Est-ce extrême ?

Si vous n'êtes pas au courant de ce dont je vais vous parler, vous n'êtes pas sans ignorer que je vais vous entretenir ce soir de quelque élection cantonale partielle de Brignoles, dans le Var (83).

Pour Marine la Peine, c'est clair comme de l'eau de roche, c'est la fin du pacte républicain. Son poulain, Laurent Lopez, a remporté avec 53% des voix l'élection cantonale partielle de Brignoles. Il n'en fallait pas plus pour que les media sautent sur l'occasion de nous causer de ce parti politique qui donne l'occasion de débattre à satiété sur l'extrême-droite.

L'extrême droite, c'est quoi ?

C'est une bonne question. Définir l'extrême-droite reviendrait à définir la droite, le centre, la gauche, l'extrême gauche. C'est une tâche que je me refuse d'entreprendre. Je serais bien incapable de donner des définitions valables. Lorsque l'on écoute ce qu'en disent des personnes bien plus spécialistes que moi, on entend parfois parler de notions de valeurs.
Les valeurs. Oui. Les valeurs. Qu'est-ce qu'une valeur ? De la droite extrême à la gauche extrême, on parle de "valeurs". Elles ne sont pas les mêmes dans chaque bord mais elles sont là. Apparemment, pour simplifier, les valeurs de la gauche seraient justes et en faveur des plus défavorisés tandis que celles de la droite seraient plutôt en faveur des riches et pour la loi du plus fort. D'autres valeurs mettent en avant la nationalité française et d'autres encore le système social "à la française". Pour certains, les valeurs sont contenues dans les fondements de l'identité nationale. Ainsi, le patrimoine bâti, la gastronomie, la religion "officielle" seraient ce qui doit conduire la marche de l'état.
Ça se complique lorsque, dans son discours, le parti d'extrême-droite prend la défense des petits et dit avoir toutes les solutions à tous les malheurs qui font que les petits sont malheureux et accablés.
En France, il est habituellement convenu que le parti qui occupe la place de l'extrême-droite dans le paysage politique est le F-Haine. La dirigeante de ce parti, la fille de son père, récuse avec véhémence cela. De fait, on peut se demander si le F-Haine est à l'extrême-droite uniquement parce que la nature a horreur du vide et qu'il fallait combler cet espace.
Dans ses discours, le F-Haine ne fait qu'apporter des réponses aux problèmes rencontrés par une certaine partie de la population. On dit qu'il fait du populisme ce qui est un vilain mot, presque une injure. Les autres partis ne font pas grand chose d'autre. Parfois, c'est juste de la démagogie mais ça se ressemble tout de même beaucoup et il n'y a qu'une chose qui soit certaine, c'est que la quasi totalité (tous ?) des partis prend un peu les électeurs pour ce qu'ils sont.

Les problèmes des électeurs du F-Haine, c'est quoi ?

Ça dépend des électeurs. Parmi eux, il y en a de toute sorte. Traditionnellement, pour caricaturer un peu, il y a d'abord les racistes xénophobes nostalgiques du temps des colonies. Militaires, anciens colons, royalistes... Ce sont les amis du père à la Marine. Avec le temps, ils ont fini par mourir ou devenir cacochymes. J'en ai eu dans ma famille. Des personnes qui votaient pour le Pen sans bien comprendre ou pouvoir expliquer pourquoi. Parce qu'ils n'aimaient pas les arabes, parce qu'ils croyaient les histoires de délinquance qu'ils entendaient sur TF1. Peu importe. En règle générale, ces électeurs historiques ne sont pas à plaindre sur un plan matériel.
Dans la nouvelle génération de ces électeurs, il y a les laissés pour compte sur le bas-côté de la mondialisation, du libéralisme, du chômage, de la précarité. Bon. J'en ai aussi eu dans ma famille. Ceux là, à mon avis, votent F-Haine parce qu'ils ne savent plus. Ils ont tenté des trucs. Ils ont voté Mitterrand en pensant que l'on allait couper leurs couilles aux patrons (mâles). Ils ont milité au PCF, vendant l'Huma sur les marchés, ils ont tenté Chirac et même, certains ont cru en Mélenchon ou en Hollande. Ils ont été déçus. Ils ne peuvent toujours pas raccrocher les wagons du libéralisme et s'acheter une Audi ; ils sont toujours chômeurs ou salariés pauvres ; leur progéniture vend de la drogue ou se prostitue. Ils se sentent dans la merde. Alors, ils ont essayé ce qu'ils n'ont jamais essayé. Après tout, ils ont peut-être bien raison, au F-Haine ! S'il y avait pas tous ces immigrés, il y aurait du boulot pour tous, non ? Et si on sortait de l'Europe, on achèterait français et on produirait français avec des ouvriers français. Non ?

