La faim justifie les médiocres


Qui veut le pouvoir ? Et pourquoi ? Dans cette campagne électorale d'anthologie[1] nous allons de surprise en révélations, d'affaires en mise en examen, sans jamais trop écouter les programmes, idées, propositions et discours. Et pourtant, il y a le choix, ce ne sont pas les candidats qui manquent. Mais on s'en fout, on s'en bat les gonades. On fait mine de plus s'intéresser aux déboires judiciaires, à l'argent mal acquis, aux revirements, aux tournages de veste, aux ralliements et aux désertions. Les programmes, ce n'est pas notre préoccupation. Ce que l'on aimerait, ce serait que ces élections présidentielles se déroulent non plus par le vote citoyen mais à la manière d'un jeu de télé-réalité avec des évictions de candidats multiples jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'un ou qu'une candidat-e- et, de par là même, un-e- vainqueur-e-.
Ce jeu pourrait s'appeler "Mensonge et intégrité". Le vote du public viendrait éliminer les postulants en fonction de ce qu'il pourrait considérer comme encore acceptable. Le but du jeu serait de parvenir à gagner en mentant juste ce qu'il faut. Ni trop pour ne pas se faire écarter ni trop peu pour ne pas paraître dépourvu d'imagination et de soif du pouvoir. En gros, ça reviendrait à désigner le meilleur arnaqueur, l'escroc idéal.
Remarquez, si nous nous retrouvons avec pour seule perspective à avoir à choisir entre une candidate d'extrême-droite et un libéral ni de gauche ni de... gauche, c'est bien fait pour notre gueule. Ça fait maintenant des décennies que nous jouons à ne plus voter qu'en fonction d'algorithmes prétendument scientifiques et en jouant à une sorte de bonneteau hasardeux. On désigne machin pour contrer truc, on accepte le principe des primaires pour mettre en avant qui saura le mieux battre celui du camp d'en-face. On ne vote plus pour des idées mais contre des personnes.
Il y a quinze ans, nous avons été nombreux à voter Chirac contre le père le Pen. On veut nous faire rejouer la pièce et dès à présent on nous brandit l'épouvantail de l'insupportable, de l'inacceptable, pour faire élire un candidat qui, logiquement, ne devrait plaire à personne. Ce qui fait sa force, à Macron, c'est bien de n'avoir pas de programme précis, de naviguer dans une sorte de centre à la godille, un coup à droite, un coup à gauche, sans faire de vagues, sans avancer réellement.
Je me demande si, en 2002, il n'aurait pas été finalement intéressant de laisser le Pen remporter les élections présidentielles. C'est un pari un peu osé mais on peut supposer qu'il n'aurait pas eu de réel pouvoir, qu'il n'aurait pas eu de majorité au parlement, qu'il aurait été incapable de faire quoi que ce soit. Alors, évidemment, avec un personnage pareil, on peut se faire peur à penser à un coup d'état et à l'arrivée d'une dictature. Le discours vaut aussi pour ce qui est aujourd'hui possible. La question est : "le moins pire est-il préférable au pire ?"
Evidemment, si l'affaire Fillon n'était pas survenue, tout serait différent. Mais comment est-il arrivé là, le Fillon ? Normalement, ce devait être Sarkozy ou Juppé qui devait être désigné par la droite. Pas Fillon ! Jamais personne n'avait pensé à ça. Peut-être pas même Fillon lui-même. Pareil pour Hamon. Dans ce cas, bien entendu, c'était plus compliqué parce que, logiquement, plus personne ne pouvait croire en une victoire des socialistes.
Si le premier tour des présidentielles, les analystes nous le disent, est joué[2] la seule question qui devrait nous préoccuper est de savoir si nous devons voter et pour qui. On peut aussi avoir l'idée farfelue de voter pour qui on se sent le plus proche au premier tour mais si c'est plié, à quoi bon ? La probabilité pour que la gauche soit présente au deuxième tour est extrêmement faible. Celles et ceux qui en appellent à un ralliement des candidats de gauche sont gentils mais mathématiquement, en ajoutant les voix envisagées de Arthaud, Poutou, Mélenchon et Hamon plus celles des écolos et quelques autres qui traînent, il n'y a aucune chance pour que la gauche soit présente au deuxième tour.
Ce qui n'est pas totalement exclu, bien sûr, c'est que Fillon dépasse Macron. Le cas le Pen est compliqué. Tout le monde la dit présente au deuxième tour mais les experts se sont déjà trompé à plusieurs reprises ou n'ont rien vu venir. Bref, on navigue dans le brouillard et le mieux que nous avons à faire, c'est d'agir en conscience, sans calcul, sans vote utile, sans plan sur la comète.

Savoir refuser

Notes

[1] peut-être ?

[2] J'adore les experts

Commentaires

1. Le vendredi 31 mars 2017, 12:20 par Sax/Cat

Belle journée en perspective entre gens de droite.

