De passage par la capitale

Je devais me rendre à Lille. Un train devait partir de Brive-la-Gaillarde à 9h03. Train annulé. Je prendrai un suivant. A 12h53, un train part. Je suis dedans. J'ai trouvé une place où garer ma voiture pour quelques jours dans une rue proche de la gare. Le train part vers Limoges. Il y a des années que je n'ai pas pris le train sur cette ligne. Très longtemps. Je me suis muni d'un bouquin et je me plonge dedans.
En arrivant aux environs de Châteauroux, le train ralenti et finalement s'arrête pour quelques dizaines de minutes. On repart à faible allure et on s'arrête de nouveau du côté d'Orléans. Les récentes inondations semblent être la cause de ces perturbations. Peu après Orléans, je sais que je ne pourrai pas prendre la correspondance pour Lille à la gare du Nord. Jamais je n'aurai le temps d'y arriver à temps. Pas bien grave.
La gare d'Austerlitz est en travaux. J'en sors et traverse la Seine. Je ne suis plus pressé, je m'arrête pour faire des photo de la crue. Le niveau a déjà bien baissé mais les voies sur berge sont fermées.

inondation Seine
inondation Seine
Je me dirige vers Bastille puis vers République. Il fait chaud. Il est déjà plus de 18 heures, je passe devant une brasserie et m'y arrête pour boire une bière. Je discute un peu avec les gérants. C'est reparti, direction gare du Nord.
Un TGV est annoncé pour 22 heures et quelques minutes. Je vais être en retard pour le rendez-vous de 18h30, j'en suis tout à fait certain à présent.
J'arrive à Lille un peu avant minuit. J'ai un peu faim. Je me dirige vers une brasserie qui est là et commande une carbonnade et une bière ambrée. Je vais à l'hôtel où on m'a réservé une chambre pour la durée de mon séjour. Je pose mes affaires, je dors.
J'étais à Lille pour faire des dessins sur un salon. Je le regrette mais je n'ai pas eu le loisir de me promener dans le vieux Lille. Vraiment pas. Dommage.

Vendredi, je repars. Enfin j'essaie. J'ai un TGV qui doit partir à 17h41. Il est bien là. Le voyage entre Lille et Paris se déroule sans heurts. J'avais un train qui devait partir de Austerlitz à 18h44. On m'a déjà prévenu qu'il est annulé. Mais un train doit pouvoir partir à 22h52. Le problème, c'est qu'il ne s'arrête pas par Lille à Brive. Il va jusqu'à Saint-Denis-les-Martel, dans le Lot. Il paraît que je peux espérer y arriver vers 4 heures du matin. Là, je pourrais attendre un train qui remonterait sur Brive-la-Gaillarde vers 7h. Bon. La nuit va être longue.
J'arrive à gare du Nord et redescend vers Austerlitz. Je ne suis définitivement pas pressé, j'ai le temps. Je repasse devant la brasserie où je me suis arrêté quelques jours auparavant. Les habitudes s'installent vite. Les gérants me reconnaissent, se souviennent même de ce que j'avais pris. On discute, on plaisante. A côté, une équipe légère de BFM TV filme un manifestant de Nuit debout.
Je m'arrête à République et reste une petite heure pour écouter les débats et faire le tour des stands. Il y a là une centaine de personnes, l'ambiance est agréable, détendue. On revendique, on s'exprime, on explique, on critique. Une jeune femme s'occupe à écrire des pancartes sur des morceaux de carton récupérés dans les poubelles alentours. Je m'arrête pour la regarder travailler. On se parle un peu, je lui demande si je peux faire une photo, elle m'engage à la publier sur les réseaux sociaux. Je n'y suis pas présent. Elle le regrette. Je fais ma photo.

Préposée à la réalisation de pancartes
La colonne de la place de la République est couverte d'inscriptions des gens discutent à ses pieds. Je monte le fish-eye sur le boîtier, j'attends le passage de quelque chose, un vélo arrive, j'attends, clic. La photo est dans la boîte.

Nuit debout place de la République
Je fais un dernier tour, j'écoute une personne handicapée qui explique sa situation et en appelle à une meilleure prise en compte du handicap dans la société. Il est approuvé. Je ne comprends pas tout à l'organisation. J'aimerais rester un peu plus. J'aurais le temps de le faire mais j'ai aussi envie de rejoindre Austerlitz. En partant de République, je m'aperçois que la place a été rebaptisée.

