L'après Stieg

Entre fin 2013 et début 2014, j'ai dévoré les trois tomes de la trilogie Millenium de Stieg Larsson. Il se trouve que l'année dernière est arrivé le premier épisode d'une nouvelle trilogie écrite par David Lagercrantz, Stieg Larsson étant retenu par ailleurs pour une durée indéterminée qui pourrait durer encore un peu. Comme j'avais hésité longtemps à lire les premières aventures de Lisbeth Salander et Mikael Blomkvist, j'ai attendu avant de me précipiter sur cette suite. C'est à dire, aussi, que je me demandais si Lagercrantz allait être à la hauteur. J'ai tergiversé, j'ai écouté ce qu'en disaient les critiques littéraires, j'ai lu quelques analyses et puis j'ai acheté.
"Ce qui ne me tue pas". Derrière ce titre nietzschien, nous retrouvons Lisbeth et Mikael ainsi que Erika et d'autres personnages du petit univers de Millenium. S'y retrouve-t-on ? Oui. Sans nul doute, l'esprit est là, tout comme le ton et le style. Lagercrantz respecte tout ça et poursuit l'œuvre laissée en plan par Larsson. D'après ce que j'ai compris, ce quatrième roman est basé sur les idées de Stieg Larsson. Il doit y avoir deux autres romans qui devraient sortir en 2017 et 2019.
Je n'ai pas l'intention de vous raconter l'histoire mais je peux vous dire ce que j'en pense. Je l'ai dit auparavant, des trois premiers, c'est le troisième qui m'a semblé le plus abouti. Ce quatrième est très bon mais me paraît moins prenant que ce troisième.Lisbeth est toujours une championne en informatique et Mikael connaît un passage à vide dans sa carrière de journaliste. Ils ne se sont plus croisés depuis plusieurs années et ils vont se retrouver pour cette nouvelle aventure. Enfin se retrouver... Il faut tout de même attendre la toute fin pour que les retrouvailles soient effectives. De fait, nos deux héros vont travailler ensemble mais chacun de leur côté. Et c'est peut-être là ce qui m'a fait trouver ce livre un peu plus faible que les précédents. Ceci dit, tout ceci est expliqué et ça marche.
Comme les bouquins précédents, j'ai eu du mal à lâcher celui-ci très longtemps et, dans le même temps, j'espérais le faire durer le plus longtemps possible. J'ai lu certains propos de personnes refusant de lire ce quatrième roman au motif qu'il n'a pas été écrit par le créateur de la trilogie d'origine. Bon. Pourquoi pas ? On ne peut pas obliger les gens d'aller contre leurs interdits ou leurs opinions. Même si ceux-ci sont parfaitement idiots, ridicules, bêtes, stupides, crétins et toutes ces sortes de choses. Refuser la lecture de ce livre juste parce qu'il n'est pas de la main du créateur, comme ça, parce que l'on cherche à prouver que l'on ne mange pas de ce pain là, que l'on est le chantre d'une certaine orthodoxie extrémiste, que l'on considère que la reprise d'une œuvre, de personnages, est une trahison faite à la mémoire d'un auteur. S'il est des cas où cette attitude est compréhensible, il ne faut pas que ça devienne une règle sur laquelle on ne peut pas transiger. Si tel est le cas, je le répète, c'est que l'on est devenu parfaitement idiot.
Pour moi et dans tous les cas, l'œuvre vaut plus que son auteur quel qu'il soit. Dans le cas présent, l'œuvre est bonne et je ne me pose pas la question de savoir si David Lagercrantz est légitime ou non à poursuivre l'œuvre abandonnée lâchement par Stieg Larsson. Bien sûr, il faudra attendre les prochains épisodes pour savoir si vraiment la deuxième trilogie arrive au niveau de la première. Je n'ai pas beaucoup de doutes, ceci dit. Déjà, on ne peut pas dire que Stieg Larsson soit particulièrement remarquable par son style. La grande force de Millenium est le personnage de Lisbeth Salander. Et les relations entre cette jeune femme et Mikael Blomkvist, bien sûr. Les histoires sont très documentées, elles sont crédibles dans l'ensemble. Elles semblent coller à leur temps, aussi, marquées par leur époque. D'ailleurs, là où Stieg Larsson se plaisait à citer des marques et des modèles de matériel informatique, David Lagercrantz ne le fait pas. Je l'ai remarqué et je me dis que ce n'est pas plus mal. Lorsque l'on lit les premiers tomes de Millenium aujourd'hui, on note que ces histoires sont datées par le matériel utilisé. Ce n'est pas bien grave mais il est amusant de se dire que cette idée qui permettait aux premiers romans de paraître modernes ou actuels fait qu'ils semblent aujourd'hui du domaine d'un passé plus ou moins ancien.
Oui, le style de Larsson. Je me suis perdu en route. Donc, je pense que le style de Larsson n'est pas remarquable. Evidemment, je ne lis pas le suédois. Dans l'ensemble, je dirais que c'est une écriture plus efficace que stylée. C'est simple, c'est précis, c'est facille. C'est de l'écriture de journaliste. Ça marche très bien pour ce genre de romans mais ce n'est pas du Proust ou du Céline. Donc, reprendre les personnages, pourvu que l'esprit soit respecté, pourvu aussi que l'histoire fonctionne, ne me dérange pas le moins du monde. Ce que je sais, c'est que j'ai pris du bon temps à lire ce quatrième Millenium et que je lirai probablement, sauf si je dois m'absenter pour quelque temps de la vie publique comme Stieg Larsson, bien sûr, les prochains bouquins de cette série.

Millenium 4

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