Tentative de feuilleton collaboratif du mardi (36)

Improbable. C'est bien ce qui qualifie le mieux ce feuilleton. Aux dernières nouvelles et à bord du Nautilus, les protagonistes du récit à épisodes se retrouvent à voguer dans les eaux du dix-neuvième siècle et rencontrent un personnage malodorant. Le fidèle Liaan nous livre la suite...

À bord du Nautilus.

Lafleur accompagnant ses paroles d'un geste montrant la port d'entrée, dit :

— Kenavo, Père Moulard, sauf votre respect, si vous pouviez rester sur le pont, nous allons vous suivre, et nous pourrons discuter.

Le père Moulard sort, regrettant le côté cossu de l'habitacle du sous-marin.

— Il y a que nous sommes un peu pressés, et nous venons nous ravitailler en jus de moule et en calvados, reprit Lafleur.

— D'ailleurs, Colette, Maurice, Docteur Gemenle et toi Östäl, vous allez m'aider à charrier et les tonneaux, et les bouteilles de calvados...

— Je peux-ti aider ? demande Chapraut.

— Aider ces mercenaires, ces flibustiers, mais vous perdez la raison, Brigadier Chapraut ! s'insurge Chapraud.

— C'était surtout pour les bouteilles de calvados, répond Chapraut.

— Vous restez ici, vous autres, tonne Lafleur, interdiction formelle de quitter le Nautilus !

— On pourrait peut-être monter sur la passerelle, on étouffe, ici, interroge timidement Tante Etzelle.

— Accordé ! lui répond Lafleur, mais pas question de descendre sur le quai ! Tu les surveilles, Gérard !

Et notre petite troupe sort, toute heureuse de pouvoir se dégourdir les jambes.

— On s'habitue à l'odeur... remarque José, le cafetier, ...et ben merde ! Il ne pleut pas, alors qu'à la radio, ils annonçaient de la flotte, et pas qu'un peu sur tout l'Ouest !

— Si j'en crois Lafleur, il a fait grand beau temps ce jour de 1892, en Bretagne, dit Gaëlle.

— Parce que vous n'êtes pas sûre que nous sommes bien en 1892 ? s'enquiert Robert.

— On a du mal à le croire, lui répond Roland.

— De mon côté, c'est plutôt rassurant, remarque Arthur.

Têtes étonnées du groupe qui se tournent vers le facteur;

— Ben oui, pour une fois, je ne serai pas en retard sur ma tournée, pensez, plus de cent ans d'avance !

— C'est ma foi vrai, constate Chapraut.

Le Nautilus est amarré à un quai sommaire, tout en bois, avec sur le côté nord deux barques de bois et un canot à vapeur. Roland chuchote à l'oreille de Robert :

— Et si on mettait les voiles ? tout en montrant d'un geste discret le canot à vapeur.

Alice l'entend et se met à rire :

— Ça, vous devez connaître, la voile et la vapeur !

Et elle se retourne pour voir les Lafleur, Colette, Östäl et le Docteur Gemenle qui suivent le Père Moulard, curieuse statue d'algues, de moules qui avance comme en glissant sur le quai, laissant une trace humide, tel un escargot. La troupe se dirige vers un hangar de bois, assez grand, au toit de plaques goudronnées, d'où une cheminée lance une fumée qui monte droit dans le ciel bleu.

— Signe de beau temps, juge Kermitt.

Tante Etzelle regarde vers le large et dit :

— Je vois le Mont St Michel vers l'Est, nous sommes bien en Bretagne Nord !

— Et je vois le phare de la Pointe du Grouin, ajoute Gaëlle.

— Où ça ? interroge Alice, ah oui, je vois un phare !

— Nous savons où nous sommes, déjà un point important, nous sommes pas loin de Cancale.

Pendant que ces dames discutent géographie, les deux Brigadiers, José, Kermitt et le facteur sont mis au courant par gestes discrets qu'ils pourraient se faire la belle…

— Laquelle ? demande Chapraud

Éclatant de rire, Chapraut lui précise que c'est une expression !

Alice sort son téléphone portable et découvre qu'il n'y a pas de réseau.

— Ça, en 1892, je serais étonné que tu trouves quelque chose, lui fait remarquer Gaëlle.

