Un peu content

Tout à l'heure, j'ai entrepris une expédition dans mon sous-sol. Si vous ne connaissez pas mon sous-sol, vous ne pouvez pas comprendre en quoi son exploration relève de l'aventure. Je ne vois pas comment vous pourriez connaître mon sous-sol, d'ailleurs. J'y étais descendu dans l'idée de trouver un objet que je n'ai pas trouvé. J'ai trouvé autre chose et ça m'a fait plaisir.

Il y a quelque temps de cela, je vous parlais de mes couteaux Opinel. Je vous disais qu'il y en avait quelques uns que je ne retrouvais pas. Et bien aujourd'hui, j'ai remis la main dessus. Surtout, j'ai retrouvé l'Opinel n°12 ! Entre cet Opinel et moi, il y a une histoire. Nous étions, lui et moi, dans un bois de Dordogne à chasser la girole et... Mais n'allons pas trop vite. D'abord, une photo de ce couteau.
Opinel n°12 Michel Loiseau graphiste Dordogne
Voilà. Bon. Nous étions dans un bois du Périgord, nous cherchions des champignons, c'était le printemps et nous étions en 1987. Je me souviens parfaitement que nous étions en 1987, cela ne fait aucun doute. Cette histoire date donc d'un quart de siècle mais ça n'a rien à voir avec ce que j'ai à vous raconter.
Pour traquer la girole dans ce bois calme du Périgord, j'avais entrepris de tailler une branche de châtaignier afin de soulever les feuilles et débusquer les champignons sylvestres. Pour commencer, tout en avançant, j'avais écorcé la branche avec l'Opinel. C'était une branche que j'avais choisie bien droite et d'un diamètre adapté, ni trop petit ni trop grand. Il me fallait ôter les petites ramifications qui partaient de cette branche et l'Opinel, parfaitement aiguisé, s'acquittait avec aisance de cette tâche qui lui incombait.
Cette branche que j'avais choisie d'une longueur approximative de un mètre et vingt-trois centimètres avait en son milieu une branche plus forte que les autres. Par deux ou trois fois, la lame de l'Opinel, pourtant vaillante et coupante, avait butté sans trancher parfaitement. Alors, écoutant ma vive intelligence, je retournais le couteau pour venir à bout de l'impudente tige en tirant plutôt qu'en poussant. Reculant la lame loin en arrière, je la ramenais avec force élan et vive promptitude. La branche céda et la lame, prise dans l'élan, s'en vint à fendre le pouce de ma main gauche, tranchant l'ongle dans sa longueur et s'arrêtant à l'os.
L'incrédulité première fit place rapidement à une hébétude adéquate. Le couteau était bel et bien fiché dans l'os du pouce et cela faisait un mal de chien. Je retirai la lame et contemplai ce pouce devenu bifide. Parant au plus pressé, j'extirpai de la poche de mon pantalon un mouchoir de tissu pour emmailloté le doigt fendu et poursuivit la recherche des champignons. Le mouchoir s'était coloré mais la douleur n'était pas des plus vives. Après la cueillette dont je ne me souviens plus si elle avait été fructueuse ou non, je rentrai chez moi et m'intéressa à cette malencontreuse affaire de plus près. Je lavai la plaie à l'eau du robinet et confectionnai un beau pansement bien serré. Chaque jour, j'observai le travail de cicatrisation qui prenait bonne tournure.
Aujourd'hui encore, ce pouce garde la trace de cette bête mésaventure et je peux vous garantir que plus jamais je ne me suis amusé à ébrancher quoi que ce soit en tirant un couteau vers moi.

Une saillie verbale ?

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