Alors, c'est la course contre la montre. Il faut échapper à Chantal qui a commencé à se relever. Consciente de n'avoir pas été entendue par ses amis bien occupés à expérimenter les jeux de la séduction et à découvrir les plaisirs de l'acte sexuel, elle se répète.

— Eh ! Oh ! Les obsédés sexuels ! On arrête les paluchages ! Il y a des petits hommes qui viennent de fuir dans l'herbe ! Regardez, c'est incroyable !

— Des petits hommes ? Mais oui, mais oui, lance, narquois, Bernard.

— Je n'ai pas rêvé. Ils sont partis par là. Tenez, les herbes bougent, je suis sûre que c'est eux.

— Tu fais chier, Chantal. Tu vois pas qu'on est occupés ?

C'est Françoise qui s'est décrochée de la bouche de Thierry qui vient de parler. Françoise, elle n'aime pas Chantal. Chantal, elle, elle n'aime pas Françoise. Une histoire qui date de la classe de CM1. Chantal était amoureuse de André et cette traînée de Françoise le lui a piqué. Depuis, elles sont en froid.

Les garçons n'ont pas l'intention d'abandonner leurs investigations linguales pour aller à la chasse aux petits hommes. Moqueurs, ils demandent si ces personnages sont bleus. S'ils le sont, ils suggèrent que Azraël va bientôt arriver pour les en débarrasser. Bernard profite du divertissement pour tenter une main dans le corsage de Eliane qui fait mine de réprouver le geste cavalier avant de s'abandonner tout entière.

Chantal hausse les épaules et déclare que si c'est comme ça, elle rentre chez elle à la gendarmerie et qu'elle va dire à tout le village ce qu'il se passe ici. Elle est très en colère, Chantal. Elle se lève et s'en va en abandonnant les petits hommes qui peuvent souffler de soulagement.

— On l'a échappé belle, dit Roland.

— On file au Nautilus pour retrouver les autres et leur donner nos provisions, répond Robert.

Ces deux là accompagnés de Östäl jugent plus prudent de laisser tomber le char d'assaut et de rejoindre la maison à pied. Ils s'orientent tant bien que mal et prennent le chemin du retour. Bientôt, la maison est en vue. Avec une extrême prudence, ils se lancent dans la traversée de la cour et se jettent dans la grange. Leurs compagnons sont là à les attendre. Ils questionnent et écoutent le récit de la mission d'exploration avec intérêt. Ils accueillent les provisions avec joie. Après que tous eurent calmé leur faim, le temps est venu de décider de la suite. Il apparaît clairement qu'il n'est pas envisageable de bouger loin. De même, on admet que l'on en sait finalement bien peu sur l'époque et le lieu où l'on se trouve. Quelques indications tendent à montrer que l'on serait dans une époque proche quelque part en Bretagne mais il y a aussi cette histoire d'os de dinosaures découverts sur la plage proche. Et ça, c'est un peu inquiétant. On est dans l'expectative. On ne sait pas quoi faire mais on sait aussi que l'on ne peut pas rester dans cette situation. Le gros problème est que l'on ne peut pas essayer grand chose. On discute, on échafaude des théories et des plans, on propose des solutions et on en démolit d'autres. On tourne en rond et on commence à déprimer. Le moral est à la baisse. Il n'y a guère que les Chapraudt pour ne pas prendre conscience de la gravité de la situation.
Il faut dire que les Chapraudt, pendant tout ce temps, ils sont partis explorer la grange. Et il se trouve qu'en fins limiers qu'ils sont, il ont fini par mettre la main (ou presque) sur la réserve de bouteilles de calvados de la maison. Un casier plein de bouteilles ! Une aubaine pour ces buveurs assoifés. Hélas ! Malgré leurs efforts et leurs tentatives, impossible de trouver une solution pour ouvrir ces flacons. Déjà, rien que pour déboucher une de ces bouteilles, il faudrait atteindre le goulot. Et le goulot, il se situe à une bonne dizaines de mètres au-dessus de leur tête. Ah ! Ils ont bien essayé de faire un lasso avec une ficelle. Ils ont bien tenté de fabriquer un grappin avec un vieux clou. Ils ont bien cherché à escalader le casier. Ils se sont bien aventurés à gravir le manche de la houe appuyée contre la caisse proche qui surplombe les bouteille. Il se sont escrimés, ils se sont cassés la gueule plusieurs fois mais ils ne sont jamais arrivés à toucher l'un ou l'autre des bouchons. Et quand bien même ils y seraient arrivés, comment auraient-ils pu les extraire, ces bouchons ? Pas avec leurs ridicules petits tire-bouchons. Ils se sentent dépités, les Chapraudt. Echouer si près du but, c'est un fâcheux coup du sort. Et pourtant, ils en sont certains, la solution naîtra du calvados. Ils n'arrêtent pas de le clamer et de casser les oreilles de tout le monde. Le calvados est la clé de leur salut à tous. Pour eux, l'enjeu est simple. Il faut trouver du calvados. Le calvados leur redonnera taille normale et ils pourront rentrer à la gendarmerie où ils feront leur rapport. Avec un peu de chance, on lèvera leur mise à pied et ils reprendront une vie normale. Tous sont affligés par autant de bêtise. Ils ne pensent même plus à demander aux gendarmes de se taire. L'heure est grave et on a mieux à faire qu'à lutter contre les idiots de service.
Östäl se lève d'un bond. Il demande que l'on se taise. Il vient d'entendre des pas qui arrivent vers la grange. Panique dans les rangs ! Une ombre s'approche en effet de la porte. Vite ! Nos héros se lancent dans le sous-marin, seul endroit où ils peuvent se cacher et prétendre à un peu de sécurité. On verrouille la trappe d'accès et on observe par les hublots ce qu'il se passe dans la grange.

