Dernier dessin

Pendant que je m'agace toujours à chercher comment faire une bonne photo, je passe le temps en faisant un dernier petit dessin pour l'année en cours tout en me disant qu'il servira aussi pour l'année prochaine.

La photographie, c'est un piège. Au début, j'étais déjà content lorsqu'il y avait une image sur la pellicule et que cette image était plus ou moins "regardable" sans que l'on ait l'impression que l'on nous arrachait les yeux. Je me souviens de mon premier appareil. J'étais jeune et ça se passait à Conflans-Sainte-Honorine. J'étais jeune et j'avais vu à la devanture d'un photographe local un petit appareil Kodak, un Instamatic, dans un coffret. Il m'avait plu parce qu'il n'était pas très cher et aussi parce qu'il y avait la mention "camera". Je m'imaginais déjà pouvoir faire des films comme ceux que je voyais au cinéma, avec Louis de Funès en gendarme d'où vous savez. Bien sûr, j'étais jeune et je ne savais pas que "camera" voulait simplement dire "appareil photo" en langue étrangère. J'ai vite été désilusionné mais j'avais un appareil photo avec lequel je pouvais photographier le chien familial, un beau berger allemand qui répondait au nom de Fourcade, rapport à ses poils de tête qui semblaient coiffés en brosse, comme le ministre giscardien du même nom. J'avais aussi photographié la Renault 4 et la Renault 16. Les photos n'étaient pas très bonnes mais j'étais content. Ou du moins, pas trop déçu.
Mon grand-père maternel, lui, faisait de la photo d'un autre niveau. Je ne saurais dire s'il était vraiment bon photographe ou pas. Il faudrait que je me pose la question sérieusement et en faisant fi des considérations sentimentales. Il avait un Contaflex. Je me souviens qu'il était assez critique pour mes photos.
Quelque temps plus tard, mon père avait acheté un Polaroïd. Je trouvais que cet appareil était magique. On avait les photos en quelques minutes ! J'ai acheté un Polaroïd moi aussi. Je l'ai toujours quelque part. Un Polaroïd 1000. Je ne me souviens pas avoir fait de bonnes photos avec cet appareil mais je me souviens l'avoir amené avec moi lors d'une sortie scolaire à Dieppe[1]. Je me souviens surtout qu'il ne faisait pas très beau et que les quelques photos que j'avais faites là-bas était parfaitement ratées. Je ne me suis pas beaucoup servi de cet appareil par la suite. Il faut dire que les pellicules étaient chères.
Après cela, il y a eu une période où la photographie ne m'intéressait pas. Il a fallu attendre que j'arrive en Dordogne et que je rejoigne un nouveau collège pour m'y remettre. J'avais un professeur de français qui s'occupait du club photo de l'établissement. Le collège disposait d'un laboratoire avec un agrandisseur, des cuves et cuvettes et tout ce qu'il fallait pour développer et tirer les photos que l'on pouvait prendre avec un Zenit EM et son Helios 58mm f:2. Il a fallu apprendre les vitesses, les diaphragmes, les histoires de profondeur de champ et tout le reste et puis on a commencé à faire des photos. Une pellicule de 12 poses, de la FP4 Ilford dans mon souvenir. Trois photos chacun. Et puis, direction la chambre noire pour développer la pellicule et faire des tirages sur du papier monograde. C'est là que j'ai vraiment appris la photo et que j'y ai pris goût. Pour autant, je n'étais pas un bon photographe et ne maîtrisait pas vraiment tous les réglages.
Quelques années plus tard, dans un journal de petites annonces, je vois un appareil photo Zenit à vendre avec un flash Agfa. J'avais juste assez pour me l'acheter[2]. C'était à Saint-Léon-sur-l'Isle. Mon père et moi y allons en début l'après-midi et je fais affaire. En rentrant, je n'ai qu'une envie : acheter une pellicule ! La chose se réalise la première fois que l'on va à la ville. Je file chez un photographe et j'achète une pellicule. J'avais pris la précaution d'amener l'appareil et lui demande de me l'installer parce que... Enfin bon. Bref. Le photographe se moque un peu de mon appareil et moi, je ne comprends pas. Pour moi, c'est le meilleur des appareils photo existant puisque c'est celui que l'on utilisait au club photo. Il est vraiment bête, ce photographe[3]
Il se trouve que l'on doit retourner à Conflans voir la famille de là-bas. J'ai mon appareil photo et je fais plein de photos. Je vois le nombre de clichés pris sur le compteur. Vingt, vingt-cinq, trente, trente-cinq, quarante... Pas mal pour une pellicule de trente-six poses ! Quarante-cinq... Bizarre, tout de même. Cinquante... Ça devient un peu inquiétant. Bon. Je décide que la pellicule doit bien être pleine et de rembobiner. Je tourne la molette destinée à cette opération. Plusieurs minutes. Je sens les gouttes de sueur perler à mon front. Je suis un peu inquiet. J'ouvre le dos du boîtier et je comprends vite que les perforations de la pellicule se sont arrachées et que je viens de perdre toutes mes photos. Mais au moins, j'ai appris qu'avec un Zenit, il faut faire attention à l'armement. Tout n'est pas négatif.

