Tentative de feuilleton collaboratif du mardi (44)

Qui qui est tout riquiqui ? C'est le petit sous-marin et son petit équipage. Dans l'épisode précédent, voilà que tout notre petit monde est réduit à l'échelle d'un jouet pour gosse. Voilà bien un rebondissement auquel personne ne s'attendait.
Je prends la suite du feuilleton et puisque l'on est dans le domaine du petit, je vais faire long. Bon courage et bonne lecture !

Cataclysme dans le Nautilus. Le sous-marin s'est élevé dans les airs. Un sous-marin volant. Tout le monde est parti cul par dessus tête. On n'a rien vu venir. On n'a rien compris. Le Nautilus a bougé puis il s'est envolé. On n'a pas eu le temps et la présence d'esprit, le réflexe, de s'accrocher. On a valdingué, on s'est cogné, on s'est bousculé, on s'est télescopé, on s'est percuté, on s'est amoché. Plaies et bosses. Catastrophe.

Sous le bras de Pierre, le Nautilus. Sous l'autre bras, le Fantôme. Et Paul et sa bande qui arrivent. Pierre ne compte pas abandonner ses jouets. Il va les défendre, il va se battre. Il se sait moins fort que Paul, il sait qu'il va se prendre la raclée du siècle mais il va combattre. Il commence toutefois par prendre ses jambes à son cou et à s'enfuir vers la cabane de pêcheur toute proche. Il sait comment y entrer et il sait comment en interdire l'accès depuis l'intérieur. Il court à perdre haleine, Pierre. Paul et ses sbires sur ses talons.

A bord de l'insubmersible, c'est la Bérézina. Nos héros sont projetés comme des fétus de paille contre les parois. Gaëlle est assommée. Inconsciente. Etzelle a un œil au beurre noir. Les Chapraudt sont dans les vapes. Roland, Robert et Östäl tentent tant bien que mal de rester accrochés au périscope. Alice est coincée sous un siège, le docteur Gemenle s'agrippe comme il le peut à ses manettes. Colette et Gérard sont enlacés et crient leur peur. C'est la déroute, la rude épreuve.

Pierre n'est plus qu'à quelques enjambées de la cabane. Il a la planche disjointe en ligne de mire. Il calcule le temps qu'il va lui falloir pour la faire basculer, pour se laisser rouler à l'intérieur, se retourner et bloquer l'issue avec la barrique qu'il sait trouver là. Il court, il a le souffle court. Pour basculer la planche, il va avoir besoin d'une main libre. Cruel dilemme. Lâcher le Fantôme ou lâcher le Sultan ? Abandonner le voilier cadeau de son grand-père Maurice ou le sous-marin magnifique ? Ce sera le Fantôme qui fera les frais de la course-poursuite. Pierre est droitier, c'est par réflexe qu'il desserre son étreinte autour du Fantôme. La planche pivote, Pierre se laisse rouler en boule, il lâche le sous-marin, se redresse, attrape le tonneau et bloque l'accès à la cabane. Il s'arc-boute pour interdire l'intrusion des forces ennemies. Il reprend son souffle tandis que les coups de pieds et les injures pleuvent à l'extérieur.

— Sors d'ici, morveux ! Sors d'ici ou on détruit ton bateau pourri !

C'est la voix de Paul. Paul, le fils de la Marthe. Paul, le mauvais garçon du village, celui qui n'arrivera à rien, celui qui collectionne les heures de colle et les mauvaises notes. Paul et sa bande de fouteurs de merde. Cette bande qui n'a pour autre jeu que de faire les pires bêtises dans le voisinage. Saccages de poulaillers, vols et larcins à la boulangerie et à l'épicerie. Paul, violent et bagarreur mais aussi Paul pas aidé par dame nature pour ce qui est de l'intelligence. Paul, chef d'une bande de demeurés.

