Rochechou-art contemporain

J'ai eu le tort de venir avec un gros sac photo. En repartant du Musée départemental d'art contemporain de Rochechouart, en Haute-Vienne, une charmante personne de l'accueil veut savoir ce que je compte faire des photos que j'ai prises. Elle me dit avoir remarqué mon matériel "professionnel" et m'avertit qu'il m'est interdit de vendre mes clichés. J'essaie d'argumenter un peu, de lui faire comprendre que mon matériel n'a rien de si "professionnel" et je l'embrouille avec mon humour à deux balles. Ce qui est amusant, c'est que j'ai vu d'autres photographes dont une qui avait un appareil bien plus "professionnel" que le mien. Disons bien plus cher, bien plus performant. Mon tort, c'est d'avoir eu ce sac photo et ce zoom équipé de son pare-soileil. Ça lui donne un aspect plus imposant. Qu'il ne s'agisse que d'une sorte de tube de plastique découpé importe peu, ça donne l'air.
Ce qui est amusant, c'est que l'on ait pu me prendre pour un professionnel, un photographe professionnel, uniquement en raison de mon équipement supposé. Ce qui est encore plus amusant, c'est que l'on ait pu imaginer que j'avais pu faire des photos vendables. Je me suis bien amusé à parlementer et à brouiller les pistes. En assurant n'être qu'un simple particulier j'ai réussi à instiller encore un peu plus de doute dans l'esprit de cette Janus soucieuse des intérêts du musée et de la propriété intellectuelle des artistes exposés. Je me suis demandé quelle pouvait être la valeur de la représentation d'une œuvre d'art. Et puis, j'en suis arrivé à me demander ce qu'était l'art.
Je vois bien la différence entre l'art et l'artisanat. L'artisan a une obligation de résultat. C'est à dire que si vous faites appel à un bon artisan, par exemple à un plombier, vous êtes en droit d'exiger qu'il n'y ait pas de fuite d'eau, que les raccords soient solides et bien faits. Si vous en appelez à un artiste qui conçoit ses œuvres avec du tuyau de cuivre et de la robinetterie, vous ne pourrez rien demander. Si l'artiste ne sait pas souder, s'il lui plaît de placer une vanne faussée et de placer des bassines en plastiques sous son installation, c'est lui qui aura raison au bout du compte. Vous ne pourrez porter plainte contre lui si son travail n'est pas réalisé dans les règles de l'art. Et c'est un comble.
Admettons que je me prenne pour un artiste et que je considère que mon art consiste à faire des photos d'œuvres d'art. Je peux estimer avoir le droit, au nom de l'art, de la transgression aussi, de photographier ce que je veux comme je le veux et même si c'est interdit. A la condition toutefois (bien que...) de ne pas porter atteinte à l'intégrité de l'œuvre photographiée. Mais en fait, on ne m'a pas soupçonné de faire de l'art à bon compte, on m'a soupçonné d'être un professionnel de la photographie cherchant à monnayer mon travail. On m'a pris, au mieux, pour un artisan cupide. Ce n'est pas que ce soit une tare rédhibitoire d'être un artisan mais ce qui est choquant c'est que l'on n'ait pas pensé que j'ai pu être un simple quidam, un visiteur lambda.
Ça ne date pourtant pas d'hier que l'on recommande de ne pas se fier aux apparences ! L'habit ne fait pas le moine, on le sait bien. Et puis, c'est quoi, avoir l'air professionnel ? Il suffit d'avoir un appareil photo qui fait "genre professionnel" ? Un un peu gros sac photo suffit à se faire passer pour un photographe inscrit ? Je sais bien que l'on ne peut pas aller contre les apparences et, moi-même, au nom de ces apparences, j'ai pensé que la personne qui était de l'autre côté du comptoir de l'accueil de ce musée de Rochechouart était là dans le cadre de son emploi. Si cela se trouve, il s'agissait d'une imposteur(e).
A force de palabres, il a été établi que je n'avais pas le droit de vendre mes photos, que je devais les conserver pour mon seul usage, qu'il m'était interdit de les partager, de les montrer, de les publier. Mais comme je suis un mauvais garçon qui ne respecte rien et qui aime à passer outre les règlements je prends le risque de vous en montrer une dès aujourd'hui. Evidemment, à vous de prendre vos responsabilités. Si vous regardez cette image photographique vous vous exposez à une plainte pour recel. C'est logique. Donc, je me dois de vous signaler que vous ne devez pas regarder la photo qui suit.
Ah oui, j'oubliais. Parce que je suis décidément un vrai sale type, je ne dirai pas qui sont les artistes exposés à Rochechouart. Ceci dit, si ça vous intéresse, vous pouvez toujours aller visiter le site du musée.

Cette photo n'est pas à vendre

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