Tuons-les tous

Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays Il paraît que la préoccupation principale des Français est la question de l'emploi et, par voie de conséquence, de la privation d'emploi ou de l'accès à l'emploi. François Hollande conditionne sa candidature aux prochaines élections présidentielles à l'inversion de la courbe du chômage. Il y aurait beaucoup à gloser sur ce concept d'inversion d'une courbe. Récemment, on nous a appris que l'on allait mettre en place un nouveau plan visant à réduire le chômage. De ce que l'on sait, on va tenter de favoriser l'apprentissage et la formation professionnelle en plus d'aider financièrement les embauches pour les PME. Rien de bien nouveau.
A droite, du côté du MEDEF, on regrette juste qu'il faille payer les salariés. Pour les employeurs, il est plus que clair que le frein à l'embauche, ce sont les charges. Il convient donc de les baisser. Dans l'idéal, il serait bon de supprimer l'idée du salaire minimum, celle du CDI[1] et celle des 35 heures hebdomadaires. Ils n'osent pas encore tout à fait le dire mais ils rêvent d'un monde où l'on ne serait pas obligé de verser un salaire, où l'on pourrait faire appel au travailleur au besoin et, surtout, le licencier facilement et rapidement. Avant même de l'avoir embauché, si besoin. Rien de bien nouveau non plus.
La position des "travailleurs", de la masse de personnes qui veulent un travail juste pour le salaire, juste pour avoir de quoi vivre et consommer un peu, est que il ne faut pas trop toucher les acquis sociaux ou ce qu'il en reste. Ces personnes arguent du fait que seul le CDI permet d'obtenir un prêt pour acheter une habitation ou une automobile ou quoi que ce soit d'un peu financièrement conséquent. Elles veulent un peu de sécurité, un peu d'argent, un peu de considération. Là non plus, on ne fait pas dans la nouveauté.
La situation peut sembler inextricable. Si l'on met de côté les vœux pieux du gouvernement (on peut supposer que ses membres cherchent principalement à se faire réélire) les attentes du patronat et des salariés et demandeurs d'emploi sont antinomiques. Et il se trouve que nous vivons dans une société, dans un système, qui veut que la voix des "riches" vaut plus que celle des "pauvres". Nous ne vivons pas dans un régime compatissant et guidé par l'empathie. Nous pensons que la réussite est la récompense du mérite. Cette idée est tellement bien ancrée dans les esprits qu'il arrive même que les gens du bas peuple donnent leur voix aux puissants. Peut-être est-ce dû à la diffusion massive de l'escroquerie intellectuelle imaginée par l'idéologie capitaliste qui prétend que n'importe qui, pourvu qu'il travaille dur, qu'il soit pugnace et dur à la tâche, volontaire et imaginatif, peut connaître le succès de l'entreprise privée. En votant à droite, on agit comme lorsque l'on coche des numéros sur un bulletin de jeu du Loto. Il est naturel, dans notre monde, de rêver s'élever dans la société.
Le souci, c'est que le système a besoin de ses pauvres. Et même de ses très pauvres. Le rôle du très très pauvre, c'est de faire peur au très pauvre. Pour ne pas tomber si bas, il va accepter du presque rien parce que c'est toujours mieux que du rien du tout. Enfin il faut nuancer un peu, tout de même. Pour que ça marche, il faut que le très très pauvre soit géographiquement proche. Les très très très très pauvres que l'on trouve loin de chez nous ne nous empêchent pas de dormir. Notons qu'ils ne servent pas non plus le capitalisme tant ils répugnent à consommer, ces indigents.
On pourrait penser qu'il pourrait exister une solidarité entre pauvres. Elle n'existe pas beaucoup. Je vous rassure, elle n'existe pas beaucoup plus chez les riches. Je rigole toujours beaucoup lorsque le chef d'une petite entreprise prend parti pour les grands patrons des grandes entreprises. Ils se croient du même monde, ces braves cons. Quand le pauvre à peur du très pauvre qui pourrait venir lui piquer le peu qu'il a, le très riche n'a pas peur du riche qu'il se contente d'utiliser à son profit. C'est là que l'on pourrait croire que le très riche est plus intelligent que le pauvre et le riche réunis.

