Ça veut encore dire quelque chose ?


Aujourd'hui, un peu partout, on va encore se réunir devant les monuments aux morts pour commémorer la fin de la Grande Guerre. Faut-il continuer à se souvenir ?

Vous devez bien vous en douter, je n'ai pas connu la guerre de 14-18. Je suis né trop tard. Quand j'étais petit, ceux qui avaient fait la guerre, celle de 14, me paraissaient déjà vachement vieux. Les guerres, on en entendait parler, à l'époque. Il y avait ceux qui avaient connu la Grande Guerre et la drôle de guerre et ceux qui n'avaient connu que la drôle. On ne parlait pas du tout des guerres coloniales, par contre, dans mon souvenir. Algérie ? Indochine ? Connais pas. Ce que j'entendais et comprenais de la guerre me faisait penser que ce n'était pas là quelque chose de bien intéressant à connaître, même si on avait toujours un tas d'anecdotes rigolotes à raconter. On ne parlait pas beaucoup non plus des camps de concentration et de la France de Vichy.

boucherie 14-18

Et une petite chanson de circonstance. Enfin, je signale qu'il n'y aura peut-être pas de billets pour les jours prochains.

Quand au bout d'huit jours le r'pos terminé
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile
Mais c'est bien fini, on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots
Même sans tambours, même sans trompettes
On s'en va là-haut en baissant la tête

- Refrain :
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme
C'est à Craonne sur le plateau
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés

Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et dans le silence
On voit quelqu'un qui s'avance
C'est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l'ombre sous la pluie qui tombe
Nos petits chasseurs vont chercher leurs tombes

C'est malheureux d'voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c'est pas la même chose
Au lieu d'se cacher tous ces embusqués
Feraient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendre leur bien, car nous n'avons rien
Nous autres les pauv' purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendr' les biens de ces messieurs là

- Refrain :
Ceux qu'ont l'pognon, ceux-là r'viendront
Car c'est pour eux qu'on crève
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève
Ce s'ra votre tour messieurs les gros
De monter sur l'plateau
Car si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau

Commentaires

1. Le lundi 11 novembre 2013, 10:23 par Liaan

C'est la chanson de Craonne, chanson dont j'ai connu l'existence grâce au dessinateur Jacques Tardi, dans sa série "Adèle Blanc-Sec" entre-autres.

2. Le lundi 11 novembre 2013, 11:22 par Sax/Cat

On peut se souvenir
que des soldats ont été fusillés pour avoir refusé d'obéir à des ordres absurdes
que d'autres sont morts pour avoir accepté d'y obéir
que la "victoire" a préparé avec brio le conflit suivant
que des communes, dont on peut imaginer qu'elles ont été montrées du doigt, ont osé ériger des monuments qui n'étaient pas des allégories du courage ou de la gloire, mais des chants de douleur et de deuil

et zut j'aurais dû faire un billet plutôt qu'un commentaire

3. Le mardi 12 novembre 2013, 09:03 par Liaan

Pour certains bestiaux, la question ne se pose pas.
Profiter de ces cérémonies du 11 novembre, profiter de la minute de silence pour gueuler comme des veaux en réclamant la démission de Hollande, cela en dit long sur leur idée de la République.
Le retour d'un Poujadisme qui ne recule plus devant le minimum de respect dû à certaines commémorations républicaines. Lorsqu'on étaient jeunes, dans les années 1970, on rigolait de ces commémos, mais on ne serait jamais descendus à cette ignonimie.
La droite et l'extrême droite ne recule plus, désormais, comme de faire offrir une banane par des mômes à la ministre de la justice.
Depuis Sarkosaloperie, les "beaufs" sont décomplexés et sont dans les rues (eux qui ont toujours dit que "la rue ne faisait pas la loi").