En raison des multiples coups d'éclat de la petite bande, les villageois gardent toujours un œil sur la mauvaise troupe. Et il se trouve que Hector, le garde-pêche, vient de boucler le tour de l'étang et s'approche de la fine équipe à grandes enjambées silencieuse. Il a tout vu. Il se réjouit par avance à l'idée d'attraper un ou deux garnements et de mettre la bande en fuite. Il sent sa main frétiller de la joie de balancer deux ou trois baffes bien méritées. Paul et ses comparses ne voient pas Hector débouler sur eux. C'est le gros Raymond qui est saisi au collet en premier. Un pied part s'écraser dans les fesses de Jean-Pierre, le fils du plombier-zingueur. Jean-Pierre, surpris, part culbuter Bébert qui s'écroule le nez dans la poussière. Paul se retourne juste à temps pour recevoir une mandale. Sentant que la tournure des événements ne va pas en leur faveur, on se carapate. Paul tente une dérobade mais il n'est pas assez rapide pour Hector qui le récupère par la ceinture du pantalon et le soulève. Paul fulmine et peste, il lance tout son vocabulaire en vrac, il profère les pires menaces. Tranquillement, lesté de ses proies, Hector marche vers le promontoire. Il élève Paul au-dessus de l'eau verte de l'étang, lui souhaite une bonne baignade et le lâche. Pour Raymond, le gros Raymond qui pleure et supplie que l'on ne le lance pas à l'eau, qui affirme ne pas savoir nager, qui jure qu'il ne le fera plus, qui ne peut se retenir de pisser de frousse, il faut que Hector s'y prenne à deux bras. Et une, et deux, et plouf ! Raymond bat des bras et des jambes, Raymond crie et pleure et avale de l'eau et crache et suffoque et patauge lamentablement. Il lui faut assez longtemps pour voir que Paul est debout dans la vase et comprendre qu'il lui suffit de se mettre sur ses pieds pour ne pas mourir par noyade.

— Allez, ouste ! Fichez-moi le camp d'ici immédiatement, imbéciles ! Je vous ai à l'œil. Ne vous avisez pas à revenir dans le coin.

Paul et Raymond rejoignent la berge herbue et s'éloignent penauds, la tête basse. Arrivés à bonne distance, Paul se retourne et, brandissant le poing en direction de Hector, il jure de représailles dantesques. Hector fait mine de se lancer à leur poursuite et les deux engeances s'enfuient à toutes jambes.

Pierre sort de la cabane par où il y était entré et s'occupe de son Fantôme après avoir remercié Hector. Pauvre voilier ! Le mat est cassé, la voile déchirée. Hector s'approche et prend le bateau. Il dit pouvoir le réparer. Si seulement Pierre voulait bien le suivre chez lui, il lui donnerait un bonbon et, à la condition que Pierre soit bien gentil, il réparerait certainement ce jouet. Pierre n'est pas bien chaud. C'est qu'il y a des bruits qui courent, dans le village, à propos de Hector. Des bruits que Pierre ne comprend pas bien. Ce qu'il sait, en revanche, c'est qu'on lui a bien dit de ne jamais accepter quoi que ce soit de Hector.

Pierre est un enfant obéissant. Il dit à Hector que son père saura sans doute réparer le bateau. Il reprend son Fantôme et, remerciant Hector une fois de plus, il s'en va chez lui sans oublier le Nautilus et en choisissant la route la plus fréquentée pour se prémunir d'une toujours possible attaque de Paul.

Dans le Nautilus, les valides ont mis à profit l'intermède de la cabane pour faire le point et prendre des mesures. Un rapide conciliabule a permis de conclure que l'on n'était à un époque et à un endroit où il y aurait des animaux ou des personnes gigantesques en mesure de transporter un engin de la taille du sous-marin. Bien que tout cela relève bien trop du domaine de la science-fiction pour les plus cartésiens du bord, bien qu'il ait été quasiment impossible de voir quoi que ce soit par les hublots ou par le truchement du périscope endommagé, bien que les Chapraudt aient suggéré l'idée que l'on pourrait finir la réserve de calvados et sortir du sous-marin pour aller aux nouvelles, bien que Gérard se soit souvenu d'un coup qu'il croyait en dieu et qu'il se soit lancé dans la récitation des quelques prières dont il se souvenait un peu, bien que, surtout, personne ne soit en mesure d'expliquer et comprendre quoi que ce soit à tout cela, il était convenu qu'il fallait faire preuve de prudence et de patience. Sûrement, bientôt ou à brève échéance, on arriverait à en savoir plus. Pour l'heure, l'urgence était donc de se protéger et d'éviter de nouvelles blessures. On avait solidement attaché les personnes inconscientes, on avait arraché les coussins des sièges et fauteuils pour en faire des protections et on s'était enfin arrimé aux parois après avoir fait le ménage parmi tous les objets qui pouvaient jouer au projectile contondant. Cela ne plaisait à personne mais il fallait attendre.

