous son chapeau.

1er Salon du livre régional de Rouffignac
Des auteurs, il s'en trouvait donc toute une salle. Ils proposaient et présentaient leurs productions imprimées et l'on pouvait y trouver un peu tout ce qui fait l'intérêt du Périgord, de l'architecture aux faits d'Histoire en passant par la gastronomie, les réseaux ferroviaires ou les faits divers marquants. Mais tous les auteurs ne faisaient pas dans le régionalisme et ne traitaient pas tous stricto sensu d'un sujet périgordin. Nous pouvions rencontrer des romanciers-cières- qui, bien que vivant là, n'hésitent pas à situer l'action de leurs écrits bien au-delà des frontières du département.
Je n'ai pas eu beaucoup de temps pour m'arrêter à chaque table. Dans l'organisation, je note une idée qui m'a semblé curieuse et qui ne me paraît pas des plus judicieuses. Je vous disais que des tables avaient été disposées tout autour de la salle des fêtes et que chaque table accueillait deux auteurs. Ces tables avaient été rangées en épi et cela faisait que s'il était aisé de voir les ouvrages de l'auteur placé vers l'intérieur de la salle il n'en allait pas de même pour ceux de l'auteur assis côté mur. Il me semble qu'il aurait été possible de ranger les tables en U tout autour de la salle et de compléter l'aménagement avec des tables au centre de cette salle. Enfin bon.

mercredi 1 février 2017

Prix Krospenfüger

dimanche 15 janvier 2017

Marcel Proust (1871-1922)

Marcel Proust naît le 10 juillet 1871 à Auteuil. Son père est un professeur de médecine réputé (ses travaux ont permis de vaincre le choléra), sa mère est la fille d'un agent de change. Deux ans plus tard naîtra Robert, qui sera un gynécologue éminent. Marcel a une enfance heureuse, même si, très tôt, il se montre d'une sensibilité maladive. Il a 9 ans quand, lors d'une promenade familiale au Bois de Boulogne, il est pris d'une crise de suffocation telle que son père croit qu'il va mourir : la première manifestation de l'asthme dont il souffrira toute sa vie. Bavard, charmeur, il serait un excellent élève du lycée Condorcet s'il n'était nul en mathématiques. En français, ce passionné de George Sand et de Musset déconcerte ses professeurs par ses audaces de style. Les critiques de ses pédagogues sur la longueur de ses phrases — parfois des centaines de mots — qui sur sa prose enchevêtrée le mortifient.

J'ai sorti le premier tome de "À la recherche du temps perdu", Du côté de chez Swann, d'un carton oublié au fond du garage sous d'autres cartons, une pile de revues et une vieille couverture. C'est un livre important pour la littérature française et son histoire. Par trois fois, j'ai tenté d'entreprendre sa lecture et d'atteindre la fin du premier chapitre. J'ai remonté ce livre au format poche du garage et je l'ai là, à mes côtés, sur la table, posé à l'envers. C'est un gros livre de plus de quatre-cent-quarante pages et trois gros chapitres. Les premières pages que je retranscris en début de billet sont les premières pages de cette édition, les premières pages que j'ai lues et aussi les pages qui ne sont pas de Proust.
"À la recherche du temps perdu" est un monument de la littérature. Il est réputé difficile à appréhender, à lire, à suivre. Je vais essayer une fois encore de m'y plonger et de m'y tenir. Je vous tiendrai au courant.

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Hier soir, j'ai lu une bonne quarantaine de pages. C'est extraordinaire et inespéré, il semble que je sois enfin à un point de ma vie qui me permet d'apprécier et sourire de ce roman. J'ai réellement pris du plaisir à lire ces pages. J'espère que cela va continuer.
Autrement et sans aucun rapport, une photo récupérée de dedans le disque dur.