2. Le vendredi 31 mars 2017, 13:07 par Globu le Rouge

Bruno Masure a écrit récemment un bouquin « Élysée Academy » plagiant de fait, votre jeu d’électorale réalité « mensonge et intégrité » en tout cas voilà une situation qui pourrait bien arriver un jour, tant le besoin de vouloir tout réformer confond les misérables contribuables (et accessoirement électeurs) que nous sommes.

3. Le vendredi 31 mars 2017, 13:15 par nono

Le pilote de cette patinette électorale a pris soin de porter son casque et sa belle médaille du travail pour faire cette déclaration boulangère, mais il n’a pas prêté cas à ses chaussettes dépareillées.

4. Le vendredi 31 mars 2017, 13:41 par waldo7624

Vous voilà en excellente compagnie !
à moins que ce ne soit pour un jeu, cherchez l'intrus, par exemple ?
Ce pilote de patinette est superbe, quant au texte, je suis d'accord avec la chronique, et à la question le moins pire est-il préférable au pire ?, il y a longtemps que je n'en suis plus persuadé.

5. Le vendredi 31 mars 2017, 15:08 par michel

@Sax/Cat : Décomplexés !
@Globu le Rouge : Peut-être aussi sommes-nous finalement trop heureux, trop rassasiés de tout, pour nous intéresser à la politique autrement qu'à la marge et pour des questions sans importance aucune.
Finalement, qu'est-ce qui différencie les politiques menées depuis l'après-guerre ? Tout nous a conduit vers la suprématie de l'économie sur le reste. Sur le fond, sur l'essentiel, nous l'avons. Une démocratie, la paix, un certain confort, un système de santé, des écoles... Réjouissons-nous de tout cela.
@nono : Il est tête en l'air.
@waldo7624 : N'être persuadé de rien est la bonne attitude. Persistez dans cette voie.

6. Le vendredi 31 mars 2017, 16:08 par Tournesol

O foule indecrottable!Foule où de pére en fils,on se repasse le joug marqué au chiffre du maître.Vive Pompidou,vive De Gaulle,vive Pétain,vive Clemenceau,vive Poincarré,vive Thiers,vive Louis XVIII,vive l'Empereur!...
Et peut être,dans le fin fond du bout de la nuit des cavernes,le premier bêlement qu'allait exaucer l'avenir: vive les cons!
Et à bas les hommes.( Jerome Gauthier)

7. Le vendredi 31 mars 2017, 16:16 par Tournesol

Et lorsque,enivré de fanfares,de cloches et d'artillerie,le peuple,troublé par ces vacarmes flatteurs,essaye en vain de se masquer à lui-même,son vœu véritable sous n'importe quelles syllabes mensongèrement enthousiastes( vive la république,vive l'empereur,vive la commune,vive le maréchal) le
Mendiant,lui,la face au ciel,les bras levés,à tâtons,dans ses grandes ténèbres,se dresse.Et d'une voix de plus en plus lamentable,mais qui semble porter au delà des étoiles,continue de crier sa rectification de prophète : "
Prenez pitié d'un pauvre aveugle,s'il vous plaît !".
Villiers de l'Isle Adam,voix populi,in : "Contes cruels"

8. Le vendredi 31 mars 2017, 16:21 par jojo

Au deuxième tour, probable qu'il nous faudra choisir entre la peste ou le choléra...

9. Le vendredi 31 mars 2017, 16:32 par Liaan

Votez dur, votez mou, mais votez dans l'trou ! disait mon grand'père...
Sûr que cette année, comme pour d'autres élections récentes, le fait de s'abstenir va largement favoriser qui-vous-craignez.

10. Le vendredi 31 mars 2017, 16:33 par Tournesol

@Liaan : je crains degun !

11. Le vendredi 31 mars 2017, 16:48 par Philippe POUTOU

Je rejoins presque vos propos camarade. Seulement Ford n'est pas qu'une marque, c'est aussi une industrie !

12. Le vendredi 31 mars 2017, 16:58 par michel

@Tournesol : Mieux vaut bêler en mouton libre qu'aboyer en chien servile.
@Tournesol : Eh oui !
@jojo : Ça se discute tout de même un peu.
@Liaan : Voilà l'épouvantail bien brandi.
@Tournesol : Il m'a fallu me renseigner, espèce de Marseillais.
@Philippe POUTOU : C'est aussi un réalisateur, camarade.