A la vérité, Pierre n'était pas pressé de rentrer chez lui et il n'avait pas du tout l'intention de donner son voilier à réparer à son père. Le pauvre enfant savait trop qu'il risquait une volée de coups si son père apprenait qu'il avait eu affaire à la bande de Paul. Il recevrait des coups aussi s'il venait aux oreilles paternelles que le bateau était cassé. Il était sage de ne rien dire de tout cela.

Pierre aimait son père parce que c'était son père. Il n'y avait pas d'autre raison rationnelle à cet amour filial. On lui avait appris qu'un enfant se devait d'aimer ses parents et Pierre était un enfant obéissant. Pourtant, lorsqu'il lui arrivait de se questionner au sujet de ces choses là, il n'avait objectivement aucune raison d'aimer père et mère. Son père était violent. Il ne l'avait pas toujours été. Ou du moins, pas toujours aussi régulièrement. Alcoolique notoire, il avait perdu son emploi de chauffeur-routier en même temps que son permis de conduire. Il faut dire qu'il y était allé un peu fort. Bourré comme un coing, il avait encastré son Berliet dans le cul d'une R16 bourrée elle aussi mais des membres d'une famille nombreuse, chargée jusqu'au toit de tout l'attirail nécessaire à une famille en transhumance estivale vers les côtes bretonnes. Tente, table pliante de camping, réchaud à gaz, petites laines, duvets, bateau et bouées gonflables, cirés imperméables, chauffage d'appoint, trousse de soin de première nécessité, autocuiseur, ménagère complète comprenant louche et pelle à tarte, seaux et cuvettes diverses, cannes à pêche et épuisettes, bonnets de nuit et bouchons d'oreille, slips de bains et crème solaire, paquets de nouilles et de biscuits secs. Le grand équipement au grand complet. Le père au volant, une Gitane maïs rivée au coin des lèvres, la mère à la place du mort, chargée de comprendre quelque chose à la carte Michelin, les enfants à l'arrière, deux filles et un garçon, occupés à se chamailler et à vomir à tour de rôle. Sans oublier le chien, Médor, et le poisson rouge qui avait tant envie de voir la mer.

Dans l'accident, toute la famille avait péri. Les enquêteurs ne retrouvèrent jamais Jules, le poisson rouge. Ils ne firent pas trop de zèle non plus, il faut le reconnaître. Au moment du choc fatal, le père de Pierre était endormi, vaincu par la fatigue de la route et le vin rouge. Il eut beau expliquer et expliquer encore, avec force et conviction, que la R16 avait surgi de nulle part, qu'elle n'était pas là l'instant d'avant, les gendarmes furent intraitables. Ils contrôlèrent le taux d'alcoolémie et furent tellement surpris par le résultat qu'ils crurent un instant à une défaillance de leur alcootest et demandèrent un deuxième essai.

Comme si cela ne suffisait pas, l'accident qui coûta la vie à toute la famille Ramirez provoqua l'incendie du camion qui était une citerne pleine à ras-bord d'essence. Dans l'explosion qui suivit, on déplora la mort de toute l'équipe de nuit de l'entreprise Charmiers & fils qui jouxtait la route. Vingt-trois hommes soufflés sur leur lieu de travail. Cette petite entreprise familiale était spécialisée dans l'épluchage de pommes de terre et tournait en trois-huit. Ce fut une grosse perte pour l'industrie locale. Envoyés sur les lieux pour circonscrire l'incendie et récupérer le maximum de pommes de terre épluchées, trois des dix pompiers périrent dans d'atroces souffrances qui leur valurent une décoration à titre posthume.