1798

lundi 28 novembre 2016

Trois pour un Palmier

Ils s'y sont mis à trois pour sortir ce bouquin. Ils se sont rencontrés à l'occasion du premier festival d'humour en Périgord qui s'est tenu à Escoire organisé par l'association Humour et Culture. J'y avais été invité pour présenter les "Motocyclettes farfelues" éditées par tim buctu éditions que certains d'entre-vous connaissent déjà. Pour l'occasion, j'ai été contacté par un autre auteur invité, Marc Balland, romancier influencé par Pierre Dac et son humour absurde, qui me proposait de réaliser quelques dessins pour illustrer une histoire d'Escoire somme toute assez éloignée de la vérité historique et officielle. Le projet m'a plu et, puisque je n'avais rien de mieux à faire, je me suis exécuté. Ce festival me permettait de rencontrer le troisième homme de l'affaire, Patrick François, contrepèteur de haute voltige et amateur impénitent de jeux de mots intempestifs.

Dernier jour pour payer ses dettes
Au cours d'une discussion à bâtons rompus, nous en arrivâmes à regretter l'absence d'une maison d'édition spécialisée dans l'humour. L'idée est arrivée sans qu'on la voie arriver. Pourquoi ne pas la créer, cette maison d'édition ? C'est ainsi qu'est née l'association Ha ! Ha ! Ha ! Éditions. La deuxième idée a été d'écrire un livre à nous trois. Nous avons cogité et l'un de nous, je ne sais plus qui, a proposé de faire un almanach absurde. Le concept est posé, place à l'imagination débridée. D'abord, cet almanach mélangera les dates. Et puis, il ne les mettra pas toutes. Ou plutôt, il fera appel à de savants calculs scientifiques pour distinguer les dates marquantes de celles pouvant être considérées comme équivalentes ou semblables. Les sujets qui seront abordés seront de tous types. Nous trouverons des rubriques consacrées à la vie des saints, bien entendu, mais aussi des feuilletons, des rapports de faits divers, des dessins humoristiques, des contrepèteries, des chroniques historiques et politiques voire des recettes de cuisine et des publicités mais le tout entaché par de gros mensonges, des contre-vérités, des approximations, des calembredaines et des billevesées comme s'il en pleuvait.

Le Palmier nouveau est arrivé
Pour ne pas être accusés de tromperie, les auteurs ont l'idée d'annoncer la couleur dès la couverture. "La vérité est tailleur", prévient un tailleur. "100% de tissu de mensonges cousus de fil blanc" est-il inscrit sur la couverture. Mais encore fallait-il trouver un titre pour l'ouvrage. Et pourquoi pas "Le Palmier" ? Il est entendu qu'un almanach se doit de comporter des dates et quel meilleur symbole que le palmier, cet arbre à dattes, pour représenter ce que l'on trouvera à l'intérieur. L'à-peu-près n'est pas de nature à nous faire reculer ! L'approximatif est notre credo, n'hésitons pas à plonger dans le domaine de l'absurde et à nous y vautrer !

La vérité sur l'affaire de la culotte fendue
La suite a été globalement assez simple. Nous avons écrit et proposé à l'approbation de tous des idées, des suggestions, des illuminations. Nous avions peur de ne pas avoir assez de matière, nous en avons eu suffisamment pour nous obliger à en laisser de côté. Le tout a été mis en pages, nous avons changé des pages de place, nous en avons mis à l'envers, aussi. Et puis, tenez, nous en avons déchiré une, juste pour rire. Je ne vais pas vous le cacher, nous nous sommes bien amusés à faire ce Palmier !

Il y en aura pour tout le monde
Et puis, une fois qu'il a été terminé, nous l'avons fait imprimer. On a beau être presque sûr de ce que l'on fait, il y a toujours une petite pointe d'angoisse entre le moment où on livre les fichiers à l'imprimeur et celui où le premier exemplaire arrive entre vos mains. Est-ce que le résultat est à la hauteur des attentes ? Et bien oui, il est beau et bien imprimé, ce Palmier ! Malgré les lectures et relectures, quelques fautes d'orthographe subsistent malgré tout. Ça fait un jeu supplémentaire pour le lecteur. La semaine dernière, nous avons reçu les exemplaires et nous les sommes partagés. Maintenant, il faut les vendre.

