Patience et longueur de temps

Je suis en train de faire un dessin et je repense à un texte lu sur Internet expliquant combien il est parfois long de finir un dessin.

Ma méthode, puisque méthode il y a, est de terminer rapidement le dessin commencé, au détriment du résultat s'il le faut. J'ai toujours l'impression qu'il faut de l'efficacité et que l'efficacité passe par la rapidité. Ainsi, il est très rare que je passe par l'étape des croquis préparatoires. Je me lance directement dans le dessin, je gomme au minimum, je trace en mettant le maximum de détails et j'encre à la suite.
Le texte dont je parle au début de ce billet concerne Franquin et le temps qu'il pouvait mettre à dessiner le titre de son "Trombone illustré". J'y lis qu'il pouvait passer une semaine sur la planche avant d'être terminé. Je suppose qu'il ne s'agissait pas là d'une semaine à temps plein et que Franquin travaillait sur plusieurs projets en même temps. Il n'empêche qu'il pouvait se donner une semaine pour terminer un dessin. Si vous regardez les divers dessins réalisés pour ce titre du "trombone illustré"[1], vous comprendrez qu'il faut du temps. Ça fourmille de trouvailles, de détails. Dans le texte dont je parle, je lis que Franquin pouvait choisir de créer le fond noir d'une illustration en remplissant l'espace d'une multitude de traits de plume. On lui disait qu'il aurait gagné du temps à utiliser un pinceau et à étaler l'encre en un grand aplat mais lui répondait que le fond n'était pas vraiment noir et que sa méthode permettait une velouté sans égal. Un perfectionniste légèrement tatillon, ce Franquin.
Je ne sais pas comment travaillait Franquin. Par contre, je commence à savoir comment je travaille, moi. Je sais que je ne supporte pas que l'encre de chine sèche sur le pinceau. Si cela arrive, il faut aller laver le pinceau puis le laisser sécher. Vous me direz que je pourrais avoir plusieurs pinceaux et faire un roulement. Seulement, je déteste travailler avec plusieurs outils. Si je fais un dessin au pinceau, il faut qu'il se termine avec le même outil. C'est parfaitement idiot mais c'est comme ça. Il existe des exceptions à cette règle et il peut m'arriver de mélanger le travail au pinceau et celui à la plume. Je n'aime pas.
La solution serait que je prenne le temps ou bien que je travaille sur plusieurs dessins à la fois. Je le fais de temps en temps et, finalement, je gagne du temps. Pendant que l'encre sèche sur un dessin, je peux travailler sur l'autre. Mais je n'ai pas toujours envie de faire plusieurs dessins.
Loin de moi l'idée de me hasarder dans une comparaison entre Franquin et moi. On ne boxe pas dans la même catégorie. Il était génial, son œuvre l'est toujours, je ne le suis pas et mon œuvre non plus. Si je ne me permets pas de comparer sur ce qui pourrait nous rassembler, je peux le faire sur ce qui nous éloigne. Je n'ai pas connu Franquin mais de ce que j'ai pu comprendre du personnage, c'était un fou furieux qui travaillait sans cesse, qui ne pouvait pas s'empêcher de dessiner, de chercher de nouvelles idées. Un vrai passionné peut-être un peu maniaque. Un perfectionniste, tout le monde le dit. Et je suppose qu'il devait être d'une patience à toute épreuve. Pour ma part, je peux ne pas dessiner de toute une journée. Perfectionniste, je ne le suis certainement pas. Ou alors, d'une manière toute relative et très raisonnable. Quant à la patience, là, c'est un vrai problème. Elle existe mais elle a bien du mal à dépasser quelques heures. Passées ces poignées d'heures, il faut que je passe à autre chose et un dessin laissé en plan a toutes les chances pour ne jamais être terminé.

Une moto jolie comme tout
Le dessin que je vous présente aujourd'hui, je l'ai fait hier en même temps ou presque que celui de la Peste. Je l'ai débuté avant et l'ai terminé après. Je n'ai pas mis très longtemps à réaliser le dessin de la Peste et il n'y a donc pas énormément de temps entre la première et la seconde partie du dessin de la moto. Pourtant, j'ai eu du mal à m'y remettre. Du coup, j'ai l'impression d'avoir un peu bâclé la fin de ce dessin. J'étais devenu comme impatient, j'avais hâte qu'il soit terminé. Pour la mise en couleurs, je l'ai faite ce matin et je considère cela comme un autre travail, ça ne me dérange pas. Il ne me dérangerait pas non plus de faire un encrage plusieurs jours après avoir fini un crayonné. Mais, je déteste reprendre un crayonné, un encrage ou une mise en couleurs.
Est-ce bien une question de patience, après tout ? Ce n'est pas si certain. Peut-être suis-je trop "monotâche". Peut-être ne puis-je pas faire plusieurs choses en même temps et peut-être détestai-je ne pas terminer un travail avant d'en reprendre un autre. Du moins pour ce qui concerne le dessin. Cela n'est pas le cas pour bien d'autres occupations.
Maintenant, il est possible aussi, j'y ai déjà réfléchi, que le problème vienne de ce que, le plus souvent, je me lance dans un dessin sans avoir aucune idée en tête. Ainsi, pour que ça puisse fonctionner, il faut que je sois dans un certain état d'esprit. Si je change de "non-idée", ça ne peut plus fonctionner. Ça semble assez logique, finalement.
Il m'arrive de me demander si je n'ai pas un fonctionnement un peu bizarre, moi.

Note

[1] on en trouve beaucoup sur Internet

Une saillie verbale ?

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