Place de la Commune
Plutôt que de descendre directement sur Bastille, j'emprunte des rues parallèles. Je passe devant le Bataclan toujours fermé. Je n'ose pas faire une photo. Je poursuis ma route. Devant un bistro trois types occupés à fumer en buvant du vin rouge. L'un d'eux remarque l'appareil photo que je porte en bandoulière. Il lève un pouce avec un grand sourire. Je m'arrête, la discussion s'engage. Il bosse dans le cinéma. Il a quel âge ? Soixante-dix ans bien tassés, je pense. Il est rigolo. Je me dis que je pourrais m'arrêter là pour manger quelque chose. L'ardoise est sympathique. Je demande au type qui semble être un habitué des lieux si l'on mange bien ici. Il m'assure que oui. J'entre. On passe du Neil Young, ça me va bien. Je m'installe à une table, je choisis une entrecôte avec des pommes de terre sautées, un petit verre de rouge. Le service est agréable, le lieu aussi. Une crème brûlée, un café, l'addition. Je repars. La nuit est doucement en train de tomber. Je fais encore quelques photos en descendant vers Bastille.
Bastille puis Austerlitz. Dans la salle des départs, les écrans des trains au départ sont vides. Ça m'inquiète un peu. Je vais à la pêche aux informations. Le train que l'on m'avait annoncé est inconnu. Il n'y aura pas le moindre train qui partira avant 7h52 le lendemain matin. D'accord, je prends. La SNCF distribue de l'eau et un kit de survie pour les naufragés du rail. Quelques voitures équipées de couchettes est mis à disposition des voyageurs. C'est sympa. On m'attribue une place. Je pourrai toujours m'allonger un peu pour me reposer.
Je décide de veiller, de visiter la gare et les environs. Je sympathise avec des supporters de foot irlandais qui boivent du vin à même la bouteille. Une nana d'origine américaine vient me voir pour me demander du tabac. On discute. Elle descend sur Foix. Elle est sympa. Un couple de touristes venus vraisemblablement du sud-est de l'Asie ne comprend pas ce qu'il se passe, à moitié affolés, à moitié outrés par cette grève. Un couple de septuagénaires descend sur Brive. A l'accent, je pense qu'ils rentrent chez eux. Elle, elle est fatiguée, elle a mal aux pieds, elle veut aller s'allonger. Lui, il râle. Il trouve un autre voyageur qui partage son ras-le-bol. Ils discutent de tout ça pendant au moins deux heures. Vers trois heures, j'ai un coup de barre. Je vais m'allonger sur la couchette qui m'a été attribuée. Impossible de dormir.
Vers 5 heures, la vie revient dans la gare, doucement. Les services d'entretien commencent leur journée, quelques voyageurs arrivent. Il n'y aura pas de train au départ avant 6h36. Je sors fumer une cigarette. Le jour se lève, la ville se réveille, il fait beau et je suis crevé. Assis sur un banc, je vois un type passer. Un vieux bien habillé. En passant devant un noir, il le traite de sale nègre. Comme ça, gratuitement. J'en reste interdit. Je ne réagis pas comme il le faudrait. Trop fatigué sans doute. Plus tard, je saurai ce que j'aurais dû lui répondre. Le noir choisis l'humour pour lui répondre. Il sort son téléphone portable et commence à filmer le type en l'asticotant. Pendant plusieurs minutes, ce type tient des propos incroyables, carrément racistes et xénophobes. Un attroupement se forme. Un petit homme se place juste en face de lui et le menace d'appeler la police. Le type reste droit et continue à déverser ses propos racistes. Finalement, les services de sécurité de la SNCF arrivent et écartent le type. Incroyable !
Enfin mon train est annoncé au départ. Des voitures ont été ajoutées, je me trouve une place, je m'installe, je sors mon bouquin. Le train part. J'arrive à Brive vers 13 heures. Je suis mort. Je rentre, je me fais un café et je file faire une sieste d'une heure.
J'ai adoré cette escapade et j'ai été ravi par cette grève et par l'attitude du personnel de la SNCF. Bizarrement, il y avait du sourire partout, une réelle volonté d'être agréable avec les usagers. Et j'ai adoré retrouver Paris où je n'étais pas allé depuis plusieurs années. J'aime cette ville, finalement. C'est vraiment différent de Azerat !

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