Une certaine idée de la démocratie

C'est donc fait. Notre Gérard (plus tout à fait) national a obtenu son passeport russe des mains de Vladimir Poutine. Alors qu'il a chanté les louanges de la démocratie russe, on lui aurait proposé un poste de ministre de la culture. L'heure est venue de se poser les bonnes questions.

La Russie de Vladimir Poutine est-elle une démocratie ? Bien entendu, si l'on s'en tient au fait que le régime de Moscou assassine les journalistes et emprisonne les chanteuses rock, on peut en douter. Si l'on s'intéresse aux dernières élections présidentielles, au jeu joué avec Medvedev pour contourner la stupide règle du nombre de mandats successifs à la présidence du pays, on peut se poser quelques questions. Mais voyons le bon côté des choses et disons-nous bien qu'un grand pays comme l'est la Russie qui accueille des personnes persécutées par le fisc français ne peut pas être totalement mauvais.
Qu'est-ce qu'une démocratie, au fond ? Jusqu'en 1945, les femmes de France n'avaient pas le droit de vote et pourtant, personne sauf quelques féministes excitées ne niait que notre pays était une belle démocratie. Plus loin dans le temps, dans la Grèce antique, il ne faut pas croire que tout le monde pouvait voter. Et pourtant ? Ne dit-on pas que la Grèce est le berceau de la civilisation et de la démocratie ? La démocratie est un système politique dans lequel le peuple est souverain. Dans lequel il est demandé au peuple de se prononcer. En cela, la Russie est une démocratie. Bien sûr, on ergotera sur le caractère quelque peu "bizarre" de la vie politique russe et sur ce qu'il peut advenir comme menus tracas aux candidats par trop adversaires à la ligne de Poutine. Mais aucun système n'est parfait et il ne faut pas reprocher à la démocratie de ne pas être exempte de défauts.
Chacun peut aussi avoir sa définition de la démocratie. C'est le problème avec les mots et avec les idées abstraites qu'ils sont sensés transportés. Pour Gérard Depardieu, par exemple, une démocratie se juge à l'aune du taux d'imposition des artistes. C'est une vision claire, précise et totalement recevable. S'il considère qu'il lui est préférable de s'en aller vivre dans une démocratie qui lui permettra de jouir de son argent d'une meilleure façon, pourquoi l'en blâmer ? Evidemment, vous comme moi n'avons pas à réfléchir selon la logique de M. Depardieu. Nous ne sommes pas artistes, nous ne sommes pas si riches que ça, nous n'avons pas de patrimoine conséquent à gérer, nous ne somme pas concernés par le taux d'imposition "à la marge" de 75% de nos revenus. Nous ne pouvons pas comprendre la logique de M. Depardieu mais, au moins, acceptons-la et disons-nous que s'il prend la décision de partir de France pour s'en aller vivre ailleurs, c'est qu'il a de bonnes raisons de le faire.

Il faut maintenant se demander quel sera l'avenir de Gérard Depardieu. S'il s'avère qu'il deviendra citoyen russe de plein droit et qu'il sera nommé ministre de la culture, on peut supposer qu'il mettra un terme à son métier d'acteur. Alors, on ne pourra plus guère lui reprocher grand chose de notre côté. Qu'il continue éventuellement à gagner de l'argent en France de par ses affaires ne serait pas de nature à devoir nous choquer. Combien d'étrangers ont des intérêts dans le pays sans que cela nous fasse ni chaud ni froid ? Parce que, au fond, que reproche-t-on à Gérard Depardieu ? Lui reprocherait-on de ne pas être dans la vie ce qu'il peut être à l'écran ? Lui reprocherait-on de nous avoir déçu ? A l'extrême limite, la seule chose, à mon sens, que l'on pourrait reprocher à ce personnage, c'est sa connerie et sa bêtise. Qu'il aille vivre en Belgique ou en Russie, qu'il renonce à sa citoyenneté française (si cela est faisable), nous devrions nous en foutre. Qu'il parte parce qu'il en a marre de payer pour les pauvres, il n'y a pas vraiment de problème du moment qu'il vive vraiment ailleurs et ne profite pas du système français.
Selon Depardieu, la Russie est donc une belle démocratie, la plus belle de toutes. A ce stade, on ne peut éprouver qu'un peu de pitié pour cette personne qui a été aimée chez nous et qui fait des efforts si importants pour que l'on se mette à le détester. De la pitié et de la tristesse.

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