Gabriel, le père de Pierre fut légèrement blessé au coude. On lui ôta son permis de conduire, on le licencia, il but encore plus. Depuis, l'ambiance était assez morose chez Pierre et les baffes volaient bas. Du reste, pour ne rien arranger, il se trouve que Gabriel était copain comme cochon avec le père de Paul, le mari de la Marthe, une demeurée qui ne s'était jamais remise tout à fait de la mort de son grand garçon. Le père de Paul, Edouard, était garagiste. Pas un mauvais garagiste, Edouard. Pas un mauvais garagiste tant qu'il était à peu près à jeun. Au village, on ne comptait plus le nombre de réparations approximatives ou fantaisistes qui avaient occasionné tant d'accidents. Parce qu'il était conseiller municipal et qu'il était mal vu d'être mal vu d'un conseiller municipal, on continuait à apporter sa voiture ou son tracteur chez Edouard. On y allait pour des problèmes bénins mais même là, ça pouvait conduire à quelque catastrophe. C'est à l'occasion de l'une d'elles que la Marthe était devenue folle. Son fils, un bon à rien dont on ne savait que faire avait quitté l'école. Edouard l'avait pris comme arpète. Il ne valait pas grand chose comme mécanicien et on ne lui confiait que les tâches ingrates et peu techniques. Un jour, Léon-Aristide, le maire, avait conduit sa 504 break chez Edouard pour changer le pot d'échappement. Edouard avait levé le véhicule et envoyé son imbécile de fils débloquer les boulons de fixations. La matinée était déjà bien entamée et quelques litres de vin étaient déjà passés par le gosier du père. Il se sentait encore en état de travailler et il eut besoin du cric roulant pour lever l'avant d'une Volkswagen afin de déposer le démarreur. Par malheur, il avait oublié que son fils était sous la voiture du maire. Il baissa le cric et un cri étouffé se fit entendre. Il n'y prêta pas attention. Pas plus qu'aux gémissements plaintifs qui suivirent. Lui, son idée, c'était de lever l'avant de la Volkswagen, pas de s'occuper d'autre chose.

C'est vers midi, lorsqu'il rentra manger que la Marthe s'étonna de ne pas voir arriver son fils. Le père expliqua qu'il devait vouloir en terminer avec le pot de la Peugeot, se servit un verre de vin et mangea sa soupe. Après le fromage et le dernier verre de vin, il alla faire sa sieste sur le canapé du salon. A son réveil, le grand garçon n'était toujours pas venu manger. La Marthe dit alors à son époux qu'il était trop dur avec le fils et qu'il pouvait tout de même le laisser venir manger. Le père haussa les épaules, mis sa casquette et partit pour le garage.

Il ne comprit pas tout de suite ce que faisaient ces pieds sous la 504. Il finit par reconnaître les chaussures.

— Y a la mère qui te dit d'aller casser la croûte. Tu finiras après.

Pas de réponse. Et pour cause ! Mais ça, Edouard le comprendra plus tard. Pour le moment, il est reparti à l'attaque de la Volkswagen et il grommelle de rage de ne pas trouver ce fichu démarreur. Allongé sur le dos, il tripatouille dans les entrailles de la voiture allemande. A un moment, son regard se tourne vers la 504 et il ne comprend pas ce qu'est cette flaque qui s'échappe des dessous de la sochalienne. Voilà qu'il m'a pété une durite, ce con, lâche Edouard en colère. Il sort de sous la voiture boche et se prépare déjà à battre son imbécile de fils. Bon, là, forcément, il finit par comprendre.

A sa femme comme aux autorités, il tiendra le même discours. Regrettable accident. Son pauvre fils qui n'était pas bien malin a voulu enlever le cric roulant alors qu'il était encore dessous et il n'a pu retenir la voiture qui, comble de malchance, n'avait plus ses roues. Il a sottement été écrasé et, c'est bien un malheur, le père n'a rien pu faire pour le secourir bien qu'il soit intervenu illico.

Les gendarmes Chapraud et Chapraut détachés sur l'affaire pour mener l'enquête comprirent les explications, firent leur rapport en ce sens, plaignirent beaucoup Edouard et Marthe pour la perte de leur fils et acceptèrent le calvados du réconfort et celui de l'amitié et celui des jours tristes et celui de "à la santé des disparus" et celui "dont vous me direz des nouvelles" et celui du "vous allez pas partir sur une jambe" et celui du "remets-nous ça" et tous les autres. C'est tard dans la nuit qu'ils repartirent au volant de leur Renault 4 bleue.

Par la suite, Edouard fit sans qu'elle s'en rende bien compte, un nouveau garçon à la Marthe. C'est Paul. Un bon à rien de première qui, d'ici quelques années, fera sans doute un bon arpète. La Marthe n'est pas trop pour mais c'est pas elle qui commande.

