Chaussettes


Ce blog ne parle pas suffisamment des chaussettes. D'une manière générale, d'ailleurs, il me semble que l'on ne parle pas assez des chaussettes. Pas plus dans les media qu'à l'Assemblée nationale ou à la tête de l'État. On peut le regretter. A-t-on entendu les ténors de la politique nous entretenir de la chaussette ? Pas dans mon souvenir. La question de la chaussette sera-t-elle au programme du baccalauréat 2019 ? J'en doute. Voit-on des manifestations populaires défiler pour l'avenir de la chaussette ? Pas à ma connaissance. Et pourtant, la chaussette, hein ? Tout de même ! D'accord, je vous le concède, la chaussette ne concerne pas toute la population. Il en est pour la snober, il s'en trouve aussi pour n'en avoir pas l'utilité. Ne prenons que le cas du cul-de-jatte. Il ne se sent pas concerné, nous le comprenons. Nous ne sommes pas si idiot que nous lui enjoindrions d'en faire emplette. Qu'en ferait-il ? Non, nous ne sommes pas idiot et nous comprenons la vie.
Par coquetterie, la femme répugne souvent à porter la chaussette. Il faut bien admettre qu'elle s'associe mal au port de l'escarpin. A contrario, le gendarme est fidèle à la chaussette mais il convient de minimiser ce mérite, le gendarme porte rarement l'escarpin. Du reste, on peut le regretter, ce serait rigolo. Et il est à noter que l'on dit souvent que le touriste allemand n'hésite jamais à porter la chaussette avec la sandale. Il paraît que le président Chirac aurait adopté la pratique. Il a été critiqué pour cela en son temps. Jean-Baptiste Étienne Auguste Charcot, lui, était un inconditionnel de la chaussette qu'il portait haut et fier sur le "Pourquoi-Pas ?". Si l'histoire ne nous dit rien des rapports entre la chaussette et le Général de Gaulle, on sait que Napoléon Bonaparte veillait à avoir une paire de chaussettes propres à chaque matin de la Retraite de Russie. Dans "les Beaux gosses" de Riad Sattouf, on peut remarquer un bel éloge de la chaussette en même temps qu'apprendre que l'on peut en avoir une utilisation insoupçonnée.
Moi, je m'étais dit qu'il me faudrait acheter de nouvelles chaussettes. J'avais remarqué que nombre de celles en ma possession était trouées. Je me morigénais de n'avoir pas su réduire la longueur de l'ongle de mes gros orteils à temps. Le mal était fait, j'étais à la tête d'une collection de chaussettes trouées. La chaussette trouée n'est pas agréable à porter. Le gros orteil a une tendance naturelle à passer à travers le trou et il arrive que le tissu finisse par exercer une pression sur l'extrémité et à la blesser. Cela peut même être douloureux à la longue. Pour l'anecdote, je me souviens d'une promenade dans une grande ville française qui s'est terminée par une claudication inconfortable et une belle ampoule. Il est presque certain que celles et ceux qui m'ont croisé à cette époque ont dû penser que j'avais beaucoup perdu de ma superbe. De peur de recroiser ces gens, je ne suis jamais retourné dans cette ville. La honte ressentie ce jour me met aujourd'hui encore très mal à l'aise.
Et alors, j'avais rangé dans un coin de ma tête l'idée d'acheter de nouvelles chaussettes si, par hasard, un jour mes pas m'amenaient en un commerce en vendant. Cela est arrivé relativement récemment. J'étais parti pour allé visiter des personnes qui me sont amicales et un incroyable imbroglio dont je préfère sourire a fait que j'ai cru qu'elles n'étaient pas chez elles. Rebroussant chemin, j'ai l'idée, puisque j'avais désormais du temps devant moi, d'aller faire quelques courses dans un grand centre commercial de l'agglomération périgourdine. De fait, il convenait que je fasse emplette de provisions à même de m'assurer quelques repas. Je savais qu'il me fallait du café. Je sais toujours qu'il me faut du café. Pour le reste, j'allais faire confiance à mon intuition du moment. Sans plus y penser, dans une allée centrale large comme un boulevard, j'avise un bac plein de chaussettes. Ces chaussettes étaient proposées par lot de douze paires. D'abord, je me suis dit que cela faisait beaucoup pour un seul homme. Douze paires lorsque l'on n'a que deux pieds ! Je vous demande un peu. Quel peut être le cœur de cible ? J'étais circonspect, je me demandais qui allait pouvoir acquérir autant de paires de chaussettes d'un coup quand j'ai été attiré par une affichette annonçant le prix demandé pour un lot de ces chaussettes. 4,58 €. Je sors mon téléphone portable pour utiliser la calculatrice que l'on y trouve. 19 centimes d'euro la chaussette ! 38 centimes la paire ! Je cherche l'arnaque. Cela aurait pu être des chaussettes neuves déjà trouées. Non. Cela aurait pu être des paires dépareillées. Des pointures aléatoires. Pas plus. Des chaussettes sans fond ou, au contraire, fermées des deux bouts ? Non plus. L'offre me semble tellement alléchante que je veux y flairer une entourloupe. Je déchiffre l'étiquette, lis la composition (du coton, un tiers de polyester, un peu de viscose, un poil d'élasthane). Rien de choquant. Ah ! Ils s'y connaissent pour rouler le chaland dans la farine ! Une dernière piste, le pays d'origine. A tous les coups, c'est de la chaussette chinoise tricotée par des lépreux prisonniers d'un centre de détention pour opposants politiques ou par des enfants borgnes dans un orphelinat inepte. Mais non, ce sont des chaussettes portugaises. De l'honnête chaussette européenne. J'en reste comme deux ronds de flan. 39 centimes la paire de chaussette européenne ! Comment cela est-il possible ? Comment l'industrie chaussettière portugaise peut-elle réussir ce tour de force qui consiste à acheter autant de matières premières, autant de machines, autant d'énergie, payer autant de salaires pour que moi, modeste Français de Dordogne, puisse se payer à si bas coût un peu de confort ? Il y a quelque chose que je ne comprends plus dans ce monde, vraiment.
Autrefois était l'œuf. La chaussette avait une valeur réelle. Je n'irai pas jusqu'à prétendre qu'elle coûtait les yeux de la tête mais la chaussette était de ces choses que l'on réparait. Il y avait l'œuf, en bois ou en ivoire, que l'on introduisait dans la chaussette au niveau du trou et qui permettait le reprisage. Le reprisage d'une chaussette nécessitait quoi ? Un bon quart d'heure peut être ? Combien pour un quart d'heure de travail ? Même au SMIC ? Sachant qu'une chaussette neuve vaut 19 centimes d'euros, une chaussette réparée, d'occasion, ne peut guère valoir plus du quart de cette valeur. Cinq ou six centimes, disons. On ne peut pas payer le travail de reprisage dignement, à ce compte. C'est probablement pourquoi plus personne ne reprise les chaussettes trouées. Un règlement, à l'échelle européenne, imposerait-il la valeur de la chaussette à 30 euros (60 euros la paire) que nous verrions la profession de repriseur de chaussette revenir et la courbe du chômage baisser significativement.
Afin de ne pas trahir la confiance que vous avez en moi, je me dois cependant de vous avouer que je n'ai pas encore osé faire usage de ces chaussettes portugaises. Je n'aime pas abîmer les objets neufs d'une part et, d'autre part, je me dis aussi que si jamais, à la tête de l'État ou du parlement européen, on se penche sur ce blog et que l'on reprend mon idée d'un prix minimum pour la chaussette, je pourrai faire une belle culbute.

