Catastrophe culinaire

Que ce soit bien clair, ce que j'ai mangé hier soir, aucune bête au monde n'aurait accepté d'y goûter. J'étais en train de réfléchir à ce que j'allais me préparer pour mon repas lorsque c'est parti en vrille. Il y a dû y avoir des neurones qui ont pété et cela m'a conduit à m'aventurer sur les chemins hasardeux de l'expérimentation culinaire. Ça pourrait être burlesque.
J'aime bien ces expérimentations, m'amuser à associer des aliments plus ou moins consommables au gré de ce que je découvre dans mes réserves. Je ne suis pas du genre à faire attention aux dates limites de consommation ou aux recommandations sanitaires élémentaires. Je n'ai peur de rien et suis prêt à prendre les pires risques au nom de la science. Je tiens ça de mon grand-père maternel qui, semble-t-il, pouvait digérer presque n'importe quoi et même le pire. Je dois avoir un gène qui me permet de sécréter des sucs gastriques particulièrement corrosifs et efficaces. Bien entendu, je vous déconseille de suivre mes pas et de vous essayer à la réalisation de ce plat. Je décline toute responsabilité et ne veux pas avoir de morts sur la conscience, bien qu'il me semble qu'elle s'en accommoderait sans grand état d'âme, tel que je la connais.

Je venais de découvrir un paquet de lentilles du Puy entamé depuis des lustres et, comme j'avais des saucisses de Toulouse à disposition, je me suis dit que je pouvais me faire une saucisse aux lentilles. Pour rigoler un brin, j'ai regardé l'indication marquée sous le paquet qui m'apprenait que le produit était à consommer de préférence avant le 16 décembre 2011. On se demande, franchement ! Peut-être que ces lentilles n'étaient pas au mieux pour leurs qualités organoleptiques, possible qu'elles aient perdu de leur intérêt gustatif, peu probable que ce soit devenu mauvais ou dangereux. Aller zou ! Dans une casserole avec six fois leur volume d'eau.
La saucisse, elle, est relativement récente. Juste un peu plus d'une semaine. "A consommer jusqu'au 18 mai", est-il inscrit. Sans importance. Et il m'en reste encore pas mal ! J'ai l'idée d'en faire cuire une dans une poêle avec un peu d'huile. Ça ne part pas si mal que ça.
En prenant une saucisse, je me souviens que j'ai des carottes. J'en prends une que je pèle et détaille en fines rondelles que j'ajoute aux lentilles en train de cuire. Ça ne peut pas nuire. Moi, cuisiner m'ouvre l'appétit et me donne des idées. Je regarde la pauvre saucisse qui crépite dans sa poêle en tôle, toute seule. Elle me fait de la peine, la pauvre. J'attrape un oignon, je l'épluche et le coupe en fines lamelles que j'ajoute à la saucisse. Ça commence à prendre tournure, mon affaire.
C'est à ce moment que je me suis mis à déjanter complet. Je me suis mis à avoir peur de ne pas avoir assez pour me remplir l'estomac. C'était parfaitement idiot puisque rien que pour les lentilles, il y en avait largement pour deux. D'ailleurs, il m'en reste. Mais bon, donc, j'ai peur de manquer et je prends une belle grosse pomme de terre que je pèle et coupe afin de la faire sauter dans de la graisse de canard. J'ai le sentiment que l'on s'écarte beaucoup des règles diététiques fondamentales. On ne va pas faire dans le légume vapeur allégé, je vous préviens.
L'oignon blondit tandis que la saucisse se colore. Je me dis qu'il manque un truc pour que l'œuvre soit parfaite. j'ajoute du sel et du poivre et ça ne me suffit pas. Et là, l'illumination ! "A consommer avant le 23 mars". On est quel jour au fait ? Ça se périme, la crème fraîche ? Je sens, rien de particulier à signaler. Ça sent comme d'habitude. Je risque le tout pour le tout. Hop ! Dans la poêle !
Les lentilles finissent de cuire, les pommes de terre sont à la limite de la crémation, la saucisse et sa sauce crémeuse aux oignons est parfaite, je peux dresser le plat. Une bonne grosse louche de lentilles, les pommes de terre sautées, la saucisse et je verse cette belle grasse sauce. Je suis satisfait, ça flatte l'œil, ça me fait saliver. Je fais une photo pour vous montrer et vite, je me saisis de la fourchette et du couteau. Je mange, je goûte, j'analyse. Pas mauvais. Je regrette un peu de ne pas avoir poussé la logique jusqu'à ajouter de la bière à ma sauce. Ça aurait apporté un plus, c'est sûr. Je mange tout, je récupère bien toute la sauce avec du bon pain, je n'ai plus faim. Rassasié comme on dit.

Bouffe et ferme ta gueule

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