Rapprochement contre nature

A quelques jours d'intervalle, deux livres opèrent leur entrée dans l'actualité. Si l'un a provoqué l'autre et si l'un est bien la conséquence de l'autre, j'ai trouvé pour le moins étonnant et maladroit cette collision de l'information.

Il paraît que l'on trouve 53% de Français prêts à reconnaître ne plus lire du tout de livres. Dans le même temps, cette information entendue hier ne dit rien. C'est Frédéric Beigbeder qui la donnait. Admettons qu'elle soit vraie ou qu'elle se rapproche d'une certaine vérité. Ne pas lire de livres n'est pas en soi d'une folle gravité. On peut lire tout un tas d'autres choses, des journaux, des revues, des pages Internet, des prospectus ou je ne sais pas quoi. Et puis tous les livres ne se valent pas. Et justement, ce sont deux livres qui ne se valent probablement pas qui inspirent ce billet. J'ai lu l'un d'eux. L'autre, je n'ai pas envie de le découvrir.
Ces deux livres ne sont pas nouveaux. Il y a "le Journal d'Anne Frank" et "Mein Kampf". Ce qui vaut au premier d'être dans l'actualité, c'est une affaire de droits d'auteur. Certains pensaient qu'il tomberait dans le domaine public en 2016 mais il n'en sera probablement rien. Pour l'autre, par contre, il sera bien dans le domaine public l'an prochain puisque le Land de Bavière perdra ses droits sur ce livre en janvier 2016. Fayard annonce déjà son édition de cet ouvrage, une édition augmentée d'un appareil critique conséquent, nous assure-t-on.
Si j'ai lu "le Journal d'Anne Frank" il y a bien des années de cela, je n'ai pas lu "Mein Kampf". Je n'en ai pas l'envie. Même pas pour "voir" ou pour "me faire mon avis personnel à moi". Si j'avais eu le désir de lire ça, j'aurais pu aller le chercher sur Internet où l'on doit le trouver in extenso sans trop de problème. Ce qui me choque, ce n'est pas vraiment qu'un éditeur comme Fayard se jette sur l'opportunité pour proposer une réédition. J'accorde ma confiance pour que l'appareil critique soit présent et qu'il mette bien en garde le lecteur. Ce qui me choque, c'est que ça risque fort d'être un best seller et que l'on achète ce livre par défi, pour passer outre le tabou, par bravade, pour braver l'interdit.
D'ailleurs, cet interdit n'est pas si certain que cela. J'avais entendu dire qu'il était impossible d'éditer ou de publier ce manifeste nazi mais il semble qu'il n'en est rien. Je suis opposé à la censure et considère qu'il est illusoire de penser que l'on empêche la propagation des idées (aussi nauséabondes soient-elles) en interdisant. Pour autant, je n'aime pas l'idée que l'on pusse faire la promotion de ces idées et pas beaucoup plus que l'on puisse chercher à faire un bon coup commercial avec elles. Même si l'idée n'est pas éclatante, je pense qu'il conviendrait que les bénéfices éventuels de la réédition de ce bouquin aille abonder un fonds d'aide aux victimes ou descendants de victimes du nazisme. Ou du moins à quelque chose du genre.
Pour lutter contre les idées mises en avant par les nazis, justement, il y a ce journal d'Anne Frank. Là, je vais peut-être de mauvaise foi mais je pense que si ce livre était dans le domaine public, on pourrait peut-être l'éditer et le distribuer dans toutes les écoles. On pourrait même obliger la maison Fayard à éditer à tant pout tant les deux livres. Les bénéfices de l'un venant payer l'édition de l'autre. Ah tiens ! C'est une bonne idée, ça ! Non ?
Et maintenant, une question que je vous pose : serez-vous un lecteur potentiel de Mein Kampf dans les années à venir ?

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