Commentaires

1. Le samedi 15 juin 2019, 10:17 par Le Prof Turbled

Pas mal! Belle démonstration. Faire suivre à Bruno Le Maire.
J'en profite pour revenir sur un point qui me chagrine. Aujourd'hui le porteur de chaussettes en sandales suscite l'opprobre. On le raille, on le moque, on le germanise. Fût un temps où, chaussés de grosses bottes résonnantes, les touristes allemands étaient à peine plus appréciés. Je les préfère en chaussettes dans leurs nu-pieds.
D'autre part, étant gosse, les mœurs de l'époque voulaient qu'on porte des socquettes avec les sandalettes. Mon paternel, et les autres adultes faisaient de même. De solides raisons basées sur l'expérience devaient les conduire à adopter cette pratique aujourd'hui ringardisée. Déjà, avoir l'air d'un moine ou d'un sympathisant de Mgr Lefèbvre...hein! Faire fi du confort apporté par la chaussette, sous prétexte d'esthétique, me paraît être une attitude totalement en phase avec notre époque de poseurs-frimeurs.

2. Le samedi 15 juin 2019, 10:29 par Sax/Cat

Il faut quand même noter que l'on porte rarement la chaussette dans cet accessoire désolant que l'on nomme "tong" ou "tongue".

3. Le samedi 15 juin 2019, 10:37 par Michel

@Le Prof Turbled : Peut-on seulement supposer que vous n'aviez pas déjà un goût fort discutable lorsque vous étiez jeune ? Les mœurs de l'époque que vous convoquez pour nourrir votre propos et étayer votre avis ne valaient-ils pas que dans les coins désolés de notre bel hexagone ?
Je suis résolument opposé au port de la sandale, je hais la sandale. La chaussette, ça a tout de même une autre gueule ! Ceci dit, par souci d'élégance, je reste convaincu que la chaussette ne doit pas se montrer au même titre que le slip.
@Sax/Cat : J'ai pourtant eu vent de chaussettes faites exprès pour la tong(ue). Bien entendu, je suis aussi farouchement opposé au port de cette saloperie de tong(ue).

