Il y a comme une âcre odeur de merde qui plane sur le village

Résultats du premier tour des élections régionales 2015 à Azerat

  • Inscrits : 324
  • Abstentions : 128
  • Votants : 196
  • Nuls : 8
  • Blancs : 10
  • Exprimés : 178
  • FN : 56 - 31,46%
  • UD : 52 - 29,21%
  • UG : 43 - 24,16%
  • FG : 8 - 4,49%
  • DLF : 7 - 3,93%
  • FE : 5 - 2,81%
  • VEC : 5 - 2,81%
  • ND : 2 - 1,12%
  • UPR : 0 - 0%
  • LO : 0 - 0%

Hier, lorsque je suis allé voter, il y avait un attroupement de personnes en bas du bourg, presque au niveau de l'ancienne route nationale. Je me suis dit que c'était assez inhabituel pour que ça signifie quelque chose. Ces personnes semblaient parler entre-elles avec animation et je me suis dit que, peut-être, ces personnes étaient des électeurs du Front National. Il est possible que je ne me sois pas trompé. A Azerat, quelqu'un a écrit sur son fourgon son attente impérieuse de l'arrivée de Marine la Peine au pouvoir et son espoir de voir l'UMPS débarrasser le plancher. A Azerat, je connais quelques électeurs du Front National. Parmi ces personnes, il y en a que j'ai bien connues. A Azerat, nous ne sommes pas loin d'un tiers de votants à avoir glissé le bulletin du Front National dans l'urne. Je trouve cela inquiétant.
Je ne suis pas en mesure d'analyser ces faits. On peut imaginer que l'on vote F-Haine parce que l'on est en colère. Pour de bonnes ou de mauvaises raisons, peu importe. Je sais que l'un des électeurs probable expliquait son choix par le fait que sa fille ne parvenait pas à trouver de travail, qu'il était submergé par les taxes et impôts de tous genres, que le carburant était trop cher et, accessoirement, que les Arabes avaient des logements facilement, qu'ils touchaient des allocations familiales pléthoriques et tout l'attirail d'arguments haineux à l'encontre d'une part mal définie de la population française. Ce n'est même plus du racisme ou de la xénophobie, c'est juste de la haine parce que c'est nécessaire de haïr quelqu'un pour lui faire porter toutes les responsabilités de son malheur ressenti. C'est pratique et facile.
Le désarroi et le désespoir peut sans doute expliquer le vote F-Haine. Je suis presque prêt à comprendre que l'on veuille dire aux partis politiques "conventionnels" que l'on ne leur donnera plus jamais sa voix. Je veux bien comprendre que l'on regrette une époque idéalisée que l'on imagine plus douce, plus facile. On peut ainsi souhaiter en revenir aux trente glorieuses, à la vie facile, à la vie insouciante, à le vie douce faite de vraies valeurs. J'ai une grande méfiance à l'endroit des personnes qui pensent que c'était mieux avant. Je ne les ai pas connus, ces temps d'avant. J'ai toujours vécu dans mon époque. Je ne suis pas nostalgique. Jamais. Je n'espère rien, je ne regrette rien. Je ne vote pas F-Haine non plus.
Ce que je ne peux pas comprendre, c'est l'espoir que l'on peut mettre entre les mains de ce parti politique. Qu'est-ce que l'on peut bien attendre ? J'ai souvent l'impression que c'est un refus de l'aujourd'hui et du demain qui guide ces électeurs. Je ne pense pas qu'il y ait tant de personnes au F-Haine qui rêvent vraiment d'instaurer une dictature fasciste. Dans ce que j'entends et qui semble revenir, il existe les demandes de revenir à une France "souveraine" qui se prend en mains en dehors de l'Europe et de la mondialisation. Il y a ce que l'on appelle le repli identitaire et le rêve d'une France peuplée de Français d'origine contrôlée.
Dans le même temps, on ne peut pas nier que tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. On sait qu'il y a du chômage, on sait que tout le monde n'est pas aussi riche qu'ils pourraient le souhaiter, on sait que l'on peut avoir un sentiment d'insécurité en regardant les journaux télévisés, en lisant les journaux, en écoutant la radio ou en s'informant par Internet. On sait aussi combien il peut être facile de se laisser embobiner par de fausses informations, combien on peut se laisser emporter par des propos délibérément dirigés. Crier avec les loups. Ce que l'on nous cache, c'est la vérité. Dans tout ça, on va mettre pèle-mêle l'argent des politiques, le train de vie de l'État, les théories du complot diverses et variées. Les récents attentats parisiens prouvent qu'il faut craindre les musulmans et qu'il faut lutter et que patati et patata.
