Escapade ardéchoise

Ardèche, Rolls-Royce, restaurant typique, fourgon et photocopieur sont au menu du billet du jour.

Nous sommes partis avec une bonne heure de retard. Mon collègue passe me chercher en bas de chez moi et nous filons par l'autoroute que nous prenons à la Bachellerie. Nous rejoignons Brive par l'A89 et empruntons un bout d'A20 avant de reprendre l'A89 et de rouler vers Clermont-Ferrrand. Là, nous descendons par l'A75 en direction de Montpellier.
J'avais calculé un itinéraire mais mon collègue avait eu la riche idée de se munir d'un appareil de navigation gps. Depuis la dernière halte, je suis au volant et l'appareil nous guide. Il me fait sortir de l'autoroute et nous sommes sur une route départementale. Plus ça va, plus nous empruntons des routes tortueuses. Je suis un peu étonné mais bon, hein, le gps sait ce qu'il fait.
Si nous étions partis à l'heure, nous aurions dû arriver vers 11 heures. Là, j'espérais encore arriver avant midi mais ça devient de plus en plus compromis. C'est en arrivant à proximité de Mende, en Lozère, que j'appelle pour annoncer que nous n'arriverons pas au rendez-vous avant le début d'après-midi. Maintenant, il ne sert plus à rien de se presser, nous avons le temps de nous arrêter pour manger et nous pouvons rouler en préservant les points du permis de conduire.
Nous passons dans de magnifiques paysages de petites montagnes boisées recouvertes des taches jaunes des genêts. Nous traversons des petits villages austères, aussi. On sent que ce ne devait pas être un pays bien riche. Je remarque les parcelles de terre cultivables construites en terrasses retenues par des murs de pierres sèches. Sur une petite place, j'avise une vieille voiture. Je ralentis. La figurine qui se dresse au sommet du radiateur ne trompe pas, pas plus que les deux lettres frappées au fronton de ce radiateur, c'est bien une vieille petite Rolls-Royce, probablement datant des années 20, toute pimpante dans sa robe crème. Le temps de faire demi-tour pour l'aller voir de plus près, elle repart. Je fais un autre demi-tour et nous suivons la vieille anglaise. Elle roule sans dépasser les 50 km/h mais aussi sans fumer. Perchée sur ses fins pneus, elles tressaute moelleusement au cahots de la route "viroleuse" en tenant un cap hypothétique du mieux qu'elle le peut. Nous avons encore de la route à faire, je la double dès que je le peux.
Plus loin, à peut-être une vingtaine de kilomètres, rebelote. Cette fois-ci, ce n'est pas une Rolls-Royce mais deux que j'aperçois. Je ralentis et vois une Bentley. Je freine et m'arrête. Sur le parking du "restaurant", il y a trois Rolls-Royce et une Bentley. Comme j'avais amené un appareil-photo, comme nous ne sommes plus pressés, je vais faire en sorte de surcharger mon disque dur d'images-souvenir. Je ne m'applique pas, je cadre et déclenche.

Rolls-Royce
Rolls-Royce
Rolls-Royce

Ce "restaurant" est un établissement minable comme on en trouve sur le bords des routes, un endroit où l'on peut manger du poulet rôti avec des frites et du ketchup ou de la mayonnaise tiède en payant le prix fort (pour le service rendu, c'est du vol manifeste). Et là, je m'amuse à regarder la table des Anglais qui roulent en Rolls-Royce, marque de prestige et marqueur indiscutable d'une position sociale élevée. Rolls-Royce, c'est le luxe, c'est faire parti d'un autre monde, c'est du fric à foison, non ? Et là, des septuagénaires anglais qui mangent à l'économie dans une gargote minable en bord de route départementale, ça ne le fait pas. Non.

