Tentative de feuilleton collaboratif du mardi (41)

C'est de l'acharnement thérapeutique. Le feuilleton est sous perfusion, alimenté par voie veineuse. Il est mis sous respiration artificielle, on le maintient en vie coûte que coûte. Il est mourant, moribond, il souffre, le feuilleton. On ne lui demande pas son avis, on ne veut pas entendre son désir de s'éteindre. On refuse de le laisser expirer dans la dignité. Et, somme toute, c'est bien fait pour sa gueule. C'est Liaan qui est à l'origine de la suite du jour.

“Nous voici transportés à l'ère mésozoïque, les enfants, comme dans le "continent perdu" d'Arthur Conan Doyle... Mais à part que eux, ils savaient que la civilisation n'étaient qu'à quelques centaines de kilomètres d'eux, mais nous, téléphone ou pas, nous ne pouvons nous attendre à un sauvetage par des hélicoptères, et hop ! Retour dans nos bonnes villes bien polluées et bien bruyante...“ Ainsi s'exprime Tante Etzelle devant l'assistance consternée de tous les voyageurs du Nautilus.

Gaëlle essaie de parler de 1978, année pour retrouver Yannick, son mari, disparu en mer, 1978... Peine perdue, Alice explique que le fait de s'être servi du système de secours du Nautilus a certes sauvé le sous-marin mais a considérablement modifié son cheminement... Mais, il ne pouvait pas voyager dans le temps ? demande angoissée Cousine Gaëlle... Alice explique : Le Nautilus est sorti de sa voie... Tout comme une locomotive qui quitterai sa voie lors d'un aiguillage vers une portion de voie, où il n'y aurait plus de rails... C'est la chute, et dans notre cas, la chute dans le temps... Nous sommes bien à l'ère Mésozoïque, soit il y a environ 200 millions d'années avant notre époque ! Mais, demande encore Cousine Gaëlle, si l'on pédalait en arrière ? Non, c'est une chute, nous sommes véritablement tombés dans le passé, nous n'avions pas de corde de rappel, nous sommes bien tombés à terre... dans le temps passé complète Alice.

Robert demande à Alice de remettre son masque, parce que, franchement, non pas qu'elle soit moche, bien au contraire,mais la vue d'Alice, avec son visage vert d'eau et ses écailles, lui rappelait trop les diplodonosaures au-dehors... Alice comprend et reprend son visage plus agréable, surtout avec ses beaux cheveux roux.

Et si l'on allait observer les environs, propose Östäl, il y a la salle panoramique... Et tous les voyageurs du Nautilus suivent Östäl et découvrent, vers la proue du Nautilus, une pièce surmontée d'un dôme de verre qui leur donne un spectacle surprenant.

Le sous-marin est échoué en bordure d'un marais. Le ciel s'assombrit... Bien éclairé devant eux, les passagers voient ce qui leurs semble des conifères, de nombreuses bêtes vaquant à leurs occupations : chasser des insectes, attraper des genres de lézards... Le ciel devient de plus en plus sombre au fond. Le Docteur Gemenle s'exclame. Gut ! Ein Gewitter, Glücklicherweisse ! Un Orache ! Enerchie de la Foutre !

Le brigadier Chapraud s'étouffe, et fait remarquer que nous sommes entre gens corrects et que l'on doit se parler poliment, et avec élégance... Alice reprit le Brigadier Chapraud en lui expliquant que le Docteur Gemenle ne veut que parler de l'énergie de la foudre, et de son potentiel énergétique que l'on pourrait récupérer pour le Nautilus...

1978... 1978... se lamentait Gaëlle, persuadée de son nouvel avenir, sans regarder la scène étonnante de l'extérieur : des éclairs fusent de partout, l'un d'entre eux a choisit le sommet d'un cycas, le seul genre d'arbre présent dans le paysage, un genre de conifère, précise Östäl... En effet, il n'y a pas d'arbres feuillus comme nous les connaissons à notre époque, rendez vous compte, il n'y a pas encore de fleurs, d'herbe, pas de buissons... Nous sommes sans doute au Trias, la toute première époque du Mésozoïque, celle d'avant le Jurassique et du Crétacé... Ce qui nous emmène bien, il y a 235 millions d'années... Dans la panique, nous autres avons cru voir des brontosaures ou autre tyrannosaures, nous n'avons pas à nous inquiéter : ils ne naitrons que dans quelques centaines de millions d'années ! Eh, oui, les amis, d'aucuns écrivains ou cinéastes mélangent allègrement les époques : mélanger les tyrannosaures avec les icarosaures serait comme faire circuler une Ford T dans la circulation actuelle en disant que c'est la dernière Ford du salon... En échelle comparée, bien sûr: le tyrannosaure n'est apparu que 75 millions d'années après le brontosaure ! Vous voyez les échelles de temps ! Vous ne devez pas vous inquiéter ! Bon, il est vrai que les bestioles que l'on voit ne sont pas des petits chatons de calendriers PTT, ce sont de sacrés prédateurs... Et ne vous attendez pas donc, à des "Mohwick, mohwick !", le cri des tyrannosaures si bien décrits par Pierre Devaux, dans son roman "L'exilé de l'espace", publié en 1948, la science et l'histoire ont fait de notables progrès depuis, pour les paléontologues... Et si vous cherchez l'Océan Atlantique, ben, il n'est pas né, nous sommes encore sur ce continent unique que l'on nomme "Pangée", un plat pays, où il n'y a pas de montagnes, c'est-à-dire que les Alpes, Rocheuses, Andes ou autre Himalaya ne sont pas encore arrivées... C'est bien dommage, parce que, mon épouse et moi, nous avons réservé en Savoie, pour cet hiver, un gentil chalet pour aller skier, précise le Brigadier Chapraud. Paroles, elles, tombées dans le vide devant le spectacle qui laisse nos compagnons médusés : la foudre est tombée sur une des cycas présent devant eux... L'éclair descend le long du tronc et l'arbre s'écroule, le vent envoie de petites boules de feu qui enflamment tout ce qui peut brûler. Dans le ciel, couleur de cendre, des lumineux éclairs zigzaguent entre les lourds nuages violets, mais pas de pluie. Certains animaux s'enfuient, d'autres hésitent, perturbés par le feu qui se propage, par la vue et l'odeur de la fumée. De grands animaux, des cœlorosaures précise Östäl, profitent du danger du feu pour attendre tranquillement que les fuyards se jettent dans leurs bras... Chose qui, bien sûr, se réalise, l'une de ces grande bête aux longues dents, qui doit avoir les yeux plus grands que son ventre attrape un petit lézard dans la gueule, tout en attrapant un autre avec ses bras...