Et donc, Pierre sait que s'il dit du mal de Paul à son père, son père le battra. Alors, Pierre cache le Fantôme et le Sultan dans la remise à bois avant d'entrer dans la cuisine où son père est en train de finir consciencieusement son cinquième litre de la journée. Dans son idée, il peut passer entre le mur et la table sans se faire repérer. C'est raté. Paf ! Une beigne.

— T'étais où, sale mioche !

— Je jouais à l'étang, p'pa.

Paf ! Nouvelle torgniole.

— J'croyais bien qu'j't'avais interdit d'y aller. Il y a l'Hector qui traîne par là-bas. J'veux pas qu'il s'enfile mon gamin, ce gros dégueulasse !

Et re-paf ! Une torgniole de ponctuation.

— Oui p'pa

Et pierre monte dans sa chambre.

A bord du Nautilus, on se pose des questions. Ça fait déjà un bon bout de temps que ça ne bouge plus, que tout est calme. On est plusieurs à dire que l'on pourrait tenter une sortie, histoire de se repérer, de voir ousqu'on est. On palabre, on argumente, on discute et on se décide. On va aller voir dehors, oui. On va y aller avec prudence. On ouvre l'écoutille, on jette un œil. On sort vraiment qu'après s'être assuré qu'il n'y a pas de risque.

C'est Roland et Östäl qui sont désignés pour les premiers travaux de reconnaissance. Ils mettent le nez dehors et ils regardent ce qui les entoure. Ils n'en reviennent pas et son vite de retour auprès de leurs camarades d'infortune.

— C'est pas croyable !

— C'est inconcevable !

— Il n'y a pas à tortiller !

— Ça sert à rien de se mentir !

Nos deux éclaireurs ne savent pas par quel bout prendre ce qu'ils ont à raconter.

— Tout est immense.

— On est tout petit.

Le docteur Gemenle va voir dehors. Il revient.

— Ja. Che crois Komprentre. Fous n'afez rien remarker de pissare depuis le téput de nos méssafentures ? Du chanchement dans nos corps ?

Tous restent interdits et c'est Gaëlle qui a repris conscience quelque temps auparavant qui se risque.

— Je me sens bien. Je me sens légère.

— Ja ! Ja ! Eguezactement !

Le docteur Gemenle explique alors sa vision des choses. Sans qu'il puisse expliquer encore comment et pourquoi, le Nautilus et ses occupants ont été rétrécis. Ce qu'il pense, c'est qu'ils sont toujours sur Terre et que le fait d'avoir une masse moindre fait qu'ils sont moins sujets à la pesanteur. Tant que le sous-marin était sous pression, ils ne pouvaient se rendre compte de rien ou presque. Il explique que, néanmoins, c'est grâce à cela qu'ils n'ont pas été plus blessés lors des soubresauts du Nautilus. Et maintenant que les pressions se sont équilibrés entre l'extérieur et l'intérieur, ils se retrouvent tous bien moins soumis aux forces gravitationnelles.

L'équipage écarquille les yeux en écoutant les savantes explications du scientifique. On va voir à l'extérieur pour mieux se rendre compte. A partir de là, on ferme l'écoutille et on commence à réfléchir. Sauf les Chapraudt, bien entendu, qui se demandent juste si leur nouvelle taille, semble-t-il fort petite aux dires de Gemenle, peut compromettre leur appartenance au corps prestigieux de la Gendarmerie Nationale.

D'après ce que l'on a vu dans la remise et en faisant des calculs sommaires, on admet que l'on est réduit à une échelle avoisinant le 1/43e. Reste la question que personne n'ose poser, celle du retour à la normale.

— Déjà, dit Roland, il faut savoir où et quand nous sommes. Pour cela, il va falloir se risquer à l'extérieur. Ce n'est pas sans risque. Docteur, pensez-vous que le Nautilus pourrait être remis en fonction ?

— Ach. Ce n'est pas zi zimple. Le U-Boot a pesoin d'eau et là, nous n'afons pas d'eau. Z'est un gross problème, ça !

— On pourrait peut-être le pousser jusqu'à une flaque ou une mare ? propose Gérard.

— Et si on redonne sa taille au Nautilus, on en fait quoi dans notre mare ou notre flaque ? ricane Colette.