C'est Pierre qui vient d'entrer. Pierre est venu chercher son nouveau jouet avec l'idée de filer tout droit vers l'étang. Il a pris une besace pour cacher son sous-marin. Il est bien décidé, Pierre. Il n'a aucune hésitation avant d'agripper le Nautilus et de le plonger au fond de son sac. Il n'agit pas avec grande délicatesse et ne semble pas se soucier de la santé de l'équipage du Nautilus. A sa décharge, on reconnaîtra qu'il ignore tout dudit équipage.

Il va sans dire qu'à l'intérieur du sous-marin, on est bien bousculé. Cette fois-ci, on a pris ses précautions et on a prit garde de bien se cramponner et de bien s'attacher. Pour autant, le décollage est mouvementé et on se retrouve sur le côté, balloté de droite à gauche au gré des mouvements de la marche du garçon. Le voyage jusqu'à l'étang se fait dans l'obscurité totale. Il dure bien assez longtemps pour que ça soit lassant. On jure, on peste, on râle, dans le Nautilus. Mais que peut-on faire ? Rien. Il faut se résigner à subir tant qu'une solution n'est pas trouvée. Et en fait de solution, on n'en a pas l'espérance de la plus petite.
La lumière s'infiltre par les hublots. On se sent élevés dans les airs à grande vitesse puis, avec la même vitesse, descendus vers la terre. Sauf que c'est vers l'eau, que l'on est abaissés. Östäl se détache de ses liens et part vérifier que tout est bien fermé, que l'eau ne pourra pas s'infiltrer dans le Nautilus.
Le Nautilus est sur l'eau. Il flotte comme il peut. Il prend du gîte. Ses ballasts sont vides. Östäl a une idée. Elle vaut ce qu'elle vaut mais au moins, c'est une idée. Il la propose à ses compagnons. Il s'agit de plonger et de tenter de s'éloigner de la berge. Pour réussir cela, il faut se remettre à pédaler et à pomper. On hésite un court moment et puis on se dit que, fichus pour fichus, il est préférable de mourir noyés que de vivre à l'état d'hommes minuscules. Tous rejoignent leur poste et le Nautilus commence son immersion en même temps qu'il s'éloigne de la plage de l'étang, sous le regard médusé de Pierre qui ne peut rien faire pour récupérer son jouet. Il faut moins d'une minute pour que le sous-marin disparaisse de la vue de l'enfant.

Du reste, beaucoup d'autres éléments vont disparaître très prochainement de la vue de Pierre puisqu'il se trouve que Paul et sa bande vient de sortir du petit bosquet et qu'ils manœuvrent habilement pour prendre le malheureux enfant en tenaille. L'état major amis en place un plan de bataille infaillible auquel ne pourra échapper Pierre, sauf à ce qu'il se décide de fuir à travers les eaux froides, boueuses et pestilentielles de l'étang. C'est ce qu'il va se résoudre à faire mais un peu trop tard. Paul est déjà sur lui. Il reçoit son poing dans l'œil gauche qui bleuit et enfle de belle manière. Alors qu'il tombe à la renverse, l'œil droit est accueilli par une semelle à gros crampons. L'arcade sourcilière rend grâce et éclate. L'œil menace l'exorbitation. Voilà le pauvre Pierre rendu aveugle pour un temps. S'il ne peut plus les voir, il sent les coups pleuvoir sur tout son corps. Ses côtes subissent les assauts violents des pieds perfides, les bras maigres qui essaient de protéger le visage contusionné sont frappés, les jambes qui s'agitent dans des mouvement désordonnés et désespérés sont muselés. Pierre est soulevé et conduit au bout de la jetée d'où il est jeté sans ménagement dans l'eau vaseuse. Il n'a pas de pot, le pauvre Pierrot.

