Une fois n'est pas coutume

Pour une fois, parlons d'intelligence sur le blog qui nuit (très) grave. Je vous rassure, le blog qui nuit (très) grave redeviendra à son état normal dès après.

L'intelligence, c'est jouissif. Je ne parle pas de son intelligence à soi. Je parle de la rencontre avec l'intelligence. J'ai assez souvent été fasciné et heureux d'être confronté à ce que je considère comme étant une intelligence assez nettement supérieure à la mienne. En toute modestie, j'ai plutôt rarement eu l'occasion d'être fasciné et heureux, dans ma vie.
Il y quelque temps, on m'a prêté un livre que j'avais projeté d'acheter. Celles et ceux qui écoutent France Inter connaissent peut-être Jean Claude Ameisen qui propose son émission, "Sur les épaules de Darwin", chaque samedi à 11 heures. Cette émission est d'une rare intelligence en plus d'être poétique. Jean Claude Ameisen est un conteur curieux. Médecin spécialiste de la mort programmée des cellules, l'apoptose, il ne se prédisposait sans doute pas à devenir producteur d'une émission radiophonique. Je ne sais pas vraiment comment il en est arrivé là mais je suppose que c'est un désir énorme de partager son enthousiasme. On sent que Jean Claude Ameisen aime se poser des questions et trouver des réponses. Son terrain de jeu est vaste. Il englobe peu ou prou l'univers dans son entier. Son émission est une sorte d'OVNI dans le paysage radiophonique. Je n'ai pas souvenir d'avoir déjà entendu quelque chose d'équivalent. Il me faut aller chercher une série d'émission télévisuelle japonaise diffusée à la fin des années 80 en France sur Antenne 2, "La planète miracle", pour trouver une source de fascination et de bonheur équivalente. J'avais adoré cette série. Dans le monde des livres, il y a quelques ouvrages de Hubert Reeves ou de Albert Jacquard qui m'ont fait cet effet. J'y ajoute désormais le livre de Jean Claude Ameisen.

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Face à une intelligence supérieure à la sienne, on peut se braquer ou, au contraire, s'ouvrir. Face à l'intelligence, on peut avoir le sentiment que l'on nous rappelle que nous ne sommes pas intelligent ou avoir le sentiment que l'on cherche à nous élever, à nous faire cadeau de ce que l'on peut grappiller, de ce que l'on peut saisir au vol, de ce que l'on est capable de comprendre. Quoi qu'il en soit, dans ce second cas, on sort de la rencontre un peu plus intelligent et ça, c'est bon.
Jean Claude Ameisen est généreux. Il veut donner le plus possible. Pour réussir cela, il se montre patient et pédagogue. Il répète, il dit de manière différente, il simplifie, il utilise des images. Et puis, il est doux. Il ne brusque pas son cours. Il nous prend par la main et nous guide dans un voyage fait d'émerveillements et de surprises.
Les sujets qu'il explore avec nous, pour nous, sont multiples. Ils concernent le vivant, la maladie, le genre humain et le monde animal tout autant que le règne végétal, la physique, la chimie, la complexité du cerveau, des sens, des rêves. Il nous parle aussi de son émerveillement face à la grandeur et à la complexité hasardeuse de l'univers ou de la parade amoureuse des oiseaux. Il nous surprend, il nous fait rêver, il nous rend moins bêtes. Il nous amène sur les épaules des géants pour nous permettre de voir un peu plus loin.
Ce livre, je l'ai lu d'une traite et je n'ai, bien sûr, pas tout compris. Malgré ses efforts pour faire simple et compréhensible, l'auteur est confronté à l'insondable puits d'incapacité à comprendre certaines notions qu'est mon intelligence mienne. Mais ce n'est pas très grave, dans le fond. Si j'étais vraiment intelligent, je ne serais pas moi, je n'en serais pas là où j'en suis. Et puis, bon, tout n'est pas foutu, je peux encore acquérir quelque connaissance, même très parcellaire. L'important, c'est que ça me rende heureux.
J'ai donc dévoré ce bouquin et puis, j'y suis revenu et revenu encore. Certains textes ont été diffusés tel quel sur les ondes ou presque. Les lire m'a permis de mieux assimiler. D'autres me restent assez hermétiques après plusieurs lectures. Ce n'est pas grave. Je relis et je parviens à picorer un nouvel élément.
Le gros problème, c'est que ce livre m'a été prêté et que je vais bien devoir me résoudre à le restituer. Alors, je me dis que je vais l'acheter pour l'avoir en guise de livre de chevet. Et puis, je vous conseille de l'acheter ou de l'emprunter ou, tout du moins, d'écouter les émissions sur France Inter.

Une saillie verbale ?

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