13. Le vendredi 31 mars 2017, 18:24 par Liaan

Point de vue de l'épouvantail, piqué à Serge Galam|fr] :

Le "plafond de verre" qui empêche Marine Le Pen d'accéder à l'Elysée serait-il de plus en plus fragile ? Il se serait même fissuré. Telle est l'hypothèse du physicien Serge Galam. Ce spécialiste des systèmes désordonnés, qui a rejoint le Cevipof (centre de recherches politiques de Sciences Po), avait prédit, dès l'été 2016, la victoire de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis.
Comment la physique peut-elle nous éclairer sur ce point ?
Un sondage donne l'image à un moment de l'opinion. Simplement, la question est de savoir comment lorsque l'on passe d'une image à une autre, jour après jour, quels sont les mécanismes qui permettent de passer d'une image, à celle de demain, puis celle d'après-demain puis à celle dans une semaine, dans un mois... Ca, on peut l'obtenir soit par des extrapolations, des analyses du passé, soit par une compréhension des mécaniques qui font que des individus lors d'une campagne vont changer éventuellement d'opinion. Ce que je développe, moi et d'autres physiciens à travers le monde dans le cadre de la socio-physique, c'est d'essayer d'appréhender ces mécanismes en identifiant des mécanismes d'interaction entre individus, qui font qu'à un moment donné certains vont changer d'opinion.
Grâce à cette méthode vous étiez arrivé à la conclusion que l'élection de Marine le Pen était passée d'impossible à improbable. Désormais il y a une proportion non nulle pour que la candidate soit élue à la Présidence de la République. Comment êtes-vous arrivé à ces deux conclusions ?
Le premier stade se fonde sur cette dynamique d'opinion. Lorsqu'on l'étudie avec les hypothèses qu'on utilise, on obtient ce fameux plafond de verre qui aujourd'hui est beaucoup moins fort qu'il y a dix ou quinze ans, mais qui est toujours actif. L'élément nouveau c'est que jusqu'à maintenant, nous avons avions le vote honteux pour le Front national.
Mon hypothèse c'est que nous allons avoir une "abstention inavouée". Pour Macron ou Fillon, ce sont les deux cas que je considère, c'est de dire que pour l'un et l'autre, certains électeurs disent encore aujourd'hui vouloir s'opposer au FN. Mais ont une répulsion très forte à voter pour l'un ou pour l'autre. Le jour du vote, c'est tellement pénible, comme un médicament indigeste à devoir prendre avec aversion, que lorsque l'occasion de ne pas l'utiliser se présente, et bien vous allez oublier. Ce n'est pas quelque chose que je prouve, mais par un calcul, on peut voir l'impact que cela aura en fonction de l'amplitude de ce phénomène. Donc si l'abstention inavouée est plus ou moins forte, nous allons avoir une abstention différenciée entre les deux candidats parce que les gens qui veulent voter pour Marine le Pen, veulent voter pour elle. Concernant Fillon ou Macron, une partie voudra voter pour ces candidats, quand une autre souhaitera voter contre le Pen. Mais il y a un coût : une partie oubliera de le faire. Ce qui fait qu'avec moins de 50 % d’intentions de vote, Marine le Pen peut se retrouver avec plus de 50% de votes exprimés. Il y a une faille de taille dans le plafond de verre.

Aaarght !
Élue au premier tour avec 50,02 %... C'est mieux que Scream 8 !

14. Le vendredi 31 mars 2017, 18:55 par waldo7624

@michel : (5) je n'en suis pas persuadé !

15. Le vendredi 31 mars 2017, 19:59 par waldo7624

Vouloir absolument faire des prévisions... pourquoi ne pas laisser ça aux experts si nombreux qui, ensuite, pourront expliquer pourquoi ils se sont trompés, et s'engueuler entre eux pour nous distraire.
L'exercice confine au pari sur le prochain tirage du loto, tant il y a de variables, elles mêmes variables.
Laissons cet exercice à nos amis d'outre-manche dont c'est le sport national.
Parier sur tout, histoire de passer le temps... Le temps passera tout seul et nous aurons la surprise d'avoir, qui sait, Jean Lassalle en berger de la République.
Les primaires, comme les sondages et autres prospectives finissent par démolir le principe démocratique de l'élection.
Moi, je m'en fous, je voterai pour un candidat réputé n'avoir aucune chance, en fonction de son programme, de son discours et de son parcours.
C'est ça le vote utile.
Reste à définir utile à quoi ?

16. Le vendredi 31 mars 2017, 21:45 par fifi

@waldo7624 : Ils sont 6 pour le premier tour, plutôt que faire un jeu présidentiel réalité, la roulette russe en direct à la télé, mais la roulette russe avec cinq bastos ... là le thermomètre de l'audimat explose.
Quand un gus plonge pour une X affaire, qu'il prenne trois mois ou trois ans, à sa sortie, il ne pourra aller voter je ne sais combien d'années. Par contre, ces gros cons de pourris de droite, ( j'adore: c'est de Coluche ) ,magouille à tire-larigot ils se présente pour les présidentielles.

17. Le vendredi 31 mars 2017, 21:49 par fifi

@michel : Superbe dessin, en plus une patinette, c'est une première.
Je voterai utile, je voterai pour vous.
VOTEZ Michel LOISEAU
ou
Allez crever.

18. Le vendredi 31 mars 2017, 22:26 par michel

@fifi : Si vous voulez vraiment voter utile, ne votez surtout pas pour moi ! Très franchement, je ne me vois pas président de la République.
Merci pour le compliment et une patinette, j'ai bien dû en dessiner précédemment. Enfin je pense.