A bord du Nautilus, tout n'est pas rose non plus. La chute de Pierre a provoqué une lame de fond qui entraîne le sous-marin vers les profondeurs sans que l'on puisse commander ou diriger quoi que ce soit. Le vaisseau est en perdition. On s'époumone à pédaler de toutes ses forces pour rétablir l'assiette mais rien ne peut y faire, le courant est bien trop fort. En vrille, le Nautilus s'enfonce. Östäl et Gemenle, seuls membres d'équipage à connaître le bâtiment et son fonctionnement déclarent que l'on peut arrêter la lutte et qu'il ne reste plus qu'à souhaiter un retour au calme naturel. Gaëlle est déjà la tête à un hublot. Elle annonce que l'on n'y voit rien à plus de cinq mètres mais qu'il lui semble que l'on est proche du fond. Il lui semble en effet apercevoir des algues. D'un coup, elle pousse un cri effrayé et effroyable. C'est une carpe immense qui vient de passer à proximité du Nautilus. Elle a vu un œil énorme qui la regardait. Robert accourt pour voir le poisson. C'est bien une carpe. Une carpe immense, grosse comme une baleine.

— Enfin, une baleine, je dis ça mais je n'en ai jamais vu. J'imagine que c'est gros comme cette carpe, quoi.

— Un autre poisson ! crie Chapraud.

— Où ? Où ? s'enthousiasme Chapraut qui veut voir.

— Là, à droite, là !

— On dit pas à tribord, dans la marine ?

— Je ne sais pas. Je suis gendarme, pas marin.

Chapraut s'est approché d'un hublot. Il cherche, il ne voit rien, il s'énerve.

— Il est où, ton poisson ?

Soudainement, il le voit, le poisson ! Il n'a pas le temps de crier que déjà un brochet gigantesque vient heurter le sous-marin qui est propulsé sur le côté. A l'intérieur, une fois de plus, on compte ses bosses.

— Nous voilà dans de beaux draps, se lamente Chapraut. On va mourir au fond de cet étang. On va mourir de faim et de soif. C'est horrible.

— Mourir de soif, j'aurais pas pensé que ça pouvait m'arriver, pleurniche Chapraud. Dire qu'il y a une réserve de calvados juste à côté. Quitte à mourir, autant mourir joyeux !

Et il est vrai que la situation est délicate. Ballotés par les courants, bousculés par les poissons, les passagers du sous-marin n'ont pas un avenir brillant face à eux. Ils ont beau réfléchir, se creuser la tête, retourner les questions dans tous les sens, il n'y a aucune solution. La seule option qui se présente à eux, c'est de rejoindre la surface. Mais une fois à la surface, que feront-ils ?
Rester au fond de l'étang, c'est se condamner à mourir faute d'oxygène. Il faut donc remonter et essayer de se trouver un port d'attache sûr, un endroit où l'on ne viendra pas les dénicher. La décision est prise à la quasi unanimité, on remonte à la surface. Il n'y a que les gendarmes pour s'opposer à cette décision. Ils déclarent se mettre en grève si l'on ne leur permet pas de reprendre des forces en buvant un peu de calvados. On leur refuse ce droit mais on leur promet de leur en donner un peu dès que l'on aura trouvé un refuge. A contre cœur, les gendarmes finissent par accepter de pédaler mais ils avertissent qu'ils n'assureront qu'un service minimum.

— C'est déjà plus que ce à quoi vous nous avez habitués, lâche la fluette voix de Etzelle.

