Le moulin, le four


C'est l'inénarrable Liaan qui m'a donné cette idée et il va s'en mordre les doigts. Il ne faut pas me chercher, je mords.Ah ça, il l'aura cherché. Je lui parle "moulin", il me répond "four". Je pars au quart de tour. Il se trouve que, très récemment, je suis allé voir un copain et que j'ai photographié sa brave 750 Four Honda. L'occasion était trop belle pour ne pas la saisir.
Je sais déjà le fiel que pourra déverser certains. Et pourtant, si l'on met de côté toute la mauvaise foi des pourfendeurs incontinents de l'ensemble de la production motocycliste japonaise, force est de reconnaître que certaines des motos produites dans cet archipel sont entrées dans le domaine du patrimoine mondial plus sûrement que bien des productions européennes ou américaines. N'en déplaise aux grincheux et aux pisse-froid. Je les entends déjà, ces intégristes, rappeler que Honda n'a pas plus inventé le quatre cylindres que la roue. Et cela est vrai. Il aura juste su démocratiser l'idée d'une moto puissante et rapide, bien équipée, plaisante à l'œil, aguicheuse, jeune.
Au tout début des années 70, j'ai rencontré ma première 750 Four. J'étais tout petit et la fille des voisins avait un petit ami qui roulait sur cette machine. J'étais subjugué par tous ces pots d'échappement qui sortaient du moteur et un jour, trop attiré par les chromes rutilants, je me suis risqué à aller tâter un silencieux du bout des doigts. Je me suis brûlé et j'ai dû revenir à la maison en pleurs. J'aurais pu concevoir de cette première prise de contact une haine vindicative et totale de la moto japonaise.
C'est marrant, les souvenirs. Je me souviens que la fille des voisins, lesquels roulaient en Ariane SIMCA et en 2cv, avait un poster dans sa chambre. Sa chambre donnait sur la rue et, les jours de beau temps, lorsque la fenêtre était ouverte, on pouvait voir ce poster. Je ne comprenais pas ce qu'il représentait mais il me fascinait. Il y avait un soldat qui levait les bras, tenant un fusil d'une main et rejetant la tête en arrière. Et puis trois lettres suivies d'un point d'interrogation. WHY ?
Comment auriez-vous voulu que je comprenne ce que cela pouvait vouloir dire ? La guerre du Viêt-Nam n'était pas terminée et elle ne me passionnait pas beaucoup. J'étais bien plus intéressé par cette Honda qui vrombissait fort et qui faisait des petits "clic, clic" de dilatation en refroidissant. J'ai tendu la main, je me suis brûlé et le souvenir est resté. Je ne me souviens pas du tout avoir été attiré par les autres motos que je pouvais voir à l'époque. Pas suffisamment pour avoir cette envie irrépressible de toucher, de constater que cette chose était vraie, qu'elle existait réellement. Tout de même, à côté de chez mon arrière grand-mère il y avait deux Harley-Davidson qui me plaisaient bien. Peut-être les propriétaires me faisaient-il un peu peur, je ne suis jamais allé les toucher.

Honda 750 Four

Commentaires

1. Le jeudi 12 mars 2015, 08:22 par Liaan

Argh !
Non pas que je me morde les doigt, mais parler de cette †µ∂‡≠∞ de pseudo moto sous prétexte que son nom est "quatre" en anglais, c'est de la pure mauvaise foi !

2. Le jeudi 12 mars 2015, 08:29 par michel

@Liaan : Et en quoi ne serait-ce pas une moto ?

3. Le jeudi 12 mars 2015, 08:35 par Liaan

Mes premiers souvenirs autour de la motocyclette était vers un type qui bricolait sa machine, sur le bord d'un trottoir. J'étais fasciné par les entrailles de la bestioles, de tous ces outils et de la patience qu'avait le gars. De la sérénité, il en avait, à œuvrer ainsi sous le regard d'un mioche qui ne pouvait l'aider, au moins il était silencieux. Parce que bricoler une bécane sous les conseils pas toujours avisés des soit-disant connaisseurs de la chose mécanique, merci. Dans mon souvenir, je suis bien resté une bonne vingtaine de minute à observer ce que je ne connaissais pas. Est-cela qui m'a fait pencher vers la motocyclette et la mécanique ? Pas vraiment, j'étais vraiment trop jeune. Jeune, mais respectueux, je ne me serais pas amusé à essayer de toucher quelque chose dans ce qui me semblait être une cérémonie très respectable que cette séance de mécanique.
Je n'étais resté que vraiment peu de temps à ce rituel magique, pas assez pour entendre la machine redémarrer...

Ah, oui, un dernier détail, qui n'amusera que certaines personnes mal intentionnées : la machine était anglaise (à l'époque, il n'y avait pratiquement que des motos d'outre-Manche).

