Ça ne cadre pas


Avec "Cadres noirs", Pierre Lemaitre nous donne une vision noire et cruelle du monde de l'entreprise à travers l'incroyable aventure d'un cadre au chômage de cinquante-sept ans qui se lance dans une action désespérée pour se révolter.

Alain Delambre est un cadre au chômage. Il a 57 ans, une femme, deux filles et un moral dans les chaussettes. Depuis quatre ans, depuis son licenciement, il va de désillusion en désillusion. Au début de l'histoire que nous raconte Pierre Lemaitre, il travaille dans un centre de logistique de produits pharmaceutiques. A la marge de la dépression, il pose sa candidature pour un poste de cadre dans une importante entreprise pétrolière.
Le recrutement se fait bizarrement. Dans un premier temps, tout semble parfaitement normal mais, bien vite, ça prend une tournure peu banale. L'idée de la direction est de faire d'une pierre deux coups. D'un côté, on recrute le meilleur candidat pour un poste, de l'autre on évalue des cadres installés dans l'entreprise. Pour cela, on va simuler une prise d'otage durant laquelle l'intégrité et la fidélité de ces cadres seront mises à l'épreuve. Alain Delambre est retenu parmi tous les candidats au poste avec quelques autres personnes. Seulement, à quelques jours de l'ultime épreuve durant laquelle il doit participer au simulacre de prise d'otage et juger les cadres, il apprend quelque chose qui lui fait péter les plombs. Il parvient à se procurer arme et munitions et se lance dans une vraie prise d'otages. La police intervient, il se rend et est envoyé en prison dans l'attente de son jugement. Il risque trente ans de détention.
Seulement, Alain Delambre a réussi à l'occasion de sa prise d'otages à avoir accès au réseau intranet de l'entreprise et à dérober quelques millions d'euros. Le PD-G de l'entreprise tient à récupérer la somme détournée et Alain doit faire face à des menaces et des actes de torture dans l'enceinte de la prison. Pour sa défense, il demande l'aide de l'une de ses filles avocates. En silence, dans le plus grand secret, sans rien dire ni à ses enfants ni à sa femme, il élabore un plan.
Finalement, le procès se déroule plutôt très bien et Alain Delambre est libéré bien vite. Mais alors que l'on pense l'histoire terminée, on constate qu'il reste encore bien des pages à lire. En fait, le roman ne se termine pas là. On exige du quinquagénaire qu'il rende l'argent. C'est bien normal. Moi, ça me dérangerait un peu que l'on me prenne plusieurs millions d'euros. Et même si l'on peut imaginer que pour une multinationale ce n'est qu'une peccadille, on comprend que ça ne fait pas plaisir. Alain Delambre a plus d'un tour dans son sac et réussit le tour de force de rencontrer le PD-G et de le faire chanter avec une histoire de ministre qui aurait touché des pots-de-vin[1]. Mais c'est sans compter avec une sorte de mercenaire patibulaire et vénal qui veut récupérer les millions pour lui ! La vie de Niicole, l'épouse de Alain, est en danger. Elle est menacée par ces méchants et elle a peur. Alain a peur pour son épouse aussi et s'engage une tentative désespérée pour échapper aux malfaisants au cours de laquelle on assiste à une course poursuite dans les rues de Paris.
Heureusement, par bonheur, il y a Charles. Charles, c'est un semi-clodo alcoolique qui travaille dans l'entreprise de logistique de produits pharmaceutiques où travaillait Alain. Ils sont devenus amis. Charles vit dans la rue, dans sa Renault 25 V6 Turbo qui a un joint de culasse défaillant. C'est lui qui va faire don de sa vie pour sauver celles de Alain et Nicole. Un saint, ce Charles. Du coup, plus de méchants. Alain a une grosse somme d'argent. Il en donne à ses filles et à sa femme. Mais l'argent ne fait pas le bonheur, on le sait. Si l'une des filles accepte l'argent et trouve comment l'utiliser, il n'en va pas de même pour l'autre fille (l'avocate pleine de principes) et de Nicole qui en profite pour quitter Alain et s'en aller vivre seule dans un modeste appartement de banlieue.