"Les épais fourrés dégorgent des nuées de bêtes habituellement trop furtives pour être attrapées. Les cœlurosaures ramassent des vagabonds nocturne, qu'ils n'ont jamais l'occasion de voir. Ils saisissent en l'air ceux qui planent... Les lézard font barrage, au sol, à tout ce qui file ou se traîne. La manœuvre se répète : une bête à pelage fuit les flammes, voit foncer le cœlurosaure, fait volte-face, est arrêtée par l'écran de chaleur et de fumée, et court alors à la portée du prédateur qui n'a qu'a le cueillir. Sauf s'il est vraiment affamé, le cœlorosaure lâchera un lézard pour chasser une proie à la chair plus rouge et plus riche, au sang plus chaud, et il en est si gourmand qu'il ira jusqu'à affronter le rideau de chaleur et de fumée, jusqu'à poursuivre cette proie au plus près des flammes.

Voici qu'un cœlurosaure, clopinant comme un estropié, bat en retraite devant les nappes de flammes : de sa bouche pend un animal velu inerte; dans ses serres croisée devant lui il en emprisonne un autre qui se tord en cherchant à le mordre ; une de ses pattes postérieure est refermée sur un troisième. Propulsant son mince corps, le cœlurosaure est talonné par le feu ; puisque, chargé comme il l'est, il ne peut le distancer, il traîne, supportant tout ce qui précède la fournaise. Invisible derrière la fumée, un gros arbre fibreux au centre du brasier laisse échapper une vapeur sifflante, puis du gaz, qui s'enflamme avec un rugissement; il est à une certaine distance de la forêt. Surpris, le cœlurosaure bondit, stoppe, identifie le bruit, et revient chercher la bête morte qu'il avait lâchée."

Ainsi le racontait si bien William Service dans un ouvrage paru en 1981.

Les éclairs commencent a se faire plus rares. Donnerwetter s'exclame le Docteur Gemenle, quand soudain, celui que l'on attendait plus arrive. Un claquement sec fait frémir le Nautilus, tous les voyants, électriques ou électromécaniques se déclenchent et se mettent à illuminer le tableau de bord : les accumulateurs sont de nouveau chargés à bloc ! Le docteur, ainsi qu'Östäl sont heureux, nous allons pouvoir déplacer le Nautilus ! Dans l'espace, c'est sûr, mais dans le temps ? s'inquiète Robert. Sonnerie. C'est le téléphone modèle Marty 1910, Alice décroche, et l'on voit à sa mine réjouie que les choses vont sans doute s'arranger.

Mais un bruit mat interpelle tous les passagers du Nautilus : la trappe de sortie a été ouverte, Lafleur/Némo vient de s'enfuir !

N'écoutant que son courage, Alice s'élance à sa poursuite, une odeur de fumée envahit le sous-marin. Tout le monde peut suivre la poursuite depuis la salle au dôme de verre : rapidement, Alice plaque le fuyard, lui assène un direct du poing sur le menton, et va ramener le sinistre individu au Nautilus. Un cœlurosaure les observe... Devant ce nouveau danger, Roland s'empare d'un révolver et grimpe rapidement les échelons menant à la sortie, et aussitôt, il tire vers la tête de la bête, qui hébétée, tombe lourdement, assaillie par ses congénères qui déchiquètent qui le flanc, qui le cou, qui les jambes du mourant. Profitant du répit accordé, Alice traine le corps inerte de Lafleur/Némo et aidé de Roland, lui font regagner l'intérieur du sous-marin...

Des menottes ! Trouvez-nous des menottes pour ce triste sire, demande le Brigadier Chapraud. Aux fers ! Et à fond de cale ! À peine ces paroles vengeresses prononcées, tout le monde voit le corps de Lafleur/Némo se diluer dans l'air, ne laissant pour preuve de son existence que des vêtements de l'an 1890... Alice blanche, déclare d'un voix cassée, que la bête tuée par Roland, pour nous sauver la vie, était un lointain ancêtre de Lafleur/Némo ! Les Atlantes sont héritiers de ces animaux préhistoriques et nous avons modifié toute une descendance. C'est pourquoi nous devons dégager rapidement de cette époque, pour éviter de perturber encore plus l'avenir de la Terre.

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