— Il faudrait au minimum arriver à une rivière, c'est un problème, note Robert

— Et si nous arrivions à reprendre notre taille en laissant sa taille présente au sous-marin ? suggère Etzelle.

— Oui ! Quand bien même nous ne parviendrions pas à redonner sa taille au Nautilus, nous serions sauvés. Et tant pis pour cet engin de malheur ! s'exclame Robert.

— Il faut s'assurer de où nous sommes et à quelle époque, répond, pensive et inquiète, Alice.

— Il faudrait trouver du calvados. Le calvados, ça soigne tout, disent les deux gendarmes.

— Vous vous rendez compte, Chapraud ? Une bouteille de un litre, ça nous fait comme quarante-trois litres ! C'est magnifique !

— Vu comme ça, Chapraut, je suis partant pour conserver ma taille actuelle !

— Qui se risque à aller en reconnaissance ?

Roland, Robert et Östäl se proposent. On ouvre de nouveau l'écoutille et nos trois hommes sortent. La remise est sombre. Il leur faut un moment pour comprendre la situation. Le Nautilus est posé à même le sol de terre. Il est en appui sur un empilement de planches épaisses. La porte de la remise semble éloignée de deux cents mètres tout au plus. Il n'y aura aucune difficulté à se glisser sous elle. Ils descendent l'échelle et se laissent tomber au sol. Ils sont entourés de multiples rochers. Combien mesurent-ils par rapport à leur environnement ? Cinq, six centimètres au plus. Le monde qui les entoure n'a plus aucune commune mesure avec ce qu'ils connaissent. Ils s'approchent du pied d'une table remisée là. Il regarde en l'air, ils ont l'impression d'être au pied d'un gratte-ciel. Une allumette prend les proportions d'une belle poutre. En avant, direction la porte. Les trois hommes marchent rapidement. Ils se baissent et sortent. Les touffes d'herbe les dépassent de dix bonnes tailles. Il va falloir trouver un monticule pour voir au loin et observer. Robert fait signe en direction d'un parpaing contre lequel une branche coupée prend appui. L'escalade ne se fait pas sans peine. Arrivés en haut, les explorateurs ont une meilleure vision de la situation. Ils cherchent des indices. Tout leur semble correspondre avec leur époque. Rien ne choque vraiment si ce n'est qu'ils ne sont pas habitués à voir les objets, les plantes, les constructions, sous cet angle. L'épave de voiture qui est au fond de la cour correspond bien à ce qu'ils connaissent, le linge qui sèche au loin n'indique pas que l'on serait dans une autre époque. Par contre, il n'y a rien pour se repérer avec certitude. L'épave de la voiture est bien munie d'une plaque d'immatriculation tendant à prouver que l'on est dans le Finistère mais c'est bien mince.

Östäl s'exclame et montre quelque chose à ses compagnons. Là-bas, dans l'herbe, à quelques kilomètres, on dirait une feuille de journal !

Avant de partir, on cherche des points de repère. Une fois que l'on sera perdu dans la jungle de chiendent et de pissenlit, on ne pourra plus voir le papier. On se met d'accord sur des éléments de repérage et on part vers l'aventure.

La progression est lente. Il faut écarter des herbes, il faut faire avec des fourmis monstrueuses qui, heureusement, ne semblent pas être intéressées par la petite troupe. Il faut un peu plus d'une heure pour parvenir à la page du journal. On apprend beaucoup de choses. D'abord, on a une idée de la date approximative. Le journal n'est sans doute pas du jour mais il ne doit pas être trop ancien non plus. Ensuite, on comprend que l'on se trouve bien en Bretagne. Il s'agit d'un journal local qui ne doit pas être diffusé en dehors des limites du canton. Mais surtout, on apprend que l'on a retrouvé des ossements de dinosaures sur la plage toute proche et que le monde scientifique est sur les dents. Jamais on n'a trouvé des ossements de dinosaures qui ne soient pas des fossiles. Ces os là ne sont pas anciens. C'est un miracle pour la science ! Ça fait les gros titres et il y a des sceptiques. Il est impossible qu'il y ait encore des os faits d'os et pourtant, il faut se rendre à l'évidence, il y en a en Bretagne !

Roland, Robert et Östäl notent encore quelques informations qu'ils peuvent glaner et ils décident de revenir au Nautilus.

Une saillie verbale ?

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