La question du jour est : "faut-il boire du vin rouge ?"

Les quinquets grand ouverts, il n'y a pas de doute, je suis éveillé. Les chiffres rouges du radio-réveil m'apprennent qu'il n'est que 5h18. Je me lève, vais préparer du café et relance l'ordinateur pour savoir ce qu'il s'est passé dans le monde durant mon absence.
Je ne vais pas vous mentir, je ne me suis pas posé la question du jour sitôt le pied posé au sol. Il a fallu que je boive ma ration de café et que je commence à me morfondre dans la morosité attendue de cette journée pleine de mornes promesses. Je retarde le moment de me mettre aux tâches en attente. J'ai à encrer un dessin de moto fait hier. Encore un dessin de moto. Encore une moto qui va de la gauche vers la droite. Rien de neuf sous la mine du crayon.
J'ai été contacté par un club de motocyclistes polonais. Ils ont cherché un dessin de moto sur Internet et ils en ont trouvé un des miens qui les intéresse. Ils sont honnêtes, ils m'ont demandé combien il leur en coûterait pour utiliser ce dessin. J'ai proposé la somme de 50 euros, ils m'ont fait une offre à 30. J'ai accepté. Le dessin est fait, je n'ai rien d'autre à faire que de générer un nouveau fichier et à éditer une facture. Ça m'amuse et me flatte un peu l'ego de savoir qu'une de mes motos va aller se faire voir sur des chemises en Pologne.

Depuis quelques jours, j'ai l'idée d'essayer de me remettre à la rédaction d'un roman. Ce ne serait pas la première fois que j'essaierais. Là, je trouve que c'est déjà bien parti, j'ai un stock de plusieurs premières phrases. Il faut juste que j'en choisisse une. Évidemment, il serait bien que cette première phrase ouvre sur une deuxième. C'est pourquoi il est nécessaire que je la choisisse bien. Il ne faut pas se tromper. Pour la suite, je n'ai aucune idée précise. C'est là que la bât blesse, d'ailleurs.
L'autre matin, je me suis réveillé avec une drôle d'idée. Il s'agissait d'un psychopathe qui tuait des femmes en les découpant à la hache. Curieusement, la veille, avant de tenter de m'endormir, j'avais pensé à tout autre chose de bien moins horrible. Il se sera passé quelque chose durant mon sommeil, sans aucun doute. Peut-être un souci de digestion ?
Si j'écris un jour un roman, j'aimerais que ce soit un mélange de "policier" et de "thriller" avec beaucoup d'humour. Il y a de cela quelques années, j'avais imaginé une histoire avec des zombies et des gendarmes idiots. J'aime bien les gendarmes idiots. Il me semble tout à fait approprié à endosser le rôle de l'idiot, le gendarme. Peut-être plus encore que le policier. Il y a un côté bonhomme chez le gendarme que le gardien de la paix n'a pas dans mon esprit. C'est sans doute parce que le gendarme est plus provincial. Bref. J'ai tout oublié de l'histoire imaginée à l'époque et ce n'est pas très grave.
Je pense que ce qu'il faut en priorité à l'apprenti romancier, c'est de l'imagination. Si l'on en a suffisamment, il ne reste plus qu'à oser écrire. Parce que je suis assez pauvrement pourvu en imagination et que je suis pas quelqu'un qui ose facilement, l'écriture d'un roman n'est pas garantie. Et pourtant, ça me plairait bien de réussir ça. Quand je parle d'oser écrire, il s'agit d'oser passer quelques heures chaque jour à pianoter sur un clavier. Je n'ai aucune envie d'écrire à la main. C'est oser faire avec l'impression de ne rien faire d'utile, de perdre son temps. Étonnamment, je ne ressens pas cela en dessinant. Pourtant, ça revient au même. Je peux passer du temps sur un dessin sans avoir cet étrange sentiment de culpabilité. Je suis aussi capable de m'emmerder à vouloir faire fonctionner un truc sur un site Internet sans voir les heures passer. Curieux.
Écrire un roman, c'est, je pense, un travail de longue haleine. Ça doit bien pouvoir prendre une année ou, du moins, plusieurs mois. Et puis, c'est intimidant, la perspective d'écrire un livre. Forcément, on se livre. On met de l'intime. On pose sur le papier ses obsessions, ses aversions, ses certitudes, ses croyances, ses fantasmes, ses haines et ses amours. Je n'ai absolument pas l'impression de mettre tout cela dans mes petits dessins. C'est juste de la rigolade et de la moquerie, mes petites motos idiotes. Mais peut-être que je me pose trop de questions ? Ou alors, et c'est encore plus dramatiquement probable, peut-être n'ai-je tout simplement pas un besoin viscéral d'écrire une histoire. Parce que c'est facile de dire que l'on n'écrit pas juste par manque d'imagination. De l'imagination, on voit bien que ce n'est pas si nécessaire que ça à la lecture de nombreux romans. Et puis, on peut piocher dans un fonds immense avec toute l'histoire de l'humanité que nous traînons, les contes, les légendes, les récits, les romans, les journaux et leurs faits-divers. Imaginer, ce n'est pas tout inventer, c'est faire sa petite cuisine à partir des ingrédients glanés çà et là, après tout. Bien prétentieux celui qui affirme avoir tout inventé.

Il faudrait que j'aille faire des courses. Je n'ai plus grand chose à bouffer, chez moi. Je n'en suis pas à risquer la famine mais j'en ai marre de ne plus manger que des pâtes ou des pommes de terre. Je me doute bien que vous vous foutez complètement de mes petits soucis ménagers. Je le comprends parfaitement et ne vais donc pas m'appesantir sur ce sujet. Au lieu de cela, je vais me contenter de mettre mon dernier dessin de moto ci-après.

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