Pierre Lemaitre - Cadres noirs
Je n'ai pas aimé ce roman de Pierre Lemaitre. Il est très largement en dessous de ceux que j'ai pu lire précédemment. Où est le problème ? La trame aurait pu être intéressante. Un cadre dépressif qui réalise une prise d'otage parce qu'il sent qu'il n'aura pas le poste pour lequel il est candidat aurait pu donner un roman haletant. Là, on a un roman un peu poussif émaillé de ficelles un peu grosses et de rebondissements auxquels on peine à donner crédit. Je suis peut-être un peu chiant mais moi, les histoires de petit génie de l'informatique qui parvient à s'infiltrer dans un système informatique et à trouver en un temps record exactement ce que l'on cherche avec une facilité déconcertante, ça a tendance à m'agacer. Pour moi, ça tient du deux ex machina grossier. Peut-être que ça en épate encore certains mais moi, ça m'agace. C'est trop facile. Dans cette histoire, Alain Delambre, cadre quinquagénaire au chômage, parvient à faire virer une somme conséquente d'un compte secret (il s'agit d'une caisse noire) jusqu'à des comptes situés dans des paradis fiscaux, comme ça, en quelques minutes, juste depuis un vulgaire PC portable connecté à l'intranet d'un grand groupe industriel. Je dis chapeau. Réussir à s'infiltrer dans l'intranet, passe encore. Admettons. Mais pour le reste, rien que l'histoire de tomber sur les comptes, sur les numéros et mot de passe, tout ça. Non, vraiment, très fort cet Alain Delambre. Sur le fond, l'idée aurait pu être bonne. Il s'agit d'un roman psychologique et Pierre Lemaitre aurait pu donner plus de corps à son personnage. Là, on comprend qu'il est dépressif, on le comprend, on se prend un peu de pitié pour lui et on finit par ne plus le trouver si sympathique. On ne le comprend simplement plus. En fait, il me semble que soit la première partie est trop longue, soit la seconde est trop bâclée. Mais surtout, j'ai le sentiment que le roman a pu débuter d'un simple entrefilet dans la rubrique des faits-divers d'un journal. Un cadre au chômage prend en otages son futur employeur et ses futurs collègues. Après, on brode, on se rend compte que l'on ne parvient pas à faire une histoire assez longue et on ajoute des éléments d'intrigue comme ils viennent.
Pour moi, ce roman est globalement peu crédible et c'est bien dommage. J'aurais vraiment aimé me conforter dans l'idée que Pierre Lemaitre est le meilleur auteur du moment. Pour tout dire, il ne m'avait pas déçu jusque là et j'espère juste que je retrouverai cet écrivain au meilleur de sa forme dans le roman que je m'apprête à débuter.

Note

[1] Franchement, ces écrivains imaginent de ces choses !

Commentaires

1. Le lundi 21 avril 2014, 20:42 par Liaan

Bon, là, vous ne nous encouragez pas à lire Lemaitre... Votre analyse de l'histoire me fait tout de suite penser au scénariste Van Hamme, qui à raconté les histoires de "XIII", de "Chai-pu-qui" (*)(grand succès de librairie) et de Thorgal (entres autres). J'aime Thorgal par Van Hamme, les autres, je ne connais pas et n'ai pas envie de les connaitre (toujours mon vieux "méfie-toi, c'est du Best-Seller").
J'aime bien Thorgal, j'ai tous ses albums.
(*) "Chai-pu-qui", n'importe lequel d'entre vous, féru de bandes dessinées actuelles, me dirait son nom, mais moi, impossible.

2. Le lundi 21 avril 2014, 22:36 par fifi

Cela arrive à pas mal de gens de ne pas être au top, de toutes façons, je n'aurai jamais acheter quoique ce soit avec un nom qui sonne comme les écuries de Saumur. Ce soir, je termine Alex de Pierre Lemaître.

3. Le lundi 21 avril 2014, 22:59 par Liaan

@fifi : << je n'aurai jamais acheter quoique ce soit...>>
Votre orthographe !
Vous auriez acheté "Cadres Noires", par contre...

4. Le mardi 22 avril 2014, 21:42 par fifi

@Liaan : Bah ouais, j'ai fauté, je ne me suis pas relu ... " Cadres Noirs sans oeuf, sans eux ou sans "E". A moins que ce soit un cadre noir d'une 90 cc Tous Terrains.

5. Le mardi 22 avril 2014, 23:17 par shanti

J'aime bien vos présentations et ...présentoirs !