Un boulet et des balises

Un jour, un type que l'on prénommera Pascal parce que ses parents l'ont appelé ainsi me contacte pour que je le forme à l'utilisation d'un cms célèbre dans la perspective de l'aider à mener à bien son projet : créer lui-même de ses petites mains un site Internet qui révolutionnera le monde et l'univers.

Ce type que l'on prénommera Pascal m'explique dans un premier temps qu'il a déjà pu bénéficier d'une formation prise en charge financièrement par les services sociaux et dispensée par un formateur compétent. Je n'interviens donc que pour un complément de formation et pour, tout au plus, quelques heures. Parce qu'il s'agit d'une personne que je connais un peu et que, malgré tout, il ne m'est pas si antipathique que ça, j'accepte le marché à ses conditions. Je suis un piètre négociateur.
Dès les premières heures, je comprends soit que le formateur n'a pas été très bon soit que l'élève n'a pas été bien attentif. Pour dire les choses telles que je les ressens à ce moment, ce Pascal est presque au niveau zéro de l'apprentissage de ce cms. Il sait faire quelques bricoles mais ça ne va pas bien loin et ce qu'il fait est mal fait. Je lui dis alors qu'il va falloir tout reprendre et repartir sur des bases saines.
Nous nous voyons presque chaque mercredi après-midi durant quelques mois et il me semble qu'il assimile certaines choses. Néanmoins, il semble totalement hermétique à d'autres aspects. J'ai beau répéter et répéter encore, lui faire faire des exercices, lui expliquer le pourquoi du comment, rien à faire, ça ne rentre pas.
S'il s'était agit de faire un site avec une structure simple, ça aurait peut-être pu aller vite mais Pascal voulait des tonnes de fonctionnalités qui nécessitaient de devoir, à un moment ou à un autre, de mettre les mains dans le code html. Et là, bien entendu, les problèmes ont commencé sérieusement.

Le langage html, on en fait toute une histoire mais, dans le fond et tant que l'on reste dans les fondamentaux, c'est vraiment accessible. Les premiers sites que j'ai réalisés n'étaient pas bien beaux à voir et étaient faits avec des logiciels qui prétendaient permettre de simplifier le travail. J'ai commencé avec l'éditeur de pages web fourni avec le navigateur Netscape avant de passer à PageMill qui était donné gratuitement avec je ne sais plus quel logiciel Adobe. Sur les conseils de nombreuses personnes, je me suis intéressé un moment à Dreamweaver de Macromedia mais là, je n'ai jamais réussi à l'utiliser. J'ai un peu tâté de Golive mais sans grand enthousiasme. Alors, de guerre lasse, je me suis mis à l'éditeur de texte et à l'apprentissage des rudiments du html. Finalement, je me suis aperçu qu'il n'y avait pas tant de choses à apprendre que cela pour commencer à faire des sites basiques. Après, j'ai découvert les promesses des cms et je m'y suis intéressé. J'ai alors compris tout l'intérêt des css et je me suis amusé à apprendre quelques bricoles. Aujourd'hui, je ne suis pas un gourou du web. Je sais faire des trucs et des machins. Lorsque je n'arrive pas à faire quelque chose, je me renseigne auprès de ceux qui savent ou bien je cherche à comprendre par moi-même. Peu à peu, je suis arrivé à faire des sites qui tiennent la route.

Mais ce Pascal là, il a tout bonnement, et au motif qu'il serait "littéraire", refusé d'apprendre quoi que ce soit et, un jour, il a décrété qu'il en savait largement assez pour se débrouiller par lui-même. Notre collaboration aurait dû se terminer là. Sauf que, le monsieur dont il est question a commencé à faire du grand n'importe quoi dans la confusion mentale la plus regrettable. Son site qui avait une certaine tenue est devenu une mine à ciel ouvert d'erreurs en tous genres. Les navigateurs les plus laxistes acceptaient tant bien que mal de digérer le code pourri mais d'autres recrachaient tout sans plus de formalité.
Et là, voilà notre bon Pascal qui m'appelle à la rescousse et qui estime que je me dois, au nom d'une prétendue amitié, de lui venir en aide et de systématiquement passer derrière lui pour arranger la sauce, traquer les erreurs, nettoyer le code. Aujourd'hui encore, dès potron-minet, il m'envoie un courrier électronique péremptoire dans lequel, et en quatre points, il m'intiment l'ordre de corriger ses erreurs. Moi, je suis gentil et patient, surtout avec les handicapés mentaux. J'ai corrigé trois erreurs grossières mais j'ai baissé les bras pour la quatrième. Il s'agissait d'un article avec un code, je ne vous dis pas, qui ressemblait à un infect salmigondis de "choses". Je ne sais pas comment vous décrire le truc. Au départ, je suppose que c'est un copié-collé d'un document Word auquel on aurait ajouté au petit bonheur la chance des balises en cliquant sur les icônes de l'éditeur de texte du cms. Des balises ouvrantes qui ne ferment pas, des balises qui s'ouvrent pour se fermer aussitôt, des successions de <b><b><b> (balise pour "bold" en html). Incroyable. Pour un texte qui aurait du mal à remplir une page web, il fallait faire usage de l'ascenseur pour en voir le bout. Là, franchement, j'ai eu un coup de mou et j'ai refusé de faire la correction. D'autant plus que c'est du travail gratuit. J'ai envoyé un mail pour dire que je ne me chargeais pas de cela et aussi pour incendier un peu ce cher Pascal. Non mais.

Face au boulet

Une saillie verbale ?

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