— Ben, j'essayais... C'est machinal, lui répond Alice.

— C'est bien un truc de jeunesse, ça ! conclut Tante Etzelle.

Et Gérard, le gardien ? Il est revenu à l'intérieur du sous-marin pour boire, enfin, un peu de calvados (il est vrai que l'on avait peu bu de calvados dans ces derniers instants, au grand dam de la Maison qui sponsorise ce feuilleton ô combien haletant, et suivi par des milliers et des milliers de lecteurs...(N.d.C.).

Le Père Moulard avait fait entrer Lafleur et ses complices dans la bâtisse en bois.

— C'est le moment, on se casse ! lance Roland.

Toute la troupe comprend immédiatement et se lance sur la passerelle qui les mène sur le quai. Ils négligent le canot à vapeur dont la chaudière est froide. Les barques ! Il y a des rames, allez hop ! dit joyeusement Roland. D'un même élan, Arthur et Roland détachent prestement les amarres, et retenant les esquifs, font embarquer d'abord les femmes, puis les hommes.

— Comme sur le Titanic ! dit Chapraud, les femmes d'abord !

— Anachronisme, Brigadier Chapraud, nous sommes en 1892 et le Titanic ne prendra pas l'eau avant 1912 ! lui lance Chapraut.

— Ça pour prendre l'eau, il l'a prise ! dit Kermitt.

Arthur et Roland jettent leurs forces pour lancer les deux barques et sautent rapidement à bord, pour s'emparer des rames et de nager vigoureusement.

— C'est la marée basse qui nous aidera à s'éloigner du port, dit Gaëlle.

— C'est marée basse pour nous aussi, rajoute Chapraud, nous n'avons pas embarqué de litres de calvados…

— Suffit, espèce de soiffard ! lui complète Chapraud.

Et Gérard, le gardien ? Il sort de l'intérieur du Nautilus, cligne des yeux et constate que les prisonniers dont il avait la charge se sont échappés !

— Malheur de malheur ! Je suis fichu ! Lafleur va me tuer !

Et Gérard rentre dans le sous-marin et attrape une nouvelle bouteille de calvados.

— Et bien ! Tant pis ! Je vais boire la bouteille du condamné !

Colette regarde à ce moment par la fenêtre et crie presque :

— Lafleur, les autres fichent le camp avec des barques !

Lafleur, étrangement calme, lui répond :

— C'est prévu dans mon plan ! C'est pour cela que j'ai laissé ton imbécile de mari pour "garder" les prisonniers. Je voulais qu'ils s'échappent, nous en voici débarrassés, bon vent, Mesdames et Messieurs ! Bienvenus en Bretagne, en 1892 !

La mer est d'huile, et les deux barques s'éloignent de concert du petit port et soudain, Gaëlle s'écrit :

— Nous étions sur une île !

— L'île mystérieuse, Gaëlle, dit tranquillement Tante Etzelle, cela cadre bien avec Jules Verne.

— Ce doit être l'île des Rimains, d'ailleurs, on voit Cancale devant nous.

— Nous allons jouer les touristes et visiter Cancale, et ainsi vérifier que nous sommes bien en 1892... dit Alice.

Un immense voilier les croise, toutes voiles dehors, pour bénéficier du peu de vent du moment.

Les passagers des barques se taisent, chacun pense que c'est une coïncidence, que c'est un voilier-école qui sort du port de Cancale.

— On va manger des huîtres, je commence à avoir l'estomac dans les talons, dit José, 1892 ou pas, il y a des huîtres à Cancale que c'en est réputé.

— Que vous allez payer en euros, remarque moqueur Robert, il nous faudra trouver un bureau de change en ville. Ça, pour faire les touristes à Cancale, on va se poser là ! Pauvre Bretons du 19e siècle, voilà une monnaie qui ne va pas leur dire grand chose, pourtant ce sont de sacrés marins et qui connaissent le monde. Ils vont chercher "l'Eurosie" !

Les deux barques s'approchent du port de Cancale, et nos marins d'occasion aperçoivent de nombreux mâts de bateaux, et ils ne sont pas en métal, ils sont en bois, ce n'est pas encore la plaisance.

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