4. Le jeudi 12 mars 2015, 08:38 par michel

@Liaan : Pardi ! Pas besoin de préciser qu'elle était anglaise. Ça fait un peu pléonasme puisque vous aviez déjà dit que la machine était en panne.

5. Le jeudi 12 mars 2015, 08:41 par Liaan

@michel : Pour certains, une motocyclette doit posséder certaines qualités : la simplicité et un poids contenu. C'est pour cela que ces certains ne conçoivent une motocyclette qu'avec un moteur monocylindre. Ils acceptent les deux cylindres. Exceptionnellement, trois, mais c'est rare.
Là, nous arrivons au stade de la "moture" : moteur de bagnole sur un cadre de moto.

6. Le jeudi 12 mars 2015, 08:46 par Liaan

@michel : (rires)
Le panneau était énorme.

7. Le jeudi 12 mars 2015, 09:14 par michel

@Liaan : On peut se faire un métier du ronchonnage. J'ai connu des personnes qui prétendaient qu'il ne fallait pas rouler en BMW au motif que cette marque avait "collaboré" avec les nazis. J'ai connu des personnes qui fustigeaient les Harley parce qu'elles représentaient le capitalisme. La mauvaise foi peut tout justifier.
La simplicité, dites-vous ? Simplicité de conception ou simplicité d'utilisation et d'entretien ? La Honda est un modèle de fiabilité et ne nécessite qu'un entretien basique pour accepter de rouler encore et encore. Elle est solide.
Votre vision du nombre de cylindres autorisés m'amuse. Une Indian 4 (ou une Excelsior ou une Nimbus ou une FN) ne trouve pas grâce à vos yeux ? Et une Guzzi V8 ? Vous avez le calcul bien sélectif. Une phobie particulière ?

8. Le jeudi 12 mars 2015, 11:00 par Liaan

@michel : Je reste sur ces positions que partagent nombre de motocyclistes.
La 500 Moto Guzzi avec moteur V8 est une moto de course. Les quatre cylindres historiques que vous me citez (Indian ou Ace, Nimbus, FN, ou pourquoi pas Motbécane, ou MV) sont, quand même, des motocyclettes exceptionnelles, d'un luxe évident, qui satisfaisaient des personnages aux revenus aisés, souhaitant un certain confort. C'était loin de faire la majorité des sportifs qui roulaient en moto.
Comme je le disais en parlant de motos de course, ou de compétition (quoique en trial, ou en cross, nous n'avons pas trop vu de 4 cylindres dans ces disciplines !), je conçois les moteurs dit "polycylindre". Les seules motos japonaises que je peux admirer sont les motos de compétition des années 1960. Par leur délire technologique, et donc leur coût financier. N'oublions pas que le gouvernement japonais a largement financé la compétition motocycliste, entres autres.
Dire que la "four" est solide, et encore, tient de sa technologie automobile. Pourquoi le 4 cylindres règne-t-il en maître dans la construction des moteurs de bagnoles ? (quoique, la nouvelle tendance serait devenu le 3 cylindres pour les autos dites "urbaines", ha ha !). Un moteur 4 cylindres, a quatre temps, est d'un mouvement cyclique pratiquement parfait. De là a l'extrapoler sur une moto, les Japonais l'ont fait, et les propriétaires de ces motos de ne pas tarir d'éloges sur leur engin. Et de multiplier ces 4 cylindres dans toutes les catégories jusqu'à la nausée : et de trouver désormais ces "motos d'élevage" insipides. Les amateurs de "vraies motocyclettes" ne s'y sont pas trompés en achetant des Ducati par exemple (avec son fameux moteur en "L" qui hérissa les journalistes de Moto Journal en 1971 !), ce qui fait que les constructeurs européens se défendent désormais devant ces productions japonaises qui déferlent sur le monde. Et ces constructeurs japonais se sont, une fois de plus, précipité sur des copies des Ducati.
Oui, j'ai une phobie pour les multi-cylindres sur une motocyclette. Une motocyclette se doit être légère et maniable. Un monocylindre fera, de toute les façons, par sa musique, son "rituel", son couple, etc., vibrer énormément plus le cœur d'un vrai amateur de motocyclette.