Le FN, c'est de la merde

Réponses simples à problèmes graves.

Que vous regardiez à l'extrême-gauche ou à l'extrême-droite, en passant par les écologistes, partout on promet des solutions. A chaque fois, on parle d'alternative. On n'ose pas trop parler de révolution sauf peut-être du côté du Front de Gauche mais, même là, on le fait du bout des lèvres, pas trop fort. Partout, on nous dit que les solutions passent par un changement de société. Un bouleversement. Bien. Très bien.
Il fut un temps où le PCF tenait sa réserve de militants-électeurs dans le monde ouvrier. Le souci, c'est que les ouvriers, ils ont rarement eu envie de rester ouvriers exploités toute leur chienne de vie. Pour leurs gamins, ils ont rêvé d'ascenseur social. Pour eux, ils ont rêvé de voiture neuve, de télé à coins carrés, de vacances à la mer. Ils se sont embourgeoisés, les ouvriers. Et puis, ils se sont dit que si des ouvriers produisaient les trucs chiants à produire ailleurs, loin, ce n'était pas bien grave. C'était même la promesse de pouvoir acheter du bien de consommation à vil prix. C'était chouette.
Bref, les ouvriers ont disparu au rythme des fermetures d'entreprises. Et puis, il faut le reconnaître, le "métier" d'ouvrier a bien évolué. Autrefois, il s'agissait de savoir placer une pièce sous une presse sans se faire écrabouiller une main ou l'autre, de savoir visser ou dévisser. Maintenant, mazette ! Il faut savoir tapoter sur un clavier d'ordinateur, connaître des règles de sécurité, de protection de l'environnement. C'est plus le même boulot du tout. Maintenant, il faut savoir lire et écrire.
Le PCF s'est fait plus ou moins bouffé par le Front de Gauche qui ne parle pas tant du monde ouvrier que de celui des classes moyennes. Les classes moyennes, ce sont ceux qui disent qu'elles n'arrivent pas à boucler les fins de mois avec 2000 euros nets mensuels. Les plus pauvres qu'eux, ils ne s'y retrouvent pas tant que ça, dans les discours de Mélenchon. Et puis, le défaut du Front de Gauche, c'est qu'il est peut-être un peu simple mais pas encore tout à fait assez. Lorsque Mélenchon parle de sortir de l'Europe, le pauvre il a du mal à comprendre que ça va lui permettre d'acheter ses pâtes ou son lecteur de DVD moins chers.
En vérité, je pense que la majeure partie des gens, qu'ils votent à gauche ou à droite, s'en fout de la politique. D'abord, c'est compliqué. Si l'on y regarde bien, qu'est-ce que l'on trouve comme constante ? Le pauvre a envie de devenir riche et le riche a envie que le pauvre reste un pauvre qui ne coûte pas trop cher. Il n'y a pas vraiment de politique derrière ça. Ou à la marge.
C'est une émission diffusée hier soir sur France Inter qui m'a donné l'idée de ce billet. Ça causait du Front Nazional et ça se questionnait fort entre spécialistes et personnes intelligentes. A un moment, le journaliste a noté, tout étonné qu'il était, que l'Autriche ou la Norvège, pays où tout va plutôt bien avec du plein emploi à tous les niveaux, aient des partis d'extrême-droite très présents. On peut ajouter la Belgique, la Suisse, les Pays-Bas... Mais aussi les USA ou le Japon. Et en fait, ce que personne ne semble voir, c'est que les pays les plus riches, les plus puissants, sont souvent aussi les pays où l'on trouve le plus de personnes proches de l'extrême-droite.
Pour moi, l'extrême-droite n'est rien d'autre qu'un moyen de distraire ses peurs. Peur de l'étranger qui va venir par flots entiers nous dévaliser ; peur du chômage ; peur de se faire brûler sa voiture mais peur aussi d'être demain moins riche qu'aujourd'hui (ou plus pauvre). Du coup, on peut se demander si les partis d'extrême-droite ne sont pas des maux nécessaires.

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