Politiquement, je ne sais plus vraiment où j'en suis. Je veux bien prétendre que le salut viendra d'une vraie politique de gauche mais je n'y crois pas un instant. Je veux bien écouter les discours qui nous disent qu'il faut en finir avec le libéralisme et sortir du capitalisme et tendre vers le communisme. Le libertaire plutôt que le libéralisme. Oui, bien sûr. Je veux bien entendre tout cela mais j'ai du mal à ne pas tordre le nez lorsque ceux qui me balancent ces discours acceptent la mondialisation et le libéralisme lorsque cela les sert.
Récemment, sur France Inter, un reportage sur un "activiste vert" contraint à rester chez lui le temps de la COP 21. Il expliquait son engagement écologiste et alter-mondialiste. Il était presque convainquant jusqu'au moment où l'on a pu comprendre qu'il utilisait un téléphone portable, qu'il utilisait une cafetière espresso du genre de celle dont un acteur américain fait la pub à la télévision. Et là, pour moi, ça ne passe pas. Non. On ne peut pas être contre la mondialisation et utiliser ce genre d'appareils. Non c'est non.
Qu'est-ce que je suis prêt à faire pour la planète, pour l'écologie mais aussi pour les hommes qui vivent sur la planète, les animaux et les végétaux, l'écosystème de cette planète Terre, que je ne fais pas déjà ? Bien sûr que l'on peut rêver d'une vie construite autour de l'amour entre les gens et les animaux et les plantes et les volcans. On peut s'asseoir par terre et afficher un sourire béât de bonheur en fumant un pétard. Et youpi ! On peut aussi imaginer que l'on réussisse à vivre sans compétition, que l'on produise sans profit au plus juste des besoins. Une société mondiale sans jamais plus d'argent ou d'économie. On aurait assez d'intelligence et de prescience pour savoir exactement combien il faudrait faire pousser de céréales et produire de véhicules propres et d'énergie renouvelable et de produits pharmaceutiques et combien aussi il faudrait former de médecins et d'enseignants et de cultivateurs et d'écrivains et de chanteurs pour que tout le monde partout dans le monde vive heureux sans avoir froid et faim et soif le tout en pétant la forme et sans souffrir de la vieillesse ou de la maladie ou d'un lumbago. Une société dans laquelle on ne travaillerait (sans se fatiguer) qu'une ou deux heures par jour, dans laquelle on partagerait sa production de légumes (bio) avec ses voisins adorés, dans laquelle les fleurs seraient omniprésentes et dans laquelle l'entraide et la coopération seraient la norme.
Au moins, ce n'est la le F-Haine qui va nous donner des leçons de morale, qui va nous dire qu'il ne faut pas manger les petits animaux et ne pas prendre sa voiture et ne pas polluer et ne pas boire et ne pas fumer et ne pas dire de gros mots. Et j'en arrive à me demander si le succès de ce parti populiste n'est pas à chercher dans cette absence d'injonctions. Mieux que les promesses que l'on a apprit à ne plus croire, l'absence d'interdits ! Enfin du moins pour celles et ceux qui se pensent légitimes à habiter en France ! Malheur pour les autres. Mais les autres, ce sont les autres, non ? Ils ne sont pas comme nous. Ou pas assez comme nous et ça, c'est déjà trop. Être Français, ça se mérite, entend-on. Ouais ! Je mange du cochon, je bois du vin, je respecte les traditions et je suis catholique, je mérite d'être Français ! C'est facile, simple, pratique. En gros, tout ce qui ne va pas, c'est de la faute aux autres. La faute à l'Europe qui veut nous interdire de manger du fromage au lait cru, la faute à l'Europe qui ouvre les frontières aux étrangers, la faute aux Américains, la faute aux Japonais, aux Chinois, aux Arabes, aux Noirs, aux Juifs et aux Francs-Maçons et aux Roux, aux Drogués, aux Pas-comme-nous. Si l'on est dans la droite ligne de ce qui fait qu'un Français est Français, il est certain que le vote F-Haine s'impose par lui-même.
Je pense que le gros des électeurs du Front National est constitué de personnes bêtes. De sales gros cons. Des bons gros cons, parfois. Des personnes aux idées simples et aux aspirations simples. C'est difficile de lutter contre la simplicité. Qu'est-ce que vous voulez répondre à quelqu'un qui vous explique qu'il vote FN parce qu'il aime le fromage au lait cru, vous ? Ou à cet autre qui vous assure qu'il connaît un arabe qui a du travail alors que son rejeton n'en a pas ?
Putain de bordel ! Plus ça va et plus j'en arrive à penser qu'il faudrait éradiquer l'Homme de la surface de cette planète de merde. On efface tout et advienne que pourra. Merde, fait chier.

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