A propos de rien et surtout pas d'autre chose

Je serai bien incapable de vous dire ce qu'il se passe parce que je ne me tiens pas vraiment au courant de la marche du monde. D'ailleurs et de ce fait, il n'est pas totalement inenvisageable qu'il ne se passe rien bien que, me semble-t-il, le monde a une nettre propension à chercher à ce qu'il se passe toujours quelque chose, même de tout petits événements sans grande importance si l'on ne trouve rien de mieux.
Tenez, moi qui vous parle, je pourrais tout aussi bien vous raconter que, il n'y a pas plus tard que récemment, j'ai eu l'idée et l'occasion d'utiliser mon aspirateur pour nettoyer l'intérieur d'un ordinateur abominablement poussiéreux. La cocasserie de la situation est que je ne devais pas avoir utilisé cet appareil depuis peut-être un an et qu'il m'a fallu commencer par aspirer la belle couche de poussière le recouvrant avant toute autre chose. Ça m'a amusé de nettoyer un aspirateur avec lui-même. Je reconnais que j'ai un humour un peu particulier et que je sais, le cas échéant, m'amuser d'un rien. Pourtant, je vous l'assure, les aspirateurs ne m'amusent au quotidien que très peu et je ne nourris aucune passion pour ces appareils bruyants.
Hier, j'ai pris conscience de l'état des sols de la cuisine et de la salle d'eau. Cela faisait combien de temps que je n'avais pas nettoyé ces lieux ? Je l'ignore. Ma mémoire est déficiente et je ne me souviens jamais avec précision de ce qu'il s'est passé il y a plus d'un an ou deux. Parce que, un jour, j'ai eu l'intuition qu'un autre jour j'aurais peut-être l'idée de nettoyer les sols, j'avais acheté de la lessive faite pour. J'ai pu l'utiliser hier. Il faisait beau et j'avais ouvert porte et fenêtre (une seule porte et une seule fenêtre parce que je n'atteins plus les autres). Il m'a fallu beaucoup frotter pour obtenir un résultat tout juste acceptable selon mes critères de propreté qui sont, reconnaissons-le, assez éloigné de ceux de la majorité de la population. Ah ça, on ne peut pas dire que j'enrichis les producteurs de produits ménagers. Ces produits ne grèvent pas d'une manière significative mon budget, ça non. Ce qui est amusant, c'est que par endroit l'eau a tellement stagné qu'une couche de calcaire s'est formée et qu'il me faudra sans doute l'attaquer à l'acide chlorhydrique. Je pourrais même m'amuser à tracer des dessins avec l'acide pour que ce soit encore plus rigolo.
Hier, je me suis agacé. Cela fait des jours et des jours que je constatais ne plus réussir à dessiner quoi que ce soit de valable. Il y avait bien eu quelques tentatives plus ou moins réussies de motocyclettes farfelues mais hormis cela, rien, macache bono. Alors, parce que je l'ai maintes fois remarqué, je me suis remis à explorer le domaine des fondamentaux. J'avais le choix, comme dessin facile à faire, entre la Peste et le Rat. J'ai fait les deux et ai donné la primeur, par pure putasserie, à la Peste. Je sais que quelques uns d'entre vous, parmi celles et ceux qui ont la cervelle défaillante, aiment ce personnage inepte. C'est comme ça, ça ne s'explique pas. Je ne critique pas, j'essaie de comprendre, de descendre à votre niveau. Ce n'est pas simple. C'est même assez inconfortable de s'enfoncer ainsi dans les profondeurs pour moi insoupçonnées des abysses de la petitesse intellectuelle. Ça fout le vertige.
Enfin bref. Deux dessins pendant que les sols séchaient et que j'étais toujours, octet après octet, à récupérer des données depuis un disque dur fatigué de vivre. Hier c'était la Peste, c'est donc aujourd'hui le Rat. J'ai toujours eu le sentiment que ce Rat pouvait être un meilleur personnage mais je dois avouer que je ne sais pas quoi en faire non plus. Il existe, il est là et apparaît de temps à autres.
Le dessin, j'ai remarqué ça, c'est un peu comme — du moins l'imagine-je — comme la musique. Faut s'astreindre à faire ses gammes pour ne pas perdre l'acquis. Si que vous dessinez pas pendant un temps un poil long, vous arrivez plus à rien. Je continue à trouver cela un peu étrange que de savoir faire un truc et d'avoir le sentiment d'avoir perdu cette faculté. Je ne me l'explique pas. C'est un peu comme si dedans la tête le cerveau il enfouissait une fonction qui visiblement ne sert plus dans un tiroir bien profond. Après, quand on en a besoin, le cerveau il a toutes les peines du monde pour se souvenir dans quel tiroir il a rangé ça. J'en sais quelque chose, je fonctionne comme mon cerveau. Parfois, pour retrouver un truc chez moi, c'est toute une histoire. Mais faut dire que je ne suis pas très ordonné. Même, n'ayons pas peur des mots, je suis bordélique. Y a pas de honte à ça.
Bien. Tout ceci étant dit, je retourne travailler.

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