Ballon rond et politique fiction

Ce matin j'écoutais la radio lorsqu'un journaliste a rappelé la tenue de la coupe d'Europe de foutebale en France cette année et, plus fort, les grandes chances pour la France de la remporter. Illico, j'ai pensé à la coupe du monde de 1998.
J'ai déjà dit ici le peu d'intérêt que je porte au sport d'une manière générale et au foutebale en particulier. Ce n'est pas de la haine, c'est juste du désintérêt total. Le sport, je m'en fous. Et il n'en est pas un qui parvienne à me titiller un peu. Je les mets tous au même niveau. Chose curieuse, je vais pouvoir accepter de jouer à taper dans un ballon ou à renvoyer une balle, de marcher ou de gravir une colline. Il faudra simplement qu'il n'y ait aucune connotation sportive, qu'il n'y ait pas d'esprit de compétition.
Mais tout de même, j'ai conscience qu'il existe des tas de personnes qui apprécient le sport, qui aiment en faire, qui aiment en regarder. J'ai des copains qui ne ratent pas la retransmission d'un tournoi de tennis, d'un match de rugby, d'un rallye automobile. Et ils ont raison de se payer ces petits plaisirs.
J'écoutais la radio, on parlait de la coupe d'Europe de foutebale, des chances de la remporter pour notre équipe nationale et voilà que j'ai pensé à 1998, à la cohabitation, à Chirac et à Jospin et à la situation de notre pays après cette coupe du monde. En 1997, Chirac a une idée qui lui passe par la tête et il dissout l'Assemblée nationale et, contre toute attente, c'est la gauche qui remporte les élections. Il n'avait pas vu venir le coup, Chirac. C'est la cohabitation et le début d'une période faste pour notre pays. C'est du moins le souvenir que j'en ai.
Tout n'a sans doute pas été parfait mais il me semble que la période s'étalant sur cette cohabitation a été globalement heureuse. Je ne suis pas en mesure de produire une analyse pertinente mais un événement a peut être bien joué son rôle, je veux parler de la victoire française de la coupe du monde qui se déroulait en France. Je ne sais pas combien cette victoire a été achetée, ce qu'elle aura coûté, mais j'ai remarqué qu'elle a donné le sourire à beaucoup de Français durant plusieurs mois. Ceux qui, comme moi, n'étaient pas particulièrement heureux de cette victoire bénéficiaient néanmoins de cet état de grâce par la bande. Les commerçants souriaient, les gens souriaient, on voyait des personnes fières d'être françaises, fières de leurs joueurs, fières de leur drapeau. Sans être réellement contagieuse, cette bonne humeur était communicative et la vie a paru plus simple et plus douce pour quelque temps.
Je dirais que les effets de cette victoire auront duré jusqu'en 2002, jusqu'aux élections présidentielles. On sait ce qu'il s'est alors passé. Chirac était reconduit à la tête de l'État et son mandat allait être une longue glissade vers le néant qui allait propulser un énergumène des plus agaçants à l'Elysée. On avait fini de sourire depuis déjà pas mal de temps. Il y a bien eu une parenthèse entre 1997 et 2002. On va dire que durant trois ou quatre ans, il y aura eu un courant d'enthousiasme dans les têtes. L'économie repartait, le chômage baissait, les idées jaillissaient.
Mon propos n'est pas de regretter Jospin ou d'espérer son retour. Il est vieux, il a dit qu'il ne reviendrait pas, qu'on le laisse tranquille. Non, ce que j'ai entendu ce matin m'a fait faire un rapprochement certes très hasardeux sur ce qu'il s'est passé en 1998 et ce qu'il pourrait se passer en 2016 et, par effet de cascade, en 2017. Imaginons que les Français, comme le prédit ce journaliste dont je n'ai pas noté le nom, remportent la coupe d'Europe de foutebale. Imaginons que cela marque un tel changement dans les esprits que Hollande puisse, in extremis en tirer les marrons du feu et voir enfin cette inversion de la courbe dont il nous parle depuis son élection à la présidence de la République. Imaginons cela. Est-ce que cela pourrait suffire à le faire réélire ? Aujourd'hui, on peut légitimement douter qu'il se trouve quelqu'un prêt à voter Hollande en 2017. Mais à la faveur d'une victoire française, sur un malentendu ?
Pour les prochaines élections présidentielles, les quelques personnes avec qui j'ai pu discuter du sujet semblent aussi perdues que moi. Pour les personnes qui ont une propension à voter à gauche, la difficulté est de trouver un candidat acceptable. Pour celles qui votent à droite, il me semble qu'elles sont nombreuses à ne pas vouloir de Sarkozy. Certaines pensent à Juppé sans grand enthousiasme. Pour les autres candidats des primaires de cette droite, je n'ai pas le souvenir d'avoir entendu quiconque se déclarer prêt à en choisir un plus qu'un autre. Restent les électeurs du F-Haine puisqu'il est désormais établi qu'ils sont en nombre. Les communistes que je connais n'ont pas apprécié l'attitude de Mélenchon et sont perdus. Il semble acquis que la Peine sera au second tour. Avec qui en face ? S'il arrivait le grand malheur que ce soit Sarkozy, je n'irais pas voter. Pire, je pense que je n'irai pas voter au second tour quelque soit le candidat de droite qui arriverait en face de la candidate du parti d'extrême droite. Qu'ils se débrouillent entre eux ! De toutes les façons, il y aurait les législatives pour chambouler le jeu.
A gauche, quoi qu'on en pense, Hollande reste le plus légitime ne serait-ce que par son statut de sortant. On nous parle de Macron ou de Valls et je n'y crois pas vraiment. On ne sait même pas s'il y aura des primaires à gauche. Et donc, on imagine que la France remporte la coupe d'Europe de foutebale, que Hollande se présente de nouveau, qu'il bat le candidat de droite le mieux placé et qu'il se retrouve face à la fifille à son père. Là, je pense qu'il a une réelle chance de gagner son pari.
Maintenant, il y a tellement d'inconnues dans cette équation que l'on doit avancer sur la pointe des pieds. La coupe d'Europe aura-t-elle bien lieu ? Et la France la remportera-t-elle ? Et puis y aura-t-il des élections en 2017 ?

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