L'incident est clos, les postes sont distribués et on se prépare à rejoindre la surface.

la remontée est difficile et éprouvante. On dirait que les poissons de l'étang se sont donnés le mot. Ils viennent tous voir ce nouveau locataire bien étrange. Ils sont nombreux à vouloir toucher. Peut-être même à mordre pour certains. A tous les coups, le Nautilus est projeté dans une autre direction et l'équipage à fort à faire pour conserver un semblant de cap et d'assiette. Le sous-marin finit par atteindre la surface. Nos héros sont satisfaits de pouvoir arrêter de pédaler et de pomper. Östäl se prépare à ouvrir l'écoutille principale, il a déjà commencé à manœuvrer le système de fermeture lorsqu'une carpe lancée à vive allure près de la surface heurte avec violence le Nautilus. Par malheur, le sous-marin a remonté de son voyage vers les profondeurs une ligne de pêche munie de son hameçon qui va se ficher dans la peau du poisson lequel, n'appréciant pas du tout d'être piqué au vif de pareille manière, décide d'offrir un voyage de son cru dans son territoire. La carpe a mangé du lion. Elle est particulièrement vive et nerveuse. Pour se débarrasser du sous-marin bien trop accroché à elle à son goût, elle part dans une suite de zigzags, de virages brusques, de descentes aux abysses, de ralentissements suivis d'accélérations. Dans le Nautilus, on n'a pas eu le temps de se préparer. Seuls Gaëlle, Etzelle et Gérard étaient encore attachés lors de l'attaque carpière. Tous les autres, sont sonnés, étourdis, contusionnés, assommés, blessés. Le lien entre la carpe et le sous-marin cède à proximité de la bonde. Livré à lui-même et poursuivant sur sa lancée, le Nautilus bascule dans les canalisations et est entraîné hors de l'étang dans un canal qui va rejoindre le cours d'eau proche. Il dévale une petite cascade, rebondit sur une pierre lisse, glisse sur une succession de pierres plates, tombe dans un trou, est englouti par un tourbillon, passe un syphon naturel et parvient à une cavité obscure. Là, le sous-marin fait naufrage sur une plage.

Il faut au moins une heure pour que Östäl reprenne conscience. Dans le noir le plus complet, il cherche à s'orienter. Il lui faut longtemps pour comprendre que le Nautilus est couché sur le flanc. Une fois la situation assimilée, il peut se diriger vers le poste de commandement et chercher une lampe-torche. Dès lors, il porte secours à ses camarades d'infortune et il peut commencer à évaluer au mieux la situation. Peu à peu, tout le monde reprend ses esprits. On se tâte les contusions, on s'assure que rien n'est irrémédiablement cassé, on s'entraide, on se sort de positions inconfortables, on a des mots de réconfort. A l'aide des quelques lampes disponibles, on cherche à voir le monde extérieur à travers les hublots. Il apparaît rapidement que l'on n'est plus dans l'eau. On n'explique ni comment on est arrivé là ni où l'on est mais on se met d'accord pour essayer une sortie prudente. Tout le monde sort du Nautilus. Il ne leur faut pas longtemps pour parcourir la grotte. Elle semble particulièrement grande. Etzelle fait remarquer qu'ils sont particulièrement petits. Gaëlle avoue qu'elle avait déjà oublié ce détail. Ils voient le boyau par où ils sont arrivés et comprennent comment et pourquoi ils se sont échoués là. La rivière souterraine fait un coude brusque avant de replonger dans les entrailles de la terre. Aidé par l'effet centrifuge, le Nautilus a été éjecté. Légèrement en hauteur, Roland remarque la présence d'une galerie montante. Il demande que l'on l'aide à se hisser jusqu'à elle et propose de l'explorer sommairement. Cette galerie est tout à fait praticable et il propose que l'on aille voir où elle mène. S'aidant les uns les autres, notre petite troupe se transforme en groupe de spéléologues. La galerie est réellement vaste et la progression se fait très aisément.

Mais bientôt, la faim se fait sentir dans les rangs. Ce sont les gendarmes qui s'en plaignent les premiers. On réfléchit et on se dit, à la lumière des événements et émotions de la journée, que l'on pourrait regagner le sous-marin pour se restaurer des maigres réserves encore présentes à son bord.

— Et on pourrait bien faire passer le repas avec un peu de calvados. Je n'ai aucune confiance dans cette eau qui ne me semble suspecte et peu potable, essaie Chapraut

— Oui, on pourrait. Vu la situation, on devrait se permettre ça, appuie Chapraud.

— Ils ont raison, tranche Colette. Nous ne sortirons peut-être jamais vivants de cette aventure. Autant se faire un petit plaisir.

Même les plus récalcitrants se laissent convaincre. Sans se le dire, tous ont au fond d'eux-même la désagréable sensation que la fin de l'histoire est proche. Le Docteur Gemenle ajoute que en l'état il serait vain de tenter de remettre le Nautilus en fonction.

— Couché zur le vlang gomme il est, on ne bourra chamais le redrezer !

La colonne fait demi-tour et reprend la progression en sens inverse. C'est Chapraud qui est maintenant en tête de cortège.

— Aïe !