Nous reprenons la route et nous mettons en quête d'un établissement où nous restaurer. C'est le patron qui paie et on ne va pas se gêner. Nous dédaignons les pizzerias et les restaurants routiers mais il n'y a pas non plus grand chose de très alléchant dans les environs. En traversant Thueyts (07), il y a un restaurant qui me fait penser qu'il est moins pire que d'autres. On s'arrête. Le cadre est pour le moins surprenant. On dirait que les lieux participent à une sorte de concours obscur du pire mauvais goût. Mon sens de l'esthétique est choqué et j'en regrette presque de ne pas être Gilbert Montagné. Il faut oser poser des couvre-chaises réalisés au crochet, en bonne laine synthétique rouge, jaune, orange et violette. Il faut oser, vraiment. Dans le coin, il doit y avoir un verrier psychopathe. L'accueil et la salle de restaurant sont décorés de ses réalisations immondes. Du verre dégoulinant partout, un miroir elliptique décoré d'une fleur et d'un colibri aux couleurs chatoyantes au mur, une sorte de gerbe sur le comptoir de l'accueil, des supports de "conseils d'apéritifs" sur les tables. Pour ces derniers, j'ai d'abord cru qu'il s'agissait de trucs que l'on pose sur les tombes, de ces machins où l'on fait écrire "à ma belle-mère adorée" ou "de la part de tes collègues qui t'aiment". J'ai vivement regretté de n'avoir pas pris mon appareil-photo, pour le coup.
Le personnel est tout aussi croquignolet à commencer par la patronne qui, voûtée, tente l'humour par désespoir. Nous nous installons et on vient nous demander si nous désirons boire un apéritif. Raisonnable comme je le suis, je préfère ne pas boire d'alcool et demande un Perrier. Je suis suivi par mon collègue qui commande la même chose mais avec du sirop de menthe. Ils n'en ont pas mais nous proposent de l'eau gazeuse locale. Avide de nouvelles expériences et de sensations fortes, j'accepte. De fait, l'eau à bulles du cru ne ressemble pas au Perrier mais n'est pas mauvaise. Les bulles sont très fines. Parce que, mine de rien, c'est un établissement sérieux, on nous amène les "amuse-bouche". Mon collègue n'apprécie pas du tout et n'y touche même pas. Il n'apprécie pas vraiment non plus les tranches de saucisson sec qui, pourtant, est excellent. Pour cet "amuse-bouche", il s'agit d'une purée de céleri avec un sorbet de betterave rouge. Et moi, ça m'a bien plus. C'est un peu étrange mais intéressant. En entrée, je choisis un nougat de queue de boeuf et au fromage de chèvre, une terrine, en fait, accompagnée d'oignons à la grecque. Très bon. Mon collègue choisi un millefeuille de je ne sais plus quoi qui semble réussi. Pour suivre, nous choisissons une côte de porc aux échalotes servie avec des pommes de terre sautées et d'un tronçon de navet long sauté lui aussi. La côte de porc est bien épaisse et moelleuse, l'accompagnement, lui, manque d'originalité. Pour finir, nous avons le choix entre fromage et dessert. Mon collègue choisit des fraises et je prends un "gerbier de jonc", une mousse à la châtaigne dressée sur une génoise. Très bon aussi. Un café et l'addition et nous repartons.

les-platanes.jpg Si jamais vous passez par l'Ardèche, vous pouvez toujours vous arrêter au Restaurant Les Platanes. On y mange bien. Je reproduis ici la carte de visite de l'établissement. Vous noterez l'aperçu du cadre et la vieille télévision qui accompagne la charmante cheminée dans laquelle une petite flambée finit de brosser le tableau.

Il est un peu plus de 14 heures et nous ne sommes plus qu'à une vingtaine de kilomètres de Aubenas. J'appelle le vendeur du photocopieur qui nous indique la route pour arriver à son magasin et nous avertit des possibles difficultés que nous aurons à rejoindre le centre-ville en raison des préparatifs de la fête de la musique. Nous n'y avions pas pensé, ni lui ni nous. On va faire avec. Il va nous falloir passer par des petites ruelles pour arriver par derrière. Le fourgon mesure plus de six mètres de long, il va falloir que je prouve que je sais conduire !
On prend une rampe à 13% après avoir négocié une épingle à cheveux très serrée et on grimpe en évitant les voitures garées n'importe comment. Une marche arrière dans une rue à peine plus large que le fourgon et j'arrive à me glisser entre un bac à fleurs en béton et un mur d'enceinte. Il n'y a que quelques centimètres de part et d'autre et seuls les rétroviseurs m'empêchent de reculer plus. Je suis assez fier de moi, je dois dire. On me disait que jamais je n'arriverai à me glisser là et, sans prendre de mesure, à l'œil, j'y croyais, moi. Par contre, cet à cet instant là qu'un type débarque avec sa voiturette et qu'il commence à vouloir nous expliquer qu'il veut passer. Nous lui expliquons à notre tour qu'il passera après que nous aurons chargé le photocopieur et que, d'autre part, puisque je ne pourrai reculer, il faudra qu'il s'en aille pour que je puisse avancer et le laisser passer. Il ne semble pas comprendre mon raisonnement et décide de rester là où il se trouve en maugréant un peu.
Nous chargeons le photocopieur avec l'aide des musiciens présents, nous payons et nous partons. Le conducteur de la voiturette a fini par comprendre mais il ne semble pas trop doué pour aller en marche arrière. J'ai envie de l'aider en le poussant avec le pare-choc du fourgon.
Cette fois-ci, nous ne nous aidons pas trop du gps pour revenir. Je fais à mon idée. La route est bien meilleure qu'à l'aller. Arrivé à proximité d'Issoire, je donne le volant au collègue pour le reste de la route. Nous arrivons à Azerat vers 22 heures. Il reste encore une bonne heure au collègue pour rentrer à Périgueux, faire le plein du fourgon, garer le fourgon, prendre sa voiture et rentrer chez lui. Nous venons de faire un petit millier de kilomètres et nous sommes un peu fatigués.

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