L'émotion est à son comble

De partout dans le monde et jusque dans le Berry, les témoignages fusent pour dire la peine, le désarroi, l'incrédulité et la colère. Le joyau de l'art gothique, le symbole de la chrétienté, le monument parisien le plus visité a bien failli périr. C'est Hugo, c'est Paris, c'est la France qui a été touché jusqu'au plus profond de ses entrailles nouées. Quelle tristesse ! Quel malheur indicible ! Ah ! Saurons-nous nous en remettre ?
Hier soir, il fallait entendre chialer M. Bern sur les antennes de France Inter. C'était poignant, on avait bien envie de lui prêter un mouchoir au pauvre homme épleuré. Il fallait aussi entendre M. Trump réclamer que l'on envoie les Canadairs déverser des mètres cubes de flotte sur la cathédrale en flammes. Ceci dit, une auditrice, dame âgée, avait proposé la même solution sur les antennes de la radio. Une bonne idée est souvent partagée. Nous avons aussi entendu Odon Vallet dire son malheur et l'histoire du bâtiment. M. Mélenchon appelait à une trêve dans la vie politique et d'autres voix s'élevaient bientôt pour conspuer les responsables supposés, criminels doublés d'inconscients, d'incapables, d'idiots, de crétins, de malfaisants. On n'était pas loin de crier à l'attentat à la bêtise.
Combien nous a-t-on dit et redit que Notre-Dame de Paris datait du XIIe ou XIIIe siècle ? Combien nous a-t-on aussi rappelé que Viollet-le-Duc avait présidé à sa restauration au XIXe siècle et que c'était à lui que l'on devait cette flèche qui s'est effondrée sous les yeux horrifiés d'un peuple fasciné par l'événement, collé à son écran de télévision. Aussi, et c'était important de le rappeler, on nous a expliqué que Hugo (Victor), avait écrit son roman avant la restauration de Viollet-le-Duc ET que ce roman est… un roman. On nous a causé des grandes orgues et des reliques authentiques (dont la couronne d'épines de J. C. tout de même). Et puis, on nous a raconté que jamais nous ne serions capables de reconstruire à l'identique à moins d'y mettre des plombes et un pognon de dingue. Bref, on a meublé.
Parce que, dans le fond, hein ? Bon. Je ne vais pas dire que je suis insensible et que je m'en contrefous mais ce ne serait pas si éloigné de ce que je pense en mon for intérieur à moi. Je ne suis jamais entré dans cette cathédrale mais je l'ai vue de près, presque à la toucher. Alors, oui, c'est grand, oui c'est connu, oui ça impressionne un peu mais à part ça ? Franchement, ce n'est pas très beau non plus. C'est maniéré, c'est fait de bric et de broc, on sent qu'on a mis le temps pour bâtir l'ensemble et que l'architecte du départ n'était pas celui de l'arrivée. Après, je ne suis pas attiré par les lieux de culte en général. Je ne vais pas tenter de vous convaincre qu'il y a pire que cet incendie dans le monde. Je ne vais pas non plus tenter de vous convaincre que l'on a presque plus pleuré le manque à gagner en matière de tourisme que l'aspect historico-culturo-artistique de la construction.
Les riches annoncent qu'ils vont donner du fric. D'ici quelques années, on aura de nouveau un beau piège à touristes au cœur de la capitale et tout sera bien. Même, ça sera peut-être mieux puisque j'ai entendu ce matin que l'on réfléchissait déjà à ne pas renouveler les erreurs et fautes de goût de Viollet-le-Duc. Moi, je me dis que ce qui serait cool, ce serait que l'on reconstruise au plus juste des origines et que l'on disperse quelques gueux sur le parvis restauré. Quelques culs-de-jatte, quelques mendigots lépreux, quelques affamés borgnes, quelques gueuses décharnées et édentées. Une belle cour des Miracles plus belle que celle imaginée par Disney, avec des vraies odeurs et des miasmes d'origine contrôlée. Du Label Rouge garanti, de l'authentique authentifié. Ou alors, on rase tout ce bazar et on construit autre chose, plus utile à tous.

Une saillie verbale ?

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