Achetez le Palmier
Pour cet ouvrage collectif, il n'est absolument pas question que les auteurs touchent le moindre droit d'auteur. Les bénéfices éventuels iront à l'association qui, si elle en a les moyens, aidera des auteurs humoristes à éditer leur livre. La priorité est déjà de rembourser les frais d'impression. Pour aider à la vente, nous sommes en train de mettre en place une boutique en ligne. Nous allons également laisser des Palmier en dépôt chez des libraires et participer à des salons.

Bien entendu et bien qu'il n'y ait aucune obligation à le faire, ce serait bien que vous nous souteniez en achetant cet almanach qui, je l'espère, saura vous faire rire et sourire, vous faire passer de bons moments. Il est difficile pour moi de juger notre travail. Je le connais par cœur, ce Palmier, mais aujourd'hui encore, il m'arrive de rire en lisant certaines des conneries qui égayent ses pages. J'ai bien conscience que l'humour est multiple, que celui de Machin ne plaira pas à Truc. Dans l'ensemble, l'humour du Palmier est plutôt "gentil". Il y a bien un peu d'humour noir, un peu de critique politique ou social, un peu de dénonciation de la bêtise mais ce n'est pas un livre polémique. Parfois, c'est peut-être un peu élitiste, aussi. Globalement, je pense qu'il y en a pour tout le monde et que, pour certains textes, ça mérite que l'on accepte de réfléchir un peu. Bref, soutenez Ha ! Ha ! Ha ! Éditions, soutenez des auteurs vivants, achetez le Palmier !

Ha ! Ha ! Ha ! Éditions
La boutique

jeudi 12 mai 2016

Littérairement drôle

L'humour, chacun pense connaître. C'est une notion tellement floue que chacun est autorisé à y mettre ce qui lui semble bon. L'humour des uns n'est pas nécessairement l'humour des autres et il existe toutes formes d'humour dûment répertoriées, classées, nommées. L'humour a sa place au cinéma, dans la bande dessinée, dans la chanson, le théâtre et le monde du spectacle, la peinture, la sculpture aussi, dans la presse. Mais dans la littérature ? J'y réfléchis depuis déjà pas mal de temps et j'ai le sentiment qu'il existe finalement peu de littérature humoristique. Je me demande pourquoi.
Peut-être est-ce plus difficile d'écrire un roman humoristique qu'un roman "sérieux". Les quelques représentants de la littérature humoristique qui me viennent à l'esprit sont souvent des romans de genre. Policier et science-fiction dans la majeure partie des cas. Il y a quelques années, j'avais envisagé l'idée de me lancer dans l'écriture d'un roman humoristique à tendance gore. Peut-être y aurais-je placé quelques zombies pour faire bonne mesure. Je ne suis pas allé loin dans l'aventure. C'est que je ne voulais pas tomber dans la facilité en plaçant des personnages qui auraient été des victimes amusantes. Je voulais que l'ensemble soit humoristique. Eh bien ma foi, je me suis aperçu que ce n'était pas si simple.
Je me suis arrêté, j'ai relu ce que j'avais écrit et j'ai fermé l'ordinateur. Le genre "horreur humoristique" marche pourtant très bien au cinéma. Le cinéma a sur la littérature l'avantage certain d'avoir le support de l'image et du son, force est de le reconnaître. Rire aux éclats en lisant un livre, ce n'est pas une chose qui m'est arrivée souvent. Je peux sourire, trouvé que c'est bien vu, être amusé, oui, mais être pris d'un fou rire, je ne me souviens pas que ça me soit arrivé plus de quelques fois. Là où il y a injustice, c'est que les écrivains qui s'essaient à l'humour sont souvent mal considérés. Je me demande si, en plus d'être un exercice difficile, l'écriture humoristique n'est pas en but avec l'idée généralement admise que la littérature doit être sérieuse. D'ailleurs, il me semble que la littérature de genre n'a pas l'aura de la littérature "officielle". Jules Verne est moins considéré que Balzac, Stephen King moins que John Irving. Pierre Lemaitre a connu le succès après être sorti du polar.
Vous en pensez quoi, vous autres ?

