Prendre le temps de prendre le temps

J'étais en train d'essayer de faire un dessin pour le blog sans y parvenir lorsque je me suis demandé si le blocage ne venait pas que j'étais un peu trop pressé de finir ce dessin avant qu'il ne soit commencé.

Pour réussir un dessin, du moins chez moi, il faut que j'ai au moins un semblant d'idée ou une envie. Ce peut être un idée très vaporeuse, très vague. L'idée de dessiner une moto, de dessiner le Rat ou la Peste. S'il n'y a rien de plus, j'ai remarqué que ça ne donnera pas grand chose de très bon. Il faut que l'idée soit un peu plus précise. Il me faut une sorte de thème. Si je dis que je veux dessiner une moto avec un drôle de pot d'échappement ou avec un pilote avec un drôle de couvre-chef, ça suffit. Cela ne garantit pas que je vais réussir mon dessin mais, au moins, je vais pouvoir commencer à chercher dans une direction.
Mais il y a quelque chose d'encore plus important que l'idée, c'est le temps. Pour réussir à faire un dessin, il faut que je parte dans l'idée que j'ai tout mon temps pour le réaliser. En la matière, je ne suis pas vraiment du genre patient. Un dessin, j'aime qu'il soit vite fait. Je sais d'expérience qu'un dessin que je laisse en plan avec la promesse d'être terminé plus tard a toutes les chances de rester en l'état. Donc, il faut que je me donne du temps mais il faut aussi que je parte avec l'idée que ce sera tout de même assez rapide.

rat top chrono
Ceci dit, ni l'idée ni le temps donné ne suffisent à garantir qu'il y aura bien un dessin au bout du compte. Et ça, c'est un truc qui m'agace à un point que vous ne pouvez même pas soupçonner. C'est le sentiment d'avoir perdu mon temps en pure perte qui m'agace. Lorsque, après une ou deux heures de vaines tentatives je prends enfin conscience que je n'arriverai à rien, c'est le doute qui se met de la partie. Alors, je ne suis pas loin d'être persuadé que je suis nul, que je ne vaux rien, que je suis juste bon à pas grand chose. Et plus le doute s'installe moins ça fonctionne. Dans ces moments là, j'agis comme si je cherchais tous les signes de mon manque de talent flagrant. Chaque nouvel échec vient m'apporter une preuve supplémentaire et je sais que le prochain essai sera couronné d'insuccès encore et encore. C'est désespérant.
Et puis, il arrive un jour où ça revient. J'ai envie de dessiner, j'ai une idée, je vais bien et le dessin se construit à toute vitesse. J'ai plaisir à dessiner, je trouve les traits qu'il faut, les idées surgissent au fur et à mesure que le dessin apparaît comme par magie. Il y a même des jours où j'arrive à m'épater, où je me dis que, tout de même, je ne suis pas si mauvais que ça et que la vie est vachement belle.
Récemment, je parlais avec un copain peintre qui m'expliquait que, lui aussi, il connaissait des jours sans. Dans ces jours là, il s'acharne sur sa toile et ses couleurs jusqu'à ce que quelque chose apparaisse enfin et qu'il parvienne à saisir l'idée qui va le faire avancer. Il multiplie les couches, gratte la toile, change de brosse et travaille avec d'autant plus de hargne que c'est difficile. En fait, il refuse de rester sur un échec. Il sait que le travail est un passage obligé et que la création n'est pas toujours chose facile.
Et moi, je me dis que je ne suis qu'un fainéant. J'ai sans doute trop tendance à baisser les bras et à me réfugier dans l'acceptation de l'échec sans chercher à le combattre vraiment. Néanmoins, il y a une énorme différence entre la peinture et le dessin. Avec le dessin on ne peut pas vraiment retravailler. Et avec l'aquarelle encore moins. Je peux gommer mon crayon et reprendre des traits mais il arrive un moment où le papier n'en peut plus des traces de gomme. Alors, il n'y a pas d'autre solution que de jeter et recommencer. Si j'ai vraiment une idée forte, je peux le faire. Si je n'ai pas cette idée, je laisse tomber. Il ne me reste plus qu'à comprendre comment on trouve des idées.

Une saillie verbale ?

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