La gauche sinistrée

Les élections régionales approchent et la gauche a peur. Enfin la gauche... Pas toute la gauche mais une bonne partie de celle qui se voit au pouvoir d'une manière ou d'une autre, au sein d'un parti ou au gré d'alliances, de copinages, de force de raison. La gauche n'est pas la seule à avoir peur. La droite aussi. Pas toute la droite ! Non ! L'extrême droite n'a pas peur du tout, elle.
Parce que, pour la gauche, il existe au moins deux raisons d'avoir peur. Celle de perdre des régions et celle de voir le F-Haine débouler partout. Alors, les socialistes ont eu l'idée d'appeler à une union de la gauche, des gauches, pour faire barrage au parti raciste et populiste. L'autre dimanche, Jean-Luc Mélenchon était invité de Stéphane Paoli sur France Inter pour parler un peu de ça. Il est marrant, Stéphane Paoli. Il a ses dadas. Celui du moment, c'est l'horizontalité opposée à la verticalité. C'est conceptuel. Pour faire simple, il y aurait notre monde actuel qui serait dans la verticalité et le monde à venir qui serait dans l'horizontalité. C'est à dire que, pour l'heure, le pouvoir serait exercé du haut vers le bas, des puissants vers les faibles, de l'élite vers le peuple. Et dans le futur le pouvoir serait partagé sur un plan horizontal, de pair à pair. Son dada, à Stéphane Paoli, c'est de croire qu'avec Internet et les nouvelles idées qui émergent, le peuple va en arriver à se gérer lui-même en refusant de recevoir des ordres du haut.
L'idée est plaisante. Ne plus reconnaître de supériorité, ça me plaît bien. Sur le fond, je suis un peu d'accord avec Stéphane Paoli. Nos sociétés changent et on peut le remarquer tous les jours. Il est vrai qu'aujourd'hui, avec les échanges rendus possibles par l'Internet, on peut passer outre l'avis des spécialistes et des experts. Le monde entier est devenu un grand forum, un vaste espace démocratique. A côté de cela, les vieilles institutions peuvent sembler patauger et perdent un peu plus de leur légitimité chaque jour.
Les systèmes d'information traditionnels crèvent face à Internet. On annonce la fin de la presse écrite d'ici 2025, la télévision va mal. Le désintérêt prétendu du peuple pour la démocratie exprimée par le vote cache une expression démocratique bien vivante, celle que l'on constate sur Internet, sur les forums, dans les commentaires, dans la participation aux débats d'idées. Grâce à Internet, chacun peut s'exprimer à l'échelle mondiale comme jamais avant cela n'a été possible. On peut partager ses idées, ses créations, facilement, avec peu de moyens. Et ça, franchement, c'est formidable.

Union des gauches sous conditions

Et donc, Mélenchon était invité de Stéphane Paoli pour s'exprimer, entre autres choses, sur cette idée d'union de la gauche face aux droites. Tout n'était pas inintéressant dans ce qu'il a dit. Pour lui, la gauche de gauche a le vent en poupe et va prendre le pouvoir contre le monde libéral et capitaliste. Personnellement, je le souhaite. Par exemple, dans ce que Mélenchon a dit d'intéressant, il y a cette idée d'union des gauches européennes à mettre en opposition avec l'idée de l'union des "gauches" françaises. Je comprends tout à fait son refus de s'unir aux socialistes français. Si aujourd'hui je remercie encore et toujours Hollande de nous avoir débarrassé de Sarkozy et de son infâme clique, je reconnais être déçu. Et pourtant, je n'attendais pas grand chose de lui. J'espérais un peu plus de politique "de gauche", c'est tout. Je me doutais que ce ne serais pas la révolution mais je ne pensais pas que ça irait tant que ça dans la continuité des politiques entreprises auparavant.
Je pense que Mélenchon a raison lorsqu'il dit qu'il faut arrêter d'agiter le chiffon rouge du F-Haine pour faire voter les Français. Les fronts républicains et les peurs ne peuvent pas constituer une politique satisfaisante. Oui, bien sûr, il faut une révolution ! Bien sûr qu'il la faut ! Il faut combattre les idées libérales. Et pour cela, il est plus que probable que l'on ne pourra pas le faire à la petite échelle d'un pays. Il faut que les Européens se révoltent contre l'Europe.
Maintenant, comment fait-on pour constituer cette nouvelle société européenne ? Là, je n'en sais rien. C'est beau, l'idée de démocratie participative. Sans rire, il y a plein d'idées qui me plaisent, dans le fond, parmi les idées qui courent. Les idées de partage, de décroissance, tout ça. Même les idées écologiques lorsqu'elles ne sont pas délirantes. Bien sûr qu'il faut favoriser les circuits courts, bien sûr qu'il faut produire propre, local, dans le respect de la planète. Bien entendu. Et bien sûr que ce sont des idées de gauche. Evidemment que ce serait bien en beau et bon si l'on arrêtait de courir après de l'inutile et du futile. Bien sûr que l'on en a rien à foutre d'avoir le dernier smartphone à la mode ou la bagnole la plus puissante. Bien sûr qu'il est dégueulasse de s'habiller avec une chemise fabriquée au Bangladesh dans du mauvais tissu par des personnes exploitées. On peut rêver d'un modèle de société responsable.
Le grand tour de force du libéralisme est bien de nous avoir tous rendu irresponsables. On a finit par accepter l'inacceptable pour de simples raisons économiques. J'ai senti le vent tourner dans les années 90 lorsque l'on a vu débarquer des produits manufacturés vendus à des prix qui ne signifiaient plus rien. Chaque semaine, j'achète un pain pour deux euros. Qu'est-ce que le pain ? De la farine de blé, de la levure, du sel et de l'eau plus du bois pour chauffer le four, le travail du boulanger et les frais de la boulangerie (les murs, l'électricité, les charges...). Deux euros. On trouve des téléphones portables vendus à moins de vingt euros. C'est quoi un téléphone portable face à un pain ? C'est de la technologie, des matériaux rares, des machines outils, des usines, des ouvriers, du transport, de l'énergie, de la programmation, des infrastructures. Est-ce que ça ne peut sérieusement valoir que l'équivalent de dix pains ?
La révolution passera forcément par une diminution de notre pouvoir d'achat. Il faudra accepter de payer les marchandises à leur prix juste. Aujourd'hui, notre système économique est basé sur une monnaie, le dollar américain, qui ne veut rien dire, qui ne vaut rien, qui peut être émise à volonté. Faudra-t-il que l'Europe cesse de se référer au dollar ? Est-ce que c'est seulement envisageable ? J'en doute un peu. Je doute encore plus que les Etats-Unis d'Amérique virent à gauche.
Et alors, que faut-il penser de l'idée des socialistes français d'unir les gauches nationales pour faire barrage contre les droites ? Si l'on est allergique à tout ce qui est à droite, on peut juger que l'idée est bonne. Si l'on conteste aux socialistes le droit de regrouper les gauches françaises à son seul et unique profit, on peut refuser cette idée. Si un jour les partis politiques de gauche parvenaient à se regrouper en laissant tomber les ambitions personnelles pour se radicaliser quitte à accepter de perdre le pouvoir, se serait autre chose. L'idée de société de gauche n'est possible que dans une société de gauche. Il n'est pas certain que les Français et plus largement les Européens soient de gauche. Les gouvernements de gauche ne pourront appliquer des politiques de gauche que s'ils refusent de ménager la chèvre et le chou. Et pour le moment, je pense que l'on nous prend le chou, justement. On nous bourre le mou avec des idées d'union à la con.

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