9. Le jeudi 12 mars 2015, 11:27 par michel

@Liaan : Ah mais qu'il y ait un certain "prestige", une certaine "noblesse", dans un Vincent ou une Ducati, je ne le nie pas. Que le son produit par un monocylindre BSA soit enchanteur, je suis le premier à le dire.
Il y a plus de noblesse dans un vieux rhum précieux que dans le Neg'ita dont vous faites votre ordinaire.
Une truffe du Périgord ne peut pas être comparée à un champignon de Paris, un Pétrus n'est pas un Préfontaine, une Porsche n'est pas une 4L, une Brough Superior n'est pas une Honda. Bon. Et alors ? Je n'est pas les moyens de manger de la truffe tous les jours en buvant du Pétrus que je serais allé chercher en Porsche à la propriété la préférant à la Brough Superior parce que le temps se révélait trop incertain.
Il y a un côté xénophobe pour ne pas dire raciste qui me dérange dans le comportement de certains qui refusent les motos japonaises.
Ce qui est amusant, c'est que vu l'état de l'industrie motocyclettiste française en cette fin des années 60 qui a vu l'arrivée de la 750 Four, les bons motards allergiques aux motos japonaises se sont réfugiés sur les anglaises en prétendant que ces machines n'étaient pas technologiquement dépassées. On sait ce qu'il adviendra ce l'industrie moto anglaise.
Et puis, lorsque vous parlez de simplicité et que vous citez Ducati, j'avoue ne pas bien comprendre.
Refuser de reconnaître que la 750 Honda est une "belle" moto qui marche bien, c'est de la mauvaise foi caractérisée.

10. Le jeudi 12 mars 2015, 12:58 par Liaan

Michel, vous dites :
<<Refuser de reconnaître que la 750 Honda est une "belle" moto qui marche bien, c'est de la mauvaise foi caractérisée.>>
La mauvaise foi caractérisée est plutôt de votre côté que d'employer le terme anglais désignant le chiffre quatre pour parler d'un élément d'une "gazinière" ou d'une boulangerie.
Hin, hin, hin.
Quant au terme "xénophobe" ou "raciste" à l'encontre des japoniaiserie, je pense que vous faites fausse route, enfin pour moi. Je hais les motos du Soleil Levant car ce ne sont que de pâles copies de ce qui se fait de mieux en matière de motocyclettes européennes, continentales pour être précis : Allemagne et Tchécoslovaquie.
Paf !
Je ne vais pas revenir sur l'industrie motocycliste française sciemment démolie. Nous en avons déjà beaucoup débattu.
La moto japonaise n'est que de la moto d'élevage destinée à un plus grand nombre et, du coup, de simples outils dont on se sert sans grande passion.
Et toc !
Et en guise de conclusion provisoire, mettre un moteur de 4L dans un cadre de moto, le tout entouré de belle peinture candy, de chromes et de clignotants, ne me semble pas le meilleur moyen de faire une moto essentielle dans l'Histoire de la motocyclette. Pourtant, il en est ainsi, retirez ce fait historique, et la presse moto actuelle en serait bien embêtée, car il n'ont en bouche que cette moto...

11. Le jeudi 12 mars 2015, 13:53 par Liaan

Le principal allié de la moto japonaise a été le pognon.
Pognon pour participer aux épreuves sportives et surtout pognon pour la publicité !
Je serais curieux de savoir quelle fortune a été mise dans la publicité pour les motos japonaises.
Sans compter l'argent mis à disposition des chercheurs (qui ont très bien trouvé où étaient les meilleures motos du monde) et de l'industrie motocycliste. N'importe quel pays, avec une telle manne financière, aurait pu être champion du monde... C'est tombé sur le Japon (Itou pour la "Hi-fi" ou les appareils photographiques, d'ailleurs !).
Vous prenez, au hasard, la seule revue motocycliste existante dans les années 1962/1964, vous verriez les placards publicitaires pour Gronda, beaucoup moins pour Yamata ou Sukuzi...Alors qu'il existait des dizaines de marques de motos japonaises, dont très peu étaient exportées.
L'Europe s'est désintéressée de l'industrie motocycliste au sortie du conflit de 1945 pour faire accéder le plus grand nombre à l'automobile (avec ce succédané provisoire qui s'appelait "scooter").

12. Le jeudi 12 mars 2015, 13:59 par Liaan

@michel : Non, la 750 Honda n'est pas une "belle" moto qui marche bien.
Elle est laide et ne tient pas la route : la preuve en est qu'il a fallu que des fabricants de cadres (Martin en France ou Seeley en Grande Bretagne) lui donne un cadre qui soit honorable. Reconnaissez tout de même que les motos japonaises "saucissonnent" vraiment trop. Une Ducati 350 monocylindre (ou une Sanglas) tient sacrément mieux le pavé que ces savonnettes.

13. Le jeudi 12 mars 2015, 15:28 par Inspecteur Latulipe

Ha ha ha !
L'innénarable Liaan !
Ha ha ha !

14. Le jeudi 12 mars 2015, 17:00 par shanti

Cette photo me fait penser à autre chose !
Une photo prise dans une grange ouverte à peu près identique à celle-ci, un bazar, tout à fait similaire, une deux roues quelque peu différente. :)
Mais comme dirait une couturière ... de fil en aiguille ...