Il vient de se cogner la tête contre une scélérate stalactite.

— Ouille !

Chapraut vient de s'en prendre une en pleine poire à son tour.

— Faites attention où vous marchez, bande d'imbéciles, lance Roland.

— Ah. On arrive à un passage un peu étroit, annonce Alice aux suivants.

— Houla oui, en effet, note Etzelle qui est obligée de se contorsionner pour franchir le rétrécissement.

— Aidez-moi, je suis bloqué ! appelle Gérard.

— Attention. Par là, le plafond est bas, préviens Robert

— Z'est très pissare ! Dout à l'heure, za zemblait peaucoup blus faste, s'interroge Gemenle.

— C'est vrai, assure Alice. Pour l'aller, nous n'avons pas connu ses problèmes.

— Exact, lance, toute guillerette, Gaëlle, juste avant de cogner une stalactite du front.

— Là ! Là ! Là ! Re... Re... Regardez !

Chapraud montre quelque chose dans le faisceau vacillant de sa lampe torche. Tous se regroupent et regardent. Ils restent muets. Devant eux, le Nautilus s'est réduit à la dimension d'un jouet pour enfant. Plus mystérieux encore, la grotte qui semblait si vaste leur permet à peine de les faire tenir debout. La rivière souterraine n'est plus qu'un mince filet d'eau.

— On grandit ! explose Gérard. On grandit ! On va crever écrasés dans ce trou à rat !

Et en effet, on grandit. Bientôt, il faut ployer l'échine pour tenir dans la grotte. Encore un peu et on a du mal à s'y trouver tous une place.

Östäl va essayer quelque chose. Östäl est une force de la nature, un colosse. Il gonfle les muscles de son cou et de ses épaules et il prend appui contre le plafond. Roland, Robert, Gérard et, plus curieusement, les gendarmes comprennent le sens de la manœuvre. Ils se redressent, ils appuient fort sur les jambes et la voûte commence à craquer. Elle se soulève, elle se fissure, elle se cisaille, elle cède ! Un dernier effort et nos héros se retrouvent la tête à hauteur de sol. Ils n'en reviennent pas. Ils s'extirpent de leur trou et Roland a la présence d'esprit de se saisir du tout petit sous-marin qu'il glisse dans une poche.

Couverts de terre, encore sous le coup de la surprise, nos aventuriers n'en reviennent pas encore. Au loin, ils entendent le vrombissement caractéristique d'une route. Ils se dirigent à l'oreille vers la civilisation.

— Ah mais je connais ! C'est le champ à Hector. affirme Gaëlle en longeant une haie.

— Vous reconnaissez ?

— Ah oui ! Je suis pas encore sénile ! Je connais mon pays !

— On est à Pont-Aven ?

— Sûr !

totalement sous le choc, l'équipe accélère le pas.

— Tiens, le facteur. dit Chapraud

- Tiens, oui, répond Chapraut sans plus s'étonner.

— On irait pas dire le bonjour à Kermitt ? Je vois sa maison.

— Et se faire payer un coup.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, nous voilà revenus à Pont-Aven. Comme si de rien n'était. Gaëlle a déjà repris le chemin de sa maison, suivie des gendarmes décidés à rendre une visite de courtoisie à l'ancien boulanger. Roland et Robert sont interdits, les bras ballants. Colette et Gérard, Gemenle et Östäl annoncent qu'ils ont des trucs à faire et qu'ils vont devoir y aller. Alice déclare que l'heure est sans doute venue de se dire au-revoir et qu'elle a l'intention de repartir chez les siens. Etzelle demande qui pourrait la ramener chez elle.

Roland tâte le Nautilus dans sa poche. Il le sort. Il est tout petit, un tout petit sous-marin de poche, un jouet de luxe. Il ne sait quoi dire, il n'a rien à dire. Il regarde Robert qui, lui non plus, n'a rien d'autre à faire que d'afficher son incrédulité et son incompréhension au grand jour.

— Robert ?

— Oui Roland ?

— On n'irait pas manger quelques galettes ?

— On n'a pas grand chose d'autre à faire.

— Oh ! Regarde ! Tu vois l'immense navire, là-bas, au loin ?

— Ah oui. Il est vraiment gigantesque, dis-moi.

— Ce ne serait pas ce porte conteneurs français, le plus grand du monde, qui peut porter seize mille conteneurs, le Jules Verne ?

— Le Jules Verne ? Certainement pas ! Il est amarré à Marseille. Il va être inauguré par François Hollande aujourd'hui.

— Mais alors ? Quel est donc ce bâtiment énorme ?