Peut-on patauger jusqu'au bout des poils dans la fange pestilentielle de l'erreur pendant des décennies et en sortir la tête haute ?

Depuis des années, des décennies, j'encre mes dessins au pinceau. Au terme d'une période d'essais et d'expérimentations hasardeuses autant qu'empiriques bien souvent entachés de cuisants échecs mettant à mal mon orgueil démesuré et ma prétention abusive, j'en suis arrivé à fixer mon choix sur le Raphaël Kolinsky n°0. Depuis des années, c'est ce pinceau que j'utilise avec une certaine satisfaction et rares sont les occasions qui m'ont poussées[1] poussé à essayer un autre pinceau d'une autre marque.
Parfois, toutefois, soit que je ne trouvais pas le pinceau que je cherchais soit que j'avais le désir de tenter autre chose, il m'est arrivé d'acheter un nouvel outil. Ainsi, j'ai essayé les poils synthétiques, d'autres Raphaël, des Isabey, des Winsor & Newton, des Talens ou des Leonard. Chaque fois, je cherchais un pinceau s'approchant le plus possible du Raphaël n°0 habituel et, à chaque fois, je revenais à lui. Plus les années passaient et plus je me persuadais que mon choix était le meilleur qui soit. J'étais conforté dans cette idée dans la mesure où d'autres dessinateurs l'utilisent.
L'encrage au pinceau, c'est bien ce que je préfère mais ce n'est pas si simple que ça. Le pinceau, ça ne se maîtrise qu'aux conditions d'être hyper doué et de beaucoup pratiquer. Moi, j'ai déjà longtemps et beaucoup pratiqué, sans me vanter. Dès lors, il me faut concevoir l'hypothèse que je ne suis pas hyper doué. Je n'en fais pas un drame. C'est juste comme ça. Je me console en me disant que je ne suis pas le plus mauvais faute d'être le meilleur. Bref.
Donc, accroché au manche, redoutant le traître tremblement intempestif, concentré sur le trait de crayon que je tente de suivre au plus près, j'encre comme je le peux en tirant la langue pour bien m'appliquer. J'ai même eu le culot de me croire bon encreur et de me filmer dans l'exercice avec l'idée que les foules allaient être subjuguées par tant de maîtrise et de délicatesse. Je n'ai jamais atteint le plateau du piédestal que j'ai d'ailleurs cessé de vouloir atteindre. Je me suis fais[2] fait à l'idée que je pouvais donner l'illusion auprès d'un public de béotiens et de pouilleux incultes. Ça, j'y suis parvenu.
Et voilà que, dans mon bazar, je retrouve un pinceau tout neuf acheté je ne sais quand. Un Leonard n°2. « Qu'est-ce que c'est que ce pinceau ? » me demande-je. Je décide de lui donner une chance sans y croire un seul instant. Pour moi, c'est entendu, le pinceau va se ramasser la tronche salement. Jamais il ne sera à la hauteur de la tâche qui l'attend. D'ailleurs, il ne perd rien pour attendre. Je prends un feuille de papier et je griffonne un machin que je me promets d'encrer bientôt. C'est fait. J'ouvre le pot à encre, je trempe le pinceau dans le noir de Chine et je le lance à l'attaque d'un premier trait. Hum ? Ouais, pas mal. La chance du débutant, sans doute. Voyons voir la suite. Mais c'est qu'il se défend, le bougre ! Je m'en vais te le repousser dans ses retranchements, le facétieux. Allez, une courbe ! Et une autre ! Faut reconnaître, il tient la route le gaillard. Des hachures ? Et du trait fin ? Ah ! Il sait faire aussi. J'aurais pas cru.
Pour vous donner une idée, je vous montre une image des deux pinceaux. Il y a une belle différence de taille.


A ce moment, je n'ai pas envie de dire que le Leonard est meilleur que le Raphaël. Je refuse d'admettre que je fais peut-être fausse route depuis tant d'années. Hélas ! Il faut bien reconnaître l'évidence, ce pinceau est très bon. Possible même qu'il soit meilleur. A la prochaine commande de pinceaux, j'achèterai un Raphaël avec les mêmes caractéristiques que ce Leonard, il en existe. Des poils plus longs mais aussi une touffe plus étoffée. J'étais dans l'idée que pour dessiner fin, il fallait obligatoirement du fin mais l'expérience vécue là me montre que ce n'est sans doute pas si simple. Je ne me suis pas trop appliqué pour encrer le dessin du jour. J'étais persuadé que l'exercice allait mal se terminer ou que j'allais devoir changer d'outil en cours de route. Je trouve que le pinceau Leonard ne s'en est pas si mal sorti que ça.

sport et corvée ménagère

Notes

[1] ça demandait bien une bonne correction

[2] Jamais deux sans trois ?

Une saillie verbale ?

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