Il ne semble pas être dans l'air du temps de passe à un système égalitaire, de gauche, socialiste. Nous sommes dans une économie de marché truquée. Je ne suis pas contre l'idée du capitalisme. Enfin pas vraiment. Il faudrait juste que ce système accepte de jouer selon les règles qu'il prône. Je ne vois pas pourquoi la solidarité nationale, européenne ou mondiale viendrait au secours de l'entreprise privée. On a sauvé des banques, on aide des entreprises. Qu'elles crèvent ! Le too big to fail popularisé avec la crise des subprimes nous éclaire bien sur les limites de ce jeu de dupes. On sait que des grosses entreprises ne remplissent pas leurs obligations vis-à-vis des états en agitant la menace de licenciements ou de délocalisation. Normalement, une entreprise qui ne trouve pas ses clients, qui se rate, devrait mourir. Il n'y a aucune raison pour que la société vole au secours des entreprises malades ou des institutions financières qui ont mal joué.
La volonté du gouvernement d'inverser la courbe du chômage est vouée à l'échec et c'est une quasi certitude. Je ne jette pas la pierre à Hollande et Valls. Peut-être ne peuvent-ils pas faire plus ou mieux. Peut-être nous ment-on lorsque l'on nous donne à croire qu'un gouvernement peut encore agir autrement qu'à l'extrême marge. L'autre jour, à la radio[2], j'entendais que General Electric s'apprêtait à supprimer plus de sept cents emplois en France après son rachat de de Alstom alors que le groupe américain s'était engagé à en créer mille, des emplois. Bon, je ne connais pas le dossier dans ses détails et il est possible que la restructuration doive passer par ça pour créer les mille (et les sept-cents en plus ?) emplois. On fait parler les chiffres et les informations comme on le veut. Mais vu de Azerat, ça ressemble un peu à un gros foutage de gueule. C'est un peu comme toutes ces firmes qui utilisent les niches et paradis fiscaux. Ce ne sont pas elles qui les ont créées, c'est vrai. Il me semble toutefois que les états pourraient agir. Mais alors, ce serait des entraves aux échanges commerciaux mondiaux et ce serait mal vu et ça occasionnerait sûrement tout un tas d'amendes pour ces états. Ce que j'ai aussi entendu à la radio, c'est la voix de Pierre Gattaz. Alors pour lui, c'est clair. Le coût du travail est trop élevé en France. Il faut supprimer le SMIC et baisser les charges. Il a soigneusement donné l'exemple de pays qui font bien mieux que la France pour le nombre de chômeurs, assénant des 3% pour ces pays et 5% pour tel autre. Oui. Et ?
On pourrait se demander pourquoi il y a un fort taux de chômage en France et ceci d'une façon si endémique et depuis si longtemps. Je suis bien certain que ce ne sont pas les études qui manquent. Il n'y a pas loin à chercher pour comprendre que des emplois ont été supprimés lorsque l'on a fermé des grands pans de l'industrie, dans la sidérurgie, dans l'exploitation minière, pour certaines régions du nord et de l'est de la France. La mondialisation a conduit au fait que la Chine est aujourd'hui appelée "usine du monde". On ne produit plus en Europe les produits manufacturés que l'on peut faire produire à moins cher ailleurs. Nous nous en réjouissons en tant que consommateur, ne nous le cachons pas. Ce qui serait bougrement intéressant, ce serait de comprendre quels emplois ont été créés en Grande-Bretagne ou en Allemagne. J'avais un ami allemand qui m'expliquait il y a quelques années qu'il avait dégotté un emploi de complément payé 5 euros de l'heure. Il s'agissait de faire des livraisons autour de Schorndorf, dans le Bade-Wurtemberg. Il considérait que ce n'était pas un boulot trop pénible et que le maigre salaire (ce n'était pas un temps plein) l'aidait à boucler les fins de mois. De fait, il n'était pas considéré comme chômeur. Ces temps-ci, ATD Quart Monde propose d'expérimenter la création d'emploi "non marchands". J'aime l'idée même si l'on risque d'institutionnaliser la notion de "sous emploi". Depuis des années, je suis persuadé qu'il existe de nombreux services qui pourraient être apportés par des personnes dont le salaire serait pris en charge par la société. Evidemment, j'en suis conscient, ces emplois seraient des emplois qui permettraient au mieux de tutoyer les minimums sociaux. L'idée permettrait certainement de faire baisser le nombre de demandeurs d'emploi mais ne permettrait certainement pas de créer des personnes économiquement aisées.
Et c'est là que l'on en arrive à se demander si ce qui est grave, ce sont les chiffres ou une courbe. Qui est responsable du nombre de demandeurs d'emploi ? Le gouvernement, les entreprises, les chômeurs ou l'ensemble des citoyens ou de la société ? Et existe-t-il une solution à ce problème qui soit satisfaisant ? Et est-ce un problème, d'ailleurs ? Si le chômeur peut être vu comme un fainéant, un parasite qui vit aux crochets de la société, on peut aussi prétendre qu'il a un rôle. La notion de "zéro chômage" n'est pas imaginable réellement ne serait-ce que parce que le chômage permet de conserver un cheptel de personnes prêtes à répondre à une offre d'emploi. On l'a dit, le chômeur agit aussi comme une épée de Damocles suspendue au-dessus de la tête de ceux qui ont un emploi qui peut disparaître d'un claquement de doigts. Ça permet de faire taire un peu les revendications syndicales et salariales. Si le chômage est une charge pour la société, s'il est vrai que les aides sont payées par ceux qui bossent et cotisent, ce n'est pas que de la faute du chômeur. Les idées que l'on propose aujourd'hui pour combattre le chômage passent donc par la formation et les "sous emplois". On n'est pas sorti d'affaire.

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Notes

[1] Contrat à Durée Indéterminée

[2] France Inter

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