4. Le samedi 15 juin 2019, 10:55 par Le Prof Turbled

@Michel : C'est sûr que ce ne sont pas les vacances au bord de la mer qui risquaient de me déciller;-)) Sinon, je suis absolument neutre dans cette affaire, et d'ailleurs, je n'ai aucun goût, sachez le. Je témoigne, et n'ignore pas non plus qu'une dizaine d'heures à faire les foins (avec une fourche, pas avec une ensileuse) peuvent générer de la transpiration et des démangeaisons, voire des lésions, dont les chaussettes peuvent vous protéger, tout en ayant les arpions un brin climatisés.
Nous, les gosses, n'aimions pas les sandalettes, et préférions les tennis, que nous devions "économiser". Encore une notion totalement à l'ouest.

5. Le samedi 15 juin 2019, 10:57 par Sax/Cat

Là où vous vous êtes fait avoir, c'est que vous avez sans le savoir acheté des invendus de la collection hiver 2018, qui seront complètement obsolètes l'hiver prochain.
Ne vous avisez surtout pas de montrer ces chaussettes à vos conquêtes, vous passeriez aussitôt pour un vieux ringard sentant le moisi.
Pensez-donc, si ça se trouve, elles ne sont même pas connectées en 4G.

6. Le samedi 15 juin 2019, 11:02 par Michel

@Sax/Cat : Putain de bordel de merde ! Mais bien sûr ! Vous avez raison ! Ah ! Malheur ! J'ai été eu ! On s'est joué de moi ! Que n'ai-je pas été plus vigilant ! Zut et flûte.
@Le Prof Turbled : Une belle paire de sabots fourrés de paille de seigle, il n'y a rien de mieux pour faire les foins à l'ancienne.

7. Le samedi 15 juin 2019, 11:49 par Waldo7624

Naguère, on fabriquait beaucoup de chaussettes à Romilly sur Seine.
J'ai connu un type originaire de cette ville qui me disait qu'on l'appelait alors Romilly les chaussettes à l'époque de sa jeunesse.
Il a aujourd'hui 80 ans passés, et je ne sais pas si l'on fabrique encore des chaussettes à Romilly sur Seine.

8. Le samedi 15 juin 2019, 15:17 par Le Havane Primesautier

Gasparture ! Je t'ai reconnue, Josette de Rechange !

9. Le samedi 15 juin 2019, 18:44 par Liaan

@Le Havane Primesautier : Elle vient de loin la Josette !

10. Le samedi 15 juin 2019, 20:02 par Sax/Cat

@Michel :
La prochaine fois vous vous méfierez. Pensez donc, des chaussettes d'un pays où les gens sont tellement pauvres qu'ils marchent pieds-nus.

11. Le samedi 15 juin 2019, 23:00 par fifi

Enfin, un sujet intéressant ;-))
" Chaussettes trouées, pas d'ongle incarné".
Euh ! Je reprise ( moi-même ) quelquefois mes chaussettes.
Ma fille m'avait offert une paire de chaussettes multicolores où tous les arpions pouvaient gigoter librement, c'est une sensation très agréable.
Vos chaussettes pour les langues ou les tongs, ce sont des chaussettes pour
tabi, l'orteil est séparé des autres doigts de pieds pour mieux escalader le grillage.
Ne critiquez pas les tongs, des Hommes escaladent des montagnes avec, je ne sais pas comment Elles ou Ils font ! ? Mais ça m'épate beaucoup .

12. Le samedi 15 juin 2019, 23:39 par Jack Vabre

Jé né saurais trop vous récommander dé n'achéter qué des chaussettes colombiennes, gringo.

13. Le dimanche 16 juin 2019, 06:17 par Rocky Siffredo Lefault

@Jack Vabre :
Ma, en Sicilé, lé choussetté sont en ciment, dé vrais chaussetté dé scaphandriers.

14. Le dimanche 16 juin 2019, 07:33 par Pascal Hambourre, de Francfort

D'un point de vue gustatif, la chaucisse est bien chupérieure à la chaussette!

15. Le dimanche 16 juin 2019, 07:48 par Tournesol

@fifi : oué,je me sens moins seul,moi aussi je reprise mes chaussettes,ah,mais,halte à la dictature du jetable!!!
Grâce à vous,j’ai appris un nouveau mot : tabi,qui d’après viki est d’origine japonaise,sépare le gros orteil de ses petits camarades et...s’enfile par derrière ( et se ferme avec de jolis boutons,ce qui la rend plus compatible avec les tongs qu’avec les rangers).
Tabi....ah mais ce mot est appelé à un bel avenir,merci :-))

16. Le dimanche 16 juin 2019, 08:14 par Tournesol

Et pendant que je raconte des c...neries,en 30’,ma douce a récolté 600g de girolles( prévoyant,j’avais acheté côtes de veau et crème fraîche)Ayyyyy !

17. Le dimanche 16 juin 2019, 16:25 par Rocky Siffredo

Ma, qu'en est-il des tireurs d'élite?