Ecriture humoristique

vendredi 22 avril 2016

Lemaitre joue contre la montre

Voilà bien un livre que j'espérais. Comme beaucoup, j'ai découvert Pierre Lemaitre avec le prix Goncourt 2013 attribué à Au revoir là-haut, un livre haletant, beau et fort, terrible et fascinant. Je suis tombé amoureux de l'écriture de l'écrivain et ai lu tout ce que j'ai pu trouvé dans la foulée. Du coup, il ne me restait plus qu'à attendre que le monsieur daigne sortir un nouveau livre. C'est que l'on devient vite accro à sa prose. Une vraie drogue dure.
J'entends sur France Inter, dans la Librairie francophone de Emmanuel Khérad, il y a de cela quelques semaines, que ça y est, un nouveau roman est sorti en librairies ! Je ne me précipite pas et attends de passer par la ville pour aller acheter un exemplaire. Il est là, à ma disposition, bien en vue. Je fais durer le plaisir, je fais monter le désir. Et puis, je me plonge dans la lecture. Environ 250 pages. J'espère le faire durer un peu. Peine perdue, je lis facilement un bon tiers dès le premier soir. Le lendemain, j'en engloutis un nouveau tiers. Le troisième soir, je triche. Je m'arrête au dernier chapitre, juste histoire de ne pas le terminer, ce bouquin trop court.

Trois jours et une vie
L'histoire ? Je ne vais rien en révéler de trop. Je vais juste en dire que c'est l'histoire d'un enfant de douze ans qui en tue un de six. C'est un regrettable accident, c'est l'histoire de la culpabilité, de la crainte de se faire prendre, d'être démasqué. C'est aussi continuer à vivre dans un petit village où tout le monde connaît tout le monde, où les plus proches voisins sont les parents et la sœur de l'enfant mort, un village qui sera touché par une grosse tempête. C'est l'histoire d'une vie qui s'est arrêtée et d'une autre qui continue malgré tout et aussi d'une tentative de rédemption. Et c'est surtout une fin à laquelle on ne s'attend pas et qui n'apporte ni réponse ni réparation.
Pierre lemaitre pose le principe de l'irréparable. On ne peut rien ni contre le temps ni contre la mort. Lorsque c'est passé, on ne revient pas en arrière. Antoine, le personnage principal du roman découvre cela en quelques secondes. Il ne s'en remettra jamais. Le lecteur que je suis a dévoré ce bouquin avec un léger malaise. J'ai eu de la compassion pour le jeune meurtrier devenu adulte, j'ai espéré qu'il s'en sorte. Pire, je n'ai pas eu de sentiment particulier pour le jeune Rémi, la victime. J'en ai eu, par contre, pour ses parents.
Une fois le livre refermé, je me suis dit que ce n'était pas là le meilleur livre de Pierre Lemaitre. Il reste d'une lecture captivante et d'une langue fluide et agréable. Ce qui manque peut-être, c'est le suspense. Il se limite grosso-modo à savoir si Antoine sera confondu ou pas. Cependant, ce n'est pas l'objet du roman. Ce n'est pas à proprement parler un polar, pas même un roman noir, à mon sens. Il est peut-être un peu trop rapide et peut-être que l'on aimerait seulement qu'il dure plus longtemps. Quoi qu'il en soit, il est bien efficace et sa lecture est fortement recommandée par moi-même.

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