J'achète une nouvelle pellicule. Cette fois-ci, j'arrive au bout de la pellicule sans tout arracher, je rembobine et je confie la pellicule au photographe. Je suis impatient de voir mes chef-d'œuvres. Je ne sais plus vraiment ce que j'avais fait comme photos. Enfin je n'ai pas non plus le souvenir de photos particulièrement réussies. Une fois, j'ai essayé de faire des photos au flash pour la première fois. Je ne comprenais pas pourquoi il n'y avait qu'une partie de la photo qui était exposée. Je n'avais pas pigé l'histoire de la synchro-flash[4]. Il y a aussi eu la grosse déconvenue des images systématiquement sur-exposées. Mais là, on va dire que ce n'était pas totalement de ma faute. Je vais vous expliquer.
Au club photo du collège, nous avions un Zenit EM. J'avais acheté un Zenit E. Extérieurement, ça se ressemblait beaucoup. La différence était pourtant fondamentale ! Là où le Zenit EM avait une présélection du diaphragme, le Zenit E en était dépourvu. Et quand bien même il l'aurait eu, l'objectif Helios n'aurait pas été en mesure de l'exploiter. En gros et sans entrer dans des considérations techniques ennuyeuses, le Zenit E implique de fermer le diaphragme manuellement en utilisant la bague de l'objectif faite pour. On fait la mise au point en pleine ouverture et on ferme le diaphragme après l'avoir réglé. Si on oublie, on reste en pleine ouverture et on a toutes les chances pour que la photo soit sur-exposée. Je ratais beaucoup de photos mais j'avais encore appris un truc.
A compter de cette époque, il y a de longues années durant lesquelles je conserve ce boîtier et fais des photos sans grand enthousiasme. D'abord, je n'ai pas de fric pour payer les pellicules et les développements et tirages. Il faut attendre le début des années 90 pour que je m'y remette sérieusement. Il y a plusieurs événements mais le plus marquant de tous est sans doute le fait que je rencontre une fille dont je deviens amoureux et qui a fait des études de photographie. Elle a un Canon AE1 et un Yashica Mat 124. A partir de là et pendant quelques années, il y a une sorte d'émulation-concurrence entre nous. Il y a aussi mon plus jeune frère qui fait de la photo. Et puis, avec ma copine, on a de plus en plus d'occasions de faire des photos, professionnellement ou pas[5]. Du Zenit et du Canon, on passe à un boîtier bien plus performant, un Canon T90. Un vrai monstre que j'adore. Puis à un Canon EOS 100 auquel s'ajoutent vite des objectifs fabuleux. Un jour, l'occasion se présentant, on achète un Leica M4 d'occasion avec son 50mm Summicron. Et là ! J'ai vraiment adoré cet appareil.
Il y a un peu plus de dix ans, ma copine et moi nous séparons. Elle conserve le Leica, je garde le Canon. Bon. Quelque temps plus tard, je prête le Canon à une copine qui me le rend cassé. Je n'ai plus d'appareil pour utiliser les bons objectif Canon EF. Je ressors le T90. Un jour, je tombe sur une annonce. Quelqu'un vend un EOS 5 pour pas trop cher sur Périgueux. Je l'achète. Et puis, en 2006, j'achète mon premier appareil photo numérique reflex, un Canon 400D. Et puis, il n'y a pas longtemps, j'ai l'occasion d'avoir un Canon 60D[6].

Aujourd'hui, on va dire que cela fait donc environ trente-cinq ans que je fais de la photo. Alors oui, je fais de bien meilleures photos qu'à l'époque de l'Instamatic et, surtout, je comprends et maîtrise beaucoup mieux la technique. Disons que je comprends pas mal de choses dans ce domaine et que je me débrouille, je le pense, plutôt pas mal pour un amateur. Il n'en reste pas moins vrai que je ne suis pas toujours satisfait de ce que j'arrive à faire et que je suis parfois confronté à des problèmes qui ont le don de m'agacer à un point que vous ne pouvez même pas imaginer. Ce que je trouve assez génial avec la photo, c'est que j'ai l'impression que ça n'a pas de limites. On apprend toujours et encore. Parce que je ne recherche pas vraiment la compagnie des gens, parce que je ne bouge pas beaucoup de chez moi, aussi, je me consacre en ce moment à la photo de studio. J'aime bien ça. C'est assez technique et ça demande de pas mal réfléchir. C'est juste assez prise de tête pour m'occuper. Là, j'en suis à tenter de maîtriser les reflets. Ce n'est pas une affaire simple. Il y a encore quelque temps de cela, je me serais contenté de retoucher les photos imparfaites sous Photoshop. Aujourd'hui, je cherche à faire une bonne photo dès la prise de vue. Je pense que j'ai me suis trouvé du travail pour les quelques années à venir.

Et donc, je vous disais en préambule que j'avais fait un petit dessin pour clore l'année en cours. Le voilà.

Renault R2087 et vœux 2013

Notes

[1] Enfin je crois que c'était à Dieppe.

[2] 150 francs, dans mon souvenir.

[3] Ce qui est vrai. C'est un personnage que je n'aimais vraiment pas.

[4] 1/30s sur le Zenit.

[5] Nous étions devenus correspondants de presse pour le journal Sud-Ouest.

[6] Sur le fond, je ne suis pas "Canon" plus que "Nikon" ou autre chose. Si j'avais les moyens, j'aurais un Leica M. Le truc, c'est que j'ai quelques bons objectifs Canon, c'est tout.

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